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Waterloo démythifié ! Yves Vander Cruysen…

Je précise que ces publications n’auraient pu être possibles sans l’autorisation de l’auteur que je remercie personnellement pour son affabilité et sa générosité ainsi que les Editions Jourdan.

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Napoléon et les légendes de Waterloo

95. Et si Napoléon avait gagné à Waterloo ?
94. Napoléon s’avoua-t-il vaincu ?
93. Wellington avait envisagé de perdre !
92. Waterloo, une victoire germanique ?
91. Buffalo Bill à l’assaut de la butte…
90. Un champ de bataille prisé des « people »
89. Waterloo, l’excursion favorite des têtes couronnées
88. Waterloo dans le vocabulaire
87. La « monumentologie » de Waterloo
86. L’omniprésence de Waterloo à travers le monde
85. Victor Hugo, héraut de Waterloo
84. Waterloo, inspiratrice des écrivains
83. Le phénomène des panoramas de Waterloo
82. Waterloo, le berceau du tourisme organisé
81. Le souvenir de Waterloo pour légitimer 1914
80. Une loi unique pour préserver le champ de bataille
79. Une rente qui n’existe plus…
78. Une principauté et une dotation pour Wellington
77. La dernière fille de l’Empereur, enterrée à Bruxelles ?
76. Des lions de Waterloo en Asie ?
75. Le Lion faillit être démoli
74. La patte sur un globe ou un boulet ?
73. Le Lion et les canons français
72. La butte, une sépulture ?
71.La butte du lion et les botteresses liégeoises : une légende !
70. Le tourisme de mémoire au secours de la butte
69. Le Lion, dit de Waterloo ne fut jamais inauguré !
68. La réelle blessure du Prince d’Orange
67. Les châtaigniers au moins tricentenaires d’Hougoumont
66. Qu’est devenu l’arbre de Wellington ?
65. L’incroyable destin de Basil Jackson
64. Le chirurgien Larrey, sauvé in extrémis du poteau d’exécution
63. Le général Duhesme, vraiment assassiné ?
62. Des médailles de Waterloo de tout acabit…
61. Les plus belles prises de guerre britanniques
60. Les ingénieux lits de l’Empereur
59. Où se trouve le chapeau de Napoléon?
58. Le magot de Genappe
57. Les pérégrinations des voitures de l’Empereur
56. Napoléon, à deux doigts d’être capturé?
55. Le corps perdu de von Schwerin
54. Un champion du monde de boxe, mort au combat
53. La mort de Gordon qui bouleversa tant Wellington
52. La fortune des Rotschield est-elle née à Waterloo?
51. La dépêche de Waterloo fut signée… à Bruxelles!
50. Deux drapeaux français seulement sont pris par l’ennemi!
49. Decoster, un guide couard?
48. Le destin des chevaux (qui n’étaient pas blancs) de Napoléon
47. L’énigme du squelette de Mont-Saint-Jean!
46. Le christ d’Hougoumont, immortalisé par Victor Hugo!
45. Une fillette au coeur des combats?
44. L’enfonceur et le petit tambour
43. Un château tremblant?
42. Le cheminement de la jambe de Lord Uxbridge
41. Cotton, Thénardier?
40. Les deux tombes du verger d’Hougoumont
39. Une naissance en pleine bataille?
38. Des femmes dans la bataille…
37. Les dents de Waterloo!
36. Les lendemains de la bataille
35. Les 300 morts du puits d’Hougoumont
34. Les réelles pertes de Waterloo
33. Picton et son haut de forme
32. Les mots de Cambronne
31. Joua-t-on au cricket, la veille de Waterloo ?
30. L’insomnie gantoise de Louis XVIII
29. L’imagination débordante de Chateaubriand
28. Le chemin creux :un gouffre légendaire?
27. La Morne Plaine de Victor Hugo. Pas si morne !
26. Les invités belges du bal de la duchesse de Richmond
25. Le bal non suspendu de la duchesse de Richmond
24. Le faux observatoire de Napoléon
23. Les fraises tant aimées de Grouchy
22. La trahison de Bourmont
21. La faute à Soult ou à Berthier ?
20. Un God save the king en l’honneur des Anglais ?
19. Où se sont réellement rencontrés Blücher et Wellington ?
18. La véritable histoire de la Belle-Alliance ?
17. Waterloo, Mont-Saint-Jean ou Belle-Alliance ?
16. Un chef d’état-major suisse pour les Hollando-belges
15. Napoléon a-t-il voulu négocier avec Blücher ?
14. Napoléon était-il malade à Waterloo ?
13. Où était le futur Léopold Ier ?
12. Les Belges dans les deux camps
11. Blücher, le maréchal Vorwärts !
10. Wellington, le Duc de Fer ?
9. La réelle heure des combats
8. Grognards les Français ? Pourquoi ?
7. Les forces réellement en présence à Waterloo !
6. La victoire du mari de Madame Sans Gêne
5. La bataille de Waterloo qui n’en fut pas une. Celle de Marlborough !
4. L’obstacle de la Sambre et la somnolence de l’Empereur
3. Contes et légendes sur la route vers Waterloo
2. Les Cent-Jours : un compte inexact !
1. Waterloo démythifié ! Yves Vander Cruysen…

95.Et si Napoléon avait gagné à Waterloo ?

JEUDI 18 JUIN 2015 :

Que ce serait-il passé si Napoléon avait remporté la victoire à Waterloo. Bon nombre d’adeptes d’uchronie ont tenté la réflexion, rivalisant d’originalité. Les historiens, par contre, n’ont jamais pu répondre, avec certitude, à cette question.

Pour certains, cela aurait notamment dépendu de l’importance de la défaite des alliés, des pertes engendrées. Si tel avait été le cas et qu’il aurait été impossible pour Wellington d’affronter à nouveau l’ennemi français, probablement entre Bruxelles et Anvers, les Anglais auraient dû quitter le sol belge et rembarquer vers leur île. Wellington avait d’ailleurs prévu cette éventualité. «  Si j’avais été refoulé de ma position, j’aurais effectué ma retraite par la droite, vers la mer, les vaisseaux, mes ressources », a-t-il un jour écrit. Les troupes de Blücher, risquant d’être écrasées entre les armées de Napoléon et de Grouchy auraient, elles, battu en retraite vers Liège, puis l’Allemagne.

Cela aurait eu, aussi, pour conséquence de freiner l’avance des armées russes et autrichiennes, en route vers Paris. D’autant plus que Napoléon aurait eu le temps de rassembler pas moins de 800.000 hommes aguerris, parfaitement équipés et prêts à en découdre avec de potentiels envahisseurs. A moins que l’Empereur n’ait pu rassembler tant d’hommes et n’ait pu, de la sorte, tenir ses positions.

Fouché aurait, lui, affirmé que Napoléon aurait encore pu remporter une ou deux victoires … mais qu’il aurait finalement succombé sous le nombre. Clausewitz et Jomini ont eu le même avis, nous a confié Jean Tulard. « Mais, avec Napoléon, tout était possible ! », rajouta-t-il.

En fait, l’hypothèse la plus vraisemblable, c’est que les diplomates auraient été contraints de se revoir, à Vienne ou ailleurs, pour réviser les décisions du Congrès, négocier une paix de compromis entre des alliés moins catégoriques et des Français moins impérieux.

Enfin, le nom de Waterloo aurait certainement eu un destin moins international…

FIN

94.Napoléon s’avoua-t-il vaincu ?

MERCREDI 17 JUIN 2015 :

Si Napoléon a bel et bien perdu Waterloo, se pensait-il perdu ? Telle est la question que s’est un jour posée le plus célèbre des historiens napoléoniens, Jean Tulard.

Si l’on tient compte de la première réaction épistolaire de Napoléon après le combat, la réponse est négative. Dans une lettre qu’il adresse, de Philippeville, à son frère Joseph, il se veut optimiste : « Tout n’est point perdu. Je suppose qu’il me restera, en réunissant mes forces, 15.000 hommes. Les fédérés et les gardes nationaux qui ont du cœur me fourniront 100.000 hommes ; les bataillons de dépôt, 50.000. J’aurai donc 300.000 soldats à opposer de suite à l’ennemi. J’attellerai l’artillerie avec des chevaux de luxe ; je lèverai 100.000 conscrits ; je les armerai avec les fusils des royalistes et des mauvaises gardes nationales ; je ferai lever en masse le Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne, la Lorraine, la Champagne ; j’accablerai l’ennemi ; mais il faut qu’on m’aide. Je vais à Laon. J’y trouverai sans doute du monde. Je n’ai point entendu parler de Grouchy ; s’il n’est point pris, comme je le crains, cela me donnera 50.000 hommes dans les trois jours. C’est suffisant pour occuper l’ennemi ; et je donnerai le temps à Paris et à la France de faire leur devoir. Les Autrichiens marchent lentement, les Prussiens craignent les paysans et n’osent pas trop s’avancer ; tout peut se réparer encore. »

Quelques heures plus tard, il doit cependant déchanter. De retour à Paris, le combat qu’il va devoir mener n’est plus militaire mais politique. Et ce n’est pas son fort.

En route, il s’inquiète d’ailleurs de l’effet que « la terrible échauffourée » de Waterloo a produit sur les Chambres. Il n’a pas tort. Le 22 juin 1815, pressé par les parlementaires mais aussi par certains de ses proches, il abdique en faveur de son fils.

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93.Wellington avait envisagé de perdre !

MARDI 16 JUIN 2015 :

Après sa retraite des Quatre-Bras, Wellington, c’est peu connu, avait été sujet au doute ! Il avait même envisagé de perdre.

Wellington n’était, visiblement, guère optimiste à la veille de Waterloo. Il avait vraiment envisagé de perdre. A un point tel qu’il avait organisé une retraite vers Anvers. Pour ce faire, il n’avait pas hésité, alors que ses forces étaient inférieures à celles de l’Empereur des Français, à déplacer 17.000 hommes entre Bruxelles et Anvers et à renforcer considérablement sa droite. Il voulait, à tous prix, empêcher Napoléon de lui couper la route de la mer.

Pour sauver son armée, il était donc prêt à ne pas respecter son engagement de ne jamais se séparer de ses alliés.

Ces premiers mouvements anglais, assez inattendus on l’avoue, firent croire aux Français que leurs adversaires allaient quitter le champ de bataille. Ce n’était pourtant pas une tactique !

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92.Waterloo, une victoire germanique ?

LUNDI 15 JUIN 2015 :

Même si l’affirmation doit choquer les Anglais, il n’est pas interdit d’affirmer que Waterloo est, au sens géographique et actuel du terme, une victoire germanique.

Si l’on tient compte, en effet, du nombre de soldats en provenance de Hanovre, Brunswick, Osnabruck et autre Nassau, soit 24.000 hommes sur les 78.000 que comptaient les troupes britanniques, et si l’on ajoute à ce chiffre les troupes prussiennes du maréchal Blücher, on ne peut pas donner tort à l’historien Peter Hofschroër qui affirme, tout Britannique qu’il soit, que Waterloo est une victoire germanique.

D’ailleurs, même Wellington a reconnu le rôle des Prussiens dans le sort de la bataille. Le 19 juin 1815, il écrivait à Lord Bathurst : « Je dois rendre justice au maréchal Blücher et à l’armée prussienne, en attribuant l’heureux résultat de cette terrible journée aux secours qu’ils m’ont donnés à propos ! »

En analysant de plus près les chiffres à disposition, en y rajoutant l’armée hollando-belge, on peut même aller plus loin et affirmer que, au sein des troupes alliées, à peine 30% des combattants étaient des sujets britanniques.

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91.Buffalo Bill à l’assaut de la butte…

buffalo bill SAMEDI 13 JUIN 2015 :

Incroyable mais vrai. Buffalo bill est, en 1891, venu escalader la butte de Waterloo. Et il n’était pas seul !

