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Dans cette campagne et dans la suivante, les bulletins cessent d’être numérotés. Les nouvelles étaient adressées à l’Impératrice.

N8438959_JPEG_1_1DMhttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84389593.r=campagne+de+saxe.langFR

1. Extrait du Moniteur, du 4 avril 1813.

SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU 30 MARS.

La garnison de Dantzick avait délogé l’ennemi de toutes les hauteurs d’Oliva, dans les premiers jours de mars. Les garnisons de Thorn et de Modlin étaient dans le meilleur état. Le corps qui bloquait Zamosc s’en était éloigné. Sur l’Oder, les places de Stettin, Custrin el Glogau n’étaient pas assiégées. L’ennemi se tenait hors de la portée du canon de ces forteresses. La garnison de Stettin avait brûlé tous les faubourgs et préparé tout le terrain autour de la place. La garnison de Spandau avait également brûlé tout ce qui pouvait gêner la défense de la place. Sur l’Elbe, le 17, on avait fait sauter une arche du pont de Dresde, et le général Durutte avait pris position sur la rive gauche. Les Saxons s’étaient portés autour de Torgau. Le vice-roi était parti de Leipsick, et avait porté, le 21, son quartier-général à Magdebourg. Le général Lapoype commandait à Vittenberg le pont et la place, qui étaient armés et approvisionnés pour plusieurs mois. On l’avait remise en bon état. Arrivé à Magdebourg, le vice-roi avait envoyé le 22 le général Lauriston sur la rive droite de l’Elbe. Le général Maison s’était porté à Mockern et avait poussé des postes sur Burg et sur Ziczar ; il n’a trouvé que quelques pulks de troupes légères, qu’il a culbutés et sur lesquels il a pris ou tué une soixantaine d’hommes. Le 12, le général Carra Saint-Cyr, commandant la 32e division militaire, avait jugé convenable de repasser sur la rive gauche de l’Elbe, et de laisser Hambourg à la garde des autorités et des gardes nationales. Du 15 au 20, différentes insurrections se manifestèrent dans Les départements des Bouches de l’Elbe et de l’Ems. Le général Morand, qui occupait la Poméranie suédoise, ayant appris l’évacuation de Berlin, faisait sa retraite sur Hambourg. Il passa l’Elbe à Zollenpischer, et le 17, il fit sa jonction avec le général Carra Saint-Cyr. Deux cents hommes de troupes légères ennemies ayant atteint son arrière-garde, il Ies fit charger et leur tua quelques hommes. Le général Morand se posta sur la rive gauche, et le général Saint-Cyr se dirigea sur Brême. Le 24, le général Saint-Cyr fit partir deux colonnes mobiles, pour se porter sur les batteries de Calsbourg et de Blexen, que des contrebandiers aidés des paysans et de quelques débarquements anglais avaient enlevées. Ces colonnes ont mis les insurgés en déroute et repris les batteries. Les chefs ont été pris et fusillés. Les Anglais débarqués n’étaient qu’une centaine ; on n’a pu leur faire que 40 prisonniers. Le vice-roi avait réuni toute son armée, forte de 100,000 hommes et de 300 pièces de canon, autour de Magdebourg, manœuvrant sur les deux rives.Le général de brigade Montbrun, qui, avec une brigade de cavalerie, occupait Steindal, ayant appris que l’ennemi avait passé le bas Elbe dans des bateaux près de Werden, s’y porta le 28, chassa les troupes légères de l’ennemi, et entra dans Werden au galop. Le 4e de lanciers exécuta une charge à fond dans laquelle il tua une cinquantaine de cosaques et en prit douze. L’ennemi se hâta de regagner la rive droite de l’Elbe. Trois gros bateaux furent coulés bas, et quelques barques chavirèrent ; elles pouvaient être chargées de 60 chevaux et d’un pareil nombre d’hommes. On a pu sauver dix-sept cavaliers, parmi lesquels se sont trouvés deux officiers dont un aide-de-camp du général Dornberg, qui commandait cette colonne. Il paraît qu’un Corps de troupes légères, d’un millier de chevaux, de 2,000 hommes d’infanterie et de six pièces de canon, est parvenu à se diriger du côté de Brunswick, pour exciter à la révolte le Hanovre et le royaume de Westphalie. Le roi de Westphalie s’est mis à la poursuite de ce corps, et d’autres colonnes envoyées par le vice-roi arrivent sur ses derrières. Quinze cents hommes de troupes légères ennemies ont passé l’Elbe le 27, près de Dresde, sur des batelets. Le général Durutte marche sur eux. Les Saxons avaient laissé ce point dégarni, en se groupant autour de Torgau. Le prince de la Moskwa était arrivé le 26 avec son quartier-général et son corps d’armée à Wurtzbourg ; son avant-garde débouchait des montagnes de la Thuringe. Le duc de Raguse a porté le 22 mars son quartier-général à Hanau ; ses divisions s’y réunissaient. Au 30 mars, l’avant-garde du corps d’observation d’Italie était arrivée à Augsbourg. Tout le corps traversait le Tyrol. Le 27, le général Vandamme arrivait de sa personne à Brême. Les divisions Dumonceau et Dufour avait déjà dépassé Wesel. Indépendamment de l’armée du vice-roi, des armées du Mein et du corps du roi de Westphalie, il y aura dans la première quinzaine d’avril, près de 50,000 hommes dans la 32e division militaire, afin de faire un exemple sévère des insurrections qui ont troublé cette division. Le comte de Bentink, maire de Varel, a eu l’infamie de se mettre à la tête des révoltés. Ses propriétés seront confisquées, et il aura, par sa trahison, consommé à jamais la ruine de sa famille. Pendant tout le mois de mars, il n’y a eu aucune affaire. Dans toutes ces escarmouches, dont celle du 28 ( à Werden ) est, de beaucoup, la plus considérable, l’armée française a toujours eu le dessus.

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2. Extrait du Moniteur, du 15 avril 1813.

S. M. l’Empereur est parti aujourd’hui à une heure du matin pour Mayence.

SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU 5 AVRIL.

Les nouvelles de Dantzick étaient satisfaisantes. La nombreuse garnison a formé des camps en-dehors. L’ennemi se tenait éloigné de la place, et ne paraissait pas en disposition de rien tenter. Deux frégates anglaises s’étaient fait voir devant la place. A Thorn, il n’y avait rien de nouveau. On y avait mis le temps à profit pour améliorer les fortifications. L’ennemi n’avait que très peu de forces devant Modlin ; le général Daendels en a profité pour faire une sortie, a repoussé le corps ennemi, et s’est emparé d’un gros convoi, où il y avait entr’autres 5010 bœufs. La garnison de Zamosc est maîtresse du pays à six lieues à la ronde, l’ennemi n’observant cette place qu’avec quelque cavalerie légère. Le général Frimont et le prince Poniatowski étaient toujours dans la même position sur la Pilica. Stettin, Custrin et Glogau étaient dans le même état. L’ennemi paraissait avoir des projets sur Glogau dont le blocus était resserré. Le corps ennemi qui, le 27 mars, a passé l’Elbe a Werden, et dont l’arrière-garde a été défaite le 28 par le général Montbrun, et jetée dans la rivière s’était dirigé sur Lunebourg. Le 26, le général Morand partit de Brême, et se porta sur Lunebourg, où il arriva le 1er avril. Les habitants soutenus par quelques troupes légères de l’ennemi, voulurent faire résistance ; les portes furent enfoncées à coups de canon, une trentaine de ces rebelles passés par les armes, et la ville fut soumise. Le 2, le corps ennemi qu’on supposait de 3 à 4000 hommes, cavalerie, infanterie et artillerie, se présenta devant Lunebourg. Le général Morand marcha à sa rencontre avec sa colonne, composée de 800 Saxons, et 200 Français, avec une trentaine de cavaliers et quatre pièces de canon. La canonnade s’engagea. L’ennemi avait été forcé de quitter plusieurs positions, lorsque le général Morand fut tué par un boulet. Le commandement passa à un colonel saxon. Les troupes, étonnées de la perte de leur chef, se replièrent dans la ville ; et après s’y être défendues pendant une demi-journée, elle capitulèrent le soir. L’ennemi fit ainsi prisonniers ; 700 Saxons et 200 Français. Une partie des prisonniers ont été repris. Le lendemain, le général Montbrun, commandant l’avant-garde du corps du prince d’Eckmülh, arriva a Lunebourg. L’ennemi, instruit de son approche, avait évacué la ville en toute hâte et repassé l’Elbe. Le prince d’Eckmülh, arrivé le 4, a forcé l’ennemi à retirer tous ses partis de la rive gauche de l’Elbe, et a fait occuper Stade. Le 5, le général Vandamme avait réuni à Brême les divisions Saint-Cyr et Dufour. Le général Dumonceau, avec sa division, était à Minden. Le vice-roi a rencontré, le 2 avril, une division prussienne en avant de Magdebourg sur la rive droite de l’Elbe, l’a culbutée, l’a poursuivie l’espace dé plusieurs lieues, et lui a fait quelques centaines de prisonniers. La brigade bavaroise, qui fait partie de la division du général Durutte, a eu, le 29 mars, une affaire a Coldiz avec la cavalerie ennemie. Cette infanterie a repoussé toutes les charges que l’ennemi à tentées sur elle, et lui a tué plus de cent hommes, parmi lesquels on a reconnu un colonel et plusieurs officiers. La perte des Bavarois n’a été que de 16 hommes blessés. Depuis lors le général Durutte a continué son mouvement sans être inquiété, pour se porter sur la Saal à Bernbourg. Un détachement de cavalerie ennemie était entré le 5 dans Leipsick. Le duc de Bellune était en observation à Calbe et Bernbourg sur la Saale.

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3. Extrait du Moniteur du 16 avril 1813 

SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU 10 AVRIL.

Le 5, la 35e division, commandée par le général Grenier, a eu une affaire d’avant-poste sur la rive droite de l’Elbe, à 4 lieues de Magdebourg. Quatre bataillons de cette division seulement ont été engagés. L’infanterie a montré son intrépidité ordinaire, et l’ennemi a été repoussé. Le 7, le vice-roi étant instruit que l’ennemi avait passé l’Elbe à Dessau, a envoyé le 5e corps et une partie du 11e pour appuyer le 2e corps, commandé par le duc de Bellune. Lui-même il s’est porté à Stassfurt, ou son quartier-général était le 9, et il 9 réuni son.armée sur la Saale, la gauche à l’Elbe, la droite appuyée aux montagnes du Harlz, et la réserve à Magdebourg. Le prince d’Eckmülh, qui le 8 avait son quartier-général à Lunebourg, se mettait en marche pour se rapprocher de Magdebourg. L’artillerie des divisions du général Vandamme arrivait à Brême et à Minden. La tête d’un corps composé de deux divisions, qui doit prendre position à Wezel sous les ordres du général Lemarrois, commençait à arriver. Le 10, le général Souham avait envoyé un régiment à Erfurt, où on n’avait pas encore de nouvelles des troupes légères de l’ennemi. Le duc de Raguse prenait position sur les hauteurs d’ Eisenach. L’armée française du Mein paraissait en mouvement dans différentes directions. Le prince de Neufchâtel était attendu à Mayence. Une partie de l’état-major de l’Empereur y était arrivée, ce qui faisait présumer l’arrivée prochaine de ce souverain.

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4. Extrait du Moniteur du 17 avril 1813.

S. M. l’Empereur est passé ce matin a Metz, vingt-sept heures après son départ de Paris.

5. Extrait du Moniteur du 21 avril 1813.

S. M. l’Empereur est arrivé à Mayence le 16 de ce mois, à minuit.

6. Extrait du Moniteur du 24 avril 1813.

Mayence, lé 18 avril au soir.

S. M. l’Empereur n’est point sorti dans la journée du 17 ; il a reçu le grand-duc de Bade, le prince de Hesse-Darmstadt et le duc de Nassau. M. le comte de Saint-Marsan et M. le baron de Nicolay lui ont été présentés. Le 18 après la messe, S. M. a reçu les autorités du département. S. M. est ensuite montée à cheval elle a parcouru Cassel, le nouveau fort Montebello, les marais de Monbach et le fort Meunier. A cinq heures, l’Empereur a reçu le prince-primat, grand-duc de Francfort. Le grand-duc et la grande-duchesse de Bade, le prince-primat, les princes de Hesse-Darmstadt et le duc de Nassau, ont eu l’honneur de dîner avec Sa Majesté.

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7. Extrait du Moniteur du 26 avril 1813.

SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU 20 AVRIL.

Dantzick, Thorn, Modlin, Zamosk., étaient dans le même état. Stettin, Custrin, Glogau, Spandau, n’étaient que faiblement bloqués. Magdebourg était le point de réserve du vice-roi. Vittemberg et Torgau étaient en bon état. La garnison de Vittemberg avait repoussé l’attaque de vive force. Le général Vandamme était en avant de Brême ; le général Sébastiani entre Celle et le Wezer ; le vice-roi dans la même position, la gauche sur l’Elbe, à l’embouchure de la Saale, et la droite au Hartz, occupant Bernbourg, sa réserve à Magdebourg. Le prince de la Moskwa était à Erfurt ; le duc de Raguse à Gotha, occupant Langen-Saltza ; le duc d’Istrie à Eisenach ; le comte Bertrand à Cobourg. Le général Souham était à Weymar. La ville avait été occupée par 300 hussards prussiens, qui furent éparpillés dans la journée du 19 par un escadron du 10e de hussards, et un escadron badois, sous les ordres du général Laboissière. On leur a pris soixante hussards et quatre officiers, parmi lesquels se trouve un aide-de-camp du général Blucher.

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8. Extrait du Moniteur du 28 avril 1813.

Mayence, le 24 avril 1813.

S. M. l’Empereur a passé, le 22 du mois, la revue de quatre beaux régiments de la vieille garde ; il a témoigné sa satisfaction du bel état de ces troupes ; elles sont arrivées à Mayence en poste, et n’ont mis que six jours pour faire la route ; elles étaient si peu fatiguées, qu’elles ont passé le Rhin sur-le-champ. Le général Curial est arrivé à Mayence avec les cadres des douze nouveaux régiments de la jeune garde qui s’organisent en cette ville. Toutes les fournitures destinées à l’équipement de ces troupes sont arrivées à Mayence par les transports accélérés. Le duc de Castiglione a été nommé gouverneur militaire des grands-duchés de Francfort et de Wurtzbourg. La citadelle de Wurtzbourg a été armée et approvisionnée. Les bruits qui avaient été répandus sur une prétendue défaite du général Sébastiani et sur la mort de ses aides-de-camp, sont faux et controuvés ; au contraire, se proposant d’attirer l’ennemi à lui, il ordonna au général Maurin d’évacuer Celle ; 1,200 cosaques s’y jetèrent sur-le-champ. Le 28 le général Maurin rentra précipitamment dans Celle, pêle-mêle avec l’ennemi, qui fut mis dans une déroute complète, et perdit une cinquantaine de tués, grand nombre de blessés et une centaine de prisonniers. Pendant ce temps, le général Sébastiani se portait sur Ueltzen, il chassa de Gros-OEsingen un parti de 600 cosaques, qui se reploya sur Sprakenselh, où l’ennemi avait réuni 1,500 cavaliers. Le général Sébastiani les fit aussitôt charger et enfoncer ; on leur a tué vingt-cinq hommes, blessé beaucoup plus, et pris une vingtaine de cosaques ; les fuyards ont été poursuivis jusque près d’Ueltzen. Le général Vandamme commande à Bremen ; il a sous ses ordres les trois divisions Dufour, Saint-Cyr et Dumonceau. L’effervescence des esprits se calme dans la 32e division militaire ; la quantité de force qu’on voit arriver de tous côtés, les exemples sévères qu’on a faits sur les chefs des complots, mais surtout le peu de monde que l’ennemi a pu montrer sur ce point, ont comprimé la malveillance. Le duc de Reggio est parti le 23 de Mayence pour prendre le commandement du 12e corps de la Grande-Armée. Au 24. la plus grande partie de l’armée avait passé les montagnes de la Thuringe. Le roi de Saxe ayant jugé convenable de s’approcher le plus possible, de Dresde, s’est porté sur Prague. S. M. l’Empereur est parti le 24, à huit heures du soir, de Mayence.Le duc de Dalmatie a repris les fonctions de colonel-général de la Garde. S. M. a envoyé à Wetzlar le duc de Trévise pour organiser le corps polonais du général Dombrowski, et en former deux régiments d’infanterie, deux régiments de cavalerie et deux batteries d’artillerie. S. M. a pris ce corps à sa solde depuis le 1er janvier. Le prince d’Eckmülh s’est rendu dans la 32e division militaire, pour y exercer, vu les circonstances, les pouvoirs extraordinaires délégués par le sénatus-consulte du 3 avril.

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9. Extrait du Moniteur du 3 mai 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes de la situation de l’armée au 25 avril. La place de Thorn a capitulé : la garnison retourne en Bavière ; elle était composée de 600 Français et de 2700 Bavarois : dans ce nombre de 3300 hommes, 1200 étaient aux hôpitaux. Aucun préparatif n’annonçait encore le commencement du siège de Dantzick : la garnison était en bon état et maîtresse des dehors. Modlin et Zamosk n’étaient point sérieusement inquiétés. A Stettin, un combat très vif avait eu lieu. L’ennemi, ayant voulu s’introduire entre Stettin et Dam, avait été culbuté dans les marais, et 1500 Prussiens y avaient été tués ou pris. Une lettre reçue de Glogau faisait connaître que cette place, au 12 avril, était dans le meilleur état. Il n’y avait rien de nouveau à Custrin. Spandau était assiégé : un magasin à poudre y avait sauté, et l’ennemi ayant cru pouvoir profiter de cette circonstance pour donner l’assaut, avait été repoussé après avoir perdu 1000 hommes tués ou blessés. Ou n’a point fait de prisonniers, parce qu’on était séparé par des marais. Les Russes ont jeté des obus dans Wittenberg, et brûlé une partie de la ville. Ils ont voulu tenter une attaque de vive force qui ne leur a point réussi. Ils y ont perdu 5 à 600 hommes. La position de l’armée russe paraissait être la suivante : un corps de partisans, commandé par un nommé Dornberg qui, en 1809, était capitaine des gardes du roi de Westphalie, et qui le trahit lâchement, était à Hambourg et faisait des courses entre l’Elbe et le Weser. Le général Sébastiani était parti pour lui couper l’Elbe. Les deux corps prussiens des généraux Lecoq et Blucher paraissaient occuper, le premier, la rive droite de la Basse-Saale ; le second, la rive droite de la Haute-Saale. Les généraux russes Wintzingerode et Wittgenstein occupaient Leipsick ; le général Barclay de Tolly était sur la Vistule, observant Dantzick ; le général Saken était devant le corps autrichien, dans la direction de Cracovie, sur la Pilica. L’empereur Alexandre avec la garde russe, et le général Kutusow ayant une vingtaine de mille hommes, paraissaient être sur l’Oder ; ils s’étaient fait annoncer à Dresde pour le 12 avril, ils s’y étaient fait depuis annoncer pour le 20 : aucune de ces annonces ne s’est réalisée. L’ennemi paraissait vouloir se maintenir sur la Saale. Les Saxons étaient dans Torgau. Voici la position de l’armée française : Le vice-roi avait son quartier-général à Mansfeld, la gauche appuyée à l’embouchure de la Saale, occupant Calbe et Bernbourg, où est le duc de Bellune. Le général Lauriston avec le 5e corps, occupait Asleben, Sondersleben et Gerbstet. La 31e division était sur Eisleben, la 36e et la 35e étaient en arrière en réserve. Le prince de la Moskwa avait son corps en avant de Weimar. Le duc de Raguse était à Gotha ; le 4e corps, commandé par le général Bertrand, était à Saalfeld, le 12e corps, sous les ordres du duc de Reggio, arrivant à Cobourg. La garde est à Erfurt, où l’Empereur est arrivé le 25 à onze heures du soir. Le 26, S. M. a passé la revue de la garde, et a visité les fortifications de la ville et la citadelle. Elle a fait désigner des locaux pour y établir des hôpitaux qui puissent contenir 6000 malades ou blessés, ayant ordonné qu’Erfurt serait la dernière ligne d’évacuation. Le 27, l’Empereur a passé en revue la division Bonnet, faisant partie du 6e corps aux ordres du duc de Raguse. Toute l’armée paraissait en mouvement : déjà tous les partis que l’ennemi avait sur la rive gauche de la Saale se sont reployés. Trois mille hommes de cavalerie s’étaient portés sur Nordhausen pour pénétrer dans le Hartz, et un autre parti sur Heiligenstadt pour menacer Cassel : tout cela s’est reployé avec précipitation, en laissant des malades, des blessés, et des traînards qui ont été faits prisonniers. Depuis les hauteurs d’Ebersdorf jusqu’à l’embouchure de la Saale, il n’y a plus d’ennemis sur la rive gauche. La jonction entre l’armée de l’Elbe et l’armée du Mein doit s’opérer le 27 entre Naumbourg et Mersebourg.

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10. Extrait du Moniteur du 4 mai 1813.

S. M. Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes de la situation de l’armée au 28 avril.

Le quartier -général de l’Empereur était le 28 à Naumbourg : le prince de la Moskwa avait passé la Saale. Le général Souham avait culbuté une avant-garde de 2000 hommes qui avait voulu s’opposer au passage de la rivière. Tout le corps du prince de la Moskwa était en bataille au delà de Naumbourg. Le général Bertrand occupait Jéna et avait son corps rangé sur le fameux champ de bataille d’Jena. Le duc de Reggio avec le 12e corps arrivait à Saalfeldt. Le vice-roi débouchait par Halle et Mersebourg. Le général Sébastiani s’était porté, le 24, sur Velzen : il avait culbuté un corps de 4000 aventuriers commandés par le général russe Czernicheff : il avait dispersé son infanterie ; il avait pris une partie de ses bagages et son artillerie, et le poursuivait l’épée dans les reins sur Lunebourg.

A. S. A. I. le prince vice-roi.

Thorn, le 17 avril 1813.

Monseigneur, Je dois rendre compte à V. A. I. que par suite des attaques de l’ennemi, et de la réduction de la garnison par l’effet des maladies, j’ai été obligé de rendre la place de Thorn au corps d’armée russe commandé par le général Barclay de Tolly. La copié ci-jointe de la capitulation en fait connaître les conditions. L’armée russe, après avoir dirigé une première attaque sur la rive gauche de la Vistule contre le château Dibow, pendant les journées des 5, 6, 7 et 8 de ce mois, a ouvert la tranchée devant la place dans la nuit du 8 au 9, et il était parvenu le 15 au matin à établir ses batteries à 200 toises des ouvrages. Ne pouvant point défendre tous les ouvrages avancés, n’ayant pas assez de monde pour former des réserves dans l’enceinte en terre, ni pour garder l’enceinte intérieure en maçonnerie, j’ai cru que je devais, n’ayant point l’espoir d’être secouru, entrer en négociation et obtenir le retour de la garnison en Allemagne sous la condition de pouvoir reprendre les armes à la fin de la campagne. Malgré tous les travaux que le génie a exécutés pour mettre Thorn en état de défense, et les bonnes dispositions prises par l’artillerie, qui a lutté pendant six jours avec avantage contre les batteries ennemies, il aurait été de toute impossibilité de se défendre plus longtemps sans courir le risque de voir l’enceinte en terre enlevée de vive force ; car, les avant-postes repoussés, la place se trouvait accessible sur plusieurs points. Les journaux de défense rédigés par le chef de l’état-major et par les commandants du génie et de l’artillerie, rendront compte de tous les événements, et je dois me borner à indiquer les raisons qui m’ont fait croire que je ne devais point songer à prolonger la défense pour ne pas compromettre inutilement la garnison. La garnison se trouve avoir dans le moment actuel 1877 hommes malades ou convalescents, elle a perdu par les maladies ou les différentes affaires qui ont eu lieu, environ 600 hommes ; elle n’a en effectif que 135 officiers et 1673 sous-officiers et soldats. Demain la garnison part pour se rendre par Posen sur les limites de la Bavière. Je vous prie, Monseigneur, de m’adresser des ordres pour connaître les directions que les troupes doivent prendre une fois arrivées dans la ligne occupée par l’armée française et alliée, et pour ce qui me concerne, afin de pouvoir rendre compte de tous les événements du siège.

