Saint Napoléon


15 août nbb
Après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte impose de nouveau le 15 août comme fête nationale en hommage à son grand oncle et comme ciment unificateur du Second Empire.

Ce 15 août est traditionnellement  la fête nationale choisie par l’Empereur pour laquelle cette date est, jour de son anniversaire et de la signature du Concordat, symbole d’un retour à l’ordre civil et religieux. Ce jour devint la saint Napoléon, du nom d’un obscur martyr du IVsiècle, Santo Neopolis (ou Neapolis), exhumé fort opportunément par le cardinal Légat Giovanni Battista Caprara à la grande satisfaction de l’empereur. La Saint Napoléon et la religion impériale (tel est le titre d’un article très complet écrit par

saint+napoleonEpitre de Saint-Napoléon 🙁Épître selon saint Napoléon – Éditeur : impr. de Moronval (Paris)Date d’édition : 1815

Tout ce qui est écrit, a été écrit pour notre instruction, afin que nous concevions une espérance ferme par la patience et par la consolation que nous recevons des écritures. Il sortira, a dit un prophète, un rejeton qui viendra gouverner les nations, et les nations espéreront en lui. Que le Dieu qui est le fondement de votre espérance vous comble de joie dans cette attente ; en sorte que vous soyez remplis de plus en plus de cet espoir. La France gémissait depuis nombre d’années sous le joug de différentes factions ; elle était dans une sorte de léthargie qui faisait craindre pour son anéantissement total, lorsque Bonaparte revint de l’Egypte ; il fut désigné comme son sauveur, et prit les rênes du Gouvernement. Ô France! Voici l’heure de sortir de votre sommeil, car votre salut est maintenant plus près que vous ne pensez. La nuit est passée, le jour s’est approché. Rejetez donc les œuvres de ténèbres, et revêtez-vous des armes de lumière. Ainsi parla, Bonaparte, il fit un code de lois, les temples qui, depuis plusieurs années, étaient fermés, se rouvrirent ; la religion catholique fut rétablie dans son ancienne splendeur : le peuple passa de la férocité à la civilisation ; les arts fleurirent, le commerce reprit vigueur; il fit respecter et craindre, par ses victoires multipliées, les armées Françaises ; et on le regarda comme le libérateur du royaume. Il prit ensuite le titre d’Empereur, titre qui lui fut d’autant plus conféré qu’il avait donné un nouvel éclat à la France. En changeant de qualité, il changea de nom et s’appela Napoléon. Il refit un nouveau code de lois. Je vous donne un commandement nouveau, parce que les ténèbres sont passées, et que la vraie lumière commence déjà à luire. Continuez à vivre en moi, votre seigneur, selon l’instruction que vous en avez reçue de ma part. étant attachés à moi comme à votre racine, et édifiés sur moi comme sur votre fondement, affermissez-vous dans la foi qui vous a été enseignée. Prenez garde que personne ne vous surprenne par la philosophie et par des raisonnements vains et trompeurs, selon la tradition des hommes, selon les principes d’une science mondaine, et non selon moi; car toute la plénitude de la souveraineté habite en moi corporellement ; et c’est en moi que vous êtes remplis de grâces, moi qui suis le chef de toutes principautés et de toutes puissances. L’Empereur Napoléon n’ayant d’autre but que d’établir une paix continentale, présenta, à cet effet, aux puissances étrangères un plan de conciliation qui pût assurer à jamais le bonheur de l’univers. On rejeta non seulement les articles qu’il croyait convenables pour cette exécution qui supprimait à jamais toutes discussions hostiles, mais on lui disputa même la légitimité de ses conquêtes; il se vit alors forcé de soutenir ses droits. Levez-vous, soyez éclairée, ô France! Parce que celui qui est venu est votre lumière, et que la gloire de votre seigneur s’est lovée sur vous. Les nations marcheront à la faveur de votre lumière, et les Rois suivront la splendeur de celui dont vous reconnaissez le pouvoir. Levez les yeux, et regardez autour de vous. Ils se rassemblent tous et viennent vers vous. Votre cœur sera dans l’admiration et dans la joie quand cette multitude innombrable de peuple qui habite le long de la mer, tournera ses pas vers vous, et que tout ce qu’il y a de puissance parmi les nations, viendra se rendre à vous. Tous viendront et apporteront de l’or et des parfums pour rendre gloire à votre seigneur. Le courage de ses soldats le rendit partout victorieux. Pour récompenser la bravoure de ses soldats et les attacher davantage à sa personne, il créa en leur faveur, la Légion d’honneur avec des pensions et des distinctions honorifiques. Plusieurs puissances se coalisèrent alors pour le vaincre. Elles s’avancèrent sur la France. L’Empereur Napoléon, instruit de leur marche, fit lever le peuple; mais une division dans les esprits seconda les armes étrangères. La capitale qu’il avait enrichie des dépouilles des ennemis qu’il avait vaincus, se voyant sans défense et voulant que l’on respectât ses beaux monuments, se vit contrainte de capituler. L’Empereur Napoléon avait encore des forces majeures à opposer aux vainqueurs ; mais il abdiqua l’Empire pour épargner le sang de ses soldats, et choisit l’île d’Elbe pour lieu de sa retraite. La convention signée entre lui, le Gouvernement provisoire et les Puissances coalisées, il dit à ses serviteurs:


Encore un peu de temps, et vous êtes sur le point de ne me plus voir. Celui qui a la connaissance de mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime véritablement ; or, celui qui m’aime sera aimé de moi-même ; je l’aimerai aussi, et je me manifesterai à lui. Les ténèbres couvriront la terre, et l’obscurité se répandra sur tous les autres peuples; mais votre Seigneur commencera à paraître sur vous, et sa gloire se manifestera parmi vous.