En tournée en Europe avec son « Wild West Circus », la légende vivante du far-west s’est en effet offert une virée, le 2 juin 1891, en Morne Plaine. Le livre d’or du site, un article de presse ainsi qu’une photographie, conservée au Buffalo Bill Historical Center à Cody (Wyoming) atteste de cette folle escapade. On apprend ainsi que le colonel Cody « en élégant complet gris-clair, son feutre de mousquetaire sur l’oreille » était accompagné du ministre plénipotentiaire des Etats-Unis d’Amérique à Bruxelles, mais aussi de toute la troupe, Indiens, cowboys, cavalerie, musique compris. Descendus à la gare de Braine-l’Alleud, les éléments « blancs » s’installèrent dans des voitures, tandis que les Indiens, conduits par Cody, prirent pédestrement le chemin du champ de bataille. On raconte que, arrivé sur place, le groupe escalada la butte et s’installa sur le piédestal du lin de bronze pour écouter les commentaires de l’Ambassadeur. « Les Indiens restèrent impassibles. Ils en ont vu d’autres ! », écrit le journaliste. En redescendant de la butte, ils jouèrent tous les hymnes – l’américain, le belge, l’anglais, la marseillaise et même le « yankee doodle » – avant de se faire harceler par des marchands de cannes, de gourdins, de photographies. S’en repartant, ils signèrent encore le livre d’or de l’Hôtel du Musée. Cody y écrira : « True to friend and foe ». Ce qui veut dire : « Loyal envers les amis et les ennemis ». 

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90.Un champ de bataille prisé des « people »

VENDREDI  12 JUIN 2015 :

Au XXème siècle, la plaine de Waterloo a continué à drainer les chefs d’état mais aussi ce qu’il est convenu d’appeler les « people ». 

On y a ainsi vu le maréchal Montgomery, l’empereur Hiro Hito du Japon, la reine Marie-José d’Italie, le président chinois Li Peng, le roi Abdallah de Jordanie, le Grand-Duc Jean de Luxembourg, le président zimbabwéen Robert Mugabe, voire le colonel Kadhafi et ses célèbres amazones escaladant les 226 marches de la butte. Mais c’est le déplacement de la Queen Mum, le 6 juin 1986 et celui de la Reine Elisabeth II d’Angleterre en personne, le 7 juin 1993, qui furent les plus médiatisés. Tout comme celle du Roi Albert II et de la Reine Paola, en mai 2002. La première visite de souverains belges sur le champ de bataille, dit de Waterloo, depuis l’indépendance belge !

Toujours parmi les visiteurs de marque, ayant laissé des traces dans les différents livres d’or du site de Waterloo, on citera encore les noms du peintre William Turner, qui couchera sur la toile « Les champs de Waterloo », de Léon Gambetta, des compositeurs Giuseppe Verdi, Maurice Jarre et Claude-Michel Schoenberg, de l’aquarelliste Jean-Michel Folon, dont la dernière affiche est dédiée à la butte, des chanteurs Georges Guétary, Serge Lama et Tino Rossi, des comédiens Jean-Claude Brialy et Francis Huster et, bien entendu, du groupe ABBA, venu célébrer sa victoire au concours Eurovision de la chanson en mai 1974.  Vendu à plus de 7,5 millions, traduit dans de multiples langues, le « Waterloo » de ABBA a, sans conteste, participer à l’aura universelle du site.

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89.Waterloo, l’excursion favorite des têtes couronnées

JEUDI 11 JUIN 2015 :

Sans aucun doute attirés par la légende des lieux, nombreux ont été les visiteurs de marque à avoir foulé le sol de Waterloo. Certains contribuèrent d’ailleurs à cette légende. D’autres, pourtant reproduits sur des gravures, n’y sont jamais venus.

La première tête couronnée à s’être rendue sur « le cadavre de l’Europe napoléonienne » fut, bien évidemment, le Roi Guillaume Ier des Pays-Bas. Il visita le site, le 28 juillet 1815, en compagnie du baron van der Capellen. Quelques semaines plus tard, le 1er octobre 1815, il revint sur les lieux avec, cette fois, le Tsar Alexandre Ier de Russie, venu à Bruxelles régler les derniers détails du mariage de sa sœur Anna Pavlowna avec le Prince d’Orange. Ce dernier est d’ailleurs du voyage, tout comme ses cousins, les princes de Prusse.  Recevant une collation à la ferme de la Belle-Alliance, à l’époque le seul lieu touristiquement organisé, le Tsar se tourna vers le Roi de Hollande et son futur gendre et, levant son verre, déclara : « C’est vraiment la Belle Alliance, tant sous le rapport des Etats que des familles. A Dieu plaise qu’elle dure longtemps ! »

Le Roi de Prusse Frédéric-Guillaume III s’est, lui, rendu à deux reprises sur le champ de bataille de Waterloo. D’abord le 15 septembre 1817, puis le 20 septembre 1825, accompagné, cette fois, de ses trois fils. Mais on note aussi la visite, moins connue, le 4 novembre 1831, du futur Napoléon III. A sa mère, la reine Hortense, il écrit : « Nous avons visité le champ de bataille de Waterloo. Vous concevez tout ce que j’ai dû éprouver, en voyant l’endroit où le sort de la France s’est décidé et où l’étoile de l’Empereur s’est éteinte pour jamais. ». En revanche, contrairement à ce que montrent certaines gravures, la Reine Victoria ne vint jamais à Waterloo.

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88.Waterloo dans le vocabulaire

L’un des effets indirects les plus impressionnants de la bataille de Waterloo est que le nom de la commune brabançonne est entré, en toutes lettres, dans le vocabulaire.

Waterloo est en effet, pour reprendre un langage scolaire, un nom propre et un nom commun. Mais sa signification est différente selon que l’on parle en français ou en anglais. Ainsi, chez les francophones, connaître son Waterloo symbolise une défaite. La presse a, par exemple, associé le toponyme belge à la défaite électorale du président Nicolas Sarkozy ou à la déroute de cyclistes favoris au Tour de France. En Grande-Bretagne, par contre, la victoire de Tony Blair a, un jour, été qualifiée de « nouveau Waterloo ». Toujours outre-Manche, quand on écrit « Meet one’s Waterloo », on veut dire que l’on a trouvé son maître…

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87.La « monumentologie » de Waterloo

Construction-butte_-waterloo_NBMARDI 9 JUIN 2015 :

On ne compte plus les monuments élevés en l’honneur de la bataille de Waterloo. Et pas seulement en Europe. Certains, au bout du monde, sont même surprenants.

Ainsi, en Allemagne, la Waterlooplatz est, avec ses quatre hectares, l’une des plus vastes places d’Europe. Elle accueille en son centre la « Waterloosaüle », une colonne de 46,31 mètres de haut, surplombée d’une sculpture victorienne. Place et colonne ont été inaugurées, le 18 juin 1832, jour-anniversaire de la victoire de Waterloo. Toujours en Allemagne, à Osnabruck, l’imposante « Porte de Waterloo » a été érigée en 1817 en souvenir des habitants de cette ville présents à la célèbre bataille. Et à Wiesbaden, l’obélisque de Waterloo, érigé en 1865, commémore le souvenir des soldats de Nassau, tombés cinquante ans plus tôt.

En Angleterre, où l’on ne compte plus les places, gares, lacs et autres ponts dédiés à la plus grande des victoires de Wellington, le monument le plus surprenant se dresse à Birchington-on-Sea, dans le Kent. Inaugurée en 1819, la très baroque « Waterloo tower » abrite un carillon de douze cloches.  Plus au nord, dominant les Scottish Borders, le « Waterloo monument » a, lui, été construit en 1816 pour « se souvenir du courage de ces soldats anglais, belges et prussiens qui, sous le commandement de Wellington et de Blücher, le 18 juin 1815, ont obtenu la victoire de Waterloo contre le tyran français, le renversant et restaurant la paix dans le monde » (sic).

Aux Pays-Bas aussi, plusieurs monuments ont été érigés, aux quatre coins du pays, en l’honneur des combattants hollandais de Waterloo. Et jusque dans les colonies puisque, à Batavia (l’actuelle Djakarta) se dressait jadis une colonne surmontée d’une soit-disant réplique du lion de Waterloo. Mais comme son concepteur n’avait jamais vu un lion de sa vie, il réalisa une sculpture certes stylisée mais ressemblant plus à un caniche qu’au roi des animaux. Ce monument, qui faisait la risée des Européens de passage fut démoli en 1942 lorsque les Japonais envahirent les Indes néerlandaises.

Toujours en Asie, mais en Inde cette fois, on peut toujours contempler à Mumbai (ex-Bombay) les « Waterloo Mansions », ancêtres des immeubles à appartements qui, à la belle époque, voisinaient le très gothique Hôtel Majestic. Il n’est guère étonnant de retrouver à Hong Kong, autre colonie britannique, une Waterloo Station et une très longue Waterloo Road. Pas plus qu’à Singapour, une Waterloo street particulièrement pacifique. S’y succèdent, en effet, une kyrielle de temples bouddhistes, taoïstes, hindous, anglicans et même une synagogue. Même en Chine, le Lion de Waterloo est présent dans le parc d’attractions « Windows of the World » de Shenzen. Sa réplique miniature, installée entre la Tour Eiffel et la porte de Brandebourg y représente la Belgique. Il est vrai que le rôle de la bataille de Waterloo dans l’histoire de l’Europe y est enseigné dans toutes les écoles, faisant de la « Morne Plaine » une destination touristique très prisée des Chinois.

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86.L’omniprésence de Waterloo à travers le monde

Waterloo.10 LUNDI 8 JUIN 2015 :

Au lendemain de la bataille de Waterloo, le nom du petit village brabançon wallon a été donné à de multiples sites à travers le monde. 

En réalité, ce ne sont pas moins de 124 Waterloo que l’on peut comptabiliser sur une carte du monde : un en Afrique du Sud, un en Allemagne, un en Antarctique, vingt-cinq en Australie, un aux Bahamas, un en Belgique, un aux îles Bermudes, douze au Canada, un en Colombie, trente aux Etats-Unis, un en France, trente-quatre en Grande-Bretagne, un en Guyane, deux en Irlande, quatre en Jamaïque, un en Nouvelle-Zélande, un sur l’île de Saint-Vincent, deux au Sierra Leone, un au Surinam, un à Trinitad et Tobago, un en Ukraine et un au Zimbabwé. Et c’est sans compter sur les quartiers, les domaines, les sites, les casernes, les navires de guerre ou les compétitions de … lévriers.

Bon nombre de ces Waterloo ont, en fait, été créés par des vétérans de la bataille qui, démobilisés après le Congrès de Vienne, avaient reçu des lopins de terre dans les colonies britanniques et qui, en s’y installant, donnèrent à l’endroit le nom de la plus belle des victoires à laquelle ils venaient de participer. C’est le cas, par exemple, des deux Waterloo en Sierra Leone, fondés par des soldats des 4ème et 2ème West India Régiment. Mais aussi d’un surprenant Waterloo sur l’île de Trinitad, au cœur des Caraïbes, créé par des soldats indiens qui préférèrent tenter l’aventure au loin plutôt que de retourner dans les environs de Bombay. Ce qui explique, aujourd’hui encore, la présence de plusieurs temples hindous à proximité. Ou encore du Waterloo texan, fondé par la famille Harrell, dont l’un des membres avait combattu en Belgique. Mais ce Waterloo-là ne perdura guère, prenant, dès 1840, le nom d’Austin en devenant la capitale du Texas. Même si un quartier porte encore son nom, Waterloo n’a pas fait le poids face au patronyme du fondateur de l’Etat.