Je suis, etc. Signé, le général gouverneur de Thorn, Baron DE MAUREILLAN.

CAPITULATION.

Quoique les travaux des assiégeants soient déjà trop avancés et les fortifications de la ville e Thorn trop endommagées par le feu des batteries de la tranchée pour faire espérer à la garnison de pouvoir faire encore une longue résistance, cependant, par égard pour sa valeur, le général Barclay de Tolly, commandant le corps russe assiégeant Thorn, lui accorde la capitulation suivante, dont les articles ont déjà été convenus entre S. Exc. M. le lieutenant-général russe Sabaneew et M. le chef de bataillon Delaroche, chef d’état-major du gouvernement de Thorn.

Art. 1er. Après-demain 6 (18) avril, à dix heures du matin, la garnison déposera les armes à l’arsenal de Thorn, et sortira de la ville par la porte de Culm.

2. MM. les généraux et les officiers conserveront leurs épées.

3. Tous les généraux, officiers, soldats et employés de la garnison de Thorn conserveront leurs équipages.

4. La garnison s’engage à ne point servir contre la Russie et tous ses alliés, pendant tout le courant de cette campagne de l’année 1813.

5. On fixera à la garnison le chemin le plus court pour retourner en Bavière.

6. L’intendant de l’armée russe se chargera de fournir à la garnison les vivres et fourrages dans les pays déjà occupés par les troupes russes.

7. Il sera fourni à la garnison dans les mêmes pays, le nombre nécessaire de chariots pour le transport des bagages.

8. Les officiers et soldats polonais de la garnison recevront des passeports pour retourner dans leurs foyers, chacun séparément, en s’engageant à ne plus servir contre la Russie ni contre ses alliés.

9. Aussitôt que la capitulation aura été signée les troupes russes occuperont l’ancienne porte de Thorn et le bastion qui se trouve à sa droite.

10. Deux heures après l’entrée des troupes russes dans la ville, elles occuperont la grand’garde et mettront les sentinelles à tous les magasins de vivres et de munitions de guerre.

11. Toute l’artillerie de la forteresse et toutes les munitions de guerre seront remises à M. de VeseIitsky, colonel de l’artillerie impériale russe.

12. Les plans et les cartes qui n’appartiennent pas aux particuliers, seront remis à M. de Gaulkovins, capitaine du corps du génie russe.

13. Toutes les provisions de bouche et autres seront remises à un officier qui sera nommé à cet effet par le général Barclay de Tolly.

14. Le général russe Barclay de Tolly donne de son côté, pour otage de la capitulation, le lieutenant-colonel d’artillerie Zasiadka et le lieutenant des hussards des gardes impériales Mauzemzors.

15. On prendra les mesures nécessaires pour le soin des malades et blessés de la garnison : une fois rétablis, ils seront traités conformément aux art. 2, 3, 4,5,6, 7 et 8.

16. M. le gouverneur de Thorn peut envoyer un officier, pour rendre compte de la reddition de la place au prince vice-roi d’Italie.

Pour copie conforme : Le général gouverneur de Thorn, Signé, le baron MAUREILLAN.

Erfurt, te 27 avril 1813.

Le prince de Weymar s’est présenté ce matin au lever de S. M. l’Empereur. Les deux princes de Saxe-Gotha seront présentes a midi. Ces princes ont eu l’honneur de dîner avec Sa Majesté.

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11. Extrait du Moniteur du 5 mai 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées au 3o avril. Le 29, l’Empereur avait porté son quartier-général à Naumbourg. Le prince de la Moskwa s’était porté sur Weissenfels. Son avant-garde, commandée par le général Souham, arriva près de cette ville à deux heures après-midi, et se trouva en présence du général russe Lanskoi, commandant une division de 6 à 7000 hommes de cavalerie, d’infanterie et d’artillerie. Le général Souham n’avait pas de cavalerie ; mais sans en attendre il marcha à l’ennemi et le culbuta de ses différentes positions. L’ennemi démasqua 12 pièces de canon ; le général Souham en fit mettre un pareil nombre en batterie. La canonnade devint vive et fit des ravages dans les rangs russes qui étaient à cheval et à découvert, tandis que nos pièces étaient soutenues par des tirailleurs placés dans des ravins et dans des villages. Le général de brigade Chemineau s’est fait remarquer. L’ennemi essaya plusieurs charges de cavalerie : notre infanterie le reçut en carré et par un feu de file qui couvrit le champ de bataille de cadavres russes et de chevaux. Le prince de la Moskwa dit qu’il n’a jamais vu à la fois plus d’enthousiasme et de sang-froid dans l’infanterie, Nous entrâmes dans Weissenfels ; mais voyant que l’ennemi voulait tenir près de la ville, l’infanterie marcha à lui au pas de charge, les schakos au bout des fusils et aux cris de vive l’Empereur! La division ennemie se mit en retraite. Notre perte en tués et blessés a été d’une centaine d’hommes. Le 27, le comte Lauriston s’était porté sur Wettin, où l’ennemi avait un pont. Le général Maison fit placer une batterie qui obligea l’ennemi à brûler le pont, et il s’empara de la tête de pont que l’ennemi avait construite. Le 28, le comte Lauriston se porta vis-à-vis Hall, où un corps prussien occupait une tête de pont, culbuta l’ennemi et l’obligea d’évacuer cette tête de pont et de couper le pont. Une canonnade très vive s’en était suivie d’une rive à l’autre. Notre perte a été de 67 hommes ; celle de l’ennemi a été bien plus considérable. Le vice-roi avait ordonné au maréchal duc de Tarente de se porter sur Mersebourg. Le 29, à 4 heures après-midi, ce-maréchal arriva devant cette ville ; il y trouva 2000 Prussiens qui voulurent s’y défendre ; ces Prussiens étaient du corps d’Yorck, de ceux mêmes que le maréchal commandait en chef et qui l’avaient abandonné sur le Niémen. Le maréchal entra de vive force, leur tua du monde, leur fit 200 prisonniers, parmi lesquels se trouve un major, et s’empara de la ville et du pont. Le comte Bertrand avait, le 29, son quartier-général à Dornbourg, sur la Saale, occupant par une de ses divisions le pont d’Jéna. Le duc de Raguse avait son quartier-général à Koesen sur la Saale ; le duc de Reggio avait son quartier-général à Saalfeld sur la Saale. Ce combat de Weissenfels est remarquable parce que c’est une lutte d’infanterie et de cavalerie en égal nombre et en rase plaine, et que l’avantage y est resté à notre infanterie. On a vu de jeunes bataillons se comporter avec autant de sang-froid et d’impétuosité que les plus vieilles troupes. Ainsi, pour début de cette campagne, l’ennemi est chassé de tout ce qu’il occupait sur la rive  gauche de la Saale ; nous sommes maîtres de tous les débouchés de cette rivière ; la jonction entre les armées de l’Elbe et du Mein est opérée, et les villes importantes de Naumbourg, de Weissenfels et de Mersebourg ont été occupées de vive force.

Weimar, le 30 avril 1813.

S. M. l’Empereur et Roi a passé ici le 28 à deux heures après-midi. Le duc de Weymar et le prince Bernard avaient été à sa rencontre jusqu’aux limites du territoire. S. M. est descendue au palais et s’est entretenue près de deux heures avec la duchesse ; après quoi S. M. est montée à cheval pour se rendre à six lieues d’ici, à Eckarsberg, où était son quartier-général. Les princes ayant reconduit S. M. jusque-là, ont eu l’honneur d’y diner le soir avec elle à son quartier-général. La quantité de troupes qui passe ici est innombrable. Jamais on n’a vu de plus beaux trains d’artillerie ni de convois d’équipages militaires en meilleur état.

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12. Extrait du Moniteur du 8 mai 1813.

SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU 1er MAI.

L’Empereur avait porté son quartier-général à Weissenfels ; le vice-roi avait porté le sien à Morsebourg ; le général Maison était entré à Halle ; le duc de Raguse avait son quartier-général à Naumbourg, ; le comte Bertrand était à Stohssen ; le duc d. Reggio avait son quartier-général à Jéna. Il a beaucoup plu dans la journée du 30 : 1er mai, le temps était meilleur. Trois ponts avaient été jetés sur la Saale, à Weissenfels : des ouvrages de campagne avaient été commencés à Naumbourg, et trois ponts jetés sur la Saale. Quinze grenadiers du 13e de ligne se trouvant entre Saalfeld et Jéna, furent entourés par 95 hussards prussiens. Le commandant, qui était un colonel, s’avança en disant : Français, rendez-vous! Le sergent l’ajusta et le jeta par terre roide mort. Les autres grenadiers se pelotonnèrent, tuèrent sept Prussiens ; et les hussards s’en allèrent plus vite qu’ils n’étaient venus. Les différents partis de la vieille Garde se sont réunis à Weissenfels ; le général de division Roguet les commande. L’Empereur a visité tous les avant-postes : malgré le mauvais temps, S. M. jouit d’une très bonne santé. Le premier coup de sabre qui a été donné à ce renouvellement de campagne, à Weymar, a coupé l’oreille au fils du général Blucher, général-major. C’est par un maréchal-des-logis du 10e de hussards que ce coup de sabre a été donné. Les habitants de Weymar ont remarqué que le premier coup de sabre donné dans la campagne de 1806 à Saalfeld, et qui a tué le prince Louis de Prusse, a été donné aussi par un maréchal-des-logis de ce même régiment.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes de la situation des armées au 2 mai à neuf heures du matin ; Le 1er mai, l’Empereur monta à cheval à neuf heures du matin, avec le prince de la Moskwa et le général Souham. La division Souham se mit en mouvement vers la belle plaine qui commence sur les hauteurs de Weissenfels et s’étend jusqu’à l’Elbe. Cette division se forma en quatre carrés de quatre bataillons chacun, chaque carré à 500 toises l’un de l’autre, et ayant quatre pièces de canon. Derrière les carrés se plaça la brigade de cavalerie du général Laboissière, sous les ordres du comte de Valmy qui venait d’arriver. Les divisions Gérard et Marchand venaient derrière en échelons et formées de la même manière que la division Souham. Le maréchal duc d’Istrie tenait la droite avec toute la cavalerie de la Garde. A onze heures, ces dispositions faites, le prince de la Moskwa, en présence d’une nuée de cavalerie ennemie qui couvrait la plaine, se mit en mouvement sur le défilé de Poserna. On s’empara de différents villages sans coup férir. L’ennemi occupait, sur les hauteurs du défilé, une des plus belles positions qu’on puisse voir ; il avait six pièces de canon, et présentait trois lignes de cavalerie. Le premier carré passa le défilé au pas de charge et aux cris de vive l’Empereur longtemps prolongés sur toute la ligne. On s’empara de la hauteur. Les quatre carrés de la division Souham dépassèrent le défilé. Deux autres divisions de cavalerie vinrent alors renforcer l’ennemi avec vingt pièces de canon. La canonnade devint vive ; l’ennemi ploya partout : la division Souham se dirigea sur Lutzen ; la division Gérard prit la direction de la route de Pegau. L’Empereur voulant renforcer les batteries de cette dernière division, envoya douze pièces de la garde sous les ordres de son aide-de-camp le général Drouot, et ce renfort fit merveille. Les rangs de la cavalerie ennemie furent culbutés par la mitraille. Au même moment, le vice-roi débouchait de Mersebourg, avec le 11e corps, commandé par le duc de Tarente, et le 5e commandé par le général Lauriston : le corps du général Lauriston tenait la gauche sur la grande route de Mersebourg à Leipsick ; celui du duc de Tarente, où était le vice-roi, tenait la droite. Le vice-roi ayant entendu la vive canonnade qui avait lieu près de Lutzen, fit un mouvement à droite, et l’Empereur se trouva presqu’au même moment au village de Lutzen. La division Marchand, et successivement les divisions Brenier et Ricard passèrent le défilé ; mais l’affaire était décidée quand elles entrèrent en ligne. Quinze mille hommes de cavalerie ont donc été chassés de ces belles plaines, à peu près par un pareil nombre d’infanterie. C’est le général Wintssingerode qui commandait ces trois divisions, dont une était celle du général Lanskoi ; l’ennemi n’a montré qu’une division d’infanterie. Devenu plus prudent par le combat de Weissenfels, et étonné du bel ordre et du sang-froid de notre marche, l’ennemi n’a osé aborder d’aucune part l’infanterie, et il a été écrasé par notre mitraille. Notre perte se monte à 33 hommes tués et 55 blessés, dont un chef de bataillon. Cette perte pourrait être considérée comme extrêmement légère, en comparaison de celle de l’ennemi qui a eu 3 colonels, 30 officiers et 400 hommes tués ou blessés, outre un grand nombre de chevaux ; mais par une de ces fatalités dont l’histoire de la guerre est pleine, le premier coup de canon qui fut tiré dans cette journée, coupa le poignet au duc d’Istrie, lui perça la poitrine, et le jeta roide mort. Il s’était avancé à 500 pas du côté des tirailleurs pour bien reconnaître la plaine. Ce maréchal qu’on peut à juste titre nommer brave et juste, était recommandable autant par son coup-d’œil militaire, par sa grande expérience de l’arme de la cavalerie, que par ses qualités civiles et son attachement à l’Empereur. Sa mort sur le champ d’honneur est la plus digne d’envie ; elle a été si rapide qu’elle a du être sans douleur. Il est peu de pertes qui pussent être plus sensibles an cœur de l’Empereur ; l’armée et La France entière partageront la douleur que S. M. a ressentie. Le duc d’Istrie, depuis les premières campagnes d’Italie, c’est-à-dire depuis 16 ans, avait toujours, dans différents grades, commandé la garde de l’Empereur qu’il avait suivi dans toutes ses campagnes et à toutes ses batailles. Le sang-froid, la bonne volonté et l’intrépidité des jeunes soldats étonne les vétérans et tous les officiers : c’est le cas de dire qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années. S. M. a eu dans la nuit du 1er au 2 mai son quartier-général à Lutzen ; le vice-roi avait son quartier-général à Markrandsted ; le général Lauriston était à Kiebersdorf ; le prince de la Moskwa avait son quartier-général à Kaya, et le duc de Raguse avait le sien à Poserna. Le général Bertrand était à Stohssen ; le duc de Reggio en marche sur Naumbourg. A Dantzick la garnison a obtenu de grands avantages et fait une sortie si heureuse qu’elle a fait prisonnier un corps de 3000 Russes. La garnison de Wittemberg paraît aussi s’être distinguée et avoir fait, dans une sortie, beaucoup de mal à l’ennemi. Une lettre en chiffres qui arrive en ce moment de la garnison de Glogau, est conçue en ces termes : “Tout va bien ; les Russes ont fait plusieurs tentatives sur celte place, ils ont été toujours repoussés avec beaucoup de perte ; 3 ou 4000 hommes nous bloquent, tantôt moins, tantôt plus. La tranchée a été ouverte pendant deux jours ; le feu de nos batteries les a forcés d’abandonner leur projet. Glogau, le 15 avril 1813. Signé, le général LAPLANE.”

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu des nouvelles de S. M. l’Empereur et Roi du champ de bataille, à deux lieues en avant de Lutzen, le 2 mai, à dix heures du soir, au moment où l’Empereur se jetait sur un lit de repos pour prendre quelques heures de sommeil. L’empereur fait connaître à S. M. qu’il a remporté la victoire la plus complète sur l’armée russe et prussienne, commandée en personne par l’empereur Alexandre et le roi de Prusse ; qu’on a tiré à cette bataille plus de cent cinquante mille coups de canon ; que les troupes s’y sont couvertes de gloire, et que malgré l’immense infériorité de cavalerie qu’avait l’armée française, la bonne volonté et le courage naturels aux Français ont suppléé à tout. L’ennemi était vivement poursuivi. Aucun maréchal, aucune personne composant la maison de l’Empereur n’a été tuée ni blessée.

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13. Extrait du Moniteur du 9 mai 1813.

S. M. l’Impératrice – Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes de l’armée : Les combats de Weissenfels et de Lutzen n’étaient que le prélude d’événements de la plus haute importance. L’empereur Alexandre et le roi de Prusse qui étaient arrivés à Dresde avec toutes leurs forces dans les derniers jours d’avril, apprenant que l’armée française avait débouché de la Thuringe, adoptèrent le plan de lui livrer bataille dans les plaines de Lutzen, et se mirent en marche pour en occuper la position ; mais ils furent prévenus par la rapidité des mouvements de l’armée française ; ils persistèrent cependant dans leurs projets, et résolurent d’attaquer l’armée pour la déposter des positions qu’elle avait prises. La position de l’année française au 2 mai, à neuf heures du matin, était la suivante : La gauche de l’armée s’appuyait à l’Elster ; elle était formée par le vice-roi, ayant sous ses ordres les 5e et 11e corps. Le centre était commandé par le prince de la Moskvva, au village de Kaïa. L’Empereur avec la jeune et la vieille garde était à Lutzen. Le duc de Raguse était au défilé de Poserna, et formait la droite avec ses trois divisions. Enfin le général Bertrand, commandant le 4e corps, marchait pour se rendre à ce défilé. L’ennemi débouchait et passait l’Elster aux ponts de Zwenkau, Pegau et Zeits. S. M. ayant l’espérance de le prévenir dans son mouvement, et pensant qu’il ne pourrait attaquer que le 3, ordonna au général Lauriston, dont le corps formait l’extrémité de la gauche, de se porter sur Leipsick, afin de déconcerter les projets de l’ennemi et de placer l’armée française, pour la journée du 3, dans une position toute différente de celle où les ennemis avaient compté la trouver et où elle était effectivement le 2, et de porter ainsi de la confusion et du désordre dans leurs colonnes. A neuf heures du matin, S. M. ayant entendu une canonnade du côté de Leipsick, s’y porta au galop. L’ennemi défendait le petit village de Listenau et les ponts en avant de Leipsick. S. M. n’attendait que le moment ou ces dernières positions seraient enlevées, pour mettre en mouvement toute sou armée dans cette direction, la faire pivoter sur Leipsick, passer sur la droite de l’Elster, et prendre l’ennemi à revers ; mais à dix heures, l’armée ennemie déboucha vers Kaïa, sur plusieurs colonnes d’une noire profondeur ; l’horizon en était obscurci. L’ennemi présentait des forces qui paraissaient immenses : l’Empereur fit sur-le-champ ses dispositions. Le vice-roi reçut l’ordre de se porter sur la gauche du prince de la Moskwa ; mais il lui fallait trois heures pour exécuter ce mouvement. Le prince de la Moskwa prit les armes, et avec ses cinq divisions soutint le combat, qui au bout d’une demi-heure devint terrible. S. M. se porta elle-même à la tête de la garde derrière le centre de l’armée, soutenant la droite du prince de la Moskwa. Le duc de Raguse, avec ses trois divisions, occupait l’extrême droite. Le général Bertrand eut ordre de déboucher sur les derrières de l’armée ennemie, au moment où la ligne se trouverait le plus fortement engagée. La fortune se plut à couronner du plus brillant succès toutes ces dispositions. L’ennemi, qui paraissait certain de la réussite de son entreprise, marchait pour déborder notre droite et gagner le chemin de Weissenfels. Le général Compans, général de bataille du premier mérite, à la tête de la 1re division du duc de Raguse, l’arrêta tout court. Les régiments de marine soutinrent plusieurs charges avec sang-froid, et couvrirent le champ de bataille de l’élite de la cavalerie ennemie. Mais les grands efforts d’infanterie, d’artillerie et de cavalerie, étaient sur le centre. Quatre des cinq divisions du prince de la Moskwa étaient déjà engagées. Le village de Kaïa fut pris et repris plusieurs fois. Ce village était resté au pouvoir de l’ennemi : le comte de Lobau dirigea le général Ricard pour reprendre le village ; il fut repris. La bataille embrassait une ligne de deux lieues couvertes de feu, de fumée et de tourbillons de poussière. Le prince de la Moskwa, le général Souham, le général Girard, étaient partout, faisaient face à tout. Blessé de plusieurs balles, le général Girard voulut rester sur le champ de bataille. Il déclara vouloir mourir en commandant et dirigeant ses troupes, puisque le moment était arrivé pour tous les Français qui avaient du cœur, de vaincre ou de mourir. Cependant, on commençait à apercevoir dans le lointain la poussière et les premiers feux du corps du général Bertrand. Au même moment le vice-roi entrait en ligne sur la gauche, et le duc de Tarente, attaquait la réserve de l’ennemi, et abordait au village où l’ennemi appuyait sa droite. Dans ce moment, l’ennemi redoubla ses efforts sur le centre ; le village de Kaïa fut emporté de nouveau ; notre centre fléchit ; quelques bataillons se débandèrent ; mais cette valeureuse jeunesse, à la vue de l’Empereur, se rallia en criant vive l’Empereur! S. M. jugea que le moment de crise qui décide du gain ou de la perte des batailles était arrivé : il n’y avait plus un moment à perdre. L’Empereur ordonna au duc de Trévise de se porter avec seize bataillons de la jeune garde au village de Kaïa, de donner tête baissée, de culbuter l’ennemi, de reprendre le village, et de faire main basse sur tout ce qui s’y trouvait. Au même moment, S. M. ordonna à son aide-de-camp le général Drouot, officier d’artillerie de la plus grande distinction, de réunir une batterie de 80 pièces, et de la placer en avant de la vieille garde, qui fut disposée en échelons comme quatre redoutes, pour soutenir le centre, toute notre cavalerie rangée en bataille derrière. Les généraux Dulauloy, Drouot et Devaux partirent au galop avec leurs 80 bouches à feu placées en un même groupe. Le feu devint épouvantable. L’ennemi fléchit de tous côtés. Le duc de Trévise emporta sans coup férir le village de Kaïa, culbuta l’ennemi et continua à se porter en avant en battant la charge. Cavalerie, infanterie, artillerie de l’ennemi, tout se mit en retraite. Le général Bonnet, commandant une division du duc de Raguse, reçut ordre de faire un mouvement par sa gauche sur Kaïa, pour appuyer les succès du centre. Il soutint plusieurs charges de cavalerie dans lesquelles l’ennemi éprouva de grandes pertes. Cependant le général comte Bertrand s’avançait et entrait en ligne. C’est en vain que la cavalerie ennemie caracola autour de ses carrés ; sa marche n’en fut pas ralentie. Pour le rejoindre plus promptement l’Empereur ordonna un changement de direction en pivotant sur Kaïa. Toute la droite fit un changement de front, la droite en avant. L’ennemi ne fit plus que fuir, nous le poursuivîmes une lieue et demie. Nous arrivâmes bientôt sur la hauteur que l’empereur Alexandre, le roi de Prusse et la famille de Brandebourg y occupaient pendant la bataille. Un officier prisonnier qui se trouvait là , nous apprit cette circonstance. Nous avons fait plusieurs milliers de prisonniers. Le nombre n’a pu en être plus considérable, vu l’infériorité de notre cavalerie et le désir que l’Empereur avait montré de l’épargner. Au commencement de la bataille l’Empereur avait dit aux troupes : “C’est une bataille d’Egypte. Une bonne infanterie soutenue par de l’artillerie doit savoir se suffire.” Le général Gourré, chef d’état-major du prince de la Moskwa a été tué, mort digne d’un si bon soldat! Notre perte se monte à 10,000 tués ou blessés. Celle de l’ennemi peut être évaluée de 25 à 30,000 hommes. La garde royale de Prusse a été détruite. Les gardes de l’empereur de Russie ont considérablement souffert : les deux divisions de dix régiments de cuirassiers russes ont été écrasées. S. M. ne saurait trop faire l’éloge de la bonne volonté, du courage et de l’intrépidité de l’armée. Nos jeunes soldats ne considéraient pas le danger. Ils ont dans cette grande circonstance relevé toute la noblesse du sang français. L’état-major général, dans sa relation, fera connaître les belles actions qui ont illustré cette brillante journée, qui, comme un coup de tonnerre, a pulvérisé les chimériques espérances et tous les calculs de destruction et de démembrement de l’Empire. Les trames ténébreuses ourdies par le cabinet de Saint-James pendant tout un hiver, se trouvent en un instant dénouées comme le nœud gordien par l’épée d’Alexandre. Le prince de Hesse-Hombourg a été tué. Les prisonniers disent que le jeune prince royal de Prusse a été blessé, que le prince de Mecklenbourg-Strelitz a été tué. L’infanterie de la vieille garde, dont six bataillons étaient seulement arrivés, a soutenu par sa présence l’affaire avec ce sang-froid qui la caractérise. Elle n’a pas tiré un coup de fusil. La moitié de l’armée n’a pas donné, car les quatre divisions du corps du général Lauriston n’ont fait qu’occuper Leipsick ; les trois divisions du duc de Reggio étaient encore à deux journées du champ de bataille ; le comte Bertrand n’a donné qu’avec une de ses divisions, et si légèrement, qu’elle n’a pas perdu 5o hommes ; ses seconde et troisième divisions n’ont pas donné. La seconde division de la jeune garde, commandée par le général Barrois, était encore à cinq journées ; il en est de même de la moitié de la vieille garde, commandée par le général Decouz, qui n’était encore qu’à Erfurth : des batteries de réserve formant plus de 100 bouches à feu n’avaient pas rejoint et elles sont encore en marche depuis Mayence jusqu’à Erfurth ; le corps du duc de Bellune était aussi à trois jours du champ de bataille. Le corps de cavalerie du général Sébastiani avec les trois divisions du prince d’Eckmülh, étaient du côté du Bas-Elbe. L’armée alliée forte de 150 à 200,000 hommes, commandée par les deux souverains, ayant un grand nombre de princes de la maison de Prusse à sa tête, a donc été défaite et mise en déroute par moins de la moitié de l’armée française. Les ambulances et le champ de bataille offraient le spectacle le plus touchant : les jeunes soldats, à la vue de l’Empereur, faisaient trêve à leur douleur en criant vive l’Empereur! – “Il y a vingt ans, a dit l’Empereur, que je commande des armées françaises ; je n’ai pas encore vu autant de bravoure et de dévouement. – L’Europe serait enfin tranquille, si les souverains et les ministres qui dirigent leurs cabinets, pouvaient avoir été présents sur ce champ de bataille. Ils renonceraient à l’espérance de faire rétrograder l’étoile de la France ; ils verraient que les conseillers qui veulent démembrer l’empire français et humilier l’Empereur, préparent la perte de leurs souverains.”

