1http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53006107s.r=austerlitz.langFR

Ton souffle du chaos faisait sortir les lois ; Ton image insultait aux dépouilles des rois. – [ ] Et, debout sur l’airain de leurs foudres guerrières, Entretenait le ciel du bruit de tes exploits. CASIMIR DELAVIGNE. Allégorie. La statue et le sommet de la colonne Vendôme se détachent sur un ciel d’orage. Au-dessus, les principaux thèmes de la légende napoléonienne (les étapes de la vie de Napoléon) sont représentés dans un arc en ciel. Les deux premières scènes sont, en bas, à g., dans un nuage très noir : «Brienne» et «Toulon». Puis, sur l’arc, de g. à dr., «Arcole.- Les Piramides [sic].- St Bernard [les troupes traversant le col devant Napoléon]. – Aüsterlitz.- Tombeau de Fréderic [Napoléon méditant auprès du cercueil]. Montraux [Napoléon pointant une pièce de canon].- Ile d’Elbe ». Enfin, au pied dr. de l’arc, dans un nuage noir, « Waterloo » et « S. Hélène » et toujours dans un nuage sombre, sous la statue, le tombeau de S.te-Hélène. Au-dessous de lui, la foule, autour de laquelle s’enroule l’écharpe de la Légion d’Honneur : [estampe]

Bulletins officiels de la Grande Armée , recueillis et publiés par Alexandre Goujon,… 1820-1821

AVIS DE L ÉDITEUR.

Les livres qui traitent de l’art ou de l’histoire militaire, sont d’un prix si élevé et tellement chargés de détails stratégiques, que leur lecture est en quelque sorte interdite à la plus grande partie des soldats et des officiers. J’ai donc pensé qu’il serait utile de publier un recueil des Bulletins officiels des armées françaises, sans notes, sans commentaires, sans changements, et à un prix tellement modique que ce livre pût être la consolation du soldat en retraite, et le vade-mecum du jeune conscrit.

Tels sont les motifs qui m’ont déterminé : une considération non moins forte m’a fait hâter l’exécution de mon dessein. Maintenant que l’on vient de rendre aux régiments des numéros illustrés par vingt ans de travaux, j’ai cru qu’il fallait, pour l’honneur et pour l’exemple des soldats français, rappeler les titres authentiques qui ont valu de si glorieux surnoms aux 16e, 28e, 56e, 48e 53e, 57e, 88e 100e, etc., de ligne; aux 16e et 17e, etc., d’infanterie légère, et à tant ; d’autres dont les noms sont graves dans nos annales militaires.

J’ai conservé partout le texte et la forme des Bulletins, et je pense ne pouvoir pour cela encourir aucune espèce de blâme. Les braves aiment les braves de quelque pays qu’ils soient : on sait que le Grand Henri aimait à voir parmi ses gardes ce soldat qui lui avait porté de si rudes coups à la journée d’Aumale.

A. GOUJON. pour le texte et Jacques JANSSENS pour la mise en ligne!

2. BULLETINS DE L’ARMÉE D’ITALIE

PREMIER BULLETIN QUATRIÈME BULLETIN SEPTIÈME BULLETIN
DEUXIÈME BULLETIN CINQUIÈME BULLETIN HUITIÈME BULLETIN
TROISIÈME BULLETIN SIXIÈME BULLETIN NEUVIÈME BULLETIN

PREMIER BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE.

Du 26 vendémaire, an 14

A quatre heures du matin, le général en chef a fait attaquer le pont du Vieux-Château de Vérone ; le mur qui en barrait le milieu a été renversé par l’effet d’un pétard ; les deux coupures que les Autrichiens avaient faites, ont été rendues praticables à l’aide de planches et de madriers ; et vingt-quatre compagnies de voltigeurs se sont élancées de l’autre côté du fleuve, où elles ont été suivies par la première division. L’ennemi a vivement défendu le passage ; il a été culbuté et chassé de toutes ses positions, après un combat qui a duré jusqu’à six heures du soir. Il a perdu 7 pièces de canon et 18 caissons. Nous lui avons fait 14 à 1500 prisonniers, et tué ou blessé un nombre d’hommes à peu près égal ; il n’a péri de notre côté qu’1n petit nombre de combattants. Nous avons environ 300 blessés qui le sont peu dangereusement. Il a été construit sur-le-champ une tête de pont au pont du Vieux-Château. Nous ferons connaître les suites de cette heureuse journée.

aigle et papillon

DEUXIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE.