En Australie, où l’on compte 10 villes, 15 hameaux ou villages, 5 baies, 2 criques, 1 barrage, 2 collines, 1 lagon, 1 lac, 1 pic, 1 puits et 1 montagne répondant au nom de Waterloo, ce sont également d’anciens combattants britanniques qui répandirent largement le nom. Particulièrement dans la région de Sydney où tout le sud de la ville porte encore le nom de Waterloo tandis que, dans le quartier de l’Observatoire, le plus vieux pub australien exhibe encore l’enseigne de son fondateur : « The hero of Waterloo ».

hero of waterlooLa plupart des Waterloo européens ont, eux aussi, été créés par des combattants du 18 juin. Tel le Waterloo allemand, fondé par le comte von Voss, propriétaire des lieux et qui participa à la campagne de Belgique aux côtés de son ami Blücher. Ou le Waterloo écossais, dont le propriétaire, Sir James Stewart, colonel d’escadron présent à Waterloo alla jusqu’à urbaniser ses terres en tenant compte de la disposition des troupes lors du combat de 1815.

Parfois le nom a été donné pour des raisons tout à fait insolites, pour ne pas dire loufoques. Ainsi dans l’Illinois (Etats-Unis), un Waterloo de 5000 âmes doit son nom à une bagarre entre deux villages, le très francophile Bellefontaine et le très anglophile Peterstown, séparés par une rivière. La légende veut que, en 1818, un Irlandais (comme Wellington !), voulant ignorer ces querelles locales et bâtissant son logis d’un côté du ruisseau et sa grange de l’autre aurait déclaré : « Je ne veux être ni Bellefontaine, ni Peterstown. Mais je vais vous donner à chacun votre Waterloo ! » Et que dire des explications d’un historien local nord-américain, attribuant l’appellation de son village par le fait que son fondateur venait y donner de l’eau à son cheval dénommé Loo ? D’où Water-Loo !

Même le Tsar de Russie a voulu rendre hommage à la victoire de Wellington, en lui donnant le nom d’une toute nouvelle ville en Ukraine et d’une île découverte en Antarctique, en 1821, par Fabian G.von Bellingshausen. Ce Waterloo, toujours habité par quelques scientifiques russes, qui y ont construit une petite chapelle orthodoxe en bois, est le plus austral de tous les Waterloo.

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85.Victor Hugo, héraut de Waterloo

Ma destinéeSAMEDI 6 JUIN 2015 :

De tous les visiteurs de marque répertoriés à Waterloo, c’est Victor Hugo qui y séjourna le plus longtemps, exactement du 7 mai au 21 juillet 1861, y achevant l’écriture des « Misérables ». 

A un ami, il écrit : « C’est dans la plaine de Waterloo et dans le mois de Waterloo que j’ai livré ma bataille. J’espère ne l’avoir point perdue. » Dans ses notes personnelles, il écrit encore : « Le Lion de Waterloo, point culminant de tout ce large horizon, a cette particularité qu’il coupe les orages en deux et les partage, selon le vent, tantôt entre Ohain et Plancenoit, tantôt entre La Hulpe et Braine-l’Alleud. Chose remarquable, depuis un demi-siècle qu’il est là, debout, masse de fer énorme, sans paratonnerre, sans défense, à la pointe d’une cime de cent cinquante pieds de haut, au milieu des nuages, jamais l’éclair ne l’a touché (…) La montagne n’est pas en roche et le lion n’est pas en bronze. Dans cette argile, façonnée en hauteur, dans cette fonte, peinte en airain, dans cette grandeur fausse, on sent la petitesse. Ce n’est pas un lieu, c’est un décor. »

Victor Hugo reviendra, le 5 mai 1871, à Waterloo. Dix ans, jour pour jour, après sa première venue. Et il offrira, cette fois, au Lion, dans un texte appelé « L’avenir », ses plus beaux alexandrins. Comme s’il s’était rendu compte que le site était irrémédiablement attaché à son personnage. Comme s’il voulait faire la paix avec ce monument qui l’avait tant hanté…

Titre : L’avenir

Poète : Victor Hugo (1802-1885)

Recueil : L’année terrible (1872).

Polynice, Etéocle, Abel, Caïn ! ô frères !
Vieille querelle humaine ! échafauds ! lois agraires !
Batailles ! ô drapeaux, ô linceuls ! noirs lambeaux !
Ouverture hâtive et sombre des tombeaux !
Dieu puissant ! quand la mort sera-t-elle tuée ?
Ô sainte paix !

La guerre est la prostituée ;
Elle est la concubine infâme du hasard.
Attila sans génie et Tamerlan sans art
Sont ses amants ; elle a pour eux des préférences ;
Elle traîne au charnier toutes nos espérances,
Egorge nos printemps, foule aux pieds nos souhaits,
Et comme elle est la haine, ô ciel bleu, je la hais !
J’espère en toi, marcheur qui viens dans les ténèbres,
Avenir !

Nos travaux sont d’étranges algèbres ;
Le labyrinthe vague et triste où nous rôdons
Est plein d’effrois subits, de pièges, d’abandons ;
Mais toujours dans la main le fil obscur nous reste.
Malgré le noir duel d’Atrée et de Thyeste,
Malgré Léviathan combattant Béhémoth,
J’aime et je crois. L’énigme enfin dira son mot.
L’ombre n’est pas sur l’homme à jamais acharnée.
Non ! Non ! l’humanité n’a point pour destinée
D’être assise immobile au seuil froid des tombeaux,
Comme Jérôme, morne et blême, dans Ombos,
Ou comme dans Argos la douloureuse Electre.

Un jour, moi qui ne crains l’approche d’aucun spectre,
J’allai voir le lion de Waterloo. Je vins
Jusqu’à la sombre plaine à travers les ravins ;
C’était l’heure où le jour chasse le crépuscule ;
J’arrivai ; je marchai droit au noir monticule.
Indigné, j’y montai ; car la gloire du sang,
Du glaive et de la mort me laisse frémissant.
Le lion se dressait sur la plaine muette ;
Je regardais d’en bas sa haute silhouette ;
Son immobilité défiait l’infini ;
On sentait que ce fauve, au fond des cieux banni,
Relégué dans l’azur, fier de sa solitude,
Portait un souvenir affreux sans lassitude ;
Farouche, il était là, ce témoin de l’affront.
Je montais, et son ombre augmentait sur mon front.
Et tout en gravissant vers l’âpre plate-forme,
Je disais : Il attend que la terre s’endorme ;
Mais il est implacable ; et, la nuit, par moment
Ce bronze doit jeter un sourd rugissement ;
Et les hommes, fuyant ce champ visionnaire,
Doutent si c’est le monstre ou si c’est le tonnerre.
J’arrivai jusqu’à lui, pas à pas m’approchant…

J’attendais une foudre et j’entendis un chant.

Une humble voix sortait de cette bouche énorme.
Dans cette espèce d’antre effroyable et difforme
Un rouge-gorge était venu faire son nid ;
Le doux passant ailé que le printemps bénit,
Sans peur de la mâchoire affreusement levée,
Entre ces dents d’airain avait mis sa couvée ;
Et l’oiseau gazouillait dans le lion pensif.
Le mont tragique était debout comme un récif
Dans la plaine jadis de tant de sang vermeille ;
Et comme je songeais, pâle et prêtant l’oreille,
Je sentis un esprit profond me visiter,
Et, peuples, je compris que j’entendais chanter
L’espoir dans ce qui fut le désespoir naguère,
Et la paix dans la gueule horrible de la guerre.

Victor Hugo.

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84.Waterloo, inspiratrice des écrivains

Sir Walter Scott, 1771 - 1832. Novelist and poet
Sir Walter Scott, 1771 – 1832. Novelist and poet

VENDREDI 5 JUIN 2015 :

Nombreux ont été les écrivains à avoir foulé le sol de Waterloo. Ils sont, en grande partie, responsables des légendes qui y sont nées.

C’est Walter Scott qui, le premier, fit le pèlerinage de Waterloo. Dans « les lettres à Saint-Paul », il commente le mercantilisme y régnant dans les jours et semaines qui suivirent le carnage. Lord Byron le suivit de près. Il y arriva, fin avril 1816, dans une somptueuse berline qui n’était pas sans rappeler l’attelage que Napoléon perdit, quelques mois avant, à la sortie de Genappe. Une berline qui, soit dit en passant, s’abîma en cours de visite, obligeant Byron à revenir à cheval dans la capitale. Il ne garda néanmoins pas que ce mauvais souvenir de Waterloo, s’inspirant des lieux pour écrire deux stances de « Childe Harold’Pilgrimage ».

Alexandre Dumas arriva, lui, sur le champ de bataille de Waterloo, le 11 août 1838, couchant sur papier une description minutieuse des lieux qu’il espérait visiter depuis plus de vingt. Et il fut à ce point marqué par sa découverte des lieux que, lors de son séjour forcé en Belgique, de 1852 à 1854, il prit un réel plaisir à emmener tout qui venait le visiter dans son appartement, sis boulevard de … Waterloo à Bruxelles vers « le village au nom inconnu qu’il n’avait pu trouver sur une carte de Belgique le 20 juin 1815, et qui, depuis ce temps, était inscrit sur celle de l’Europe, en caractères de sang. » On raconte qu’il en était devenu le meilleur guide.

Entretemps, le 28 septembre 1864, un autre grand écrivain avait foulé les lieux. Charles Baudelaire avait absolument tenu à mettre ses pas dans les pas de Hugo, allant jusqu’à s’attabler aux mêmes endroits que lui.

Parmi les autres auteurs-visiteurs, citons encore Robert Southey (les 3 et 21 octobre 1815), le philosophe Hegel (le 8 octobre 1822), Pierre-Joseph Proudhon (le 7 septembre 1858), Charles Baudelaire (28 septembre 1864), Jules Vallès (en 1869), Arthur Rimbaud et Paul Verlaine (le 10 juillet 1872), James Joyce (en 1927) et, plus récemment, les académiciens Alain Decaux, Jean d’Ormesson et René de Obaldia. Mais, contrairement à ce qui a été répandu, Stendhal, l’auteur de « La Chartreuse de Parme » n’est jamais venu en Morne Plaine. C’est en visitant le « Panorama de Waterloo » à Londres, en 1817, qu’il eut l’idée d’emmener son héros, Fabrice Del Dongo, au cœur de la bataille. Et pour décrire l’atmosphère d’un tel combat, Stendhal n’eut guère de mal. Il avait, en effet, participé à la Campagne de Russie.

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83.Le phénomène des panoramas de Waterloo

JEUDI 4 JUIN 2015 :

Au pied de la butte du Lion, une rotonde retient l’attention. Elle abrite, depuis plus d’un siècle, le dernier des panoramas de la bataille de Waterloo.

Le Panorama a été construit en 1912, à l’initiative d’un descendant d’un combattant de Waterloo. Il est toutefois le dernier survivant d’une multitude d’autres panoramas consacrés à la bataille du 18 juin 1815.Le premier de ces ancêtres du cinéma et de la bande dessinée fut, en effet, installé, dès 1815, à Leicester square, en plein cœur de Londres, à l’initiative d’un certain Henry Aston Baker. A la même époque, un « cosmorama » ouvrit ses portes, à Bruxelles, rue de Ruysbroeck. Un an plus tard, E.Maaskamp inaugura sa « Description de la Bataille Glorieuse de Waterloo » à Amsterdam, avant de la transporter à Aix-la-Chapelle, puis à Bruxelles, où la toile fut exposée dans une rotonde érigée sur l’actuelle place des Martyrs. En 1880, c’est, cette fois, le panoramiste Charles Castellani qui va créer un panorama, intitulé « Bataille de Waterloo », exposé dans un premier temps au boulevard du Hainaut à Bruxelles, puis à Rotterdam. Un autre panorama du même type vit le jour à Anvers, à l’initiative de Charles Verlat avant de prendre la route de l’Espagne. On cite encore des panoramas de Waterloo à Londres, dans la campagne anglaise, aux Etats-Unis et même en Australie, à Adelaïde. Mais celui de … Braine-l’Alleud est le plus jeune et le seul survivant !

Les travaux débutèrent donc en 1824. Les terrassements s’achevèrent fin 1825. Le piédestal fut, lui, installé en octobre 1826. Et le lion, quelques semaines plus tard. Le tout aura finalement coûté 50.000 florins de moins que prévu. Mais, curieusement, on ne trouve nulle trace d’une quelconque inauguration. Tout au plus un entrefilet dans « Le Journal de Bruxelles » du dimanche 5 novembre 1826 annonçant le placement, deux jours plus tôt, du lion sur son piédestal.