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14. Extrait du Moniteur du 10 mai 1813.

S, M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes de l’armée, au 3 mai, à neuf heures du soir, L’Empereur, à la pointe du jour du 3, avait parcouru le champ de bataille. A dix heures, il s’est mis en marche pour suivre l’ennemi. Son quartier-général, le 3 au soir, était à Pegau. Le vice-roi avait son quartier-général à Wichstanden, à mi-chemin de Pegau à Borna. Le comte Lauriston, dont le corps n’avait pas pris part à la bataille, était parti de Leipsick, pour se porter sur Zwemkau où il était arrivé. Le duc de Raguse avait passé l’Elster au village de Lietzkowitz, et le comte Bertrand l’avait passé au village de Gredel. Le prince de la Moskwa était resté en position sur le champ de bataille. Le duc de Reggio, de Naumbourg devait se porter sur Zeist. L’empereur de Russie et le roi de Prusse avaient passé par Pegau dans la soirée du 2, et étaient arrivés au village de Loberstedt à onze heures du soir ; ils s’y étaient reposés quatre heures, et en étaient partis le 3, à trois heures du matin, se dirigeant sur Borna. L’ennemi ne revenait pas de son étonnement de se trouver battu dans une si grande plaine, par une armée ayant une si grande infériorité de cavalerie. Plusieurs colonels et officiers supérieurs faits prisonniers, assurent qu’au quartier-général ennemi, on n’avait appris la présence de l’Empereur à l’armée, que lorsque la bataille était engagée ; ils croyaient tous l’Empereur à Erfurt. Comme cela arrive toujours dans de pareilles circonstances, les Prussiens accusent les Russes de ne les avoir pas soutenus ; les Russes accusent les Prussiens de ne s’être pas bien battus. La plus grande confusion règne dans leur retraite. Plusieurs de ces prétendus volontaires qu’on lève en Prusse, ont été faits prisonniers ; ils font pitié. Tous déclarent qu’ils ont été enrôlés de force, et sous peine de voir les biens de leurs familles confisqués. Les gens du pays disent qu’un prince de Hesse-Hombourg a été tué ; que plusieurs généraux russes et prussiens ont été tués ou blessés ; le prince de Mecklenbourg-Strelitz aurait également été.tué ; mais .toutes ces nouvelles ne sont encore que des bruits du pays. La joie de ces contrées d’être délivrées des cosaques ne peut se décrire. Les habitants parlent avec mépris de toutes les proclamations et de toutes les tentatives qu’on a faites pour les engager à s’insurger. L’armée russe et prussienne était composée du corps des généraux prussiens York, Blucher et Bulow : de ceux des généraux russes Wittgenstein, Wintzingerode, Miloradowitch et Torrnazow. Les gardes russes et prussiennes y étaient. L’empereur de Russie, le roi de Prusse, le prince-royal de Prusse, tous les princes de la maison de Prusse étaient à la bataille. L’armée combinée russe et prussienne est évaluée de 150 à 200,000 hommes. Tous les cuirassiers russes y étaient, et ont beaucoup souffert.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, au 4 mai an soir. Le quartier-général de l’Empereur était le 4 au soir à Borna ; Celui du vice-roi à Kolditz ; Celui du général comte Bertrand à Frohbourg ; Celui-du général comte Lauriston à Mœlbus ; Celui du prince de la Moskwa à Leipsick, Celui du duc de Reggio à Zeitz., L’ennemi se retire sur Dresde dans le plus grand désordre et par toutes les routes. Tous les villages qu’on trouve sur la route de l’armée sont pleins de blessés russes et prussiens. Le prince de Neufchâtel, major-général, a  ordonné que l’on enterrât, le 4 au matin, à Pesau, le prince de Mecklenbourg-Strelitz avec tous les honneurs dus à son grade. A la bataille du 2, le général Dumoutier, qui commande la division de la jeune garde, a soutenu la réputation qu’il avait déjà acquise dans les précédentes campagnes. Il se loue beaucoup de sa division. Le général de division Brenier a été blessé. Les généraux, de brigade Chemineau et Grillot ont été blessés et amputés. Recensement fait des coups de canon tirés à la bataille, le nombre s’en est trouvé moins considérable qu’on avait cru d’abord : on n’a tiré que 39,500 coups de canon. A la bataille de la Mosk}va on en avait tiré cinquante et quelques mille.

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15. Extrait du Moniteur, du  11 avril 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, au 5 mai au soir. Le quartier-général de l’Empereur était à Cotditz, celui du vice-roi à Harta, celui du duc de Raguse derrière Colditz, celui du général Lauriston à Wurtzen, du prince de la Moskwa à Leipsick, du duc de Reggio à Altenbourg et du général Bertrand à Rochlitz. Le vice-roi arriva devant Colditz le 5 à neuf heures du matin. Le pont était coupé, et des colonnes d’infanterie et de cavalerie avec de l’artillerie défendaient le passage. Le vice-roi se porta avec une division à un gué qui est sur la gauche, passa la rivière, et gagna le village de Komichau, ou il fit placer une batterie de 20 pièces de canon : l’ennemi évacua alors la ville de Colditz dans le plus grand désordre, et en défilant sous la mitraille de nos 20 pièces. Le vice-roi poursuivit vivement l’ennemi ; c’était le reste de l’armée prussienne, fort de 20 à 25,000 hommes qui se dirigea, partie sur Leissnig, et partie sur Gersdorff. Arrivées à Gersdorff, les troupes prussiennes passèrent à travers une réserve qui occupait cette position : c’était le corps russe de Milloradovitch, composé de deux divisions formant à peu près 8000 hommes sous les armes ; les régiments russes, n’étant que de deux bataillons de quatre compagnies chaque, et les compagnies n’étant que de 150 hommes ; mais n’ayant que 100 hommes présents sous les armes, ce qui ne fait que 7 à 800 hommes par régiment : ces deux divisions de Milloradovitch étaient arrivées à la bataille au moment où elle finissait, et n’avaient pas pu y prendre part. Aussitôt que la 36° division eut rejoint la 35e, le vice-roi donna ordre au duc de Tarente de former les deux divisions en trois colonnes, et de déposter l’ennemi. L’attaque fut vive : nos braves se précipitèrent sur les Russes, les enfoncèrent et les poussèrent sur Harta. Dans ce combat nous avons eu 5 à 600 blessés, et nous avons fait 1000 prisonniers : l’ennemi a perdu dans cette journée 2000 hommes. Le général Bertrand arrivé à Rochlitz, y a pris quelques convois de blessés, de malades et de bagages, et a fait des prisonniers ; plus de douze cents voitures de blessés avaient passé par cette route. Le roi de Prusse et l’empereur Alexandre avaient couché à Rochlitz. Un adjudant-sous-officier du 17e provisoire, qui avait été fait prisonnier à la bataille du 2, s’est échappé et a raconté que l’ennemi a fait de grandes pertes et se retire dans le plus grand désordre ; que pendant la bataille les Russes et les Prussiens tenaient leurs drapeaux en réserve, ce qui fait que nous n’en avons pas pu prendre ; qu’ils nous ont fait 102 prisonniers, dont 4 officiers ; que ces prisonniers étaient conduits en arrière sous la garde du détachement laissé aux drapeaux ; que les Prussiens ont fait de mauvais traitements aux prisonniers ; que deux prisonniers ne pouvant pas marcher par extrême fatigue, ils leur ont passé le sabre au travers du corps ; que l’étonnement des Prussiens et des Russes d’avoir trouvé une armée aussi nombreuse, aussi bien exercée et munie de tout, était à son comble ; qu’il y avait de la mésintelligence entre eux, et qu’ils s’accusaient respectivement de leurs pertes. Le général comte Lauriston, de Wurtzen, s’est mis en marche sur la grande route de Dresde. Le prince de la Moskwa s’est porté sur l’Elbe pour débloquer le général Thielmann qui commande à Torgau, prendre position sur ce point et débloquer Wittemberg : il paraît que cette dernière place a fait une belle défense et repoussé plusieurs attaques qui ont coûté fort cher à l’ennemi. Des prisonniers racontent que l’empereur Alexandre, voyant la bataille perdue, parcourait la ligne russe pour animer le soldat, en disant : “Courage, Dieu est pour nous.” Ils ajoutent que le général prussien Blucher est blessé, et qu’il y a cinq généraux de division et de brigade prussiens tués ou blessés.

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16. Extrait du Moniteur, du 13 avril 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, au 6 mai au soir. Le quartier-général de S. M. l’Empereur et Roi était à Waldheim ; celui du vice-roi, à Erlzdorf ; celui du général Lauriston était à Oschatz ; celui du prince de la Moskwa, entre Leipsick et Torgau ; celui du comte Bertrand, à Mittweyda ; celui du duc de Reggio, à Penig. L’ennemi avait brûlé à Waldheim un très beau pont en bois d’une seule arche ; ce qui nous avait retardé de quelques heures. Son arrière-garde avait voulu défendre le passage, mais s’était reployée sur Ertzdorf : la position de ce dernier point est fort belle. L’ennemi a voulu la tenir. Le pont étant brûlé, le vice-roi fit tourner le village par la droite et par la gauche. L’ennemi était placé derrière des ravins. Une fusillade et une canonnade assez vives s’engagèrent ; aussitôt on marcha droit à l’ennemi, et la position fut enlevée. L’ennemi a laissé 200 morts sur le champ de bataille. Le général Vandamme avait, le 1er mai, son quartier-général à Harbourg. Nos troupes ont pris un cutter de guerre russe armé de vingt pièces de canon. L’ennemi a repassé l’Elbe avec tant de précipitation, qu’il a laissé sur la rive gauche une infinité de barques propres au passage et beaucoup de bagages. Les mouvements de la grande armée étaient déjà connus, et causaient une grande consternation à Hambourg. Les traîtres de Hambourg voyaient que le jour de la vengeance était près d’arriver. Le général Dumonceau était à Lunebourg. A la bataille du 2, les officiers d’ordonnance Berenger et Pretel ont été blessés, mais peu dangereusement. Voici la relation que l’ennemi a faite de la bataille. Il faut espérer que l’on chantera à Saint-Pétersbourg un Te Deum, comme on l’a fait pour la bataille de la Moskwa.

Nouvelle de la bataille livrée le 2 mai sur le chemin de Veissenfels à Leipsick par un officier du corps de Blucher. (Traduction de l’allemand. )

L’ennemi tournait le dos à Leipsick, et nous avions derrière nous Naumbourg et Veissenfels. L’Elster et la Luppe étaient à une certaine distance des ailes des deux armées. Devant notre aile droite, nous avions un village occupé par l’ennemi. La bataille commença par l’attaque de ce village, qui fut enlevé par l’aile droite du corps de Blucher. Bientôt après, l’aile gauche de ce corps se trouva eu face d’un autre village, devant lequel l’ennemi amena plusieurs batteries : nous lui opposâmes presque autant d’artillerie, que nous couvrîmes par notre réserve de cavalerie, parce que l’infanterie n’allait pas si loin. Peu à peu les autres corps arrivèrent, et le combat s’engagea sur toute la ligne, et s’étendit jusqu’au delà du dernier village à gauche, je ne sais pas jusqu’à quelle distance Nous occupions depuis quelques heures le village de notre droite ; mais l’ennemi s’y présenta avec des forces considérables, l’entoura et le prit. Il ne le garda qu’une demi-heure. Nous l’attaquâmes de nouveau et l’enlevâmes. Nous allâmes même au-delà et prîmes deux autres villages, de manière que nous étions dans le flanc de l’ennemi. Dès ce moment, le combat devint très opiniâtre sur ce point. Presque toute l’infanterie du corps de Blucher, et une partie de celle des autres corps, arrivèrent peu à peu. On était a lors très rapproché. La victoire semblait se décider tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Cependant, nous ne perdions pas un pouce du terrain que nous occupions dans le flanc de l’ennemi. Il était entre six et sept heures du soir ; et dans ce moment, je fus blessé à la jambe, et obligé de quitter le champ de bataille. J’ignore ce qui se passait à l’aile gauche ; mais je vis que nous avions aussi gagné du terrain de ce côté. La bataille est donc gagnée. Je ne sais pas encore quels en seront les résultats. L’ennemi a occupé Leipsick sur ses derrières. Vers le soir, il était arrivé des renforts de la grande armée, et le corps de Milloradovilch était en marche. Au moment même, j’apprends que la bataille est finie, et que nous sommes maîtres non seulement du premier champ de bataille, mais encore du terrain que nous avons enlevé à l’ennemi. Néanmoins l’occupation de Leipsick par l’ennemi nous oblige à faire des mouvements de côté.

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16. Extrait du Moniteur du 15 rnai 1813.

Sa Majesté l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, au 9 mai au matin. Le 7, le quartier-général de S. M. l’Empereur et Roi était à Nossen. Entre Nossen et Wilsdruf, le vice-roi a rencontré l’ennemi placé derrière un torrent et dans une belle position. Il l’en a déposté, lui a tué un millier d’hommes et fait 500 prisonniers. Un cosaque qui a été arrêté, était porteur de l’ordre ci-joint (A), de brûler les bagages de l’arrière-garde russe. Effectivement, huit cents voitures russes ont été brûlées, des bagages et vingt pièces de canon ont été ramassés par nous sur les routes ; plusieurs colonnes de cosaques sont coupées ; on les poursuit. Le 8, à midi, le vice-roi est entré à Dresde. L’ennemi, indépendamment du grand pont qu’il avait rétabli, avait jeté trois ponts sur l’Elbe. Le vice-roi ayant fait marcher des troupes dans la direction de ces ponts, l’ennemi y a mis le feu sur-le-champ ; les trois têtes de pont qui les couvraient ont été enlevées. Le même jour 8, à neuf heures du matin, le comte Lauriston était arrivé à Meissen. Il y a trouvé trois redoutes avec des blockhaus que les Prussiens y avaient construites ; ils avaient brûlé le pont. Toute la rive de l’Elbe est libre de l’ennemi. S. M. l’Empereur est arrivé à Dresde le 8, à une heure après midi. L’Empereur, en faisant le tour de la ville, s’est porté sur-le-champ au chantier de construction à la porte de Pirna, et de là au village de Prielsnitz, où S. M. a ordonné qu’on jetât un pont. S. M. est revenue à 7 heures du soir de sa reconnaissance, au palais où elle est logée. La vieille garde a fait son entrée à Dresde à huit heures du soir. Le 9, à trois heures du matin, l’Empereur a fait placer lui-même sur un des bastions qui domine la rive droite, une batterie qui a chassé l’ennemi de la position qu’il occupait de ce côté. Le prince de la Moskwa marche sur Torgau. Voici une relation que l’ennemi a faite de la bataille de Lutzen (B), ce n’est qu’une série de faussetés. Ou assure ici que l’ordre avait été donné de chanter un Te Deum, mais que des gens du pays qui leur étaient affidés ont fait sentir que ce serait ridicule ; que ce qui pouvait être bon en Russie, serait par trop absurde en Allemagne. L’empereur de Russie a quitté Dresde hier matin. Ce fameux Stein est l’ohjet du mépris de tous les honnêtes gens. Il voulait révolter la canaille contre les propriétaires. On ne revenait pas de surprise de voir des souverains comme le roi de Prusse, et surtout comme l’empereur Alexandre, que la nature a doués de belles qualités, prêter l’appui de leurs noms à des menées aussi criminelles qu’atroces. Indépendamment des canons et des bagages pris à la poursuite de l’ennemi, nous avons fait à la bataille 5000 prisonniers, et pris 10 pièces de canon. L’ennemi ne nous a pris aucun canon ; mais il a fait 111  prisonniers. Le général en chef Koutouzoff est mort à Bautzen, de la fièvre nerveuse, il y a quinze jours. Il a été remplacé dans le commandement en chef par le général Wittgenstein, qui a débuté par la perte de la bataille de Lutzen.

(A)

Copie de la lettre dont était porteur un cosaque fait prisonnier.

Si l’ennemi vous force a replier, vous prendrez la marche qui vous est prescrite par l’ordre du général Wintzengerode. Je vous autorise à détruire tous les bagages qui embarrasseront les routes et ne pourront avancer, en brûlant les voitures, et enlevant les chevaux avec vous. Ceux qui sont eu état de se sauver, faites-les courir sans relâche jusqu’à l’Elbe. Signé, LASKOY. 24 ….. Chemnuitz. Je pars aujourd’hui pour Freyberg.

(B)

Nouvelles officielles des armées combinées ; du champ de bataille, le 11 avril ( 3 mai) 1813.

L’Empereur Napoléon avait quitté Mayence le 12 (24) avril. Arrivé à son armée, tout annonçait qu’il voulait prendre immédiatement l’offensive. En conséquence les armées combinées russes et prussiennes avaient été réunies entre Leipsick et Altenbourg, position centrale, avantageuse pour tous les cas possibles. Cependant le général eu chef comte Wittgenstein s’était bientôt convaincu par de vives reconnaissances, que l’ennemi, après s’être concentré, débouchait avec toutes ses forces par Mersebourg et Weissenfels, en même temps qu’il envoyait un corps considérable sur Leipsick qui paraissait le but principal de ses opérations. Le comte de Wittgenstein se décida sur-le-champ à profiter du moment où ce corps détaché serait hors de portée de coopérer avec le gros de l’armée française, pour attaquer celle-ci immédiatement avec toutes ses forces. Il fallait pour cela lui dérober ses mouvements, et pendant la nuit du 19 au 20 ( 1er au 2) il attira à lui le corps aux ordres du général de cavalerie Tormasoff. Par cette jonction il se trouva en mesure de se porter en masse contre l’ennemi là où celui-ci pouvait tout au plus supposer qu’il avait affaire à un détachement qui cherchait à l’inquiéter sur ses derrières. L’action commença. Les généraux Blucher et York s’y jetèrent avec une ardeur et une énergie vivement partagées par la troupe. Les opérations avaient lieu entre l’Elster et la Luppe. Le village de Gross-Gœrschen faisait la clef et le centre de la position des Français. Le combat s’engagea par l’attaque de ce village. L’ennemi connaissait toute l’importance de ce point, et voulut s’y maintenir. Il fut enlevé par l’aile droite du corps aux ordres du général Blucher. En même temps son aile gauche poussait en avant, et donna bientôt sur le village de Klein-Gœrschen. Dès lors tous les corps entrèrent successivement en affaire, et bientôt elle devint générale. Le village de Gross-Gœrschen fut disputé avec une opiniâtreté sans exemple. Six fois il fut pris et repris à l’arme blanche. Mais la valeur des Russes et des Prussiens eut le dessus, et ce village, comme celui de Klein-Gœrschen et de Rham, demeurèrent aux armées combinées. Le centre de l’ennemi fut percé. Il fut culbuté du champ de bataille. Cependant il venait de se montrer des colonnes nouvelles, qui, parties de Leipsick, étaient destinées à soutenir le flanc gauche de l’ennemi. Des corps tirés de la réserve, et mis aux ordres du lieutenant-général Kanownitzin, leur furent opposés. Ici s’engagea vers le soir un combat également des plus opiniâtres ; mais de même sur ce point l’ennemi fut complètement repoussé. Tout était disposé pour renouveler l’attaque avec le lever du soleil, et il avait été envoyé des ordres au général Miloradowitch, posté avec tout son corps à Zeitz, de se réunir avec l’armée principale, et de s’y trouver à la pointe du jour. La présence d’un corps tout frais avec cent pièces d’artilierie, ne laissait point de doute sur l’issue de la journée. Mais dès le matin l’ennemi semblait se porter sur Leipsick, en repliant jusqu’à son arrière-garde. Cette manière de refuser les gages du combat, dut faire croire qu’il cherchait à manœuvrer, soit pour se porter sur l’Elbe, ou sur les communications des armées combinées. Dans cette supposition, il s’agissait d’opposer manœuvres à manœuvres ; et en occupant un front dominant entre Colditz et Rochlitz, on déjouait immédiatement toute tentative de ce genre sans trop éloigner pour cela les points de départ pour une tentative directe. Dans cette mémorable journée, l’armée prussienne a combattu d’une manière à fixer l’admiration de ses alliés. La garde du roi s’est couverte de gloire. Russes et Prussiens ont rivalisé de valeur et de zèle sous les yeux des deux souverains, qui n’ont pas quitté un instant le champ de bataille. L’ennemi a perdu seize canons ; on lui a fait 1,400 prisonniers ; pas un trophée n’a été conquis sur l’armée alliée. Sa perte en tués et en blessés peut se monter à 8,000 hommes ; celle de l’armée francaise est évaluée de 12 à 15,000. Parmi les blessés se trouvent le général de cavalerie de Blucher et les lieutenants-généraux de Kanownitzin et de Scharnhorst. Leurs blessures ne sont point dangereuses. L’ennemi ayant peu de cavalerie, a cherché à gagner et à se maintenir dans les villages, dont le terrain était entrecoupé. La journee du 20 avril ( 2 mai ) a donc été un combat continuel d’infanterie. Une grêle de balles, de boulets, de mitraille et de grenades n’a pas été interrompue de la part des Français pendant dix heures d’action.