Du 7 brumaire an 14.

Le général en chef a fait attaquer l’ennemi ce matin vers les cinq heures. Pendant qu’à sa gauche la division du général Seras passait l’Adige à Polo, et qu’à sa droite celle du général Verdier manœuvrait depuis Ronco jusqu’à Albaro, les divisions des généraux Gardanne et Duhesme se déployant en avant du pont du Vieux-Château de Vérone, attaquèrent les hauteurs du Val-Pantena et tournèrent le château de Saint-Félice ;  profitant alors de leur position, le général en chef força les Autrichiens à évacuer Véronette. Les palissades du pont neuf furent aussitôt abattues ; la division des chasseurs à cheval aux ordres du général Espagne, celle des grenadiers aux ordres du général Partouneaux , la réserve de cavalerie commandée par le général Monnet, et la division du général Molitor, traversèrent Véronnette, et se portèrent sur la grande route de Saint-Michel, où les Autrichiens nous opposèrent de l’infanterie et de la cavalerie protégées par plusieurs pièces de canon : il fut ordonné diverses charges de cavalerie qui furent vivement exécutées, et que soutenaient les grenadiers de la division Molitor : dans l’une de ces charges, l’escadron des guides fit mettre bas les armes à 500 fantassins : l’ennemi a été culbuté, chassé du village de Saint-Michel et jusqu’au delà de Saint-Martin. Nous avons pris position à Vago. 1600 prisonniers et deux pièces de canon sont le résultat de la journée. Les Autrichiens ont laissé beaucoup de monde sur le champ de bataille. Notre perte est de quelques hommes ; nous comptons à peu près 100 blessés. L’armée va poursuivre ses avantages. Les divisions, les différents corps ont manœuvré avec précision, et le général en chef se loue de l’ardeur et de l’audace que les troupes ont montrées dans l’attaque : il leur a rendu auprès de S. M. l’Empereur et Roi le témoignage qu’elles brûlent du désir d’imiter les exemples de la Grande Armée, et de mériter d’avoir part aux nobles récompenses que S. M. décerne à leur valeur.

aigle et papillon

TROISIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE.

Au quartier-général de Vago, le 8 brumaire an 14.

Après l’affaire du 7 , l’armée avait pris position à Vago , deux milles en deçà de Caldiero. Le 8 à deux heures après-midi, elle attaqua l’ennemi sur toute la ligne. La division Molitor formant la gauche commença l’action ; celle du général Gardanne attaqua au centre ; et celle du général Duhesme à la droite. Ces diverses attaques furent bien exécutées et heureusement conduites. Le village de Caldiero fut emporté aux cris de vive l’Empereur ! et l’ennemi fut poursuivi jusques sur les hauteurs. A quatre heures et demie, le prince Charles fit avancer sa réserve, forte de 24 bataillons de grenadiers et de plusieurs régiments. La bataille devint alors plus vive. Les troupes de S. M. déployèrent leur intrépidité ordinaire : la cavalerie chargea plusieurs fois, et toujours avec succès ; des bataillons de grenadiers de la réserve donnèrent en même temps, et la baïonnette décida du sort de la journée. L’ennemi avait fait jouer plus de trente pièces d’artillerie qui garnissaient ses retranchements. Malgré l’acharnement de sa résistance, il a été culbuté et poursuivi jusqu’aux pieds des redoutes au delà de Caldiero. Nous avons fait 3500 prisonniers ; le champ de bataille est jonché d’Autrichiens ; le nombre de leurs morts et de leurs blessés égale au moins celui de leurs prisonniers. Le prince Charles a fait demander une trêve pour enterrer les morts.  Notre perte est très peu considérable en comparaison de celle de l’ennemi. Le maréchal général en chef applaudit à la valeur et au dévouement de l’armée ; il fera connaître particulièrement les belles actions qui ont signalé la journée et mettra sous les yeux de S. M. l’Empereur et Roi les noms des braves a qui l’honneur en est dû.

aigle et papillon

QUATRIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE.