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82.Waterloo, le berceau du tourisme organisé

MERCREDI 3 JUIN 2015 :

Le champ de bataille de Waterloo peut être considéré comme le berceau du tourisme organisé, des tour-operators pour reprendre le langage d’aujourd’hui.

De nombreux témoignages signalent, en effet, que, dès le lendemain des combats, des sociétés de mail-coach organisèrent des voyages sur mesure au départ de Londres, d’Ostende, de Calais et, bien sûr, de Bruxelles pour visiter le « terrible », le « sinistre », le « funeste » champ de bataille de Waterloo. Dans son journal de campagne, Cavalié Mercer raconte que, dès le 19 juin 1815, on vit y arriver des voitures emplies de Bruxellois embourgeoisés, « tirés à quatre épingles, comme sortant d’une boîte, embaumant l’air, portant de temps à autre le mouchoir aux narines… »

Walter Scott décrit, lui, ce qu’il appelle le « mercantilisme de mémoire », évoquant la mise en vente, par les paysans du coin ou leurs enfants, d’objets trouvés sur le site historique, mais aussi l’augmentation des tarifs des estaminets à l’approche de touristes britanniques. Cinquante ans plus tard, le journaliste et écrivain Jules Vallès fait un constat semblable, se moquant toutefois des « voitures s’échappant, tous les matins, de la cour d’un hôtel anglais, chargées de miss à nez violet, de gentlemen à favoris jaunes et en paletot gris, guide en main, lorgnette en sautoir et gibecière en bandoulière. » Quant à Camille Lemonnier, il n’est pas tendre à décrire cette « tassée humaine, déversée à Mont-Saint-Jean ».

Pourtant, ce tourisme organisé, souvent critiqué va perdurer tout au long du XIXème siècle. Le circuit des visites va, il est vrai, s’enrichir. Le trajet étant devenu plus rapide, les mail-coach qui, avant 1830, se contentaient de se rendre à la Belle-Alliance ou dans le village de Waterloo ont offert des excursions de plus en plus longues, allant jusqu’à Villers-la-Ville et dans le centre de Braine-l’Alleud.

Par la suite, le développement du chemin de fer (dès 1860, via la gare de Groenendael et dès 1874, via la gare de Braine-l’Alleud) et du chemin de fer vicinal (dès 1889) accentua encore l’attractivité du site. Et c’est en 1912 que le premier autocar touristique fut mis en route entre Bruxelles et Waterloo. Cinquante ans plus tard, la SABENA mettait en action sa première liaison Zaventem-Waterloo en … hélicoptère. Ces multiples moyens de locomotion eurent pour effet d’attirer une tout autre clientèle de touristes. Quelques grosses fortunes ou personnalités, certes. Mais, surtout, de simples citadins, peu habitués aux voyages à l’étranger mais en quête d’une sortie au vert.

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81.Le souvenir de Waterloo pour légitimer 1914

MARDI 2 JUIN 2015 :

En 1914, les Allemands ont utilisé le souvenir de Waterloo pour légitimer leur invasion du territoire belge.

Dans un appel au peuple belge, daté du 4 août 1914, le général von Emmich a, en effet, demandé à tous de « se souvenir des glorieux jours de Waterloo où c’étaient les armes allemandes qui ont contribué à fonder et à établir l’indépendance et la prospérité de votre patrie ». Et de demander aux Belges, en souvenir de cette action, de leur laisser un chemin libre pour aller attaquer les Français, coupables d’avoir « sous un déguisement violé le territoire belge pour pénétrer en Allemagne ».

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La résistance des Liégeois face à l’envahisseur :

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80.Une loi unique pour préserver le champ de bataille

LUNDI 1er JUIN 2015 :

Le champ de bataille, dit de Waterloo bénéficie d’une Loi de préservation, unique et bien antérieure aux traditionnels arrêtés de classement. Elle remonte à 1914 et vise à ne pas dénaturer le site…

C’est le comte Cavens qui, le premier, se battit pour préserver le site. Il se montra virulent chaque fois qu’un projet immobilier pouvait toucher à l’intégrité des lieux, obtenant souvent l’annulation de nombreux permis. Mais la construction du Panorama en 1912, l’envahissement progressif du champ de bataille par des maisons de campagne et la transformation de quelques bâtiments au hameau du lion vont précipiter les choses. Et c’est le conseil communal de Waterloo qui, le 18 juillet 1912, va montrer l’exemple, approuvant une motion insistant sur la nécessité de « soustraire ce coin de terre à la profanation dont des intérêts mercantiles la menacent » et sur le fait que « la plaine historique risque d’être méconnaissable si des moyens énergiques n’interviennent pas pour le conserver dans son intégralité ». Mis sous pression, le Gouvernement belge va prendre les choses en main et charger son ministre des Travaux publics, Auguste Delbeke de trouver une solution. Son projet initial était de faire racheter le champ de bataille par un comité international. Mais il dut vite se rendre compte qu’il  ne pourrait compter sur une participation financière des Français « pour qui le seul nom de Waterloo rappelait un véritable désastre comparable à celui de Sedan », pas plus d’ailleurs que sur l’aide des Russes et des Autrichiens, tout à fait indifférents au sort d’un site où ils n’avaient pas combattu. Et puis, les finances publiques auraient eu du mal à répondre aux prétentions exorbitantes que ne manqueraient pas de soulever les propriétaires ainsi expropriés. Il opta donc pour une autre formule, celle de l’imposition d’une servitude de non aedificandi sur les biens concernés, moyennant le versement d’une indemnité aux propriétaires. La loi de préservation du champ de bataille de Waterloo fut votée le 25 mars 1914 par 95 voix pour, 5 contre et 3 abstentions et promulguée deux jours plus tard.

A la lecture de celle-ci, on constate que le législateur a bel et bien interdit de construire, de transformer, de planter, d’ouvrir des carrières, de fouiller sur les quelque 545,63 hectares protégés du champ de bataille … mais qu’il s’est réservé le droit de donner des dérogations. Ce qui explique pourquoi le site du hameau a, à de multiples reprises, changé de physionomie.

Un mystère demeure. A-t-on ou non dédommagé les propriétaires ? On sait que, tant en Belgique qu’en Angleterre, des sommes importantes avaient été récoltées à cette fin. Mais la Belgique étant entrée en guerre le 4 août 1914, nul ne sait ce qu’il advint de cet argent. Personne ne s’est jamais plaint. Faut-il pour cela croire que les personnes lésées furent, en toute discrétion, bel et bien dédommagées ?

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79.Une rente qui n’existe plus…

SAMEDI 30 MAI 2015 :

Régulièrement, on raconte que Wellington toucherait, en sus de ses revenus agricoles, une rente qui arrondirait confortablement ses fins de mois. Cette rente, pourtant, n’existe plus !

Cette dernière faisait, en réalité, suite au défrichement des bois constituant la dotation. N’ayant que l’usufruit sur ceux-ci, ce chantier d’abattage ne pouvait être considéré comme une coupe normale mais bien comme un produit obtenu une fois pour toutes, comme le sable ou les pierres d’une carrière. Le Prince de Waterloo ne pouvait donc disposer librement du produit d’abattage des bois sans nuire au droit de retour que possédait l’Etat si la descendance masculine légitime dudit Prince venait à s’éteindre. Deux solutions s’offraient à Wellington, soit l’acquisition de terrains, soit la prise d’inscription au Grand livre de la dette publique. C’est cette dernière option qui fut choisie par le Duc. Il versa donc dans les caisses de l’Etat un capital estimé, en 1872, à un peu de 2,3 millions de francs or, représentant une rente annuelle d’un peu plus de 80.000 francs. Cela parait compliqué … mais le montage est assez similaire aux actuels emprunts d’état.

Cette rente a, pourtant, durant des décennies, fait l’objet de polémiques, certains n’hésitant pas à parler de millions de francs détournés au profit de l’Anglais. Fatigué par les débats politiques autour de cette rente, l’actuel Duc de Wellington a fini par renoncer à celle-ci en date du 26 janvier 1988. En contrepartie, l’Etat belge a toutefois renoncé à son droit de retour sur 25 hectares de terres affectés à la Dotation. Car celle-ci a bel et bien persisté. Le Prince de Waterloo continue, en effet, à percevoir les droits de fermage sur les 1083 hectares reçus en usufruit. Cela ne gêne nullement les fermiers. Que du contraire. Assurés de conserver, de génération en génération, le même propriétaire, ceux-ci n’ont aucun risque de perdre leurs baux. Et cela enrichit aussi les caisses de l’Etat, le Prince payant ses taxes et impôts, mais aussi ses droits de succession comme tout le monde.   

Précisons tout de même que Wellington ne fut pas le seul à bénéficier de la générosité hollandaise.

Blücher et ses descendants ont, eux aussi, reçu une rente, qui resta à charge du Gouvernement néerlandais jusqu’en 1940, date à laquelle elle fut annulée et passée au compte des dommages subis par les Pays-Bas du fait de l’agression allemande. En France, ce sont les descendants des dignitaires et maréchaux du 1er Empire qui, jusqu’en 1905, conservèrent les revenus de majorats que leur avait octroyés l’Empereur afin qu’il puisse tenir leur rang !

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78.Une principauté et une dotation pour Wellington

VENDREDI 29 MAI 2015 : 

Waterloo et une principauté. Et ce n’est pas une légende. Il s’agit même de la dernière principauté belge. Elle a été créée le 8 juillet 1815 à l’initiative du Roi Guillaume des Pays-Bas, qui voulait récompenser de la plus haute manière Wellington qui avait permis à son royaume naissant de se stabiliser.

Pour permettre au nouveau Prince de Waterloo de tenir son rang, le roi Guillaume Ier s’est montré, en sus, très généreux, associant à son titre une dotation de 1083 hectares de bois situés sur les communes de Nivelles, Thines, Obaix, Vieux-Genappe, Baisy-Thy et Frasnes. Il est donc faux de dire que le champ de bataille de Waterloo appartient au Duc de Wellington. Les bois offerts, en usufruit, à Wellington provenaient, en fait, de ce que l’on appelait les « biens noirs », restés entre les mains de l’Etat suite aux confiscations des terres du très riche chapitre de sainte Gertrude par la Révolution française. En 1815, le Royaume des Pays-Bas hérita de ces biens. Et c’est sur ce « domaine extraordinaire » que Guillaume Ier puisa pour donner une assiette foncière à Waterloo. C’est ce que l’on appelle la dotation Wellington, une espèce d’usufruit transmissible par primogéniture masculine… mais que l’on confond souvent avec la rente de Wellington.

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77.La dernière fille de l’Empereur, enterrée à Bruxelles ?

JEUDI 28 MAI 2015 :

Le cimetière de Bruxelles à Evere abrite plusieurs monuments en rapport avec l’épopée napoléonienne. Dont la pierre tombale d’une enfant que certains considèrent comme la dernière fille de Napoléon.

Dans la douzième allée du cimetière de Bruxelles à Evere, une petite dalle de marbre blanc, relativement bien entretenue pour son âge et souvent fleurie porte un patronyme bien connu de l’Empereur. Il s’agit de la pierre tombale de Joséphine Napoleone de Montholon, née à Longwood, sur l’île de Sainte-Hélène en 1818 et décédée à Bruxelles en 1819. L’enfant est, officiellement, la fille du comte Charles-Tristan de Montholon et de son épouse Alvine, née marquise de Vassal. Elle est aussi, accessoirement, la dernière filleule de l’Empereur.