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17. Extrait du Moniteur du 16 mai 1813.

Sa Majesté l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, le 10 mai au soir. Le 9, le colonel Lasalle, directeur des équipages de pont, a commencé à faire établir des radeaux pour le pont qu’on jette au village de Prielnitz. On y a établi également un va-et-vient. 300 voltigeurs ont été jetés sur la rive droite, sous la protection de vingt pièces de canon placées sur une hauteur. A dix heures du matin, l’ennemi s’est avancé pour culbuter ces tirailleurs dans l’eau. Il a pensé qu’une batterie de douze pièces serait suffisante pour faire taire les nôtres ; la canonnade s’est engagée : les pièces de l’ennemi ont été démontées ; trois batailIons qu’il avait fait avancer en tirailleurs ont été écrasés sous notre mitraille : l’Empereur s’y est porté : le général Dulauloi s’est placé avec le général Devaux et dix-huit pièces d’artillerie légère sur la gauche du village de Prielnitz, position qui prend à revers toute la plaine de la rive droite : le général Drouot s’est porté avec seize pièces sur la droite : l’ennemi a fait avancer quarante pièces de canon ; nous en avons mis jusqu’à quatre-vingts en batterie.Pendant ce temps, on traçait un boyau sur la rive droite, en forme de tête de pont, où nos tirailleurs s’établissaient à couvert. Après avoir eu douze à quinze pièces démontées, et 15 à 1,800 hommes tués ou blessés, l’ennemi comprit la folie de son entreprise, et à trois heures de l’après midi il s’éloigna.On a travaillé toute la nuit au pont ; mais l’Elbe a crû ; quelques ancres ont dérivé ; le pont ne sera terminé que ce soir. Aujourd’hui 10, l’Empereur a fait passer dans la ville neuve, en profitant du pont de Dresde, la division Charpentier. Ce soir, ce pont se trouve rétabli ; toute l’armée y passe pour se porter sur la rive droite. Il paraît que l’ennemi se retire sur l’Oder. Le prince de la Moskwa est à Wittenberg : le général Lauriston est à Torgau ; le général Reyinier a repris le commandement du 7e corps, composé du contingent saxon et de la division Durutte. Les 4e, 6e, 11e et 12e corps passeront sur le pont de Dresde demain à la pointe du jour. La Garde, jeune et vieille, est autour de Dresde. La 2e division de la Garde, commandée par le général Barrois, arrive aujourd’hui à Altenbourg. Le roi de Saxe, qui s’était dirigé sur Prague, pour être plus près de sa capitale, sera rendu à Dresde dans la journée de demain. L’Empereur a envoyé une escorte de 500 hommes de sa garde, avec son aide-de-camp le général Flahaut, pour le recevoir et l’accompagner. Deux mille hommes de cavalerie ennemie ont été coupés de l’Elbe, ainsi qu’un grand nombre de bagages, de patrouilles de troupes légères et de cosaques. Il paraît qu’ils se sont réfugiés en Bohême.

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18. Extrait du Moniteur du mardi 18 mai 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, le 11 mai au soir. Le vice-roi s’était porté, avec le 1er corps, à Bis- choffswerda ; le général Bertrand, avec le 4e corps, à Koenigsbruck ; le duc de Raguse, avec le 6e corps, à Reichenbach ; le duc de Reggio, à Dresde ; la jeune et la vieille Garde, à Dresde.Le prince de la Moskwa est entré le 11 au matin à Torgau, et a pris position sur la rive droite, à une journée de cette place ; le général Lauriston est arrivé le même jour à Torgau avec son corps, à trois heures de l’après-midi. Le duc de Bellune, avec le 2e corps, s’est mis en marche sur Wittenberg, ainsi que le corps de cavalerie du général Sébastiani. Le corps de cavalerie commandé par le général Latour-Maubourg, a passé le 11 sur le pont de Dresde, à trois heures après-midi. Le roi de Saxe a couché à Sedlitz. Toute la cavalerie saxonne doit rejoindre dans la journée du 13 à Dresde. Le général Reynier a repris le commandement du 7e corps à Torgau : ce corps est composé de deux divisions saxonnes, formant 12,000 hommes. S. M. a passé toute la journée sur le pont, à voir défiler ses troupes. Le colonel du génie Bernard, aide-de-camp de l’Empereur, a mis une grande activité dans la réparation du pont de Dresde. Le général Rogniat, commandant en chef le génie de l’armée, a tracé les ouvrages qui vont couvrir la ville neuve, et servir de tête de pont. On trouvera ci-joint la relation qui a été faite de la bataille du 2, dans la Gazette de Berlin. On a intercepté un courrier du comte de Stackelberg, ex-ambassadeur de Russie à Vienne, au comte de Nesselrode, secrétaire d’État, accompagnant l’empereur de Russie à Dresde. On a aussi intercopté plusieurs estafettes venant de Berlin et de Prague.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes, sur la situation de l’armée, au 12 mai au soir. Le 12, à dix heures du matin, la Garde impériale a pris les armes, et s’est mise en bataille sur le chemin de Pirna jusqu’au Gross-Garten. L’Empereur en a passé la revue. Le roi de Saxe, qui avait couché la veille à Sedlilz, est arrivé à midi. Les deux souverains sont descendus de cheval, et se sont embrassés, et ensuite sont entrés à la tête de la Garde, dans Dresde, aux acclamations d’une immense population. Cela formait un très beau spectacle. A trois heures, l’Empereur a passé la revue de la division de cavalerie du général Fresia, composée de 3000 chevaux, venant d’Italie, S. M. a été extremement satisfaite de cette cavalerie, dont la bonne tenue est due aux soins et à l’activité du ministre de la guerre du royaume d’Italie, Fontanelli, qui n’a rien épargné pour la mettre en bon état. L’Empereur a donné ordre au vice-roi de se rendre à Milan pour y remplir une mission spéciale. S. M. a été extrêmement satisfaite de la conduite que ce prince a tenue pendant toute la campagne : cette conduite a acquis au vice-roi un nouveau titre à la confiance de l’Empereur.

Proclamation de l’Empereur à l’armée.

“Soldats, je suis content de vous! vous avez rempli mon  attente! Vous avez suppléé à tout par votre bonne volonté et par votre bravoure. Vous avez dans la célèbre journée du 2 mai défait et mis en déroute l’armée russe et prussienne commandée par l’empereur Alexandre et le roi de Prusse. Vous avez ajouté un nouveau lustre à la gloire de mes aigles ; vous avez montré tout ce dont est capable le sang français. La bataille de Lutzen sera mise au-dessus des batailles d’Austerlitz, d’Jéna, de  Friedland et de la Moskwa! Dans la campagne passée, l’ennemi n’a trouvé de refuge contre nos armes qu’en suivant la méthode féroce des barbares ;  ses ancêtres. Des armées de Tartares ont incendié ses campagnes, ses villes, la sainte Moscou elle-même? Aujourd’hui ils arrivaient dans nos contrées, précédés de tout ce que l’Allemagne, la France et l’Italie ont de mauvais sujets et de déserteurs, pour y prêcher la révolte, l’anarchie, la guerre civile, le meurtre. Ils se sont faits les apôtres de tous les crimes. C’est un incendie moral qu’ils voulaient allumer entre la Vistule et le Rhin, pour, selon l’usage des gouvernemens despotiques, mettre des déserts entre nous et eux. Les insensés! Ils connaissaient peu l’attachement à leurs souverains, la sagesse, l’esprit d’ordre et le bon sens des Allemands. Ils connaissaieut peu la puissance et la bravoure des Français! Dans une seule journée, vous avez déjoué tous ces complots parricides. Nous rejetterons ces Tartares dans leurs affreux climats qu’ils ne doivent pas franchir. Qu’ils restent dans leurs déserts glacés, séjour d’esclavage, de barbarie et de corruption où l’homme est ravalé à l’égal de la brute. Vous avez bien mérité de l’Europe civilisée ; soldats! L’Italie, la France, l’Allemagne vous rendent des actions de grâces!”  De notre camp impérial de Lutzen, le 3 mai 1813. Signé, NAPOLEON

Extrait de la Gazette de Berlin, du 6 mai.

Les dernières nouvelles de l’armée ont été communiquées hier au public. Les voici : Après des combats opiniâtres et glorieux livrés par les deux ailes de l’armée des alliés, depuis le 26 avril, l’ennemi a été non seulement chassé au-delà de la Saale, avec une perte considérable ; mais encore, le 2 de ce mois, on lui a livré une grande bataille rangée dans les plaines entre Lutzen et Pegau. L’avantage a été, depuis le commencement jusqu’à la fin, de notre côté. La nuit seule a empêché que la bataille ne fût complètement décidée. Le combat a été opiniâtre et sanglant des deux côtés. Nos troupes ont combattu avec un courage extraordinaire ; et ce n’est que par là qu’elles ont pu conserver l’avantage sur l’ennemi, qui était supérieur en nombre. S. M. le roi et tous les princes se portent bien. Nous nous empressons de communiquer ces nouvelles au public, et nous ferons de même dès que nous aurons le rapport officiel de la seconde bataille, qui aura vraisemblablement été livrée le 3. Vive le roi et les braves guerriers alliés! Berlin, 5 mai 1813. De la part du gouvernement militaire entre l’Elbe et l’Oder. Signé, LESTOQ-SACK.

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19. Extrait du Moniteur du jeudi 20 mai 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, le 13 mai au matin. La place de Spandau a capitulé. Ci-joint les pièces relatives à cette capitulation (A). Cet événement étonne tous les militaires. S. M. a ordonné que le général Bruny, le commandant de l’artillerie et le commandant du génie de la place, ainsi que les membres du conseil de défense qui n’auraient pas protesté, fussent arrêtés et traduits devant une commission de maréchaux, présidée par le prince vice-connétable. S. M. a également ordonné que la capitulation de Thorn fut l’objet d’une enquête. Si la garnison de Spandau a rendu sans siège une place-forte environnée de marais, et a souscrit à une capitulation qui doit être l’objet d’une enquête et d’un jugement, la conduite qu’a tenue la garnison de Wittenberg a été bien différente. Le général Lapoype s’est parfaitement conduit, et a soutenu l’honneur des armes dans la défense de ce point important, qui du reste est une mauvaise place, n’ayant qu’une enceinte à moitié détruite, et qui ne pouvait devoir sa résistance qu’au courage de ses défenseurs. Ci-joint les pièces relatives à la défense de Wittenberg (B). Le baron de Montaran, écuyer de l’Empereur, suivi d’un homme des écuries, s’était égaré le 6 mai, deux jours avant d’arriver à Dresde. Il est tombé dans une patrouille de cavalerie légère de trente hommes, et a été pris par l’ennemi. Un nouveau courrier adressé de Vienne par M. de Stackelberg à M. de Nesselrode à Dresde, vient d’être intercepté. Ce qui est singulier, c’est que les dépêches sont datées du 8 au soir, et que pourtant elles contiennent des félicitations de M. de Stackelberg à l’empereur Alexandre sur la victoire éclatante qu’il vient de remporter, et sur la retraite des Français au-delà de la Saale. La grande-duchesse Catherine a reçu à Tœplitz une lettre de son frère l’empereur Alexandre, qui lui apprend cette grande victoire du 2. La grande-duchesse, comme de raison, a donné lecture de cette lettre à tous les buveurs d’eau de Tœplitz. Cependant le lendemain elle a appris que l’empereur Alexandre était revenu sur Dresde, et qu’elle-même devait se rendre à Prague. Tout cela a paru extrêmement ridicule en Bohême. On y a vu le nom d’un souverain compromis sans aucun motif que la politique pût justifier. Tout cela ne peut s’expliquer que comme une habitude russe, résultant de la nécessité qu’il y a en Russie d’en imposer à une populace ignorante, et de la facilité qu’on trouve à lui faire tout accroire. On aurait bien dû adopter un autre usage dans un pays civilisé comme l’Allemagne.

Sa Majesté l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes, sur la situation de l’armée, au 14 mai au matin. L’armée de l’Elbe a été dissoute, et les deux armées de l’Elbe et du Mein n’en font plus qu’une seule. Le duc de Bellune était, le 13 au soir, sur Wittemberg. Le prince de la Moskwa partait de Torgau pour se porter sur Lukau. Le comte Lauriston marchait de Torgau sur Dobrilugk. Le comte Bertrand était à Kœnigsbruck. Le duc de Tarente, avec le 11e corps, était campé entre Bichofswerda et Bautzen. Il avait dans les journées du 11 et du 12, poursuivi vivement l’armée ennemie. Le général Miloradowitch avec une arrière-garde de 20,000 hommes et 40 pièces de canon, a voulu, le 12, tenir les positions de Fischbach, de Capellenberg, et celle de Bischofswerda, ce qui a donné lieu à trois combats successifs, dans lesquels nos troupes se sont conduites avec la plus grande intrépidité ; la division Charpentier s’est distinguée à l’attaque de droite ; l’ennemi a été tourné dans ses positions et débusqué sur tous les points ; une de ses colonnes a été coupée. Nous lui avons fait 500 prisonniers. Il a eu plus de 1,500 hommes tués ou blessés. L’artillerie du 11e corps a tiré 2,000 coups de canon dans ce combat. Les débris de l’armée prussienne, conduite par le roi de Prusse, qui avaient passé à Meissen, se sont dirigés par Koenigsbruck sur Bautzen pour se réunir à l’armée russe. Le corps du duc de Reggio a passé hier à midi le pont de Dresde. L’Empereur a passé la revue du corps de cavalerie et des beaux cuirassiers du général Latour-Maubourg. On dit que les Russes conseillent aux Prussiens de brûler Potsdam et Berlin, et de dévaster toute la Prusse. Ils commencent eux-mêmes à donner l’exemple ; ils ont brûlé de gaieté de cœur la petite ville de Bischofswerda. Le roi de Saxe a dîné le 13 chez l’Empereur. La 2e division de la jeune garde, commandée par le général Barrois, est attendue demain 15 à Dresde.

(A)

PIÈCES RELATIVES A LA REDDITION DE SPANDAU.

A S. A. S. le prince de Neufchâtel et de Wagram, major-général de la grande armée.

Osterbourg, le 2 mai 1813.

Monseigneur, J’ai l’honneur de vous adresser, par MM. les majors Jobon de Villeroche et baron Michalouski, une copie de la capitulation que je me suis trouvé forcé de conclure pour la ville et citadelle de Spandau. Dans la nuit du 3 au 4 mars, je reçus l’ordre de me porter dans Spandau pour en prendre le commandement ; j’y ai fait tout ce que j’ai pu et dû faire, je n’ai ni perdu un moment ni négligé une seule partie du service. L’ennemi avait ouvert la tranchée à Rhuleben, le 6 avril, et commencé à canonner le 7 ; il continua jusqu’au 12. Je ne daignai pas y repondre, sa batterie de 3 pièces de 12 et deux obusiers étant à 450 toises du corps de la citadelle. Le 16, l’ennemi établit trois batteries vis-à-vis des bastions de Brandebourg et du Prince, à la gauche et en arrière du faubourg d’Oranienbourg : le 17, il commença son feu et jeta 300 bombes dans la citadelle. Le 18, à dix heures, il mit le feu aux bâtiments servant de magasin, vrais bûchers d’incendie que je n’ai pu faire démolir. Un vent très fort rendit nuls tous mes efforts pour arrêter la flamme qui s’engouffrait sous la grande voûte du bastion de la Reine. L’ennemi lançait force bombes, quand à midi le commandant du génie m’ayant averti que ce bastion sauterait, je pris des mesures de précaution pour la garnison. Le feu prit aux magasins à poudre, l’explosion eut lieu, renversa et détruisit le bastion, ce qui a rendu la citadelle nulle, car l’ennemi ne pourra s’en servir de longtemps, et il la rasera plutôt que de reconstruire le bastion. Le 20, après la sommation du 19 et la réponse, l’ennemi bombarda la ville à sept heures et demie du soir : il en incendia le tiers, et chercha inutilement à couper la communication avec la citadelle. A neuf heures, il cessa son feu, insulta sur tous les points, et tenta trois attaques réelles, à l’ouvrage à cornes, au Stresow et à la pointe de Potsdam ; mais comme chacun se trouvait à son poste, on le reçut si bien, qu il ne put résister à notre feu, et qu’il se retira en toute hâte et en désordre. Il a dû perdre beaucoup de monde à cette attaque. Le lendemain, nouvelle sommation. J’y répondis comme je le devais. Mais enfin, attendu la situation de la citadelle, je dus entrer en négociation, et le 24 la capitulation fut conclue et ratifiée. L’explosion du bastion de la Reine, où était mon logement, m’a fait tout perdre ; je m’occupe à refaire le journal du siège. Cependant, en fouillant sous les décombres, j’ai pu retrouver le journal du comité de défense et celui de ma correspondance ; l’un et l’autre feront connaître à V. A. S. l’état dans lequel se trouvait la citadelle, et toutes les mesures de précaution que nous avions prises. Chacun a fait de son mieux ; et si la force de la garnison m’eût permis d’utiliser la bravoure et le zèle des officiers, j’aurais pu, en ordonnant quelques sorties, faire du mal à l’ennemi. J’ai l’honneur de rendre compte à V. A. S. que j’ai cru devoir écrire à M. le général de Lestocq, gouverneur du pays entre l’Elbe et l’Oder, la lettre dont copie est ci-jointe. Je suis, etc. Signé, le général baron de BRUNY.

Copie de la lettre du général baron de Bruny, au général prussien de Lestocq.

Osterbourg, le 2 mai 1813.

Monsieur le général, lorsqu’au moment de l’évacuation de Spandau j’eus l’honneur de vous voir et de recevoir de vous des éloges sur la conduite de ma garnison, je devais m’attendre d’après les termes de la capitulation à voyager tranquillement pour me rendre sur l’Elbe. Il n’en a pas été ainsi, et je dois vous témoigner toute la surprise et l’indignation que nous a fait éprouver la conduite tenue envers nous. La populace de Berlin, venue aux portes de Spandau, s’y est mal comportée, et n’a pas été réprimée comme elle devait l’être pour ses propos, que le dernier soldat n’a pu entendre qu’avec le plus profond mépris. Sur toute la route, nous avons trouvé des gens ridiculement armés de piques et de fourches, comme pour effrayer des enfants, et ils étaient là, nous a-t-on dit, par ordre de la régence, afin de nous faire croire à l’insurrection générale du peuple, insurrection dont gémissent les propriétaires, qui nous l’ont assez témoigné par leur conduite. L’on a employé tous les genres de séduction pour faire déserter sous-officiers et soldats : argent, persuasion, boisson, tout a été mis en usage, et l’escorte prussienne au mépris de ses devoirs, au lieu d’empêcher cette manœuvre, la secondait de tous ses efforts. Le régiment d’hulans russes, commandé par M. Guriew, en a été indigné. L’on avait lâchement, mais non sans instruction, formé le projet de surprendre ma colonne pendant la nuit dans ses logements, et de la désarmer : c’est la landsturm de Havelberg, Sandau et environs qui devait exécuter ce honteux projet. Certes, je ne devais pas m’attendre à une pareille conduite, et je dois à ma garnison, qui n’y a répondu que par le sang-froid du mépris, d’en rendre compte à mon souverain. J’ai cru devoir aussi, M. le général, vous adresser cette lettre. Les sentiments que vous m’avez inspirés et vos principes connus de loyauté m’auraient fait vivement désirer de vous écrire en sens contraire. Je suis etc. Signé, le baron DE BRUNY, ancien commandant supérieur de Spandau

Capitulation pour la place de Spandau.

Le général de brigade baron de Bruny, commandant de la Légion d’honneur, chevalier de la Couronne de fer, commandant supérieur de la place et citadelle de Spandau, pour S. M. l’Empereur et Roi Napoléon ; et le général-major de Thümen, chevalier de l’Ordre pour le mérite, et commandant le corps destiné au siège de Spandau et de sa citadelle, pour S. M. le roi de Prusse et ses alliés, étant d’accord pour la capitulation de la-dite ville et citadelle, ont désigné pour traiter et arranger les articles de la capitulation, d’après les instructions données, savoir : le général baron de Bruny, MM. le colonel, Chichcki, commandant les troupes du grand-duché de Varsovie, chevalier de la Croix militaire, et Favange, officier de la Légion d’honneur, major au 24° régiment d’infanterie légère ; et le général-major de Thümen, MM. de Clausewitz, major et commandant du 4e régiment d’infanterie de la Prusse orientale, chevalier de l’Ordre de l’Aigle-Rouge et de celui pour le mérite, et Mila, conseiller de justice, lesquels commissaires, après l’échange de leurs pleins-pouvoirs, sont, convenus, aujourd’hui ce 24 avril 1813, des articles suivans, sauf la ratification de leurs généraux.

Art. 1er. Il a été convenu d’un armistice illimité pour les négociations, et les hostilités ne recommenceront que six heures après que les parties contractantes se feront prévenir de leur rupture.

2. La garnison sortira avec tous les honneurs militaires, armes et bagages, propriétés des officiers et le nombre de voitures leur appartenant, dont la liste sera envoyée par M. le général Bruny à M. le général Thümen, de même, que toutes les personnes attachées à la-dite garnison, sujets de S. M. l’Empereur Napoléon ou de ses alliés. Les-dites voitures seront chargées en présence de deux commissaires des parties contractantes pour éviter toutes contestations d’abus, éviter toutes contestations

3. La garnison ne servira pas contre la Prusse et ses alliés pendant l’espace de six mois, à dater du jour de l’échange de la ratification. Le général Bruny répond pour .la troupe, et MM. les officiers s’engageront sur leur parole d’honneur, laquelle se mettra par écrit.

4. La garnison marchera accompagnée de troupes prussiennes ou alliées, par Nauken, Rinow, Havelberg à Sandau, où elle passera l’Elbe, et de là elle prendra sa direction sur Celle, toujours sous escorte prussienne ou alliée, jusqu’aux avant-postes français. Les étapes intermédiaires seront marquées par les commissaires chargés par M. le général de Thümen, pour la conduite de la colonne.

5. Les sous-officiers et soldats garderont leurs armes et fourniments, les baïonnettes dans le fourreau ; les munitions qu’ils ont dans les gibernes seront rassemblées et transportées sur des voitures escortées par des troupes prussiennes ou alliées, jusqu’aux avant-postes français, où elles leur seront délivrées. En chemin, aux places d’étapes ; les généraux et colonels auront leurs gardes d’honneur, qui s’établiront dans leurs logemens respectifs ; il y aura, en outre, une garde de police par cantonnement, composée d’un officier et de douze hommes ; ils auront la baïonnette au bout du canon, et seront destinés à maintenir l’ordre et la bonne discipline dans la troupe française. Les postes extérieurs des étapes seront occupés par les troupes prussiennes ou alliées.

6. Des commissaires prussiens accompagneront les troupes pour faire préparer logements, vivres, fourrages, et les moyens de transport, conformément aux règlements français, et d’après l’état qui sera donné par des commissaires français, et signé par M. le général Bruny.

7. La garnison marchera sous les ordres de M. le général Bruny, qui répondra de la bonne discipline.

Les différentes colonnes seront réglées par les commissaires désignés pour la conduite de la troupe, et les cantonnements seront resserrés autant que possible.

8. Toutes les propriétés royales et les propriétés particulières des sujets prussiens demeureront intactes. Les fortifications resteront dans l’état actuel, et seront remises, avec tout ce qui y appartient, par M. Beaulieu, chef de bataillon de l’arme du génie, à M. le capitaine du corps du génie prussien Meinert. Tout ce qui se trouve dans la ville et citadelle, tant en artillerie qu’en munitions et vivres, sera remis par des commissaires français à des commissaires prussiens ; savoir, pour l’artillerie et les munitions, par M. le capitaine Nuitz, à M. le capitaine d’artillerie prussien Schmidt ; et pour les vivres, par M. le commissaire des guerres. Pinet, à M. le conseiller de la régence prussienne Ribbentrop. Après l’échange de la ratification, ces messieurs se rendront sur les lieux pour s’acquitter de leur mission.