Ces paroles consolantes furent entendues de tous ses soldats avec recueillement, et tous, en se séparant de lui, renfermèrent dans leur cœur la certitude de cette vérité. L’Empereur Napoléon ne fut pas plutôt parti, que les Puissances coalisées rétablirent sur le trône français la Famille qui l’avait occupé avant lui pendant plusieurs siècles. Tandis que la France paraissait jouir de la tranquillité la plus parfaite, et était à cet égard dans la plus grande sécurité, les partisans du Seigneur ne perdaient point de vue l’espoir de son retour; un nuage épais couvrait les mesures qu’ils prenaient pour accélérer son rappel. Les troupes, de leur côté, attendaient la lumière promise, et soupiraient après la venue du Seigneur qui les avait comblé, et devait encore les combler de tant de gloire et d’honneurs. Dès qu’ils se furent assurés des esprits des départements, qui commençaient à se prononcer sur son rappel, ils en prévinrent l’Empereur. Le Seigneur, pour se rendre au désir de ses fidèles disciples, profita de ce moment d’effervescence pour leur apparaître : il quitta l’île d’Elbe, sans communiquer aux habitants le motif de son départ. Il y avait onze mois et demi qu’il était sorti de France, lorsque le drapeau tricolore, qui flottait sur la ville d’Antibes, annonça le retour du Seigneur. Son apparition subite se répandit aussitôt sur tous les points du Royaume. Jamais venue ne fut aussi bien accueillie. Tous volaient au-devant de sa personne majestueuse ; les alléluias résonnaient de toutes parts: les troupes volaient au-devant de lui ; les villes par où il passait le félicitaient sur son retour, et le regardaient comme un nouveau libérateur qui venait les délivrer des abus que produisait le nouveau gouvernement. L’ancienne dynastie, informée de l’approche de l’Empereur et des sentiments affectueux qui lui étaient prodigués sur son passage, crut prudent de s’éloigner, afin d’épargner, par la contrariété des opinions, les effets de la guerre civile. Ainsi l’Empereur Napoléon, accompagné des braves qui l’avaient suivi dans sa retraite, arriva de l’île d’Elbe dans sa capitale, en vingt jours, sans éprouver la moindre opposition. Toutes les cours et les autorités vinrent rendre hommage au Seigneur, et l’Empire, éclairé de sa lumière, reprit aussitôt sa première splendeur.

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6941038q

Autres documents sur la BNF :

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15 aout Empereur

“fête de l’Empereur”

Conseil de lecture sur le sujet :

saint napoléonAu début des années 1850, le 15 août devient la fête nationale en France.
Cette célébration permet au président Louis-Napoléon d’amorcer la transition vers le second Empire, et d’imposer avec succès un modèle de fête nationale populaire qui sera largement repris par la République. S’appuyant sur une documentation inédite aux Archives nationales et départementales, Sudhir Hazareesingh fait revivre cette fête riche et multiforme. Moment d’exaltation de la mémoire napoléonienne, la fête impériale est aussi le théâtre de tensions créatives : entre la solennité pieuse des croyants et la jubilation carnavalesque du peuple, entre la glorification de la Nation et le culte des traditions locales, et entre la célébration du soutien populaire au régime et la peur de la foule.
L’ouvrage renouvelle notre vision de la tradition napoléonienne sous le second Empire. Hazareesingh insiste particulièrement sur la dimension locale des fêtes, qui permet aux notables de célébrer les travaux publics et l’action caritative des associations, et donne l’occasion aux municipalités de se mettre en valeur. La Saint-Napoléon met également en scène des moments de liesse collective, comme lors des remises des médailles de Sainte-Hélène aux anciens vétérans des guerres de l’Empire.
Mais cette harmonie fragile peut aussi prendre une fâcheuse tournure : au sein même de l’État bonapartiste, entre le clergé et les autorités civiles, et entre les représentants de l’État et les forces de l’opposition républicaine, qui utilisent sciemment le décor de la fête nationale pour subvertir l’ordre bonapartiste. Écrit avec humour et humanité, et fourmillant d’anecdotes savoureuses, cette étude originale apporte des éclairages nouveaux sur la sociabilité et la culture politique française, et souligne le poids de la tradition napoléonienne dans la mémoire collective nationale.

Sudhir HAZAREESINGH est Fellow de la British Academy et enseigne à Balliol College, à l’université d’Oxford. Il a publié plusieurs livres sur la culture politique française. En 2006 La Légende de Napoléon (Tallandier) a été doublement couronnée par le grand prix du Mémorial d’Ajaccio et le prix d’histoire de la Fondation Napoléon. Traduit de l’anglais par Guillaume Villeneuve.