Certains vont cependant plus loin. Pour eux, cette fillette ne serait autre que le fruit d’une liaison avérée entre Napoléon et sa comtesse de maîtresse. Ils se basent aussi sur la description du bambin « dont le front, le menton volontaire, les yeux et plus encore les mains, si particulières, si belles et qu’on disait naguère uniques rappellent ceux de l’Empereur. »

Que Napoléon ne soit pas resté insensible à la beauté de la belle Albine est un secret de polichinelle. Même les rapports les plus officiels évoquent le fait que la comtesse de Montholon se soit « élevée jusqu’au lit de l’Empereur ». Que son mari en ait été jaloux, c’est plus que probable. Que, pour l’éloigner de l’Empereur, il l’envoya prématurément en Europe, avec ses trois enfants, c’est également une hypothèse. Tout comme celle de la volonté de l’Empereur de la mettre à l’abri. Ce dernier lui confia d’ailleurs des lettres de change d’une valeur de 200.000 francs-or pour qu’elle puisse tenir son rang. Des lettres de change qui, pour la petite histoire, ne furent pas honorées. On sait aussi que Napoléon fut très affecté par son départ, « des larmes ayant coulé peut-être pour la première fois de sa vie. »

C’est donc à Bruxelles que Madame de Montholon, interdite bien évidemment sur le territoire français mais aussi, plus surprenant, en terres britanniques, va s’installer, probablement le 18 septembre 1819. Quatre jours plus tard, ayant visiblement pris froid durant le voyage, la petite Joséphine est prise d’une forte fièvre et de diarrhées. Elle décède le 30 septembre 1819, âgée à peine de vingt mois.

Était-elle vraiment la fille de Napoléon ? Nul ne peut l’affirmer. Pour en avoir le cœur net, il y aurait lieu d’effectuer des tests ADN. Mais est-ce vraiment nécessaire, utile à la compréhension de l’Histoire ? On peut en douter… 

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76.Des lions de Waterloo en Asie ?

MERCREDI 27 MAI 2015 :

Il y a quelques années, la Province du Brabant wallon a financé la construction d’un mini-lion de Waterloo … en Chine.

La très dynamique ville de Shenzen, au sud-est de la Chine draine, chaque année, des millions de touristes grâce à un parc d’attraction. « Windows in the world » – c’est son nom – rassemble, sur quelques kilomètres carrés, les monuments les plus emblématiques du monde. Pour la Belgique, c’est le Lion de Waterloo qui a été choisi. Sa réduction se dresse entre la porte de Brandebourg et la Tour Eiffel. Il est vrai que le rôle de la bataille de Waterloo dans l’histoire de l’Europe est enseigné dans toutes les écoles, faisant de la Morne Plaine une destination touristique très prisée des Chinois.  Mais ce n’est pas le seul Lion de Waterloo reproduit en Asie. Jumelée depuis un quart de siècle avec Waterloo, la ville japonaise de Nagakuté, près de Nagoya a décoré tous les lampadaires de sa rue principale d’une réplique du monument brainois.

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75.Le Lion faillit être démoli

destructionAnnuaire historique universel: ou, histoire politique pour 1819-1843 (p 335)

MARDI 26 MAI 2015 :

En 1832, le Parlement a longuement débattu de … la destruction du Lion. Et ce n’est pas une légende !

C’est Alexandre Gendebien qui, en fait, fut à la base de la proposition. Emu par le rôle des Français dans la libération d’Anvers et le renvoi hors des limites territoriales, il souhaita, par une proposition de loi, certes remercier l’armée française et ses chefs, mais aussi « convertir le lion de Waterloo en bombes et boulets pour la défense de la liberté et de l’indépendance des deux peuples et le remplacer par un monument funèbre sur lequel flotteraient, ensemble, à perpétuité, les couleurs de la Belgique et de la France. » Si le premier article de cette proposition ne posa aucun problème à l’assemblée parlementaire, ce ne fut pas le cas du second qui suscita des polémiques tant dans les milieux politiques et diplomatiques que dans la presse. Les leaders catholiques eurent, par exemple, beau jeu de rappeler que « s’il n’y avait point eu Waterloo, Bruxelles serait encore un chef de département français » pour reprendre les termes de Jean-Baptiste Nothomb. Ou « qu’il serait impolitique d’irriter l’Europe, car la bataille de Waterloo fut précieuse à l’Europe, à la France même », clama, pour sa part, le comte de Robiano.

Même les diplomates allèrent jusqu’à évoquer le caractère maladroit de l’affaire, en ce compris l’Ambassadeur de France qui ne manqua pas d’adresser à son collègue britannique une missive dans laquelle il s’est dit tout à fait étranger à cette proposition, espérant même qu’elle n’altère en rien les relations entre la France et l’Angleterre. » La presse s’empara, elle aussi, du débat. Leurs titres sont évocateurs : « Les monuments sont des livres d’Histoire à l’usage des peuples. Respectez-les si vous voulez fonder une nation », peut-on lire dans « Le Belge ». Et dans « L’Indépendant », on n’hésite pas à écrire : « Nous regrettons de voir mêler les souvenirs de 1815 à la gloire présente. Waterloo appartient à l’Histoire ; le présent seul appartient aux chambres belges. »

Mais ces prises de position, ces éditoriaux ne découragèrent pas Gendebien. Convaincu que le monument ne pouvait rester « l’image de cet odieux et féroce lion néerlandais qui menaçait de dévorer les Belges », il fit mettre au vote son projet de loi, mais n’obtint pas le soutien d’une majorité de ses compères. Et le Lion fut sauvé.

Pour l’anecdote, on notera que Gendebien eut, au XXème siècle, quelques émules. Ainsi, en 1918, un certain Raymond Colleye proposa de « faire sauter le lion en signe de solidarité franco-wallonne ». En mal de publicité, un député nommé Pépin proposa, lui, de « retourner le lion pour que sa gueule soit tournée vers le Nord ! ». Un autre député, Victor Ernest, proposa, toujours à la même époque, la « démolition pure et simple du monument ».      Une manière pour eux de graver leurs noms dans la (toute) petite Histoire d’un des monuments belges les plus emblématiques et les plus connus à travers le monde.

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74.La patte sur un globe ou un boulet ?

boulet LUNDI 25 MAI 2015 :

Les historiens continuent à se disputer sur la symbolique de la sphère sur laquelle est posée la patte du lion. Un boulet ou un globe ?

Pour les uns, en effet, cela ne fait pas l’ombre d’un doute qu’il s’agit d’un boulet, symbole de l’arrêt de la guerre. D’autres évoquent un globe, emblème d’une volonté de domination de la part du jeune gouvernement hollandais. « S’il s’agit réellement d’un globe, c’est une ambition démesurée qui a animé les concepteurs de ce monument ! », pense l’historien Philippe Raxhon, pour qui la question n’est pas réellement tranchée. Pour Marcel Watelet, la réponse se trouve plutôt dans le descriptif du projet. Vander Straeten y évoque « un lion colossal, placé sur un piédestal de marbre. Le lion est le symbole de la victoire ; s’appuyant sur le globe, il annonce le repos que l’Europe a conquis dans les plaines de Waterloo. »

Aux archives du Waterstaat, aux Pays-Bas, où sont conservés les documents relatifs à la construction de la butte (ou, du moins, ce qu’il en reste !), on retrouve des allusions à l’héraldique, au symbole de la sphère. Une sphère considérée comme le signe de la souveraineté d’une puissance sur un territoire. Mais, curieusement, le Conseil héraldique, invité à décrire le sceau et les armoiries que le Roi Albert Ier attribua, le 3 mars 1914, à la Commune de Waterloo rédigea son avis de la sorte : « D’argent à une pyramide tronquée de sinople sommée d’un lion passant, la dextre appuyée sur un boulet et posé sur un piédestal, le tout de sable. »

Où est la vérité ? Nul ne le sait. Ceci étant dit, si l’artiste pensait reproduire un boulet de canon, il s’est plutôt trompé. Car c’est plus un gros boulet de bombarde qu’il a reproduit…

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73.Le Lion et les canons français

lion modèleSAMEDI 23 MAI 2015 :

Une autre légende veut que le Lion ait été coulé, chez Cockerill, dans le bronze fondu des canons pris aux Français. Sornettes !

C’est probablement à l’étranger, en France et en Grande-Bretagne que naquit cette légende. Probablement parce que d’autres monuments évoquant les guerres napoléoniennes, tels les bas-reliefs de la colonne Vendôme à Paris ou celle de Trafalgar à Londres avaient, eux, bel et bien été gravés dans le bronze des canons capturés à l’ennemi. Mais, à Waterloo, la vérité est tout autre. D’abord parce que, on l’a déjà écrit, les canons pris aux Français ont tout de suite pris la direction des arsenaux britanniques et prussiens. Et que deux ou trois, à peine, furent cédés à l’armée hollandaise. Bien trop peu pour être transformés en lion. Et puis, parce que, à l’époque, on estimait, entre autres, la puissance d’une armée au nombre de bouches à canon qu’elle possédait.  Ces canons, capturés à Waterloo n’ont donc presque plus jamais quitté leurs quartiers. Les visiteurs de la Tour de Londres peuvent en admirer quelques-uns dans la cour principale. Et le seul qui ait retraversé la Manche s’est retrouvé, il y a quelques années, à Waterloo. Non pour y être fondu et transformé en lion, mais pour être exposé sous le porche du Musée Wellington.

En réalité, le Lion, dit de Waterloo, œuvre du sculpteur malinois Jean-Louis Van Geel a été coulé dans les ateliers de Cockerill à Seraing, en fonte de fer. C’est-à-dire un alliage de fer et de carbone, ce qui invalide définitivement l’idée qu’on ait utilisé le bronze des canons français. La statue est creuse et composée de neuf pièces, à savoir quatre jambes avec une partie du corps, la tête avec une partie de la crinière, le globe, la queue, la plinthe et une soupape placée sous le ventre et qui fut bien nécessaire à l’ouvrier chargé d’assembler les pièces. Le tout fut hissé, assemblé définitivement, boulonné et fixé grâce à des barres en fer forgé engagées tant dans les pattes que dans le piédestal à une profondeur de un mètre, le 4 novembre 1826.

Pour l’anecdote, le sculpteur Van Geel n’avait jamais vu de vrai lion avant de concevoir le monument. Afin qu’il soit le plus ressemblant possible, il reçut l’autorisation du Roi des Pays-Bas de se rendre à Londres pour aller observer un lion vivant dans la ménagerie royale. Un subside de 1500 florins fut débloqué pour ce voyage d’étude. Une belle somme quand l’on sait que le Lion fut, à sa livraison, payé 19035 florins !

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72.La butte, une sépulture ?

VENDREDI 22 MAI 2015 :

Nombreux sont les touristes à penser que la butte renferme les ossements de toutes les victimes mortes au combat, toutes nations confondues. C’est évidemment faux. Ils se sont trompés d’époque !

Si l’architecte de la butte s’est bel et bien inspiré des tertres des civilisations anciennes, les Hollandais ou les Belges du XIXème siècle n’étaient pas les Gallo-Romains dont les tumili contenaient, eux, bel et bien des corps humains. D’ailleurs, lorsque, en 1999, d’importants travaux de terrassement ont été menés pour consolider la butte, victime d’un spectaculaire glissement de terrain, pas un seul petit bout d’ossement n’a pu être retrouvé. En fait, les victimes de Waterloo, comme déjà évoqué, ont soit été emmenées vers les cimetières voisins, soit ensevelies sur place, soit brûlées sur d’impressionnants bûchers. Régulièrement, d’ailleurs, on retrouve des ossements. Qu’ils soient humains ou chevalins. Les agriculteurs qui les découvrent ont pour habitude de les déposer dans l’ossuaire construit à cet effet dans le jardin du Caillou. La butte est, elle, exclusivement constituée de terres négociées avec les fermiers et/ou propriétaires voisins.

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71.La butte du lion et les botteresses liégeoises : une légende !

JEUDI 21 MAI 2015 :

De nombreuses légendes ont couru sur la construction de la butte du lion. Celle qui n’a cessé de perdurer tout au long des siècles a trait à la présence de botteresses liégeoises.