9, Les malades qui resteront à Spandau, seront traités avec tous les soins dus a leur état, et il restera avec eux deux officiers de santé, un Français et un Polonais, et à leur guérison ils suivront le sort de la garnison. Il en sera dressé un état nominatif par un commissaire français et un commissaire prussien. Il leur sera fourni à leur départ des moyens de transport, vivres et logemens jusqu’aux avant-postes français. La même quantité de fusils et armements sera emmenée par la garnison sortante, sur les voitures chargées des munitions de la troupe.

10. Il sera laissé par la garnison, près des malades, M. Chabert, adjoint aux commissaires des guerres, et M. l’économe Andrieux ; le premier pour l’administration de l’hôpital, et le second pour tout ce qui est relatif au service et aux besoins des malades ; et l’un et l’autre suivront la garnison après l’entière évacuation des malades.

11. Il sera fourni par le gouvernement prussien, les voitures et chevaux nécessaires pour le transport des bagages, convalescents et éclopés de la garnison et des administrations.

12. Quarante-huit heures après la ratification de la présente capitulation, la garnison française évacuera la citadelle et la ville, et la garnison prussienne et alliée y entrera. La ville leur sera remise par M. le chef de bataillon Duhamel, et la citadelle par M. l’adjudant-commandant Lebreton. La ratification serare mise de part et d’autre dans le plus court délai, par un officier supérieur qui restera, pour les Français, dans le quartier-général de M. le général Thümen, et pour les Prussiens, dans celui de M. le général Bruny, jusqu’après l’arrivée de la garnison aux avant-postes français.

Fait et signé au quartier-général à Charlottembourg, le 24 avril 1813, par nous commissaires délégués des deux parties contractantes. J Signé à l’original, le colonel CHICHOCKI ; FAVANGE, major ; CLAUSEWITZ, major, et MILA, conseiller de justice. Ratifié la présente capitulation en tout son contenu, au quartier-général de Charlottembourg, le 24 avril 1813. Le général commandant le corps destiné au siége de Spandau, signé DE THUMEN. Ratifié la présente capitulation en tout son contenu. A Spandau, le 25 avril 1813. Le général commandant supérieur à Spandau, Signé, baron DE BRUN.

(B)

PIECES RELATIVES A LA DÉFENSE DE WITTEMBERG.

Dépêche du commandant de Wittemberg.

Sire, V. M. m’a fait l’honneur de nie confier la défense de la place et du pont de Wittemberg. Malgré les efforts d’un ennemi audacieux qui, dans cinq attaques différentes avec deux. mille hommes, a voulu enlever de vive force la tête de pont de la rive gauche de l’Elbe, elle est restée en notre pouvoir ; et sous le feu même des Russes acharnés contre nous, elle a été chaque jour perfectionnée, et peu aujourd’hui en imposer aux troupes les plus entreprenantes. La place de Wittemberg, qui n’existait pas le 10 mars, qui n’était qu’ébauchée le 21, et qui le 1er avril était encore dans un état d’imperfeclion qui pouvait faire craindre qu’elle ne fut enlevée d’un coup de main, a résisté le 17 avril, avec une garnison de moins,de 1500 hommes, à une attaque de vive force dirigée avec 10,000 hommes par le comte de Wittgenstein, commandant en chef les troupes russes et prussiennes. Cette attaque avait été précédée par une vive entreprise sur tous nos postes extérieurs, qui eussent été enlevés si, par une circonstance singulière dont je rendrai compte dans mon rapport sur le blocus de Wittemberg, je n’avais fait sortir, à deux heures du matin ce même jour, une colonne de 800 hommes sous le commandement du général Bardet, qui a soutenu le choc principal et a donné le temps aux postes de se replier sous le feu de la place, où nous avons eu un engagement très vif qui a duré, malgré notre mitraille, toute la journée, et sur toute l’étendue de notre front. Cette affaire a coûté à l’ennemi, de son aveu, 17 officiers et 600 hommes. On se tirait dans des décombres et des pierres à portée de pistolet. Plusieurs charges mêmes ont été faites par nos jeunes gens avec succès. Le lendemain, 18, jour de Pâques, j’ai reçu un parlementaire pour entrer en négociation. J’ai répondu comme je le devais. Une vive canonnade de 8 heures a succédé à une réponse négative, et les obus, les boulets incendiaires ont été employés pour brûler la ville et surtout nos magasins ; c’est dans ces deux journées que la tête de pont sur la rive gauche, tandis que nous étions occupés à défendre nos remparts, a soutenu quatre attaques des plus vives. Ce poste important était sous les ordres du général Bronikowski. Le 19 à minuit l’ennemi a lancé sur notre pont six brûlots. J’étais, comme à mon ordinaire, faisant ma ronde de nuit sur les remparts. Je les ai aperçus le premier, en sorte que les secours sont arrivés au pont avant le premier brûlot. Il a échappé au danger le plus imminent, d’autant que deux de ces brûlots sont arrivés justement sur une des arches gaudronnées. Une estacade qui, dès longtemps, était projetée et commencée, a été achevée en trois jours, et peut nous préserver d’un accident du même genre. Hier enfin, 6 mai, étant assurés par divers espions des succès de la Grande-Armée, j’ai fait faire à trois heures de l’après-midi une sortie, et j’ai attaqué à mon tour tous les postes de l’ennemi ; il a été culbuté, ayant été surpris sur tous les points en même temps ; après l’avoir chassé de la ligne qu’il occupait, j’ai placé mes postes en avant, et il n’a rien osé entreprendre contre nous. Cette affaire m’a coûté deux hommes tués et des blessés. Je pense que l’ennemi a perdu quatre fois davantage. J’évalue à 2,000 hommes la perte de l’ennemi depuis lé 1er avril jusqu’au 7 mai ; la nôtre se monte à 395 hommes tués, blessés ou prisonniers. Aujourd’hui 7 mai, j’apprends que le prince de la Moskwa marche sur Torgau et doit détacher un corps pour communiquer avec moi, et que le prince vice-roi doit arriver aujourd’hui à Dresde, poursuivant les restes des armées russes et prussiennes défaites dans la mémorable journée de Lutzen. Si nous avons répondu, au moins en partie, aux intentions de Votre Majesté, je la prie de vouloir bien accorder sa bienveillance aux généraux, aux officiers supérieurs, aux officiers subalternes, sous-officiers, caporaux et soldats qui ont servi sous mes ordres pendant trente-sept jours de blocus, et qui se sont montrés dignes des récompenses que je sollicite vivement de Votre Majesté pour ces braves dévoués à sa personne et à son service. Je suis, etc. Signé le général de division gouverneur de la place de Wiltemberg en état de siège. Le baron DE LAPOYPE. Wittemberg, le 7 mai 1813.

Rapport sur les travaux qui ont cté faits à Wittemberg, et sur les événements qui se sont passés dans cette place depuis le 1er avril 1813.

A l’époque du 1er avril, il restait encore beaucoup de travaux à faire pour mettre la place en état de défense ; les deux longues courtines qui sont à droite et à gauche de la porte de l’Elbe n’étaient point faites ; il fallait régler les plongées, faire des banquettes, et baisser le terre-plein sur plusieurs points du corps de place ; la fausse braie à gauche de la porte d’Elster était à peine ébauchée, et il fallait, pour bien assurer la digue qui aboutit à cette porte, y placer un second rang de palissades. Un des points les plus importants, était de bien assurer la porte de l’Elbe, qui était très faible, et à laquelle on pouvait arriver sans aucun obstacle ; pour cela, il fallait faire sous la voûte intérieure une seconde porte beaucoup plus forte que la première, construire les parapets de la demi-lune dont il ne restait plus de traces, et établir des barrières et un fort tambour en palissades en avant de la digue qui traverse le fossé de la demi-lune. Le corps de la place n’était pas le seul point ou il y eût des travaux à faire ; le palissadement des ouvrages K et L n’était point achevé, et les parapets qui se trouvent à l’extrémité des flancs de ce dernier ouvrage étaient à peine commencés. La tête de pont de la rive gauche devenait un point très important, et se trouvait dans un état peu satisfaisant ; pour donner à ce point, devenu le plus important de tous, le degré de force dont il était susceptible, il fallait donner plus d’épaisseur et de hauteur aux parapets, achever la courtine qui unit les deux bastions, construire un chemin couvert pour couvrir les palissades qui étaient notre seule défense ; il était, en outre, important de baisser la barrière qui se trouvait entièrement vue de la campagne. Cette opération pouvait se faire en coupant en rampe la route, pour établir la barrière dans le bas-fond qui se trouve sur le prolongement du parapet ; mais c’était un grand travail. Enfin, il était important d’établir deux parapets à droite et à gauche de la route, pour assurer la communication du pont avec l’ouvrage. A la tête de pont sur la rive droite, il y avait une opération importante à faire : c’était de détourner la route, afin de placer la barrière plus bas pour la dérober aux vues de l’ennemi. Enfin, il restait à détruire les faubourgs, et à couper les arbres qui se trouvaient en grande quantité autour de la place. Quatre cents hommes de la garnison et deux cents bourgeois de Wittemberg furent employés à ces travaux, qui furent poussés avec toute l’activité possible ; la tête de pont et la coupe des arbres aux environs de la place furent les points où l’on porta le plus de monde. On s’occupa aussi à épaissir le parapet qui unissait l’ouvrage K à la place, afin de former une inondation pour couvrir tout le terrain en avant qui se trouve rempli de trous formés par les débordements de l’Elbe. Cette opération réussit très bien, et donna de l’eau dans les fossés de l’ouvrage K ; on forma cette inondation au moyen d’un petit ruisseau qui arrive des hauteurs situées en avant de la place ; le pont se trouva par ce moyen parfaitement à l’abri de toute attaque de ce côté. Le 5 avril, l’ennemi repoussa une escorte de 100 hommes, qui était chargée de protéger l’arrivée des palissades que nous prenions dans la forêt de Rotenmarck, à une demi-lieue de la ville, et il ne fut plus possible d’y retourner. Le 6, on brûla tous les faubourgs à deux cents toises autour des fossés de la place, et l’on s’occupa sur-le-champ de la démolition des maisons. En avant de la porte Berlin, se trouve une petite maison construite pour servir d’hôpital ; les murs en sont fort épais, et M. le général-gouverneur jugea que cette position pouvait nous être fort avantageuse pour couvrir la digue qui traverse le fossé de la porte de Berlin, et pour plonger derrière les décombres des faubourgs, qui pouvaient offrir beaucoup d’abri à l’ennemi ; il ordonna donc d’occuper fortement ce poste, et de s’y retrancher ; les fenêtres furent sur le champ crénelées, et l’on commença une lunette pour couvrir ce point important ; les fossés de cette lunette furent palissadés, et purent être dirigés de manière à être flanqués du corps de place. Le 9, l’ennemi fit une forte reconnaissance des ouvrages de la place ; il amena du canon, et essaya de faire rentrer nos avant-postes, qui ne bougèrent point. Le 12 au soir, l’ennemi occupa Prateau avec de l’infanterie, et tira plusieurs coups de canon sur notre tête de pont ; plusieurs boulets atteignirent nos palissades sans les couper et sans les ébranler ; cette circonstance donna à la troupe une grande confiance dans cet ouvrage, auquel on avait déjà beaucoup travaillé, et qui commençait à prendre de la consistance. Une des premières opérations que fit l’ennemi fut de nous priver des eaux qui alimentaient nos fossés ; les eaux arrivaient par deux ruisseaux, mais le plus important est celui qui arrive de la forêt de Rotenmarck : il traverse le fossé sur un grand aqueduc et fait tourner les moulins de la ville ; le deuxième, beaucoup moins considérable, prend sa source dans les hauteurs qui sont devant la place ; tous deux furent coupés de telle sorte, que pendant plusieurs jours, il ne nous arriva pas une goutte d’eau pour alimenter nos fossés pendant la sécheresse qui avait lieu. Les eaux des fossés de la place sont dans deux plans différents ; la partie comprise entre la porte de Berlin et celle d’Elster se trouve de cinq pieds plus élevée que l’eau du fossé qui est du côté de l’Elbe : ces eaux sont maintenues à cette hauteur par les deux digues qui traversent le fossé. La partie supérieure n’éprouva qu’une légère diminution, mais les eaux baissèrent considérablement dans les fossés du côté de l’Elbe ; cette diminution était causée par une forte filtration à travers le vieux mur qui avoisine l’écluse et à travers la digue qui se trouve très-rapprochée de l’Elbe. Cette diminution fut telle, qu’à l’époque du 15 avril il ne restait plus que deux pieds d’eau dans cette partie du fossé de la place ; l’Elbe, qui avait aussi considérablement baissé, laissait tout le terrain compris entre l’ouvrage L et la place presque sans eau, ce qui augmentait le danger de ce côté. Dans cette circonstance difficile, M. le général-gouverneur cacha à la garnison l’état où se trouvaient les eaux, et résolut, de faire une sortie pour détruire le batardeau que l’ennemi avait fait à une demi-lieue de nos avant-postes, dans la forêt où se trouvaient nos palissades ; on prit pour prétexte de la sortie, que l’on voulait avoir les palissades qui se trouvaient encore dans cette forêt, et l’on commanda des voitures qui devaient nous suivre. On partit donc de la place à trois heures du matin, au nombre de 800 hommes, commandés par M. le général Bardet, et l’on voulait se trouver dans le bois à la pointe du jour. Les rapport que l’on avait reçus la veille n’annonçaient point que l’ennemi fût en force devant la place ; mais, par un singulier hasard, le général russe de Wittgenstein venait d’arriver avec des troupes, et donnait, le même jour, l’ordre d’attaquer nos avant-postes, et de les faire rentrer dans la place. Nous n’étions pas éloignés du bois lorsque nous rencontrâmes un bataillon prussien, que notre feu dispersa en un instant ; bientôt nous entendîmes un feu très vif derrière nous : c’était l’ennemi qui avait forcé nos avant-postes et s’était porté, à la faveur de la nuit, jusques sur le bord des fossés de la place. Il fallait revenir, et se faire jour à la baïonnette dans les dernières maisons du faubourg, qui étaient déjà occupées par l’ennemi. Tout ce qui s’opposait à notre passage fut culbuté, et nous revînmes au point du jour sur nos glacis, après avoir fait éprouver à l’ennemi une perte considérable. La nôtre fut très faible en tués et en blessés ; mais une soixantaine d’hommes qui étaient écartés de la colonne, furent pris par l’ennemi. Le chef de bataillon Chaurion montra, pendant cette sortie, autant de sang-froid que de talent. La moitié de la compagnie de sapeurs, ayant avec elle des outils, avait suivi la colonne, pour rompre le batardeau de l’ennemi ; lorsqu’il fallut revenir, elle se conduisit avec le courage que montrent toujours les sapeurs dans les circonstances difficiles ; ils étaient commandés par le lieutenant Desteuque, qui montra beaucoup de fermeté. Nous perdîmes un sapeur, qui fut blessé et resta au pouvoir de l’ennemi. Lorsque nous revînmes sur nos glacis le jour commençait à paraître, et notre artillerie fit un feu très vif qui causa beaucoup de mal à l’ennemi ; Le général Bardet plaça un fort détachement dans le poste de l’hôpital, d’où l’on fit un feu bieu nourri sur l’ennemi, qui s’était caché derrière les décombres des maisons. L’ennemi souffrit considérablement du feu qui fut fait de cette maison, et de celui de notre artillerie ; nos troupes se reportèrent alors en avant et chassèrent l’ennemi à une grande distance ; il s’engagea une fusillade qui dura jusqu’au soir ; le poste de la Tuilerie fut pris et repris plusieurs fois, et finit par nous rester malgré les efforts de l’ennemi pour le conserver. Ainsi, l’ennemi, qui était beaucoup plus nombreux que nous, et qui attaquait avec ses meilleures troupes, ne put pas nous empêcher de nous maintenir à 300 toises de notre place ; il dut juger d’après cela de ce qu’il lui en coûterait s’il voulait essayer de prendre la place d’assaut. L’ennemi avoue avoir perdu dans cette journée 17 officiers et 550 hommes ; mais il est constant qu’il perdit beaucoup plus. Dans la nuit du 17 au 18, l’ennemi construisit des batteries autour de la place ; mais, comme nous occupions les dehors, il fut obligé de les établir à 600 toises au moins ; il en établit en même temps sur les hauteurs de Prateau, contre la tête de pont. Le 18 au matin, l’ennemi envoya un parlementaire sommer la place, ou du moins essayer d’entamer quelque négociation ; mais il dut se convaincre, autant par la réponse qu’il rapportait, que par la fermeté avec laquelle parla M. le général-gouverneur, que l’on n’écouterait aucune proposition, de quelque nature qu’elle pût être, et que la prise de Wittemberg lui coûterait bien cher. A huit heures du matin, l’ennemi commença un feu très vif ; il jeta dans la place une grande quantité de boulets, d’obus et de boulets incendiaires, au moyen d’une trentaine de bouches à feu qu’il avait dans ses batteries. Ce feu, qui dura depuis 8 heures du matin jusqu’à 3 heures de l’après-midi, ne nous fit aucun mal ; il était en entier dirigé contre la ville, où le feu prit plusieurs fois, et contre la maison de l’hôpital, qui lui avait causé tant de mal la veille ; mais les murs en sont si forts, que cette maison ne souffrit que dans sa toiture, et le peu de succès de l’ennemi ne fit qu’augmenter la confiance du soldat dans ce poste, qui se fortifiait davantage de jour en jour. La distance à laquelle se trouvaient les batteries ennemies, prouvait que l’on n’avait aucun dessein contre la place : aussi notre artillerie ne riposta presque point de ce côté. Il n’en était point de même du côté de Prateau, ou l’ennemi avait établi de fortes batteries pour couper les palissades de la tête de pont, et tâcher de s’en rendre maître. L’Elbe, qui avait considérablement baissé, laissait le fossé presque sans eau, et l’ouvrage n’avait pour toute défense qu’un rang de palissades dont une partie était vue par le canon ennemi ; mais elles étaient si grosses que, quoique plusieurs d’entr’elles eussent reçu des boulets de 16, il n’y avait aucun point ou l’on pût passer. On avait en outre fait sur la route vis-à-vis la barrière une large coupure dans laquelle il y avait de fortes palissades qui eussent arrêté l’ennemi, s’il était parvenu à rompre la barrière avec son canon. Après une vive canonnade de part et d’autre, l’ennemi fit avancer plusieurs fois des troupes qui s’approchèrent très près de nos palissades, mais elles furent toujours repoussées par la bravoure de nos troupes et les bonnes dispositions qu’avait prises le général Bronokoski, chargé de la défense de la tête de pont. Notre artillerie fit un mal considérable à l’ennemi, qui perdit beaucoup de monde. On apercevait dans le village et sur plusieurs autres points, des masses considérables de troupes destinées à protéger celles qu’il avait lancées en avant ; mais la ma- nière dont elles furent reçues, dut les dégoûter, et l’ennemi s’éloigna, vers les trois heures de l’aprèsmidi. Le général Bronokoski fut blessé en défendant la tête de pont avec autant de talent que de courage. Aussitôt que l’ennemi s’éloigna, les palissades endommagées furent remplacées par de nouvelles palissades que l’on avait en réserve dans l’ouvrage. L’ennemi qui avait échoué dans les attaques contre la tête de pont, essaya de détruire le pont au moyen de brûlots ; il avait annoncé dans les journaux de Berlin qu’il allait le brûler, mais il ne fut pas plus heureux dans cette tentative qu’il ne l’avait été dans son attaque contre la tête de pont. Vers minuit du 19 au 20, on vit paraître plusieurs brûlots sur l’Elbe. Aussitôt tous les officiers du génie et les sapeurs se portèrent sur le pont, et l’on y envoya les pompes de la ville. Le premier brûlot était un simple radeau sans mât : il s’accrocha contre l’avant-bec d’une des arches du pont sur la rive droite, et ne pouvait faire aucun mal ; le second était un grand bac rempli de bois sec goudronné ; et afin d’empêcher d’en approcher, le brûlot était garni de boulets incendiaires et d’obus qui éclataient d’un moment à l’autre. Ce second brûlot avait deux grands mâts, afin qu’il fût arrêté sous le pont : le courant le dirigea sous la dernière arche de la rive gauche, mais il fut éloigné du pont au moyen de grands crochets disposés à cet effet. Des sapeurs ne consultant que leur courage, s’élancèrent dans une barque pour aborder le brûlot, malgré le danger que l’on courait, et jetèrent à l’eau les obus, pendant que d’autres attachèrent une corde au mât, et halèrent le brûlot au rivage, où il fut attaché. Le troisième s’était arrêté un instant sur un banc de sable, mais l’ennemi le dégagea, et il arrivait sur une des arches que l’on avait goudronnée, lorsqu’on fit les dispositions pour brûler le pont au commencement du mois de mars dernier ; on parvint à empêcher l’effet de ce troisième brulôt comme celui des deux premiers ; deux autres brûlots furent lancés, mais ne parvinrent point jusqu’au pont ; ils furent arrêtés par les bancs de sable de la rivière. C’est à l’intrépidité de la compagnie de sapeurs que l’on doit la conservation du pont ; elle était animée par le capitaine Babelon et les lieutenants Desteuque et Baury ; le capitaine du génie Offerhaus se rendit aussi au pont, et tous réunirent leurs efforts pour conserver un pont qui pouvait être utile à l’armée française. M. le général-gouverneur ordonna la construction d’une estacade qui pût mettre le pont à l’abri de toute autre tentative des brûlots de l’ennemi. Des pièces de bois d’une grande longueur furent unies par des liens en fer et des chaînes qui lièrent le tout aux brise-glaces en avant du pont. Cette opération fut faite en peu de jours, malgré la rapidité du fleuve. Les eaux continuaient à baisser et la place était abordable sur une étendue de 300 toises ; il était à craindre que l’ennemi n’eût connaissance de la position dans laquelle on se trouvait, et ne nous livrât un assaut ; dans cette circonstance délicate, M. le général-gouverneur, qui était déterminé à défendre jusqu’à la dernière extrémité le poste qui lui était confié, donna l’ordre de fortifier le château qui se trouve situé vis-à-vis les points où l’on avait le moins d’eau. Ce château est de la forme d’un carré long, qui a 60 toises de longueur sur 40 de largeur ; les murs sont fort épais, et en peu de temps ce point fut mis à l’abri d’un coup de main et en état de recevoir toute la garnison. Des magasins y furent faits. On crénela toutes les fenêtres, on boucha toutes les portes, on fit des lunettes et des tambours de manière qu’il n’y eut aucun point du château qui ne fût flanqué ; il eût fallu du canon pour le prendre ; ainsi on avait un grand avantage à recevoir un assaut, lorsqu’une faute de l’ennemi nous mit à même de n’avoir plus rien à redouter de ce côté. L’ennemi en barrant le plus petit des aqueducs, ne se donna point la peine de faire une rigole pour conduire les eaux dans l’Elbe ; il les laissa couler dans les environs de la place, qui sont des jardins remplis de petits canaux. Afin de donner moins de soupçon à l’ennemi, on chargea quelques paysans de ramener les eaux dans l’inondation de l’ouvrage K ; une petite écluse fut construite à la coupure M, et en peu de jours nous eûmes dans les fossés plus d’eau qu’il n’y en eût jamais eu. Le 4 mai, l’ennemi évacua Prateau, et l’on ne douta plus de l’arrivée de l’armée française. Le 5, la cavalerie polonaise poussa des reconnaissances de tous les côtés. Dix hommes, commandés par un officier, se présentèrent devant Vartenburg ; où l’ennemi avait un pont ; à leur arrivée, l’ennemi qui avait beaucoup de cavalerie et d’infanterie, passa sur la rive droite de l’Elbe, et brûla les ponts. La cavalerie polonaise nous a été très utile pendant le blocus. Le 6, on fit une sortie de 400 hommes, à trois heures de l’après-midi ; tous les postes ennemis furent repoussés à une grande distance, et nos troupes montrèrent beaucoup d’ardeur. Le 7, on reçut une lettre du général Regnier, qui annonçait que l’armée française arrivait, et que 300,000 hommes devaient, le même jour, coucher sur les bords de l’Elbe. Le capitaine du génie Offerhaus, le capitaine de sapeurs Babelon, ainsi que les lieutenants Desteuque et Baury, ont rivalisé de zèle et d’activité dans les travaux ; ils se sont toujours trouvés des premiers partout où il y avait quelque danger ; et il est bien agréable pour moi de leur rendre cette justice. M. le général-gouverneur avait ordonné la construction d’une lunette, pour couvrir la digue de la porte d’Elster ; le poste de l’hôpital est entièrement terminé, ainsi que la redoute qui l’entoure ; les eaux sont plus hautes qu’elles n’ont jamais été dans les fossés ; le retranchement du château est achevé, et la tête de pont est en fort bon état ; en un mot, la place de Wittemberg se trouve, à l’époque où nous avons été débloqués, en état de soutenir un siège en règle de plusieurs jours, et je ne doute pas qu’il n’eût été de longue durée, d’après l’activité, les talents et le sang-froid que M. le général-gouverneur a toujours montrés dans les circonstances les plus difficiles ; c’est ainsi qu’il a su gagner la confiance entière des généraux, officiers et soldats composant une garnison qui a montré beaucoup de zèle et de bravoure.Wittemberg, le 11 mai 1813. Le chef de bataillon commandant le génie, C. TREUSSART. A M. le général de division Rogniat,  commandant l’arme du génie de la grande-année.