Au quartier-général de Montebello, le 11 brumaire an 14

Après la bataille du 8, par l’effet de la position de l’armée en avant de Caldiero, et par suite des mouvements ordonnés le 7 à la division Seras, une colonne ennemie forte de 5000 hommes commandés par un brigadier, fut séparée du corps du général Rosemberg, et se trouva coupée de manière à ne pouvoir redescendre dans les vallées ni rejoindre son armée. Le général en chef, instruit qu’elle s’était portée le 10 sur les hauteurs de Saint-Léonard, envoya un de ses aides-de-camp pour la sommer de mettre bas les armes. L’officier général Hillinger, qui la commandait, s’apercevant qu’il n’avait pas de troupes devant lui, manifesta l’intention de combattre. Le 22e. régiment d’infanterie légère, conduit par son colonel Goguet, eut ordre de se porter de suite en avant de Veronnette ; l’ennemi fit un mouvement sur lui, et le força de prendre position sous le château de San-Felice. Le général en chef se porta bientôt sur les lieux, et fit marcher quatre bataillons de grenadiers pour cerner entièrement l’ennemi ; le général Charpentier, chef de l’état-major, chargé de ces dispositions , les exécuta avec précision, de concert avec le général Solignac. Il fut fait alors une nouvelle sommation à l’ennemi, qui sentit qu’il fallait se résoudre à mettre bas les armes. Une capitulation signée par l’officier général commandant la colonne ennemie, et par le général Solignac, nous a livré 5000 prisonniers avec armes et bagages , 70 officiers, un brigadier , un major , un colonel , 80 chevaux , etc. , … Le prince Charles, de son côté , voyant qu’une colonne de son armée avait été coupée, et craignant d’être tourné dans sa position, s’occupa d’effectuer sa retraite. On fut instruit qu’il avait fait quelques mouvements dans la nuit : dès la pointe du jour, de fortes reconnaissances furent poussés sur la ligne ; la division des chasseurs à cheval, commandée par le général Espagne, et les voltigeurs de la division Gardanne, se mirent à la poursuite des Autrichiens, qui furent harcelés toute la journée, et auxquels on fit 600 prisonniers. Nous occupons aujourd’hui Montebello ; demain l’armée continue sa marche.

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CINQUIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE.

Du 14 brumaire.

Après quelques heures de repos à Montebello, l’armée poursuivit l’ennemi sur Vicence. Les portes de la ville avaient été murées ; on le somma de l’évacuer ; sa réponse fut négative. Un sentiment d’humanité avait dicté la sommation du général en chef ; il fallut bien forcer le passage, et diriger du canon et des obusiers contre les portes, et malheureusement contre la ville même. Nous y entrâmes à la pointe du jour. La précipitation avec laquelle la retraite de l’ennemi s’opéra lui fit abandonner mille blessés, et laisser quelques restes de magasins à notre disposition. Dans la journée nous lui avons fait 800 prisonniers. Les Autrichiens s’étaient retirés par le chemin de Bassano. L’armée les y suivit, et entama continuellement leur arrière-garde. A l’embranchement des routes de Bassano et de Treviso, ils se dirigèrent vers cette dernière ville, en brûlant derrière eux le pont qui se trouve sur le torrent près de la Palu. Arrivés au village de Saint-Pierre in Gu, nous le trouvâmes occupé par un corps de troupes, qui fut chargé vigoureusement. Le village fut enlevé après un combat qui nous valut encore 600 prisonniers et une pièce de canon. Nous marchâmes vers la Brenta. L’avant-garde arriva au moment où l’ennemi tentait de détruire le pont, Il s’engagea d’une rive à l’autre une forte canonnade que la nuit seule fit cesser. L’armée bivouaqua sur la rive droite. A quatre heures du matin, je fis passer à gué plusieurs régiments de cavalerie avec les voltigeurs en croupe, pendant qu’on réparait le pont. L’armée défila bientôt, et nous arrivâmes à Citadella assez à temps pour enlever les derniers postes de l’ennemi. A cinq heures du soir, nous entrions dans Castelfranco, et nos chasseurs occupaient déjà en avant Salratrunda et Albaredo. Le général en chef sentit la nécessité d’accorder quelques heures aux besoins de l’armée. Dans notre marche depuis Montebello , nous avons fait plus de 1800 prisonniers. La division de droite s’est dirigée sur Padoue, où elle arrive aujourd’hui ; celle de gauche s’est portée par les “sette comuni” sur Bassano, qu’elle occupera demain. L’armée marche vers la Piave.

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SIXIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE.

Au quartier général de Passinano , le 22 brumaire an 14.