Nombreux sont ceux qui affirment que des botteresses liégeoises auraient été engagées pour former la butte ou, tout au moins, lui assurer un dernier toilettage. Pourtant, si l’on tient compte que plusieurs dizaines de botterresses soient venues de Liège, pendant plusieurs mois, pour faire un tel labeur, passant leurs jours et leurs nuits dans les villages avoisinants, est-il raisonnable de croire qu’elles n’aient laissé aucune preuve tangible d’un tel séjour ?

En effet, en parcourant les registres d’état civil de Braine-l’Alleud, Plancenoit, Waterloo ou Vieux-Genappe, on ne trouve aucune trace d’une femme née en région liégeoise et qui aurait donné naissance, se serait mariée ou serait décédée dans une de ces communes.  On ne trouve aucune preuve, non plus, d’une blessure, d’une rixe, d’une condamnation de justice dans les multiples dossiers confiés aux archives générales du royaume. Les ayant toutes fouillées, Georges Jacqmin, co-fondateur des Guides 1815 a bien dû se rendre à l’évidence.

Vincent Bouquelle développe, lui, un tout autre argument. Si l’on analyse la durée du chantier, en tenant compte des jours d’arrêt pour intempéries, ce ne sont pas moins de 700 m3 ou 1100 tonnes de terres par jour qu’il a fallu manipuler. Et de poursuivre : « Si l’on fixe la charge d’un panier à 25 kilos, on voit que les botteresses auraient dû, par jour, transporter 44.000 charges. » Impensable, bien entendu !

Pour autant que l’on croie à la présence de femmes sur le chantier, ce qui n’est nullement prouvé, il serait plus raisonnable de croire que des botteresses, probablement locales et non liégeoises auraient, en fin de chantier, participé au toilettage de la butte. Pas à l’ascension des terres. Quant au fait qu’on ait associé des Liégeoises à la légende, c’est probablement dû à la fierté que les habitants de la Cité ardente ont eu (et ont encore) d’avoir coulé le lion dans les ateliers de John Cockerill à Seraing.

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70.Le tourisme de mémoire au secours de la butte

MERCREDI 20 MAI 2015 :

C’est le tourisme de mémoire qui, dès 1830, va sortir la butte de l’indifférence générale.

On l’a écrit, c’est dans l’indifférence générale que la butte a vu le jour. C’est le tourisme de mémoire, en plein développement qui va lui permettre d’exister. Afin de permettre aux visiteurs, essentiellement anglo-saxons, d’accéder à son sommet pour y jouir d’un observatoire exceptionnel sur le champ de bataille, on aménagea, vers 1830, un escalier en rondins. Il sera remplacé, en 1863, par l’escalier en pierre bleue, riche de 226 marches que l’on connaît aujourd’hui. Près de 50 millions de touristes les ont, depuis lors, escaladés.

La butte proprement dite a, elle, connu quelques modifications esthétiques, étant tantôt recouverte de pelouses ou de trèfles, tantôt d’arbustes épineux. Mais elle a aussi subi de gros problèmes de stabilité. Plusieurs glissements de terres ont, en effet, été constatés tout au long du XXème siècle. L’aménagement par les Allemands, durant la seconde guerre mondiale, d’une plate-forme d’observation à mi-hauteur du tertre n’a pas arrangé les choses. Si bien que, en 1995 et en 1999, à la suite d’importants effondrements, la Régie des Bâtiments a été obligée, pour la stabiliser et la pérenniser, de la perforer de près de 70 pieux en béton.

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69.Le Lion, dit de Waterloo ne fut jamais inauguré !

MARDI 19 MAI 2015 :

 

On ne peut pas dire que les initiatives ont tardé, du côté hollandais, pour mettre en valeur la victoire du 18 juin 1815. Moins d’un mois plus tard, le souverain recevait des propositions d’ériger un monument, de graver une médaille, d’organiser des cérémonies et des commémorations. Des souscriptions furent même organisées à cette fin… jusque dans les colonies indonésiennes. Décision fut finalement prise, le 11 décembre 1815, d’organiser un concours visant à ériger un monument dans les plaines de Waterloo. Mais les projets remis ne répondirent pas vraiment aux attentes du souverain, les meilleurs architectes du pays n’ayant même pas voulu participer au concours. C’est dire le niveau de la compétition. Même le curé de Waterloo y alla de son idée, imaginant la construction d’un nouvel édifice… religieux. On renonça donc au concours pour retenir le projet d’un fonctionnaire-maison, le tournaisien Jean-Baptiste Vifquain. Il s’agissait d’une pyramide en pierre de taille portant simplement sur chacune de ses faces le nom des nations alliées ayant combattu à Waterloo. Mais le budget débloqué (500.000 florins) était bien inférieur aux estimations de Vifquain. On lui demanda donc de le réduire. Ce qu’il fit, très lentement, peu enthousiaste à réaliser un monument quelconque. Et lorsque son projet fut enfin proposé, on le fit analyser par un autre fonctionnaire, le Bruxellois Charles van der Straeten qui ne mit guère de formes pour critiquer son concept et, surtout, son revêtement offrant « peu de résistance aux pluies, au gel ou au vent ». Il proposa, lui, une « montagne factice, de forme circulaire, qui s’élèverait seule dans la plaine, sans être en concurrence avec aucune élévation voisine et qui serait surmontée du monument proprement dit : un lion colossal placé sur un piédestal de marbre. » C’est ce dernier projet qui fut choisi par le Roi, le 19 janvier 1820.

Il faudra encore six ans pour voir l’œuvre se concrétiser. Car l’architecte va d’abord mettre plus de 300 jours pour obtenir l’accord du propriétaire des terres voisines. Puis, une année de plus pour estimer la quantité de terres nécessaire à la réalisation de la butte. Et l’administration mit un an de plus pour lancer et attribuer les différents marchés de terrassements et de maçonnerie.

Les travaux débutèrent donc en 1824. Les terrassements s’achevèrent fin 1825. Le piédestal fut, lui, installé en octobre 1826. Et le lion, quelques semaines plus tard. Le tout aura finalement coûté 50.000 florins de moins que prévu. Mais, curieusement, on ne trouve nulle trace d’une quelconque inauguration. Tout au plus un entrefilet dans « Le Journal de Bruxelles » du dimanche 5 novembre 1826 annonçant le placement, deux jours plus tôt, du lion sur son piédestal.

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68.La réelle blessure du Prince d’Orange

LUNDI 18 MAI 2015 :

On a souvent écrit que le choix de l’implantation de la butte du lion n’était pas un hasard. Il aurait été inspiré par le lieu où le Prince d’Orange aurait été, très légèrement blessé. L’anecdote est, en partie, exacte.

Marqué, dans sa jeunesse, par l’exil forcé de sa famille, Guillaume d’Orange avait rejoint, encore adolescent, l’armée britannique. Il avait même participé à la campagne d’Espagne aux côtés de Wellington … comme simple aide-de-camp. Le Duc l’avait donc en estime. A Waterloo, il commandait les troupes hollando-belges. Il n’avait que 22 ans … mais était redevenu, il est vrai, prince royal. Commander était d’ailleurs un grand mot, son chef d’état-major, le général de Constant-Rebecque étant à la manœuvre. D’ailleurs, comme l’écrivit non sans impertinence Winand Aerts, personne n’osa relever les nombreuses bévues dont il fut l’auteur durant la campagne de 1815. « De fait, il ne joua aucun rôle à Waterloo, si ce n’est celui de vivant étendard ! »

Sa blessure, par contre, est tout ce qu’il y a de plus officiel. Et, contrairement à la légende, elle fut loin d’être bénigne ou superficielle. C’est vers 18-19h00, au cours d’une énième charge de la cavalerie française qu’il fut blessé à l’épaule gauche. Selon les bulletins médicaux, c’est une balle qui aurait traversé l’épaule gauche, nécessitant tout de même un alitement d’une semaine. On est donc loin de la petite égratignure comme tant d’auteurs l’ont écrit. Ce n’est d’ailleurs pas la seule contre-vérité à son encontre qui s’est répandue. Des récits, quasi hagiographiques ont traversé les siècles, telle l’évocation de sa chute ou la distribution de ses propres décorations à ses compagnons de combats.

Mais c’est bel et bien en souvenir de son action (devenue) héroïque que son père, soutenu par son gouvernement, décida de construire un monument là où il fut blessé.

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67.Les châtaigniers au moins tricentenaires d’Hougoumont

SAMEDI 16 MAI 2015 :

Parmi les témoins de la bataille de Waterloo demeurent, à proximité d’Hougoumont, trois vénérables châtaigniers. Ils ne laissent personne indifférent. 

Beaucoup de choses ont été écrites sur les trois châtaigniers se dressant, bien que morts, à l’arrière de la ferme d’Hougoumont. Même Victor Hugo les a fait entrer dans la légende. On peut aujourd’hui affirmer qu’ils ont bel et bien été les témoins des combats de 1815. En 2005, en effet, le laboratoire de dendrochronologie de l’Université de Liège a pu, sur base de plusieurs carottages, estimer la date de leur plantation. Celle-ci aurait eu lieu entre 1675 et 1775. Certes, la marge est grande … mais la naissance remonte bel et bien avant 1815.

 

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66.Qu’est devenu l’arbre de Wellington ?

VENDREDI 15 MAI 2015 :

Un arbre fait aussi partie de la légende de Waterloo. Il s’agit d’un bel orme au pied duquel Wellington avait installé son poste d’observation. Son destin est exceptionnel.

Nombreuses sont les gravures représentant Wellington, au pied d’un bel arbre, entouré de son état-major, la longue vue pointée sur les combats. Elles furent à ce point diffusées que le lieu devint très vite une attraction touristique. Et l’arbre, un véritable monument. Jusqu’à ce jour de septembre 1818 où un certain John George Children, apprenant par son guide, dit-on, que l’arbre allait tomber, négocia avec son propriétaire pour l’acquérir. L’abattant, au grand dam de l’industrie touristique naissante, il emmena le tronc « historique » outre-Manche et le confia à un célèbre ébéniste afin qu’il le transforme en trône d’apparat destiné au Prince-Régent. Ce siège, effectivement offert en 1821 et symbolisant la victoire de Waterloo, fait toujours partie des collections royales au château de Windsor. John Children fit également réaliser, pour lui cette fois, un autre siège, de même style, mais plus sobre, seulement paré d’un médaillon ornementé, portant l’inscription « Waterloo 18 june 1815 ». Après l’avoir gardé chez lui pendant près de dix ans, il finira par l’offrir au Duc de Wellington. Peut-être pour panser la plaie que représentait pour Sa Grâce la disparition de l’arbre sur « son » champ de bataille. Ce second fauteuil est encore conservé dans les salons d’Apsley House, la résidence privée des Wellington à Londres. D’autres meubles portent encore le bois de l’orme de Wellington. Un des amis d’enfance de Children, le duc de Rutland, qui lui avait acheté quelques planches confectionna, à son tour, un siège et quelques bibelots de petites dimensions. Et avec les restes du tronc, Children fit encore réaliser une table de travail, un guéridon et une petite armoire portative des plus originales. Cette dernière s’est, en 1997, retrouvée en vente publique à Edimbourg. Estimée à 3.000 livres sterling, elle fut adjugée à un collectionneur privé pour un montant huit fois supérieur.

A Waterloo, le souvenir de l’orme volé de Wellington a perduré … grâce à Victor Hugo. Il s’empara en effet du « rapt d’un trafiquant d’arbres » pour l’immortaliser dans « Les Misérables ».

 

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65.L’incroyable destin de Basil Jackson

 

JEUDI 14 MAI 2015 :

L’histoire est méconnue. Elle est pourtant incroyable. Un homme, un seul a pu côtoyer de près Wellington dans son état-major de Waterloo, Blücher à la fin du combat et Napoléon dans son exil forcé à Sainte-Hélène. Il se nomme Basil Jackson.