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20. Extrait du Moniteur, du samedi 22 mai 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, au 16 mai au soir. Le 15, S. M. l’Empereur et S. M. le roi de Saxe ont passé la revue de quatre régiments de cavalerie saxons (un de hussards, un de lanciers, et deux régiments de cuirassiers), qui font partie du corps du général Latour-Maubourg. Ensuite, LL. MM. ont visité le champ de bataille et la tête de pont de Prielnitz. Le duc de Tarente s’était mis en mouvement le 15, à cinq heures du matin, pour se porter vis-à-vis Bautzen. Il a rencontré au débouché du bois l’arrière-garde ennemie ; quelques charges de cavalerie ont été essayées contre notre infanterie, mais sans succès. L’ennemi ayant voulu néanmoins tenir dans cette position, la fusillade s’est engagée, et il a été déposté. Nous avons eu 250 hommes tués ou blessés dans cette affaire d’arrière-garde. On estime la perte de l’ennemi de 7 à 800 hommes, dont 200 prisonniers. La 2e division de la jeune garde, commandée par le général Barrois, est arrivée hier à Dresde. Toute l’armée a passé l’Elbe. Indépendamment du grand pont de Dresde, il a été établi un pont de bateaux en aval, et un autre en amont de la ville. Trois mille ouvriers travaillent à couvrir la nouvelle ville par une tête de pont. La Gazette de Berlin, du 8 mai, contenait le règlement de la landsturm. On ne peut pousser la folie plus loin ; mais il est à prévoir que les habitants de la Prusse ont trop de bon sens, et sont trop attachés aux vrais principes de la propriété, pour imiter des barbares qui n’ont rien de sacré. A la bataille de Lutzen, un régiment composé de l’élite de la noblesse prussienne, et qui se faisaient appeler cosaques prussiens, a été presque entièrement détruit ; il n’en reste pas 15 hommes ; ce qui a mis en deuil toutes les familles. Ces cosaques singeaient réellement les Cosaques du Don. De pauvres jeunes gens délicats avaient à la main la lance, qu’ils soutenaient à peine, et étaient costumés comme de vrais cosaques. Que dirait Frédéric, dont les ouvrages sont pleins d’expressions de mépris pour ces hideuses milices, s’il voyait que son petit-neveu y cherche aujourd’hui des modèles d’uniforme et de tenue! Les cosaques sont mal vêtus ; ils sont sur de petits chevaux presque sans selle et sans harnachement, parce que ce sont des milices irrégulières que les peuplades du Don fournissent, et qui s’établissent à leurs frais. Aller chercher là un modèle pour la noblesse de Prusse, c’est montrer à quel point est porté l’esprit de déraison et d’inconséquence qui dirige les affaire de ce royaume.

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21. Extrait du Moniteur du lundi 24 ai 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, au 18 mai. L’Empereur était toujours à Dresde. Le 15, le duc de Trévise était parti avec le corps de cavalerie du général Latour-Maubourg et la division d’infanterie de la jeune garde du général Dumoutier. Le 16, la division de la jeune garde commandée par le général Barrois partait également de Dresde. Le duc de Reggio, le duc de Tarente, le duc de Raguse et le comte Bertrand étaient en ligne vis-à-vis Bautzen. Le prince de la Moskwa et le général Lauriston arrivaient à Hoyers-Verda. Le duc de Bellune, le général Sébastiani et le général Reynier marchaient sur Berlin. Ce qu’on avait prévu est arrivé : à l’approche du danger, les Prussiens se sont moqués du règIement du landsturm ; une proclamation a fait connaître aux habitants de Berlin qu’ils étaient couverts par le corps de Bulow ; mais que, dans tous les cas, si les Français arrivaient, il ne fallait pas prendre les armes, mais les recevoir suivant les principes de la guerre. Il n’est aucun Allemand qui veuille brûler ses maisons ou qui veuille assassiner personne. Cette circonstance fait l’éloge du peuple allemand. Lorsque des furibonds, sans honneur et sans principes, prêchent le désordre et l’assassinat, le caractère de ce bon peuple les repousse avec indignation. Les Schlegel, les Kotzbue et autres folliculaires aussi coupables voudraient transformer en empoisonneurs et en assassins les loyaux Germains ; mais la postérité remarquera qu’ils n’ont pu entraîner un seul individu, une seule autorité, hors de la ligne du devoir et de la probité. Le comte Bubna est arrivé le 16 à Dresde. Il était porteur d’une lettre de l’empereur d’Autriche pour l’Empereur Napoléon. Il est reparti le 17 pour Vienne. L’Empereur Napoléon a offert la réunion d’un congrès à Prague, pour une paix générale. Du côté de la France, arriveraient à ce congrès les plénipotentiaires de la France, ceux des États-Unis d’Amérique, du Danemarck, du roi d’Espagne, et de tous les princes alliés, et du côté opposé, ceux de l’Ang’eterre, de la Russie, de la Prusse, des insurgés espagnols et des autres alliés de cette masse belligérante, Dans ce congrès seraient posées les bases d’une longue paix. Mais il est douteux que l’Angleterre veuille soumettre ses principes égoïste et injustes à la censure et à l’opinion de l’univers ; car il n’est aucune puissance, si petite qu’elle soit, qui ne réclame au préalable les privilèges adhérents à sa souveraineté : et qui sont consacrés par les articles du traité d’Utrecht, sur la navigation maritime. Si l’Angleterre, par ce sentiment d’égoisme sur lequel est fondée sa politique, refuse de coopérer à ce grand œuvre de la paix du monde, parce qu’elle veut exclure l’univers de l’élément qui forme les trois quarts de notre globe, l’Empereur n’en propose pas moins la réunion à Prague de tous les plénipotentiaires des puissances belligérantes, pour régler la paix du continent. S. M. offre même de stipuler, au moment où le congrès sera formé, un armistice entre les différentes armées, afin de faire cesser l’effusion du sang humain. Ces principes sont conformes aux vues de l’Autriche. Reste à voir actuellement ce que feront les cours d’Angleterre, de Russie et de Prusse. L’éloignement des États-Unis d’Amérique ne doit pas être une raison pour les exclure ; le congrès pourrait toujours s’ouvrir, et les députés des États-Unis auraient le temps d’arriver avant la conclusion des affaires, pour stipuler leurs droits et leurs intérêts.

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22. Extrait du Moniteur du dimanche 30 mai 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur les événements qui se sont passés à l’armée, dans les journées des 19, 20, 21 et 22 mai, et sur la position de l’armée au 23. L’empereur Alexandre et le roi de Prusse attribuaient la perte de la bataille de Lutzen à des fautes que leurs généraux avaient commises dans la direction des forces combinées, et surtout aux difficultés attachées à un mouvement offensif de 150 à 180,000 hommes. Ils résolurent de prendre la position de Bautzen et de Hochkirch, déjà célèbre dans l’histoire de la guerre de sept ans ; d’y réunir tous les renforts qu’ils attendaient de la Vistule et d’autres points en arrière ; d’ajouter à cette position tout ce que l’art pourrait fournir de moyens, et là, de courir les chances d’une nouvelle bataille, dont toutes les probabilités leur paraissaient être en leur faveur. Le duc de Tarente, commandant le 11e corps, était parti de Bischofswerda, le 15, et se trouvait, le 15 au soir, à une portée de canon de Bautzen, où il reconnut toute l’armée ennemie. Il prit position. Dès ce moment, les corps de l’armée française furent dirigés sur le camp de Bautzen. L’Empereur partit de Dresde le 18 ; il coucha à Harta, et le 19, il arriva, à dix heures du matin, devant Bautzen. Il employa toute la journée à reconnaître les positions de l’ennemi. On apprit que les corps russes de Barclay de Tolly, de Laugeron et de Sass, et le corps prussien de Kleist avaient rejoint l’armée combinée, et que sa force pouvait être évaluée de 150 à 160,000 hommes. Le 19 au soir, la position de l’ennemi était la suivante : sa gauche était appuyée à des montagnes couvertes de bois, et perpendiculaires au cours de la Sprée, à peu près à une lieue de Bautzen. Bautzen soutenait son centre. Cette ville avait été crénelée, retranchée et couverte par des redoutes. La droite de l’ennemi s’appuyait sur des mamelons fortifiés qui défendaient les débouchés de la Sprée, du côté du village de Nimschütz : tout son front était couvert sur la Sprée. Cette position très forte n’était qu’une première position. On apercevait distinctement, à 3000 toises en arrière, de la terre fraîchement remuée, et des travauxqui marquaient leur seconde position. La gauche était encore appuyée aux mêmes montagnes, à 2000 toises en arrière de celles de la première position, et fort en avant du village de Hochkirch. Le centre était appuyé à trois villages retranchés, où l’on avait fait tant de travaux, qu’on pouvait les considérer comme des places fortes. Un terrain marécageux et difficile couvrait les trois quarts du centre. Enfin leur droite s’appuyait en arrière de la première position, à des villages et à des mamelons également retranchés. Le front de l’armée ennemie, soit dans la première, soit dans la seconde position, pouvait avoir une lieue et demie. D’après cette reconnaissance, il était facile de concevoir comment, malgré une bataille perdue comme celle de Lutzen, et huit jours de retraite, l’ennemi pouvait encore avoir des espérances dans les chances de la fortune. Selon l’expression d’un officier russe à qui on demandait ce qu’ils voulaient faire : Nous ne voulons, disait-il, ni avancer, ni reculer. Vous êtes maîtres du premier point, répondit un officier français ; dans peu de jours l’événement prouvera si vous êtes maîtres de l’autre! Le quartier-général des deux souverains était au village de Natchen. Au 19, la position de l’armée française était la suivante : Sur la droite était le duc de Reggio, s’appuyant aux montagnes sur la rive gauche de la Sprée, et séparé de la gauche de l’ennemi par cette vallée. Le duc de Tarente était devant Bautzen, à cheval sur la route de Dresde. Le duc de Raguse était sur la gauche de Bautzen, vis-à-vis le village de Niemenschütz. Le général Bertrand était sur la gauche du duc de Raguse, appuyé à un moulin à vent et à un bois, et faisant mine de déboucher de Jaselitz sur la droite de l’ennemi. Le prince de la Moskwa, le général Lauriston et le général Regnier étaient à Hoyerswerda, sur la route de Bertin, hors de ligne et en arrière de notre gauche. L’ennemi ayant appris qu’un corps considérable arrivait par Hoyerswerda, se douta que les projets de l’Empereur étaient de tourner la position par la droite, de changer le champ de bataille, de faire tomber tous ses retranchements élevés avec tant de peine, et l’objet de tant d’espérances. N’étant encore instruit que de l’arrivée du général Lauriston, il ne supposait pas que cette colonne fût de plus de 18 à 20,000 hommes. Il détacha donc contre elle, le 19 à quatre heures du matin, le général York, avec 12,000 Prussiens, et le général Barclay de Tolly, avec 18,000 Russes. Les Russes se placèrent au village de Klix, et les Prussiens au village de Weissig. Cependant le comte Bertrand avait envoyé le général Pery, avec la division italienne, à Kœnigswartha, pour maintenir notre communication avec les corps détachés. Arrivé à midi, le général Pery fit de mauvaises dispositions ; il ne fit pas fouiller la forêt voisine. Il plaça mal ses postes, et à quatre heures, il fut assailli par un hourra qui mit du désordre dans quelques bataillons. Il perdit 600 hommes, parmi lesquels se trouve le général de brigade italien Balathier, blessé ; deux canons et trois caissons ; mais la division ayant pris les armes, s’appuya au bois, et fit face à l’ennemi. Le comte de Valmy étant arrivé avec de la cavalerie, se mit à la tête de la division italienne, et reprit le village de Kœnigswartha. Dans ce même moment, le corps du comte Lauriston, qui marchait en tête du prince de la Moskwa pour tourner la position de l’ennemi, parti de Hoyerswerda, arriva sur Weissig. Le combat s’engagea, et le corps d’York aurait été écrasé, sans la circonstance d’un défilé à passer, qui fit que nos troupes ne purent arriver que successivement. Après trois heures de combat, le village de Weissig fut emporté, et le corps d’York, culbuté, fut rejeté de l’autre côté de la Sprée. Le combat de Weissig serait seul un événement important. Un rapport détaillé en fera connaître les circonstances. Le 19, le comte Lauriston coucha donc sur la position de Weissig ; le prince de la Moskwa à Mankersdorf, et le comte Regnier à une lieue en arrière. La droite de la position de l’ennemi se trouvait évidemment débordée. Le 20, à huit heures du matin, l’Empereur se porta sur la hauteur en arrière Bautzen. Il donna ordre au duc de Reggio de passer la Sprée, et d’attaquer les montagnes qui appuyaient la gauche de l’ennemi ; au duc de Tarente de jeter un pont sur chevalets sur la Sprée, entre Bautzen et les montagnes ; au duc de Raguse de jeter un autre pont sur chevalets sur la Sprée, dans l’enfoncement que forme cette rivière sur la gauche, à une demi-lieue de Bautzen ; au duc de Dalmatie, auquel S M. avait donné le commandement supérieur du centre, de passer la Sprée pour inquiéter la droite de l’ennemi ; enfin, au prince de la Moskwa, sous les ordres duquel étaient le 3e corps, le comte Lauriston et le général Regnier, de s’approcher sur Klix, de passer la Sprée, de tourner la droite de l’ennemi, et de se porter sur son quartier-général de Wurtchen, et de là sur Weissemberg. A midi, la canonnade s’engagea. Le duc de Tarente n’eut pas besoin de jeter son pont sur chevalets : il trouva devant lui un pont de pierre, dont il força le passage. Le duc de Raguse jeta son pont ; tout son corps d’armée passa sur l’autre rive de la Sprée. Après six heures d’une vive canonnade et plusieurs charges que l’ennemi fit sans succès, le général Compans fit occuper Bautzen ; le général Bonnet fit occuper le village de Niedkayn, et enleva au pas de charge un p!ateau qui le rendit maître de tout le centre de la position de l’ennemi ; le duc de Reggio s’empara des hauteurs ; et à sept heures du soir, l’ennemi fut rejeté sur sa seconde position. Le général Bertrand passa un des bras de la Sprée ; mais l’ennemi conserva les hauteurs qui appuyaient sa droite, et par ce moyen se maintint entre le corps du prince de la Moskwa et notre armée. L’Empereur entra à huit heures du soir à Bautzen, et fut accueilli par les habitants et par les autorités avec les sentiments que devaient avoir des alliés, heureux de se voir délivrés des Stein, des Kotzbue et des Cosaques. Cette journée, qu’on pourrait appeler, si elle était isolée, la bataille de Bautzen, n’était que le prélude de la bataille de Wurtchen. Cependant l’ennemi commençait à comprendre la possibilité d’être forcé dans sa position. Ses espérances n’étaient plus les mêmes, et il devait avoir dès ce moment le présage de sa défaite. Déjà toutes ses dispositions étaient changées. Le destin de la bataille ne devait plus se décider derrière ses retranchements. Ses immenses travaux, et 300 redoutes devenaient inutiles. La droite de sa position qui était opposée au 4e corps, devenait son centre, et il était obligé de jeter sa droite, qui formait une bonne partie de son armée, pour l’opposer au prince de la Moskwa, dans un lieu qu’il n’avait pas étudié et qu’il croyait hors de sa position. Le 21, à cinq heures du matin, l’Empereur se porta sur les hauteurs, à trois quarts de lieue en avant de Bautzen. Le duc de Reggio soutenait une vive fusillade sur les hauteurs que défendait la gauche de l’ennemi. Les Russes qui sentaient l’importance de cette position, avaient placé là une forte partie de leur armée, afin que leur gauche ne fût pas tournée. L’Empereur ordonna aux ducs de Reggio et de Tarente d’entretenir ce combat, afin d’empêcher la gauche de l’ennemi de se dégarnir et de lui masquer la véritable attaque dont le résultat ne pouvait pas se faire sentir avant midi ou une heure. A 11 heures, le duc de Raguse marcha à 1,000 toises en avant de sa position, et engagea une épouvantable canonnade devant les redoutes et tous les retranchements ennemis. La garde et la réserve de l’armée, infanterie et cavalerie, masquées par un rideau, avaient des débouchés faciles pour se porter en avant par la gauche ou par la droite, selon les vicissitudes que présenterait la journée. L’ennemi fut tenu ainsi incertain sur le véritable point d’attaque. Pendant ce temps, le prince de la Moskwa culbutait l’ennemi au village de Klix, passait la Sprée, et menait battant ce qu’il avait devant lui jusqu’au village de Preilitz. A dix heures il enleva le village ; mais les réserves de l’ennemi s’étant avancées pour couvrir le quartier-général, le prince de la Moskwa fut ramené et perdit le village de Preilitz. Le duc de Dalmatie commença à déboucher à une heure après midi. L’ennemi, qui avait compris tout le danger dont il était menacé par la direction qu’avait prise la bataille, sentit que le seul moyen de soutenir avec avantage le combat contre le prince de la Movwa, était de nous empêcher de déboucher. Il voulut s’opposer à l’attaque du duc de Dalmatie. Le moment de décider la bataille se trouvait dès lors bien indiqué. l’Empereur, par un mouvement à gauche, se porta, en 20 minutes, avec la garde, les quatre divisions du général Latour-Maubourg et une grande quantité d’artillerie, sur le flanc de la droite de la position de l’ennemi, qui était devenue le centre de l’armée russe. La division Morand et la division wurtembergeoise enlevèrent le mamelon dont l’ennemi avait fait son point d’appui. Le général Devaux établit une batterie dont il dirigea le feu sur les masses qui voulaient reprendre la position. Les généraux Dulauloy et Drouot, avec 60 pièces de batterie de réserve, se portèrent en avant. Enfin, le duc de Trévise, avec les divisions Dumoutier et Barrois de la jeune garde, se dirigea sur l’auberge de Klein-Baschwitz, coupant le chemin de Wurtchen à Baugen. L’ennemi fut obligé de dégarnir sa droite pour parer a cette nouvelle attaque. Le prince de la Moskwa en profita et marcha en avant. Il prit le village de Preisig, et s’avança, ayant débordé l’armée ennemie sur Wurtchen. Il était trois heures après-midi, et lorsque l’armée était dans la plus grande incertitude du succès, et qu’un feu épouvantable se faisait entendre sur une ligne de trois lieues, l’Empereur annonça que la bataille était gagnée. L’ennemi voyant sa droite tournée se mit en retraite, et bientôt sa retraite devint, une fuite. A sept heures du soir, le prince de la Moskwa et le général Lauriston arrivèrent à Wurtchen. Le duc de Raguse reçut alors l’ordre de faire un mouvement inverse de celui que venait de faire la garde, occupa tous les villages retranchés, et toutes les redoutes que l’ennemi était obligé d’évacuer, s’avança dans la direction d’Hochkirch, et prit ainsi en flanc toute la gauche de l’ennemi, qui se mit alors dans une épouvantable déroute. Le duc de Tarente, de son côté, poussa vivement cette gauche et lui fit beaucoup de mal. L’Empereur coucha sur la route au milieu de sa garde à l’auberge de Klein-Baschwitz. Ainsi, l’ennemi, forcé dans toutes ses positions, laissa en notre pouvoir le champ de bataille couvert de ses morts et de ses blessés, et plusieurs milliers de prisonniers. Le 22, à quatre heures du matin, l’armée française se mit en mouvement. L’ennemi avait fui toute la nuit par tous les chemins et par toutes les directions. On ne trouva ses premiers postes qu’au-delà de Weissenberg, et il n’opposa de la résistance que sur les hauteurs en arrière de Reichenbach. L’ennemi n’avait pas encore vu notre cavalerie. Le général Lefevre Desnouettes, à la tête de 1500 chevaux lanciers polonais et des lanciers rouges de la garde, chargea, dans la plaine de Reichenbach, la cavalerie ennemie, et la culbuta. L’ennemi, croyant qu’ils étaient seuls, fit avancer une division de cavalerie, et plusieurs divisions s’engagèrent successivement. Le général Latour-Maubourg, avec ses 14,000 chevaux et les cuirassiers français et saxons, arriva à leur secours, et plusieurs charges de cavalerie eurent lieu. L’ennemi, tout surpris de trouver devant lui 15 à 16,000 hommes de cavalerie, quand il nous en croyait dépourvus, se retira en désordre. Les lanciers rouges de la garde se composent en grande partie des volontaires de Paris et des environs. Le général Lefèvre Desnouettes et le général Colbert, leur colonel, en font le plus grand éloge. Dans cette affaire de cavalerie, le général Bruyères, général de cavalerie légère de la plus haute distinction, a eu la jambe emportée par un boulet. Le général Regnier se porta avec le corps saxon sur les hauteurs au-delà de la Reichenbach, et poursuivit l’ennemi jusqu’au village de Hotterndorf. La nuit nous prit à une lieue de Gœrlitz. Quoique la journée eût été extrêmement longue, puisque nous nous trouvions à huit lieues du champ de bataille, et que les troupes eussent éprouvé tant de fatigues, l’armée française aurait couché à Gœrlitz ; mais l’ennemi avait placé un corps d’arrière-garde sur la hauteur en avant de cette ville, et il aurait fallu une demi-heure de jour de plus pour la tourner par la gauche. L’Empereur ordonna donc qu’on prît position. Dans les batailles du 20 et 21, le général wurtembergeois Franquemont et le général Lorencez ont été blessés. Notre perte dans ces journées peut s’évaluer à 11 ou 12,000 hommes tués ou blessés. Le soir de la journée du 22, à sept heures, le grand maréchal duc de Frioul, étant sur une petite éminence à causer avec le duc de Trévise et le général Kirgener, tous les trois pied à terre et assez éloignés du feu, un des derniers boulets de l’ennemi rasa de près le duc de Trévise, ouvrit le bas-ventre au grand-maréchal, et jeta roide mort le général Kirgener. Le duc de Frioul se sentit aussitôt frappé à mort ; il expira douze heures après. Dès que les postes furent placés et que l’armée eut pris ses bivouacs, l’Empereur alla voir le duc de Frioul. Il le trouva avec toute sa connaissance, et montrant le plus grand sang-froid. Le duc serra la main de l’Empereur, qu’il porta sur ses lèvres. Toute ma vie, lui dit-il, a été consacrée à votre service, et je ne la regrette que par l’utilité dont elle pouvait vous être encore! – Duroc, lui dit l’Empereur, il est une autre vie! C’est là que vous irez m’attendre, et que nous nous retrouverons un jour! – Oui, Sire ; mais ce sera dans trente ans, quand vous aurez triomphé de vos ennemis, et réalisé toutes les espérances de notre patrie. J’ai vécu en honnête homme ; je ne me reproche rien. Je laisse une fille, votre Majesté lui servira de père. L’Empereur serrant de la main droite le grand-maréchal, reste un quart-d’heure la tête appuyée sur la main gauche dans le plus profond silence. Le grand-maréchal rompit le premier ce silence. Ah Sire! allez-vous-en! ce spectacle vous peine! L’Empereur, s’appuyant sur le duc de Dalmatie et sur le grand-écuyer, quitta le duc de Frioul sans pouvoir lui dire autre chose que ces mots, Adieu donc, mon ami! Sa Majesté rentra dans sa tente, et ne reçut personne pendant toute la nuit. Le 23, à neuf heures du matin, le général Regnier entra dans Gœrlitz. Des ponts furent jetés sur la Neiss, et l’armée se porta au-delà de cette rivière. Au 23, au soir, le duc de Bellune était sur Botzenberg ; le comte Lauriston avait son quartier-général à Hochkirch, le comte Regnier en avant de Trotskendorf sur le chemin de Lauban, et le comte Bertrand en arrière du même village, le duc de Tarente était sur Schœnberg, l’Empereur était à Gœrlitz. Un parlementaire, envoyé par l’ennemi, portait plusieurs lettres, ou l’on croit qu’il est question de négocier un armistice. L’armée ennemie s’est retirée, par Banalau et Lauban, en Silésie. Toute la Saxe est délivrée de ses ennemis, et dès demain 24, l’armée française sera en Silésie. L’ennemi a brûlé beaucoup de bagages, fait sauter beaucoup de parcs, disséminé dans les villages une grande quantité de blessés. Ceux qu’il a pu emmener sur des charrettes n’étaient pas pansés ; les habitants en portent le nombre à plus de 18,000. Il en est resté plus de 10,000 en notre pouvoir. La ville de Gœrlitz, qui compte 8 à 10,000 habitants, a reçu les Français comme des libérateurs.La ville de Dresde et le ministère saxon ont mis la plus grande activité à approvisionner l’armée, qui jamais n’a été dans une plus grande abondance. Quoiqu’une grande quantité de munitions ait été consommée, les ateliers de Torgau et de Dresde, et les convois qui arrivent, par les soins du général Sorbier, tiennent notre artillerie bien approvisionnée. On a des nouvelles de Glogau, Custrin et Stettin. Toutes ces places étaient dans un bon état. Ce récit de la bataille de Wurtchen ne peut être considéré que comme une esquisse. L’état-major-général recueillera les rapports qui feront connaître les officiers, soldats et les corps qui se sont distingués. Dans le petit combat du 22, à Reichenbach, nous avons acquis la certitude que notre jeune cavalerie est, à nombre égal, supérieure à celle de l’ennemi. Nous n’avons pu prendre de drapeaux ; l’ennemi les retire toujours du champ de bataille. Nous n’avons pris que 19 canons, l’ennemi ayant fait sauter ses parcs et caissons. D’ailleurs l’Empereur tient sa cavalerie en réserve ; et jusqu’à ce qu’elle soit assez nombreuse, il veut la ménager.