L’armée, dans sa marche sur la Piave, n’a rencontré que de faibles obstacles. De la Piave au Tagliamento, elle a vu fuir devant elle quelques corps de cavalerie, qui semblaient l’observer, mais dont la retraite était calculée de manière à éviter tout engagement. C’est au Tagliamento que l’ennemi parut vouloir nous attendre. Il avait réuni sur la rive gauche six régiments de cavalerie et quatre régiments d’infanterie, et sa contenance faisait présumer qu’il défendrait vivement le passage. Le général en chef n’avait eu d’abord que le dessein de faire reconnaître la position par de la cavalerie. Le général Espagne, commandant la division des chasseurs à cheval, les dragons aux ordres du général Mermet, et les cuirassiers aux ordres du général Pully, s’étaient portés sur le fleuve, tandis que les divisions Duhesme et Séras marchaient sur Saint-Vilto , celles des généraux Molitor et Gardanne se dirigeaient sur Valvasone. Le général Espagne avait reçu l’ordre de pousser des reconnaissances : le 21 , à six heures du matin, un escadron qu’il avait fait passer, fut chargé par un régiment de cavalerie autrichienne. Il soutint l’attaque avec intrépidité, et donna le temps au général Espagne de se porter au-devant de l’ennemi, qui bientôt fut repoussé et mis en fuite. Notre artillerie cependant s’étant mise en position, la canonnade commença d’une rive à l’autre ; elle fut très vive, et se prolongea toute la journée. L’ennemi avait placé 30 pièces de canon derrière une digue ; nous n’en avions que 18, et nos artilleurs conservèrent leur supériorité ordinaire. Les divisions d’infanterie arrivèrent vers le soir : Le général en chef, satisfait des avantages qu’il avait obtenus , et qui lui en assuraient de nouveaux , ne voulut pas de suite effectuer le passage ; il se contenta de faire ses dispositions pour le lendemain, persuadé qu’il pourrait porter des coups plus décisifs. Les divisions étaient réunies aux points indiqués à Saint-Vilto et à Valvasone : c’est sur ces deux points qu’elles devaient passer le fleuve, tourner et couper l’ennemi. Le prince Charles craignit sans doute l’exécution de ce plan ; il ne jugea pas devoir attendre le jour dans sa position, et dès minuit il était en retraite sur le chemin de Palma-Nova. L’armée passa le Tagliamento avec le regret de n’avoir plus d’ennemis à combattre ; et ce fut alors qu’elle connut mieux encore tous les résultats de la journée de la veille. La rive gauche du fleuve était couverte d’hommes et de chevaux qui avaient péri par l’effet de notre artillerie. L’armée continue sa marche ; l’espoir de rencontrer et de combattre l’ennemi ajoute à son impatiente ardeur. Elle apprend tout ce que fait la Grande Armée, et le désir de seconder ses mouvements , et de répondre à la confiance de l’Empereur, l’agite et l’aiguillonne sans cesse. L’avant-garde enlève chaque jour des prisonniers qui vont grossir le nombre de ceux que nous avons déjà faits. Le temps est constamment favorable ; on travaille à réparer les ponts de la Piave et du Tagliamento.

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SEPTIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE.

Au quartier général de Gorizia , le 26 brumaire an 14.

L’ennemi, en nous abandonnant les rives du Tagliamento, avait dirigé sa retraite sur Palma-Nova. Il ne chercha point à défendre cette place, qu’il aurait pu tenir avec avantage, et ce ne fut qu’à plusieurs milles de là que nous rencontrâmes ses derniers postes.Il s’engagea quelques affaires de peu d’intérêt, qui nous valurent cependant un certain nombre de prisonniers. Le 24, l’armée se forma en deux colonnes, et se porta sur l’Isonzo. L’avant-garde, aux ordres du général Espagne, entra deux heures avant la nuit dans Gradisca, où les Autrichiens n’opposèrent qu’une faible résistance. Les chasseurs à cheval remontèrent alors la rive droite du fleuve pour se porter sur Gorizia, et la division Séras s’établit en même temps à Sagrado sur la rive gauche. Le lendemain les divisions Molitor, Gardanne et Partouneaux, longèrent la rive droite de l’Isonzo dans le dessein de le passer au-dessous de Gorizia ; mais l’équipage de pont n’étant point encore arrivé , le passage ne put s’effectuer sur ce point. Les divisions Séras et Duhesme marchaient de leur côté sur Rubia et Savogna. Leurs avant-postes talonnaient l’ennemi. Il y eut un engagement à la suite duquel sa cavalerie se replia dans le plus grand désordre ; son artillerie ne nous échappa qu’à la faveur de la nuit ; nous l’avions poussé jusque sous les murs de Gorizia. Le général en chef fit ses dispositions pour une attaque générale dans la matinée du 26 ; les Autrichiens ne voulurent pas s’y exposer. Ils avaient profité de la nuit même pour précipiter leur retraite. Le général Espagne les suit avec de la cavalerie et de l’infanterie légère. Il a l’ordre de les chasser devant lui jusqu’à Leibach. L’armée a pris position en avant de l’Isonzo ; 300 nouveaux prisonniers sont conduits sur ses derrières, et l’on en voit à chaque instant arriver d’autres. Les magasins établis à Udine et à Palma-Nova sont tombés en nos mains. Le général en chef se loue de l’activité soutenue de l’armée ; elle surmonte avec courage et gaieté les fatigues et les privations inévitables d’une marche aussi rapide. C’est un témoignage qu’il se plaît à lui rendre auprès de S. M. l’Empereur et Roi.