Jackson n’est, le 18 juin 1815, qu’un jeune lieutenant, d’à peine vingt ans, ayant débuté sa carrière militaire en Hollande, mais dont la connaissance parfaite de la langue française lui a permis de rejoindre l’état-major de Wellington. Il va servir d’agent de liaison entre les différents corps d’armée et être, de la sorte, le témoin privilégié de la rencontre entre Wellington et Blücher. Polyglotte, il accompagne aussi les armées alliées dans leur conquête de Paris. Et c’est dans la capitale française qu’il va recevoir une missive d’un de ses anciens supérieurs, Hudson Lowe, lui annonçant qu’il venait d’être nommé gouverneur de Sainte-Hélène et qu’il apprécierait qu’il soit du voyage. Là encore, c’est sa pratique de la langue française qui intéresse.  Il va ainsi être affecté aux travaux de Longwood et à la surveillance du baron Gourgaud. Joli garçon, on raconte qu’il ne laissait pas les dames indifférentes à son charme et qu’il put, de la sorte, recueillir quelques très utiles confidences. Mais, malgré sa présence quotidienne à Longwood, il restera des mois sans voir l’Empereur. Jusqu’au 20 juillet 1817, date à laquelle il fut reçu par Napoléon … pour qu’il lui parle des tactiques militaires des guerres d’Espagne.

Deux ans plus tard, Basil Jackson quittera Sainte-Hélène. Officiellement pour surveiller Albine de Montholon, avec laquelle on lui attribue une liaison. Conscient des moments importants qu’il avait vécu, il rédigea aussi ses mémoires. Pour ce faire, il n’hésita pas à retourner sur les champs de bataille qu’il avait connus. Lorsqu’il arriva à Waterloo, il ne reconnut pas les lieux, frappé qu’il fut par les déboisements massifs opérés entre Waterloo et Mont-Saint-Jean. Basil Jackson mourut en 1889, âgé de 94 ans. Il était alors l’un des quatre premiers officiers survivants parmi les Britanniques ayant participé à la bataille de Waterloo. Et le dernier témoin de la vie de l’Empereur à Sainte-Hélène.

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64.Le chirurgien Larrey, sauvé in extrémis du poteau d’exécution

MERCREDI 13 MAI 2015 :

Parmi les figures héroïques de la bataille de Waterloo, le baron Larrey fut, sans conteste, le plus vertueux. L’adjectif est de Napoléon. Mais il aurait pu, tout autant, venir de Wellington.

Chirurgien en chef de l’armée impériale, Jean-Dominique Larrey ne compta, il est vrai, pas ses efforts pour sauver tout ce qui pouvait l’être. Ce précurseur en matière de secours aux blessés sur les champs de bataille, inventeur des ambulances chirurgicales mobiles, capable d’amputer un membre en une minute et à qui, tout au long des campagnes napoléoniennes, des milliers de soldats durent la vie, cet homme respecté de tous faillit pourtant être fusillé, au soir de Waterloo … parce qu’il ressemblait à Napoléon. Pourtant, à la fin des combats, l’apercevant, s’affairant au milieu des blessés, Wellington avait levé son bicorne et, s’adressant à sa suite, avait clamé, à haute voix et à son attention : « Je salue l’honneur qui passe ! »

Mais notre homme est moins connu des Prussiens. Du moins des hommes de troupe. Ainsi, alors qu’il est en train d’organiser le repli de ses ambulances, il est arrêté par un corps de lanciers prussiens, intraitables même envers les blessés. En fait, le voyant avec une capote grise sur le dos, à l’image de l’Empereur, ils pensent avoir capturé Napoléon. Ils iront même jusqu’à le molester et le blesser de deux coups de sabre. Mais, se rendant compte de la méprise de ses hommes, l’officier responsable décide tout de même de le fusiller. Pas de pitié pour l’ennemi, tel est l’ordre qu’il a reçu. Un peloton d’exécution est mis en place. Un homme s’approche pour lui bander les yeux. Chirurgien-major, l’homme le reconnaît. Et pour cause : il a jadis suivi ses cours à Berlin. Larrey est ainsi sauvé, in extrémis et conduit auprès du général von Bulöw, puis au QG de Blücher qui, se souvenant à son tour qu’il avait soigné, par le passé, son propre fils le confia à l’un de ses proches pour qu’il soit conduit à Louvain, puis à Bruxelles où, malgré ses blessures, il continua à rendre de grands services aux hôpitaux surchargés.

 

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63.Le général Duhesme, vraiment assassiné ?

MARDI 12 MAI 2015 :

Napoléon lui-même, au travers de ses mémoires, a parfois contribué aux légendes waterlootoises. N’est-ce pas lui qui, à Sainte-Hélène, a évoqué l’assassinat du général Duhesme ?

Militaire aguerri, présent sur bien des champs de bataille depuis 1793, Guillaume-Philibert Duhesme commandait la Jeune Garde de Napoléon, le 18 juin 1815, lorsque, défendant Plancenoit, il fut atteint d’une balle ou d’un morceau d’obus au côté droit de sa tête. Ramené à l’arrière du front pour se faire soigner, il va toutefois être victime, comme de nombreux Français en déroute, du goulot de Genappe et abandonné sur le bord de la route. C’est là que des Prussiens, vu son grade de lieutenant-général, le ramassèrent pour le conduire, presque agonisant, dans l’auberge du Roi d’Espagne, devenu le QG provisoire de Blücher. La suite varie selon les auteurs. Napoléon va, en effet, affirmer dans ses mémoires qu’il va y être assassiné par un hussard de Brunswick. Arthur Gore, Victor Hugo et même Pierre Larousse vont prendre cette thèse comme argent comptant. Mais Gaston Braive, le biographe de Duhesme a un tout autre avis. Se basant sur le seul témoignage direct de la mort du général français – celui de son neveu et aide de camp, le capitaine Jacques Marquiant – il peut affirmer que, bien au contraire, Duhesme reçut les meilleurs soins de la part des médecins de Blücher et qu’il reçut même la visite compatissante du Feld-Maréchal et de son fils … juste avant d’expirer, le 20 juin 1815, sur les trois heures du matin.  L’histoire est donc bien différente de celle colportée par l’Empereur en personne. Et que certains auteurs, mal informés ou adeptes de la copie continuent à entretenir.

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62.Des médailles de Waterloo de tout acabit…

Medaille-Sainte-Helene

LUNDI 11 MAI 2015 : 

Après la bataille, les Alliés ont voulu honorer ceux qui, tous grades confondus, avaient contribué à la victoire de Waterloo. Ce sont donc des médailles qui furent remises aux « héros » de Waterloo.

Ce sont les combattants issus des duchés de Nassau et de Hanovre qui, les premiers, reçurent le témoignage de la satisfaction de leurs princes. Très vite suivis par les sujets britanniques qui firent d’ailleurs appel au même graveur. La « Waterloo Medal », frappée en 1818 est, en effet, l’œuvre de T.Wyon. D’un diamètre de 36 mm, elle représentait, d’un côté, la tête du Prince-Régent et, de l’autre, une victoire ailée sur un piédestal, tenant une palme à la main droite et une branche d’Olivier à la main gauche. Pour la rendre plus personnelle, les noms du combattant et de son régiment étaient gravés sur la tranche. Elle fut remise à l’ensemble des participants à la Campagne de Belgique, mais aussi aux veuves de ceux qui périrent au champ d’honneur.  Seuls les Prussiens ne crurent pas nécessaires de créer une médaille pour la circonstance, se contentant d’attribuer à leurs vétérans de Waterloo la médaille créée en 1813 en souvenir des guerres de libération.

Les Français mirent, eux, plus de quarante ans à se souvenir des hommes de Napoléon. Pour les honorer et bénéficier aussi de leur sympathie, Napoléon III créa la « Médaille de Sainte-Hélène ». Elle fut distribuée à 450.000 survivants des campagnes de son oncle. Mais cette distribution tardive de récompenses fit l’objet de moqueries. Ainsi, en Belgique, le peintre Félicien Rops, très proche des Républicains français réfugiés en nos terres créa, à son tour, une « médaille de Waterloo ». Elle représentait, au recto, Napoléon Ier sous les traits d’un nabot sénile, chétif et bancal, invalide manchot, pourvu d’une jambe de bois, s’appuyant de la main gauche sur un bâton et le chef couvert d’un immense bicorne posé en bataille, associé à la légende « Du dernier des chauvins, voilà ce qui nous reste ». Et, au verso, la mention « A ses compagnons de raclée, sa dernière parole … » ainsi que la signature de Cambronne. En rapport, bien sûr, au mot historique qu’il aurait prononcé à Waterloo !

Pas étonnant que Rops fut, pour cette « insulte à l’Empereur » défié en duel par le fils d’un officie français.

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61.Les plus belles prises de guerre britanniques

cuirasses 1804

SAMEDI 9 MAI 2015 :

Il n’y a pas que les paysans du champ de bataille qui, dès le lendemain du combat, amassèrent quantité d’accessoires d’uniformes  abandonnés sur place. Les Anglais aussi récupérèrent tout ce qui était possible de réutiliser.

On a souvent accusé les paysans du champ de bataille d’avoir pillé, déshabillé même les victimes des combats, s’emparant de casques, de cuirasses, de lances, d’armes et d’autres parties de l’attirail du soldat, qu’ils se seraient empressés de revendre aux premiers touristes ou acheteurs de métaux. Ce n’est pas tout à fait faux. D’ailleurs, les autorités du pays vont très vite s’en inquiéter et ordonner aux maires de punir sévèrement les individus qui seraient reconnus détenteurs d’objets militaires volés.

Ce qui est moins connu, c’est que les Alliés organisèrent, eux-mêmes, un ramassage d’armes, de cuirasses ou d’objets réutilisables en provenance des troupes napoléoniennes.  Ainsi, le journal L’Oracle » du 28 juin 1815 annonce que « trois chariots chargés de cuirasses appartenant à la cavalerie française, et qui ont été ramassées sur le champ de bataille, sont arrivés ; on va les réparer et elles serviront ensuite à armer notre grosse cavalerie. »

Mais la plus belle prise de guerre, celle dont se vanta le colonel sir George A.Wood, commandant en chef de l’artillerie britannique est, incontestablement, formée par les 133 canons pris aux Français. Une bien belle rafle quand on sait que l’artillerie française présentait, le matin de la bataille, 270 bouches à feu.

Ce butin arriva à Bruxelles, le 24 juin et fut l’objet d’un défilé et d’une exposition. Quelques canons furent offerts aux Prussiens ; la plupart des autres prirent la direction de la Tour de Londres où ils sont toujours exhibés. ______________________________________________________________________

60.Les ingénieux lits de l’Empereur

VENDREDI 8 MAI 2015 :

Le dernier QG de Napoléon, à Vieux-Genappe, expose le lit de camp de Napoléon. C’est une pièce authentique et d’une ingéniosité exceptionnelle.

C’est, en fait, le Musée des Invalides qui, depuis des décennies prête au « Caillou » ce lit de camp historique. Il provient, en fait, de la succession de Hortense-Eugénie Thayer, la fille du général Bertrand, Grand maréchal du Palais. C’est dire s’il est chargé d’histoire et a été le témoin, voire l’acteur de bien des bivouacs napoléoniens. C’est un certain Jean-Marie Desouches qui présenta ce lit portatif à Napoléon, encore premier consul. Ce dernier avait été impressionné par la célérité avec laquelle le lit avait été déplié, puis replié par son concepteur. Comme un parapluie. Mais il avait aussi estimé que ce lit en fer serait très vite rongé par la rouille. « Général, répondit l’ingénieux serrurier, le premier venu de vos grenadiers va nettoyer cela comme son canon de fusil. ». On raconte que cette réponse flatta Napoléon et qu’il en commanda, immédiatement, six exemplaires, sans négocier le prix. Un prix pourtant très élevé pour l’époque : 1.000 francs !

 

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59.Où se trouve le chapeau de Napoléon ?

JEUDI 7 MAI 2015 :

On a beaucoup parlé, ces dernières semaines, des chapeaux de Napoléon. L’un des dix-neuf rescapés vient, en effet, d’être vendu pour 1.884.000 € à une entreprise sud-coréenne. Mais celui porté à Waterloo est bel et bien en France.