Extrait de différents rapports du commissaire-général de la haute-police à Halberstadt, Du 13 mai.

Un certain major Orloff, qui a séjourné avec 400 cosaques à Herbstadt, qui avait consommé tous les fourrages qui se trouvaient dans cette ville, demanda la veille de son départ 2,000 bottes de paille, pour les faire transporter sur la rive droite de la Saale, ou il a été bivouaquer avec son corps ; le maire était au lit ; se trouvant attaqué d’une maladie, son fils aîné le sieur Richter, secrétaire de la mairie, le remplaçait ; il répondit au major Orloff, qu’il lui était impossible de fournir ces 2,000 bottes de paille, attendu qu’il n’y en avait plus une seule dans toute la ville. Orloff lui répliqua qu’il ne disait pas la vérité. Le jeune Richter lui fit alors la proposition de l’accompagner dans tous les greniers et toutes les granges de la ville, afin de s’assurer de la vérité de son exposé ; le major Orloff, offensé de cette proposition, fit arrêter le secrétaire Richter, fils du maire du canton, d’une famille très respectable et fort estimée, et lui fit donner 25 coups de knout, dont ce jeune homme mourut le 10 de ce mois. Je l’ai vu enterrer le 12, à mon passage à Herbstadt. Ces détails sont authentiques.

Du 13 mai.

Une circonstance arriva le même jour à Eisleben, qui d’abord avait donné quelque inquiétude aux habitants. Deux chevaux de cosaques avaient été volés dans la rue, le soir au piquet. Un habitant de Querfurth, à qui vraisemblablement des cosaques avaient volé deux chevaux la veille, en partant de cette ville, était venu les reprendre à Eisleben. Il fut arrêté en sortant, conduit chez le major Scherschinski, qui le fit attacher à une planche, et lui fit donner 50 coups de knout dont ce malheureux mourut quelques heures après.

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23. Extrait du Moniteur du mercredi 2 juin 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, au 25 mai au soir. Le prince de la Moskwa, ayant sous ses ordres les corps du général Lauriston et du général Regnier, avait forcé, le 24 mai, le passage de la Neiss ; et le 25 au matin, le passage de la Queiss, et était arrivé à Buntzlau. Le général Lauriston avait son quartier-général à mi-chemin de Buntzlau à Haynau. Le quartier-général de l’Empereur était, le 25 au soir, à Buntzlau. Le duc de Bellune était à Wehrau, sur la Queiss. Le général Bertrand était entré, le 24, à Lauban, et le 25 il avait suivi l’ennemi. Le duc de Tarente, après avoir passé la Queiss, avait eu un combat avec l’arrière-garde ennemie. L’ennemi, encombré de charrettes de blessés et de bagages, voulut tenir. Le duc de Tarente eut ses trois divisions engagées. Le combat fut vif ; l’ennemi souffrit beaucoup. Le duc de Tarente avait, le 25 au soir, son quartier-général à Stegkigt. Le duc de Raguse était à Ottendorf. Le duc de Reggio était parti de Bautzen, marchant sur Berlin par la route de Luckau. Nos avant-postes n’étaient plus qu’à une marche de Glogau.C’est à Buntzlau que le général russe Koutouzoff est mort, il y a six semaines. Nos armées n’ont trouvé dans ce pays aucune exaltation. Les esprits y sont comme à l’ordinaire. Le landwer et le landsturm n’ont existé que dans les journaux, du moins dans ce pays-ci ; et les habitants sont bien loin d’adhérer au conseil des Russes, de brûler leurs maisons et de dévaster leur pays. Le général Durosnel est resté en qualité de gouverneur à Dresde. Il commande toutes les troupes et garnisons françaises en Saxe. Plusieurs corps français se dirigent sur Berlin, ou il paraît que l’on déménage, et où l’on s’attend depuis quelques jours à voir arriver l’armée.

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24. Extrait du Moniteur du vendredi 4 juin 1813

Sa Majesté l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées au 27 mai au soir : Le 26, le quartier-général du comte Lauriston était à Haynau. Un bataillon du général Maison a été chargé inopinément, à cinq heures du soir, par 3,000 chevaux, et a été obligé de se reployer sur un village. Il a perdu deux pièces de canon et trois caissons qui étaient sous sa garde. La division a pris les armes. L’ennemi a voulu charger sur le 153e régiment ; mais il a été chassé du champ de bataille, qu’il a laissé couvert de morts. Parmi les tués, se trouvent le colonel et une douzaine d’oiffciers des gardes-du-corps de Prusse, dont on a apporté les décorations. Le 27, le quartier-général de l’Empereur était à Liegnitz, où se trouvaient la jeune et la vieille garde, et les corps du général Lauriston et du général Régnier. Le corps du prince de la Moskwa était à Haynau ; celui du duc de Bellune manoeuvrait sur Glogau. Le duc de Tarente était à Goldberg. Le duc de Raguse et le comte Bertrand étaient sur la route de Goldberg à Liegnitz. II paraît que toute l’armée ennemie a pris la direction de Jauer et de Schweidnitz. On ramasse bon nombre de prisonniers. Les villages sont pleins de blessés ennemis. Liegnitz est une assez jolie ville de 10,0000 habitants. Les autorités l’avaient quittée par ordre exprès ; ce qui mécontente fort les habitants et les paysans du cercle. Le comte Daru a été en conséquence chargé de former de nouvelles magistratures. Tous les gens de la cour et toute la noblesse qui avaient évacué Berlin, s’étaient retirés à Breslau ; aujourd’hui ils évacuent Breslau, et une partie se retire en Bohême. Les lettres interceptées ne parlent que de la consternation de l’ennemi et des pertes énormes qu’il a faites à la bataille de Wurtchen.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes, sur la situation des armées au 29 mai au matin : Le duc de Bellune s’est porté sur Glogau. Le général Sébastiani a rencontré près de Sprottau un convoi ennemi, l’a chargé, lui a pris vingt-deux pièces de canon, quatre-vingts caissons et 500 prisonniers. Le duc de Raguse est arrivé le 28 au soir à Jauer, poussant l’arrière-garde ennemie, dont il avait tourné la position sur ce point. Il lui a fait 300 prisonniers. Le duc de Tarente et le comte Bertrand étaient arrivés à la hauteur de cette ville. Le 28, à la pointe du jour, le prince de la Moskwa, avec les corps du comle Lauriston et du général Reynier, s’était porté sur Neumarck. Ainsi, notre avant-garde n’est plus qu’à sept lieues de Breslau. Le 29 mai, à dix heures du matin ; le comte Schouvaloff, aide-de-camp de l’empereur de Russie, et le général Kleist, général de division prussien, se sont présentés aux avant-postes. Le duc de Vicence a été parlementer avec eux. On croit que cette entrevue est relative à la négociation de l’armistice. On a des nouvelles de nos places, qui sont toutes dans la meilleure situation. Les ouvrages qui défendaient le champ de bataille de Wurtchen sont très considérables ; aussi l’ennemi avait-il dans ses retranchements la plus grande confiance. On peut s’en faire une idée, quand on saura que c’était le travail de 10,000 ouvriers pendant trois mois ; car c’est depuis le mois de février que les Russes travaillaient à cette position qu’ils considéraient comme inexpugnable. Il paraît que le général Wittgenstein a quitté le commandement de l’armée combinée : c’est le général Barclay de Tolly qui la commande. L’armée est ici dans le plus beau pays possible ; la Silésie est un jardin continu, où l’armée se trouve dans la plus grande abondance de tout.

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25. Extrait du Moniteur du mardi 8 juin 1813.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées au 30 mai 1813 : Un convoi d’artillerie d’une cinquantaine de voitures, parti d’Augsbourg, s’est éloigné de la route de l’armée, et s’est dirigé d’Augsbourg sur Bayreuth ; les partisans ennemis ont attaqué ce convoi entre Zwickau et Chemnilz, ce qui a occasionné la perte de 200 hommes et de 300 chevaux qui ont été pris ; de 5 à 8 pièces de canon, et de plusieurs voitures qui ont été détruites ; les pièces ont été reprises. — S. M, a ordonné de faire une enquête pour savoir qui a pris sur soi de changer la route de l’armée. Que ce soit un général ou un commissaire des guerres, il doit être puni selon la rigueur des lois militaires, la route de l’armée ayant été ordonnée d’Augsbourg par Wurtzbourg et Fulde. Le général Poinsot, venant de Brunswick avec un régiment de marche de cavalerie, fort de 400 hommes, a été attaqué par 7 à 800 hommes de cavalerie ennemie près Halle ; il a été fait prisonnier avec une centaine d’hommes ; 200 hommes sont revenus à Leipsick. Le duc de Padoue est arrivé à Leipsick, où il réunit sa cavalerie pour balayer toute la rive gauche de l’Elbe.

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes, sur la situation des armées, au 31 mai au soir : Le duc de Vicence, le comte de Schouvaloff et le général Kleist ont eu une conférence de dix-huit heures, au couvent de Watelstadt, près de Liegnitz. Ils se sont séparés hier 30, à cinq heures après-midi. Le résultat n’est pas encore connu. On est convenu, dit-on, du principe d’un armistice, mais on ne paraît pas d’accord sur les limites qui doivent former la ligne de démarcation. Le 31, à six heures du soir, les conférences ont recommencé du côté de Striegau. Le quartier-général de l’Empereur était à Neumarkt ; celui du prince de la Moskwa, ayant sous ses ordres le général Lauriston et le général Regnier, était à Lissa. Le duc de Tarente et le comte Bertrand étaient entre Jauer et Striegau. Le duc de Raguse était entre Moys et Neumarkt. Le duc de Bellune était à Steinau sur l’Oder. Glogau était entièrement débloqué. La garnison a eu constamment du succès dans ses sorties. Cette place a encore pour sept mois de vivres. Le 28, le duc de Reggio ayant pris position à Hoyerswerda, fut attaqué par le corps du général Bulow, fort de 15 à 18,000 hommes. Le combat s’engagea ; l’ennemi fut repoussé sur tous les points et poursuivi l’espace de deux lieues. Le rapport de cette affaire est ci-joint. Le 22 mai, le lieutenant-général Vandamme s’est emparé de Wilhelmsburg, devant Hambourg. Le 24, le quartier-général du prince d’Eckmülh était à Haarbourg. Plusieurs bombes étaient tombées dans Hambourg, et les troupes russes paraissant évacuer cette ville, les négociations s’étaient ouvertes pour la reddition de cette place ; les troupes danoises faisaient cause commune avec les troupes françaises. Il devait y avoir, le 25, une conférence avec les généraux danois, pour régler le plan d’opérations. M. le comte de Kaas, ministre de l’intérieur du roi de Danemarck, et chargé d’une mission auprès de l’Empereur, était parti pour se rendre au quartier-général.

Rapport à S. A. S. le prince de Neufchâtel, major-général de l’armée.

Monseigneur, Je suis arrivé à Hoyerswerda vers les six heures du soir, avec ma 13e division. Tous les renseignements des paysans m’assuraient que l’ennemi était en ville, et je marchais avec précaution. Mon avant-garde n’apercevant aucune vedette, entra en ville pendant qu’il tombait une pluie d’orage assez forte. Les premiers pelotons de chevau-légers, commandés par un de mes officiers, avaient déjà parcouru différentes rues sans rencontrer personne, lorsqu’en arrivant sur la place, les escadrons de chevau-légers bavarois qui suivaient, aperçurent et tombèrent sur deux escadrons de cosaques, occupés à faire charger du pain. Plusieurs de ceux qui étaient à cheval parvinrent à s’échapper ; mais tout le reste fut sabré ou pris. J’ai, de cette affaire, 7 officiers, dont 1 major, 1 capitaine, 5 lieutenants ou sous-lieutenants, et 3 officiers prussiens ( il ne s’en est échappé aucun ), 61 cosaques et plus de 90 chevaux. Je suis, etc. Signé, le maréchal duc DE REGGIO, A Hoyerswerda, le 27 mai 1813.

Rapport à S. .A. S. le prince de Neufchâtel, major-général de l’armée.

Monseigneur, L’ennemi est venu m’attaquer ce matin dams la position de Hoyerswerda, où je me trouve, et où je suis retenu, attendant la division du général Gruyère. L’ennemi arrivait de Senftenberg par les deux rives de la Schwarz Elster. Sa première attaque eut lieu vers huit heures, par Bergen et Neuwiese, où sa cavalerie repoussa mes avant-postes ; et à peu près dans le même temps, je fus attaqué, par ma gauche, du côté de Narditz, par où l’ennemi déploya 30 pièces de canon. J’ignorais encore de quel côté serait l’attaque principale, et je fus obligé de partager mon monde entre ees deux points. La 14e division forma ses carrés dans la plaine de Narditz, sous un feu très vif d’artillerie, auquel la mienne répondit avec avantage. L’ennemi, s’apercevant de l’inutilité de ses efforts de ce côté, porta ses forces sur la rive droite ; il fit déboucher des colonnes d’infanterie, de cavalerie, et du canon. Alors mon artillerie, très avantageusement placée, mit ces colonnes en déroute, et faisant battre le pas de charge, le général Pacthod repoussa ce corps prussien bien au-delà de Bergen, en lui faisant beaucoup de mal. Dès ce moment, sa retraite fut précipitée sur tous les points, et je restai maître du terrain, où il laissa beaucoup de morts. Je ne puis trop me louer de la conduite du général Pacthod, ainsi que de celle du général Pourailly, qui, avec sa brigade, a emporté deux villages à la baïonnette, et de la manière la plus franche. Nous suivons encore l’ennemi, à cinq heures du soir. Je suis, etc. Signé, le maréchal duc DE REGGIO. A Hoyerswerda, le 28 mai 1813.

Copie de la lettre du général de division comte Vandamme, au maréchal prince d’Eckmülh.

Haarbourg, le 13 mai, 11 heures du matin.

Avant-hier nous étions imparfaitement établis dans l’île de Wilhelmsburg. La nuit étant venue, il avait fallu se borner à se garder militairement. Hier 12, à huit heures du matin, l’ennemi a connmencé par débarquer mille à douze cents hommes en face de Hambourg. Une vive fusillade s’est engagée avec la brigade d’infanterie légère commandée par le général Gengould. J’ai été examiner l’affaire, et j’ai vu que cette colonne ennemie, s’attendant à être appuyée, prétendait nous faire sortir de l’île. L’ennemi pressant d’abord son attaque, avait gagné quelque avantage, et avançait en force avec l’artillerie qu’il avait débarquée. Je fis à l’instant tourner en masse les trois bataillons d’infanterie légère, soutenus par tout le reste de la division Dufour. J’ordonnai la charge, et en un quart d’heure, tout fut mis dans la déroute la plus complète. L’ennemi abandonna toute son artillerie, ses caissons, ses munitions, et se rembarqua dans le plus grand désordre, laissant des prisonniers et un grand nombre de morts, parmi lesquels se sont trouvés beaucoup de Danois. Le général Dufour et le général Gengoult se sont parfaitement conduits dans cette affaire. Je me suis décidé à faire passer dans l’île la brigade de Reuss, que je destinais à occuper Altwerden, Kattwick et Rosneuhof. A peine avais-je fait débarquer les troupes, que j’appris que l’ennemi tentait un nouveau débarquement sur le point de Reiherstieger-Land, d’où il semblait vouloir se diriger sur le point de mon passage. Une fusillade s’est engagée, et l’ennemi voyant qu’il n’avait pu nous surprendre, s’est retiré précipitamment avec une perte de quelques morts, blessés et prisonniers. J’ai établi le 152e en réserve et en observation au château même de Wilhelmsburg, afin de pouvoir se porter partout. Prévoyant bien une nouvelle attaque, je fis marcher le 37e qui était sur la digue. La fusillade s’engagea sérieusement. Je n’hésitai pas à ordonner au 37e de se retirer lentement, en défendant la digue, et à laisser avancer l’ennemi de manière à lui couper sa retraite ou à le poursuivre vigoureusement. J’ordonnai de suite à deux bataillons de la droite de la division Dufour de se rendre directement au pont où l’ennemi avait passé, tandis que je prescrivis au prince Reuss de marcher précipitamment sur l’ennemi avec les deux bataillons qui se trouvaient au château de Wilhelmsburg. La fusillade s’est d’abord engagée, et comme on ne peut cheminer que par des digues fort élevées, j’ordonnai aux troupes de cesser le feu, et je fis battre la charge de toutes parts. L’ennemi fut contraint à la retraite, et poursuivi pendant une heure la baïonnette dans les reins. Jamais confusion ne fut plus complète. Tout ce qui s’était jeté dans les barques a été noyé ou tué. Quatre cent trente hommes environ qui n’ont pas pu s’embarquer, ont mis bas les armes. Je ne puis assez me louer de la valeur de nos troupes. Je ne me rappelle pas d’avoir jamais trouvé plus d’ardeur dans nos vieilles bandes. Plusieurs officiers de tous grades se sont singulièrement distingués. J’aurai l’honneur d’en adresser l’état à V. Exc., pour qu’elle veuille bien le faire parvenir à l’Empereur. J’ai l’honneur, etc. Signé, le comte VANDAMME.

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26. Extrait du Moniteur du jeudi 10 juin 1813

S. M. l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, au 2 juin 1813 : Le quartier-général de l’Empereur était toujours à Neumarkt ; celui du prince de la Moskwa était à Lissa ; le duc de Tarente et le comte Bertrand étaient entre Sauer et Strieger ; le duc de Raguse au village d’Eisendorf ; le 3e corps, au village de Titersdorf ; le duc de Bellune entre Glogau et Liegnitz. Le comte de Bubna était arrivé à Liegnitz, et avait des conférences avec le duc de Bassano. Le général Lauriston est entré à Breslau le 1er juin à six heures du matin. Une division prussienne de 6 à 7000 hommes qui couvrait cette ville en défendant le passage de la Lohe, a été enfoncée au village de Neukirchen. Le bourguemestre et quatre députés de la ville de Breslau ont été présentés à l’Empereur, à Neumarkt, le 1er juin, à deux heures après-midi. S. M. leur a dit qu’ils pouvaient rassurer les habitants ; que quelque chose qu’ils eussent faite pour seconder l’esprit d’anarchie que les Stein et les Scharnhorss voulaient exciter, elle pardonnait à tous. La ville est parfaitement tranquille, et tous les habitants y sont restés. Breslau offre de très grandes ressources. Le duc de Vicence et les plénipotentiaires russe et prussien, le comte Schouvaloff et le général de Kleist, avaient échangé leurs pleins pouvoirs, et avaient neutralisé le village de Peicherwitz. Quarante hommes d’infanterie et vingt hommes de cavalerie, fournis par l’armée française, et le même nombre d’hommes fournis par l’armée alliée, occupaient respectivement les deux entrées du village. Le 2 au matin, les plénipotentiaires étaient en conférence pour convenir de la ligne qui, pendant l’armistice, doit déterminer la position des deux armées. En attendant, des ordres ont été donnés des deux quartiers-généraux afin qu’aucunes hostilités n’eussent lieu. Ainsi, depuis le 1er juin à deux heures de l’après-midi, il n’a été commis aucune hostilité de part ni d’autre.

Rapport de l’adjudant-commandant Durrieu, commandant les troupes du 4e corps formant la garnison de la place de Glogau, au major-général.