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HUITIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE.

Au quartier général de Gorizia, le 1 frimaire an 14

L’armée conserve la position qu’elle a prise sur la rive gauche de l’Isonzo. L’avant-garde, aux ordres du général Espagne, s’est portée sur Vipacco, a repoussé les ennemis jusqu’à Gauz ; et dans plusieurs charges, conduites avec vigueur, leur a fait une centaine de prisonniers. La totalité de leur cavalerie s’est retirée par la grande route ; une partie considérable de leur infanterie a pris le chemin de la vallée d’Idria, pour gagner celle d’Oberleybach. Cinq compagnies de voltigeurs poursuivent l’ennemi dans cette direction, tandis que nos avant-postes ont déjà poussé des reconnaissances sur les retranchements de Prevald, et se dirigent vers Leybach. Le général en chef a fait marcher la division Séras sur Trieste. Les Autrichiens, à notre approche, ont évacué la place, en y abandonnant 300 blessés. Un corps de troupes les a suivis sur la route de Leybach, et leur a enlevé 50 hommes. Deux régiments de dragons, soutenus par de l’infanterie, se sont portés à notre gauche, sur la Chiusadi-Pletz, que gardaient les deux régiments d’infanterie Strasoldo et Deligné, avec quelque cavalerie. Tous les postes ont été abandonnés le lendemain même de l’arrivée de nos troupes. Le général de brigade Lacour, qui les commande, a reçu l’ordre de pénétrer jusqu’à Villach, et de tenter d’ouvrir quelque communication avec la Grande Armée, dont les mouvements ont sans doute déterminé la retraite de l’ennemi, qui aura craint de se voir enveloppé. Il a été aussi dirigé un détachement sur Ponteba Veneta, ou l’ennemi, qui se trouvait en force, n’avait pas osé nous attendre. Dans ces divers mouvements, nous avons fait près de 400 prisonniers. Le général en chef a laissé vers Padoue le corps de troupes venant de Naples. Il a joint une des divisions de l’armée, la légion corse et le 2e. régiment italien. Le lieutenant général Gouvion-Saint-Cyr, qui commande ces forces réunies, observe Chiozza et Brondolo Il se tient prêt à fondre sur les Russes et les Anglais, s’ils osaient tenter le débarquement dont ils menacent les côtes d’Italie.

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NEUVIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ITALIE.

Au quartier général de Gorizia, le 5 frimaire an 14.

Le général en chef était instruit par divers rapports , spécialement par une lettre du général Vial, ambassadeur de S. M. I. et R. à Berne, qu’un corps de l’armée autrichienne, qui se trouvait coupé par suite des manœuvres de la Grande Armée, devait descendre des montagnes du Tyrol. Il calcula que cette colonne, dans sa situation, chercherait, soit à traverser la ligne de l’armée pour arriver aux lagunes de Venise, et se réunir aux troupes qui occupent cette place, soit à opérer par Filtro et Belluno, pour se joindre aux débris de l’armée du prince Charles par Leybach. Dans la première hypothèse, la position de l’aile droite qu’il avait laissée pour observer Venise, sous les ordres du lieutenant général Gouvion-Saint-Cyr, lui répondait que les ennemis ne tenteraient pas impunément le passage ; dans la seconde hypothèse, il avait fait occuper les deux Ponteba et la Chiusa-di-Pletz, par plusieurs régiments de cavalerie et d’infanterie, sous les ordres des généraux de brigade Lacour et Lanchantin. Quelque direction que prît la colonne ennemie, la situation de l’armée sur l’Isonzo permettait de détacher à temps des forces suffisantes pour la couper ; et cependant l’avant-garde continuait sa marche sur Leybach. La colonne, forte d’environ 7000 hommes d’infanterie, et 1200 chevaux, commandée par le prince de Rohan, est venue le 2 frimaire se jeter sur Bassano ; elle put aisément enlever le faible détachement de 150 hommes qui formait la garnison, et elle se dirigea sur Castel-Franco. Aussitôt que le lieutenant général Saint-Cyr en eut avis, il jugea que le but de l’ennemi était en effet de traverser notre ligne, dont sans doute il ne connaissait pas la force, et il fit des dispositions pour le bien recevoir. Le général en chef, qui avait tout prévu, était tranquille de ce côté ; mais pour ne rien donner au hasard des événements, il prit des mesures pour faire arriver à marches forcées sur la Piave la division des grenadiers commandée par le général Partouneaux, deux brigades des divisions Duhesme et Seras, la division des cuirassiers et une brigade de dragons ; les grenadiers devant remonter la Piave par il Bosco-del-Mantello, et tourner la position de Bassano. La division Gardanne, dirigée en même temps sur Venzone, devait renforcer les détachements envoyés aux deux Ponteba, pour couper toute retraite à l’ennemi, dans le cas où il eût déjà pris la route de Belluno et de la Pieva-di-Cadore, pour gagner Villach et rejoindre le prince Charles à Leybach. Le général en chef avait laissé le reste des troupes sur l’Isonzo, sous le commandement du général Duhesme , et se portait lui-même sur la Piave, pour y diriger les mouvements qu’il avait ordonnés. Le lieutenant général Saint-Cyr manœuvrait pour reconnaître l’ennemi et l’arrêter ; il avait formé une colonne tirée des divisions Régnier, Lecchi et Verdier ; il était lui-même à Campo San-Pietro avec le régiment polonais commandé par le général Peyri. Le général Régnier à Navale, avait ordre de marcher, le 3 frimaire, à la pointe du jour sur Castel-Franco. L’ennemi arrivé de la veille, et sentant la difficulté de sa position, prévint l’attaque ; il se jeta violemment sur la division Régnier, qui le reçut avec la plus grande vigueur, et l’eut bientôt culbuté ; il revint plusieurs fois à la charge, et heurta toujours contre le même écueil. Pendant ce temps, le lieutenant général Saint-Cyr fit faire un mouvement au régiment polonais et tourna l’ennemi ; ce ne fut alors qu’une déroute jusqu’à Castel-Franco, où nos troupes arrivèrent aussitôt que les Autrichiens. Tout ce qui n’avait pas péri ou qui n’avait pas été pris sur le champ de bataille a demandé à capituler. 6000 hommes d’infanterie et 1000 chevaux sont restés en notre pouvoir ; c’est beaucoup plus que nous ne leur avions opposé de combattants effectifs ; mais ils sentirent que, par l’effet nécessaire des dispositions qui les menaçaient de toutes parts, leur perte devenait inévitable. Le général prince de Rohan, commandant le corps, plusieurs colonels et beaucoup d’officiers, sont au rang de nos prisonniers ; 6 drapeaux et 1 étendard, 12 pièces de canon, leurs caissons et d’immenses bagages, sont aussi le résultat de la victoire. Il a été perdu 2 étendards dans la mêlée. Nous n’avons à regretter qu’une centaine d’hommes mis hors de combat. Nous avons retrouvé les prisonniers faits sur nous à Bassano. Un corps de Croates, qu’on présume avoir fait partie de la colonne, est attendu aux débouchés des montagnes : il est difficile qu’il nous échappe, d’après les mesures déjà prises pour lui faire partager le même sort. Le lieutenant général Gouvion Saint-Cyr a déployé une grande habileté dans les manœuvres ; il donne lui-rmême de justes éloges à la bravoure et aux talents du général de division Régnier. Il cite avec honneur les chefs des 10e. et 56e. régiments de ligne, le chef de bataillon Clavel, commandant le bataillon suisse, les chiefs de brigade Grabinski et de bataillon Bialowiski et Clopski. Le général de brigade Lacour est à Villach ; il pousse ses avant-postes sur Clagenfurth, et touche au moment de communiquer avec la Grande Armée. L’avant-garde aux ordres du général Espagne fait chaque pas de nouveaux prisonniers. Les routes d’Idria et de Leybach sont couvertes de chevaux tués, de caissons rompus, et de milliers de boulets abandonnés.

 

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