Monseigneur, Je m’empresse d’annoncer à V. A. que la place de Glogau a été débloquée le 27 de ce mois pendant la nuit. Depuis deux jours nous ne voyons plus ni Prussiens ni Russes ; mais aujourd’hui seulement nous avons vu l’avant-garde de M. le général Sébastiani, et aujourd’hui seulement nous avons appris les victoires de Lutzen et de Bautzen, et tout ce qui s’est passé depuis trois mois. Du 15 au 20 février, le 7e corps et les Polonais ont repassé l’Oder, et au lieu de nous aider à approvisionner la place, ils nous ont enlevé les ressources les plus voisines. Cependant des détachements ont battu le pays jusqu’au 28 février, malgré les forts partis de cosaques, et ont ramené pour quarante-cinq jours de viande fraîche : nous en aurions eu facilement le double, sans les chicanes des troupes prussiennes déjà échelonnées vers la Saxe. Le 20 février, la garnison a tiré les premiers coups de fusil sur les cosaques ; mais ce n’est que le 15 mars que le blocus a été resserré par de l’infanterie russe. Jusqu’à cette époque on a fait encore plusieurs sorties, et l’on s’est battu chaque fois pour se procurer des bestiaux ; mais l’ennemi les avait éloignés, et nous n’avons pu en avoir que pour quinze jours de plus. J’ai vu avec plaisir dans ces sorties et dans tous ces combats, que nos soldats montraient leur courage ordinaire et l’habitude de battre les Russes. Le 19 mars, 800 hommes sont sortis de la place pour faire déployer et reconnaître les forces de l’ennemi sur la rive gauche de l’Oder. Le général Saint-Priest était arrivé la veille avec un corps de troupes russes. Ce général n’a d’abord envoyé qu’environ 1,200 hommes pour nous repousser dans la place ; mais nous les avons repoussés eux-mêmes si vivement, que leur fuite a jeté l’alarme dans tous leurs quartiers, d’où il est sorti 8,000 hommes d’infanterie, 2,000 de cavalerie et 20 pièces d’artillerie. Notre reconnaissance est rentrée, et le feu de la place a contenu tous ces Russes dépités de notre audace, et faisant mine de vouloir nous enlever comme Oczakow. Le général Saint-Priest a sommé la place avec toutes les menaces d’usage. Le gouverneur lui a répondu qu’il ne savait pas sans doute que la garnison était composée du 4e corps, puisqu’il osait faire une pareille proposition. Dans cette affaire nous avons eu une vingtaine de blessés, et l’ennemi a laissé une cinquantaine de morts ou de blessés à 800 toises de la place. Les soldats français se sont distingués en donnant l’élan à tous les autres ; les Espagnols et les Croates se sont très bien battus ; on n’aurait pas dit que les Badois se battaient pour la première fois. Le chef de bataillon Coste, des Croates, s’est parfaitement conduit ; son intelligence a été autant éprouvée que son courage. Depuis ce jour, l’on s’est battu continuellement pour protéger les travailleurs qui détruisaient les habitations trop voisines, et éclairaient les dehors de la place. Le 30 mars, pendant la nuit, l’ennemi a construit sur la rive gauche deux batteries., l’une à 300 et l’autre à 400 toises, et le 31 au matin, il a tiré avec 16 pièces de gros calibre sur la place. L’on a cru d’abord que c’était l’ouverture sérieuse d’une tranchée. Dans deux heures nos batteries ont fait taire celles de l’ennemi, qui pendant ce temps montrait autour de la place environ 6,000 hommes d’infanterie et 1,500 de cavalerie, tant Russes que Prussiens. A midi, le général prussien Schuller, gouverneur de Breslau, nous a annoncé la déclaration de guerre de son roi à notre Empereur, et a demandé la place. Il nous a menacés de l’arrivée prochaine de l’artillerie de siège venant de la Haute-Silésie et de la Sibérie, parce que le roi de Prusse ne voulait pas encombrer son pays de prisonniers français. L’on a différé de répondre à cette sommation, et le lendemain matin 1000 hommes ont chassé l’ennemi de ses batteries, d’où il avait retiré son artillerie pendant la nuit, excepté 4 pièces qui ont eu encore le temps de se sauver aux premiers coups de fusil. Nous avons trouvé dans ses ouvrages 5 affûts brisés, 14 morts, dont 2 officiers. Nous n’avons eu qu’un blessé dans la place et une quinzaine dans l’attaque de ces batteries, qui étaient trop près pour une démonstration et trop loin pour nuire à nos fortifications. Le chef de bataillon Olivazzi, du 3e de ligne italien, est entré le premier dans une de ces batteries avec les carabiniers croates : son exemple a décidé de la réussite de cette opération. Pas une maison n’a pris feu malgré un grêle d’obus et de boulets incendiaires : le service des pompes était prêt. Cinq prisonniers qu’on a faits nous ont appris que le corps du général Saint-Priest avait marché vers la Saxe, et que dans ce moment il y avait devant la place encore 3000 Russes et 4 à 5000 Prussiens. Cette apparition de troupes prussiennes, et la grande probabilité qu’elles n’étaient pas du corps du général d’York, et que la Prusse nous avait réellement déclaré la guerre, nous ont mis dans une plus grande nécessité de surveiller les habitants, et nous ont privés de plus en plus de toute relation secrète. Depuis le 31 mars, le corps du général Schuller s’augmentait tous les jours des nouvelles levées. Il n’était plus prudent de faire des sorties ; car il fallait réserver tous nos demi-moyens pour défendre exclusivement la place. Nous n’avons pourtant pas cessé d’avoir des postes en dehors du glacis : les Prussiens ont vainement tenté de les rejeter dans les chemins couverts. Ils sent venus souvent pendant la nuit porter devant nos sentinelles des bulletins de leurs victoires et toute espèce de mauvaises nouvelles. Le 30 avril, à minuit, un corps prussien a attaqué à l’improviste et avec fureur la tête de pont de la rive droite de l’Oder. Il a lâché deux brûlots qui ont éclaté avant d’y arriver ; ils auraient d’ailleurs été arrêtés par nos estacades. L’ennemi est arrivé jusqu’à nos abattis ; mais son artillerie et sa mousqueterie n’ont pas ébranlé les 150 hommes qui défendaient ce nouvel ouvrage, et il a dû se retirer en laissant une vingtaine de morts et 35 blessés, et une cinquantaine de fusils. Nous avons eu 9 blessés. Cette défense fait le plus grand honneur aux Français et aux Croates. Ce poste leur a toujours été confié. C’est au chef de bataillon Marthe, du 92e de ligne, qui dès le premier coup de canon s’est rendu à la tête de pont pour y commander, qu’on doit les bonnes dispositions qui l’ont sauvée. Pour masquer cette attaque, l’ennemi a entouré en même temps toute la place de troupes et de tirailleurs et de pièces volantes ; tout cela faisait feu dans une nuit très obscure, et a fait craindre un moment des projets plus sérieux. Dans dix minutes chacun était à son poste ; le gouverneur a défendu de tirer, pour tromper et attirer l’ennemi par notre silence ; mais il n’a fait que du bruit, et s’est retiré. L’ennemi est resté tranquille jusqu’au 6 mai. Dans la nuit du 6 au 7, profitant des plis du terrain qui était devant le fort de l’Étoile, et de la facilité de re- muer cette terre sablonneuse qui environne toute la place, les Prussiens ont ouvert un boyau et l’ont poussé avant le jour, sans qu’on ait rien entendu, jusqu’à 100 toises des chemins couverts de ce fort de l’Étoile. A la pointe du jour un grand nombre de tirailleurs fusillait nos embrasures, et nos pièces les inquiétaient peu. La sape continuait, et l’on voyait clairement qu’on préparait une batterie pour la nuit prochaine. Le gouverneur a fait cesser notre feu pour donner de la confiance à l’ennemi qui, en effet, a cru nous avoir intimidés, et qui s’est moins pressé de se couvrir entièrement et de perfectionner son ouvrage. A deux heures a près-midi, 800 hommes et deux pièces d’artillerie sont sortis par la porte de Breslau, très près du flanc gauche du boyau, où les Italiens et les Croates sont arrivés à la course : ils en ont chassé 400 Prussiens, en ont pris une cinquantaine et tué ou blessé cinquante à coups de baïonnettes. Un bataillon de piquet à la queue de la tranchée a pris la fuite. Notre colonne s’est établie en avant et à droite de Zarkau, et 400 travailleurs ont aussitôt commencé à détruire les ouvrages dont le tracé était réellement pour une tranchée et pour une batterie. Une heure après seulement, les Prussiens, renforcés des troupes les plus voisines, se sont représentés au nombre de 1,500, avec 5 pièces de canon et 300 hulans. Alors un combat des plus vifs s’est engagé ; mais nous n’avons pas changé de position tant que la destruction du boyau n’était pas terminée. Vers les quatre heures, nos travailleurs sont rentrés : aussitôt, libres de tout autre soin, nous nous sommes élancés sur ces Prussiens ; et nos soldats, ne faisant plus de quartier, en ont tué ou blessé plus de 200, que nous avons laissés, sur le champ de bataille. Infanterie, cavalerie, artillerie, tout a disparu ; et ce combat, le plus glorieux pour la garnison, s’est terminé comme un éclair. Ce brillant avantage nous a coûté cher, puisque dans notre position c’était beaucoup que d’avoir onze morts et cinquante-quatre blessés, dont deux officiers. Mais enfin nous avons compté quarante de ses morts, et nous aurions pu emporter dans la place deux cents de ses blessés. Cette journée a tellement signalé notre supériorité, que les habitants, quoique compatriotes de ceux que nous avions battus, ont laissé échapper des témoignages d’admiration. Le chef de bataillon Taravant, du 35e de ligne, et le capitaine badois Pfenor, ont montré une intrépidité et un sang-froid rares ; les capitaines Lavallée, du 18e léger ; Roccasera, du 8e léger, se sont distingués : il fallait de pareils officiers pour un pareil coup de main. Je citerai, dans l’occasion, plusieurs autres officiers ou soldats dont j’ai remarqué la conduite. Le gouverneur m’a autorisé de nommer, comme récompense, cent grenadiers ou voltigeurs. Cette attention et la générosité ordinaire du gouverneur envers les bons soldats, ont produit les meilleurs effets. Un ennemi obstiné aurait facilement rouvert la même tranchée dès la nuit suivante ; mais les Prussiens n’ont plus paru de ce côté-là, et ont même reculé ailleurs leurs vedettes et leurs avant-postes. L’on n’a revu leurs troupes en mouvement que le 10 mai après-midi. Elles se sont mises en bataille ce jour-là, et ont fait trois salves en réjouissance de leur victoire complète remportée à Lutzen, Leur bulletin jeté devant nos sentinelles a été une bonne nouvelle pour nous, puisque nous avons appris que notre armée était en bataille, et que l’Empereur Napoléon y était arrivé. Nous n’avons plus douté, malgré la parole d’honneur du général Schuller, envoyée au gouverneur, que la victoire, s’il y avait eu une bataille, n’eut été pour notre Empereur, et que nous ne fussions secourus à temps. Cependant, depuis quelques jours, il passait à la vue de la place de grands convois de voitures chargées venant par la route de Preslau, et s’arrêtant vers la route de Berlin, dans un village à une demi-lieue de la place. Une flotille de trente bateaux, descendue de Breslau, est arrivée Le 17 mai ; à une demi-Iieue au-dessus de la place, et, selon les rapports, elle aurait porté tous les attirails d’un siège. Mais nos espérances se sont de nouveau fortifiées le 21 de ce mois, lorsque l’ennemi a encore tenté, pendant la nuit, de détruire notre pont à coups de canon. Cette seconde attaque de pont, sans être appuyée par quelque autre tentative, nous a fait penser que l’ennemi voulait enlever d’avance ce passage à notre armée. D’après cette idée, l’on a doublé avant le jour la garde de la tête de pont. La batterie que les Prussiens avaient élevée sur la digue même de l’Oder, au-dessus du pont, tirait beaucoup, et voulait sans doute nous forcer d’attendre la nuit prochaine, pour être à même de soutenir sans doute un nouvel essai de brûlots. Mais, d’après les ordres du gouverneur, 300 hommes rangés sur quatre rangs, pour mieux ressembler à la garde ordinaire montante, ont passé le pont à midi, et sans s’arrêter ont franchi les abattis, pour courir sur la batterie, qu’on ne pouvait aborder que de front. Les Prussiens n’ont songé qu’à emmener leurs quatre pièces sans tirer un seul coup, et à fuir. La batterie a été détruite. Nos tirailleurs, emportés trop loin, ont cependant engagé une vive fusillade avec des renforts qui arrivaient de Lerchenberg ; mais à deux heures tout était rentré ; c’est notre dernier combat. Nous avons eu 6 blessés, et l’ennemi y a perdu 2 officiers et une vingtaine de blessés ou tués. Nous avons toujours pu juger des pertes graves de l’ennemi, parce que nous avons toujours vu ses morts ou ses blessés qu’il laissait sur le champ de bataille. Dans cette dernière affaire, le chef de bataillon Marthe a eu une forte contusion d’une balle. Un voltigeur du 8e léger, Hembert, surpris dans les blés par un officier et 3 soldats prussiens qui l’ont engagé à se rendre, a donné un coup de baïonnette à l’officier et a échappé au milieu d’une grêle de balles des deux partis. Le 22 mai, la flotille est repartie de Reinberg pour remonter l’Oder, les convois de charrettes ont repassé devant la place ; mais nous ne savions rien de sûr, tant l’ennemi avait depuis quelques jours multiplié ses postes et redoublé de vigilance. Il avait dans les derniers temps 12,000 hommes autour de la place. Nous avons appris depuis son départ que le siège de notre place était en effet résolu, et qu’on voulait surtout l’écraser par des bombes, parce qu’elle manque de casemates. Nos magasins occupent celles qui existent. Notre armée est donc arrivée fort à propos ; nous n’avions plus de viande salée que pour un mois ; je doute que d’autres que les Français et les Italiens se fussent résignés pendant longtemps à ne vivre que de pain et de légumes, dont nous avions encore pour plus de trois mois. On ne trouvait plus rien à acheter ; beaucoup d’habitants manquant de vivres étaient sortis, et l’on était sur le point d’en renvoyer un plus grand nombre. Ce blocus a été fort utile à la garnison. Ceux qui avaient fait la dernière campagne se sont rétablis de leurs fatigues ; les nouveaux soldats se sont formés et aguerris ; nous avons ici environ 4200 hommes d’infanterie disponibles, que je garantis aussi bons que les vainqueurs de Lutzen. La force de la place est de beaucoup augmentée par les ouvrages qu’on a faits. Tous ces résultats sont dus à la sagesse et à la résolution du gouverneur le général La plane, à l’union constante de toutes les armes, au zèle et au dévouement des 4 chefs de bataillon du 4e corps et du major commandant le 1er régiment badois. Ce sont eux qui ont donné à leurs soldats l’habitude de n’attaquer l’ennemi qu’à la course, ce qui nous avait acquis une supériorité décidée sur l’ennemi, et qui a été la cause d’une aussi grande différence dans les pertes des deux partis. J’ai l’honneur d’être avec respect, de V. A., le très-humble et très-obéissant serviteur, L’adjudant-commandant, commandant les troupes du 48 corps à Glogau, DURRIEU. A Glogau, le 29 mai 1813.

aigle et papillon

27. Extrait du Moniteur du vendredi 11 juin 1813.

Sa Majesté l’Impératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, au 3 juin 1813 : La suspension d’armes subsiste toujours. Les plénipotentiaires respectifs continuent leurs négociations pour l’armistice. Le général Lauriston a saisi sur l’Oder plus de soixante bâtiments chargés de farine, de vin et de munitions de guerre, qui avaient été destinés pour l’armée qui assiégeait Glogau ; tous ces approvisionnements viennent d’être dirigés sur cette place. Nos avant-postes sont jusqu’à mi-chemin de Brieg. Le général Hogendorp a été nommé gouverneur de Breslau. Le plus grand ordre règne dans cette ville. Les habitants paraissent très mécontents et même indignés des dispositions faites relativement au landsturm ; on attribue ces dispositions au général Scharnhorst, qui passe pour un jacobin-anarchiste. Il a été blessé à la bataille de Lutzen. Les princesses de Prusse, qui s’étaient retirées en toute hâte de Berlin pour se réfugier à Breslau, ont quitté cette dernière ville pour se réfugier plus loin.Le duc de Bassano s’est rendu à Dresde, où il recevra le comte de Kaas, ministre du Danemarck.

S. M. l’Itnpératrice-Reine et Régente a reçu les nouvelles suivantes sur la situation des armées, au 4 juin au soir : L’armistice a été signé le 4, à deux heures après midi. Ci-joint les articles. S. M. l’Empereur part le 5, à la pointe du jour, pour se rendre à Liegnitz. On croit que pendant la .durée de l’armistice, S. M. se tiendra une partie du temps à Glogau, et la plus grande partie à Dresde., afin d’être plus près de ses Étals. Glogau est approvisionné pour un an.

ARMISTICE.

Ce jourd’hui 4 juin (23 mai), les plénipotentiaires nommés par les puissances belligérantes, Le duc de Vicence, grand-écuyer de France, général de division, sénateur, grand-aigle de la Légion d’honneur, grand-croix des Ordres de Saint-André de Russie, de Saint-Léopold d’Autriche, SaintHubert de Bavière, de la Couronne- Verte de Saxe, de la Fidélité et de Saint-Joseph, plénipotentiaire nommé par S. M. l’Empereur des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération Suisse, etc., muni des pleins-pouvoirs de S. A. R. le prince de Neufchâtel, vice-connétable, major-général de l’armée ; Le comte de Schouvaloff, lieutenant-général, aide-de-camp général de S. M. l’empereur de toutes les Russies, grand-croix de l’Ordre de Volodimir de la 2e classe, grand-croix de l’Ordre de Sainte-Anne, chevalier de l’Ordre de Saint-Georges 4e classe, commandeur de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et grand-croix de l’Aigle-Rouge de Prusse ; et M. de Kleist, lieutenant-général au service de S. M. le roi de Prusse, grand-croix de l’Aigle-Rouge de Prusse, de Saint-Volodimir de la 2e classe et de Sainte-Anne de Russie, chevalier de l’Ordre du Mérite, de la Croix-de-Fer, de Prusse et de la Légion d’honneur ; munis de pleins-pouvoirs de S. E. M. le général d’infanterie Barclay-de-Tolly, général en chef des armées combinées ; Après avoir échangé leurs pleins-pouvoirs à Gebersdoff, le 1erjuin (20 mai), et signé une suspension d’armes de trente-six heures ; s’étant réunis au village de Pleiwitz, neutralisé à cet effet, entre les avant-postes des armées respectives, pour continuer les négociations d’un armistice propre à suspendre les hostilités entre toutes les troupes belligérantes, n’importe sur quel point elles se trouvent ; Sont convenus des articles suivans :

Art 1er. Les hostilités cesseront sur tous les points, à la notification du présent armistice.

2. L’armistice durera jusqu’au 8 juillet (20 juillet) inclus, plus six jours pour le dénoncé à son expiration.

3. Les hostilités ne pourront en conséquence recommencer que six jours après la dénonciation de l’armistice aux quartiers-généraux respectifs.

4. La ligne de démarcation entre les armées belligérantes est fixée ainsi qu’il suit : En Silésie, La ligne de démarcation des armées combinées, partant des frontières de Bohême, passera par Dittersbach, Pfaffendorf, Landshut, suivra le Bober jusqu’à Rudelstadt, passera de là par Bolkenhayn, Striegau, suivra le Striegauerwasser jusqu’à Cauth, et joindra l’Oder en passant par Bettlern, Oltaschin, et Althoff. L’armée combinée pourra occuper les villes de Landshut, Rudelstadt, Bolkenhayn, Striegau et Cauth, ainsi que leurs faubourgs. La ligne de l’armée française, partant aussi de la frontière qui touche à la Bohême, passera par Seifferhauf, Alt-Ramnitz, suivra le cours de la petite rivière qui se jette dans le Bober, pas loin de Bertelsdoff ; ensuite le Bober jusqu’à Lahn. De là à Neukich sur le Katzbach par la ligne la plus directe, d’où elle suivra le cours de cette rivière jusqu’à l’Oder. Les villes de Parschwitz, Liegnitz, Goldeher et Lahn, quelle que soit la rive sur laquelle elles sont situées, pourront, ainsi que leurs faubourgs, être occupées par les troupes françaises. Tout le territoire entre la ligne de démarcation des armées françaises et combinées sera neutre, et ne pourra être occupé par aucune troupe, même par des landsturm. Cette disposition s’applique par conséquent à la ville de Breslau. Depuis l’embouchure du Katzhach, la ligne de démarcation suivra le cours de l’Oder jusqu’à la frontière de Saxe, longera la frontière de Saxe et de Prusse, et rejoindra l’Elbe en partant de l’Oder pas loin de Mülhrose, et suivant la frontière de Prusse, de manière que toute la Saxe, le pays de Dessau et les petits États environnants des princes de la Confédération du Rhin, appartiendront à l’armée française, et que toute la Prusse appartiendra à l’armée combinée. Les enclaves prussiens dans la Saxe seront considérés comme neutres, et ne pourront être occupés par aucunes troupes. l’Elbe, jusqu’à son embouchure, fixe et termine la ligne de démarcation entre les armées belligérantes, à l’exception des points indiqués ci-après : L’armée française gardera les îles et tout ce qu’elle occupera dans la 32e division militaire le 27 mai (8 juin ) à minuit. Si Hambourg n’est qu’assiégé, cette ville sera traitée comme les autres villes assiégées. Tous les articles du présent armistice qui leur sont relatifs lui sont applicables. La ligne des avant-postes des armées belligérantes à l’époque du 27 mai (8 juin) à minuit, formera pour la 32e division militaire celle de démarcation de l’armistice, sauf les rectifications militaires que les commandants respectifs pourront juger nécessaires. Ces rectifications seront faites de concert par un officier d’état-major de chaque armée, d’après le principe d’une parfaite réciprocité.

5. Les places de Dantzick, Modlin, Zamosc, Stettin et Custrin seront ravitaillées tous les cinq jours, suivant la force de leurs garnisons, par les soins des commandants des troupes de blocus. Un commissaire nommé par le commandant de chaque place sera près de celui des troupes assiégeantes, pour veiiler à ce qu’on fournisse exactement les vivres stipulés.

6. Pendant la durée de l’armistice, chaque place aura au-delà de son enceinte un rayon d’une lieue de France. Ce terrain sera neutre. Magdebourg aura par conséquent sa frontière à une lieue sur la rive droite de l’Elbe.

7. Un officier français sera envoyé dans chaque place assiégée pour prévenir le commandant de la conclusion de l’armistice et de son ravitaillement. Un officier russe ou prussien pourra l’accompagner pendant la route, soit en allant, soit en revenant.

8. Des commissaires nommés de part et d’autre dans chaque place régleront le prix des vivres qui seront fournis. Ce compte, arrêté à la fin de chaque mois par les commissaires chargés de veiller au maintien de l’armistice, sera soldé au quartier-général pat le payeur de l’armée.

9. Des officiers d’état-major seront nommés de part et d’autre pour rectifier de concert la ligne générale de démarcation sur les points qui ne seraient pas déterminés par un courant d’eau, et sur lesquels il pourrait y avoir quelque difficulté.

10. Tous les mouvements de troupes seront réglés de manière à ce que chaque armée occupe sa nouvelle ligne le 12 juin (31 mai). Tous les corps ou partis de l’armée combinée qui peuvent être au-delà de l’Elbe ou en Saxe rentreront en Prusse.

11. Des officiers de l’armée française et de l’armée combinée seront expédiés conjointement pour faire cesser les hostilités sur tous les points, en faisant connaître l’armistice. Les commandants en chef respectifs les muniront des pouvoirs nécessaires.

12. On nommera de part et d’autre deux commissaires, officiers-généraux, pour veiller à l’exécution des stipulations du présent armistice. Ils se tiendront dans la ligne de neutralité à Neumarkt, pour prononcer sur les différends qui pourraient survenir. Ces commissaires devront s’y rendre dans les vingt-quatre heures, afin d’expédier les officiers et les ordres qui doivent être envoyés en vertu du présent armistice.

Fait et arrêté le présent acte en douze articles et en double expédition, les jour, mois et an que dessus.

Signé, CAULAINCOURT, duc de VICENCE ; Signé, le comte DE SCHOUVALOFF, Signé, DE KLEIST. Vu et ratifié par ordre de l’Empereur et Roi, le 4 juin 1813.

Le prince vice-connélable de France, major-général de la grande-armée

Signé, ALEXANDRE.

FIN DE LA CAMPAGNE DE SAXE

 

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