On ne compte plus les musées, les collectionneurs affirmant posséder « le » chapeau que Napoléon portait à Waterloo. Blücher fut le premier à dire qu’il l’avait recueilli. Dans une lettre adressée à son épouse, il écrit : « Napoléon s’est échappé dans la nuit, sans chapeau et sans épée (…) Il était dans sa voiture pour se retirer quand il fut surpris par nos troupes. Il sauta dehors, se jeta à cheval sans épée, fit tomber son chapeau et ainsi il s’enfuit protégé par la nuit… »

Ce n’est, une fois de plus, que pure légende. Si un chapeau a bel et bien été retrouvé dans la berline interceptée par le 15ème régiment prussien, si celui-ci fut effectivement remis à Blücher, c’était en fait le bicorne que porta Napoléon à Ligny. Un bicorne si trempé que les « cornes faisaient gouttières » et qui fut remplacé, dès l’arrivée de l’Empereur, au Caillou. Et contrairement à ce qu’affirma Blücher, il le garda sur sa tête toute la journée du 18 juin. D’ailleurs, on n’a jamais trouvé le moindre témoignage évoquant la fuite de l’Empereur sans chapeau.

De retour à Paris, Napoléon fit porter son chapeau chez Poupard et Delaunay, son fournisseur attitré pour un nettoyage et un repassage. C’était une de ses habitudes. Mais le départ précipité de l’Empereur l’empêcha de récupérer son précieux couvre-chef. Il fut alors conservé, telle une relique, par la famille de l’artisan. La petite-fille du chapelier ayant épousé un de ses oncles, c’est le général Jacques Duchesne, entré dans l’histoire pour avoir mené des corps expéditionnaires aux îles malgaches qui en hérita. Et, à sa mort, en 1918, il en fit don aux musées de Sens. C’est donc dans cette petite ville française que le chapeau historique est exposé, suscitant chez les Napoléonphiles une réelle admiration. Car, comme le déclara Wellington en personne, la veille de la bataille, à la duchesse de Richmond, « ce chapeau équivaut à 50.000 hommes sur un champ de bataille. » 

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58.Le magot de Genappe

MERCREDI 6 MAI 2015 :

On a beaucoup fantasmé sur le « magot de Genappe », à savoir le contenu des voitures de la suite de l’Empereur prise par les Prussiens. Il y a peu, lors d’une spectaculaire vente publique, certaines de ces prises sont réapparues.

Pas moins de quatorze voitures faisaient parties de l’équipage de Napoléon à Waterloo. On sait que neuf d’entre elles revinrent à Paris. Deux autres prirent la direction de la Prusse. Les trois dernières furent pillées par la troupe. Dans l’une de celles-ci, probablement celle de Marchand, on retrouva l’épée et le chapeau de Napoléon, que l’on s’empressa d’offrir à Blücher. Il s’agissait, en fait, du chapeau que Napoléon porta à Ligny, à ce point détrempé « que les cornes faisaient gouttière ». Un coffret, empli de prestigieuses décorations fut également retrouvé sur place, remis à Blücher qui l’offrit à son tour au Roi de Prusse. Ces bijoux de valeur se retrouvèrent, comme prises de guerre, au XXème siècle, en Russie.

A la tête des Prussiens qui s’étaient emparés des voitures impériales, le major von Keller se servit bien plus généreusement. Ayant subtilisé la dormeuse de Napoléon avant qu’elle ne soit pillée, il aurait conservé, discrètement  un certain nombre d’objets et de valeurs. Dont un nécessaire de toilette, un écritoire, un service à petit-déjeuner en or, un ensemble de flacons de parfum, un nécessaire à flacons de vins, une tabatière garnie de diamants et 2000 napoléons, dissimulés sous le siège du véhicule. Ces bijoux, estimés à 800.000 francs de l’époque  furent revendus, peu après, sur la place de Londres. Les autres objets de luxe, dont tout de même 180 kilos d’argenterie, mais aussi les victuailles retrouvés dans les voitures impériales furent partagés entre les officiers et les hommes du 15ème régiment d’infanterie, si cher à von Keller. Mais les pillards ne conservèrent pas longtemps leur butin. Il était trop encombrant, particulièrement pour ceux qui devaient poursuivre leur campagne en France. Très vite, ils mirent en vente l’argenterie. Elles se retrouvèrent ainsi dans les collections privées de familles princières ou fortunées. Nathan Rothschild, par exemple, acheta un coffret contenant le nécessaire dentaire de Napoléon. Certaines pièces furent, en revanche, précieusement gardées par les familles des combattants.

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A la mi-novembre 2014, une petite partie du « magot de Genappe » s’est retrouvé à la « une » de l’actualité. Devenus la propriété des Princes de Monaco, ils ont été mis en vente publique et on atteint des montants d’achat vertigineux. Estimées à 30.000 € la pièce, les décorations de l’Empereur sont parties entre 88.000 et 165.000 € hors frais. Des gobelets en argent, estimés à 8.000 € ont trouvé acquéreurs à 32 et 35.000 € la pièce. Un flacon, à 15.000 €. Un petit morceau de broderie de la berline de l’Empereur, de faible valeur a été vendu à 20.000 €. Et pour la paire de gants de l’Empereur, retrouvée sur le siège de la berline, les enchères sont montées jusqu’à 60.000 €.

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57.Les pérégrinations des voitures de l’Empereur

MARDI 5 MAI 2015 :

On a beaucoup écrit sur le destin des voitures de Napoléon. A tel point que l’historien Thierry Lentz a parlé d’une véritable bouteille à encre.

On sait que l’Empereur a dû quitter, assez brusquement, le landau dans lequel il s’était engouffré. Et que celui-ci n’était pas sa voiture personnelle. Celle-ci était restée près de la Belle Alliance. C’est en voulant rejoindre l’Empereur que l’équipage tomba sur un détachement silésien, conduit par le major Heinrich Eugen von Keller. En vertu de ce que l’on appelait un « droit de prise », l’officier s’empara du véhicule et, après avoir permis à sa troupe de s’emparer des quelques objets, le fit envoyer vers son domicile, à Dusseldorf, où il arriva le 25 juin. Mais von Keller s’empara aussi du landau abandonné par l’Empereur à Vieux-Genappe. Il présenta cette deuxième prise à Blücher, en veillant bien à ne pas évoquer la première berline. Le vieux feld-maréchal était tellement ravi de ce cadeau qu’il écrivit sa joie à sa femme et s’empressa d’envoyer le landau dans la propriété familiale de Radun où il resta jusqu’en 1973, date à laquelle il fut offert au château de Malmaison. Pas un seul instant, Blücher ne s’imagina qu’un de ses officiers s’était joué de lui. Car la véritable berline, la « dormeuse » de l’Empereur, von Keller, voulant sans doute se donner bonne conscience, va l’offrir au Prince-Régent. Mais le futur Georges IV, qui détestait Napoléon et se souciait peu de posséder un tel souvenir s’empressa de revendre son cadeau, pour la coquette somme de 2500 livres, à un certain William Bullock, propriétaire de « l’Egyptian Gallery », un musée privé londonien, spécialisé dans l’organisation d’expositions thématiques. C’est ainsi que, en 1816, plus de 200.000 personnes payèrent un shilling pour venir admirer un certain nombre de reliques napoléoniennes, dont la « berline de Waterloo » et le cheval Marengo. L’exposition eut un tel succès que son initiateur la fit voyager dans toute l’Angleterre. Pour l’animer, il avait même recruté un certain Hornn, qui affirmait avoir été le dernier postillon de l’Empereur. Encore une légende. A la mort de Bullock, la berline fut cédée, en règlement d’une dette, au célèbre voiturier Robert Jeffreys, qui la remisa et finit par s’en désintéresser, puis par la revendre à la Maison Tussaud qui avait aménagé une salle « Napoléon » avec des objets récupérés en France, en Italie et même à Sainte-Hélène. C’est là qu’elle disparut à jamais, le 18 mars 1925, date à laquelle le musée fut dévasté par un violent incendie. Seul demeure un essieu calciné de cette relique, devenu la propriété, lui aussi, de la Malmaison.

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56. Napoléon, à deux doigts d’être capturé ?

LUNDI 4 MAI 2015 :

Nombreux sont les tableaux représentant Napoléon, quittant sa berline et échappant de justesse aux Prussiens. C’est Blücher qui, cette fois, fit naître cette légende.

Que Napoléon ait perdu à Waterloo, qu’il ait dû fuir face à l’ennemi, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Mais que, comme le raconte Blücher et l’évoque de nombreux tableaux, il ait eu juste le temps de quitter son “landau” par la porte de gauche alors qu’un officier prussien ouvrait la porte de droite, ce n’est que pure légende. En réalité, ayant quitté le champ de bataille, presque contraint et forcé par son Etat-Major, Napoléon rejoignit son quartier-général où il pensait pouvoir embarquer dans sa berline (en fait sa dormeuse) et rentrer à Paris. Mais au moment où l’Empereur arriva au Caillou, sa voiture et celles de sa suite n’y étaient plus. Elles avaient été parquées plus au nord, près de la Belle-Alliance, à proximité des combats. Comme c’était d’ailleurs toujours le cas. Il était donc hors de question de rebrousser chemin. Toujours à cheval, Napoléon prit, en fait, la direction de Genappe, où il trouva, presque par hasard, un landau de sa cour qu’il s’empressa de faire atteler. Mais, retardé par la déroute de ses troupes et l’impossibilité de traverser, en voiture, le goulot de Genappe, il ne put aller bien loin. Voyant les Prussiens approcher, l’Empereur remonta à cheval, traversa la Dyle et rejoignit, non sans mal, les Quatre-Bras. Selon des témoins, il devait approximativement être une heure du matin. Escorté par un escadron de chasseurs à cheval, Napoléon put ensuite poursuivre son chemin, traversant la Sambre à Charleroi et arrivant à Philippeville, à l’auberge du Lion d’Or, vers les 9 heures du matin. Bien loin des Prussiens.

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55. Le corps perdu de von Schwerin

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Monument au comte von Schwerin

 

 SAMEDI 2 MAI 2015 :

Eloigné de tous les autres sites mémoriels, une imposante colonne se dresse au milieu de la campagne lasnoise. Elle rappelle le sacrifice d’un officier prussien.

Les monuments prussiens ne sont pas légions sur le champ de bataille dit de Waterloo. Le plus imposant se trouve à l’entrée du village de Plancenoit. Mais à quelques kilomètres de là, en rase campagne, c’est une colonne qui se dresse. Elle est dédiée au comte von Schwerin. Ce brillant officier commandait, à Waterloo, l’une des brigades de la réserve de cavalerie de l’armée du Bas-Rhin. Il fut tué, à la tête de l’avant-garde prussienne, au cours d’un engagement avec les hussards de Marbot. Probablement vers 14h00. Mais, au soir de la bataille, il fut porté disparu, personne ne sachant où son corps avait été déposé. Il faudra à sa famille plus de deux ans de recherches et une rencontre, par le plus grand des hasards, avec une vachère de Lasne pour retrouver la dépouille, l’inhumer décemment et ériger, au milieu de nulle part, un monument à sa gloire.

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54. Un champion du monde de boxe, mort au combat

 

VENDREDI 1er MAI 2015 :

Au soir de Waterloo, l’annonce de la mort d’un simple caporal, âgé de 26 ans fit sensation parmi les troupes britanniques. Celle du caporal John Shaw. Et pour cause !

L’homme était, en effet, une légende outre-Manche. Boxeur, véritable force de la nature avec son 1m90 et ses 95 kilos, il venait de remporter le titre de champion d’Angleterre de boxe toutes catégories. Et comme ce sport ne se pratiquait, réglementairement, qu’en Grande-Bretagne et dans ses colonies, on peut considérer qu’il était champion du monde de la discipline. Il était aussi la fierté de son régiment, le 2ème Life Guards, interrompant régulièrement sa carrière pugilistique pour participer à différentes campagnes militaires.

Le 17 juin 1815, il participa ainsi à la bataille des Quatre-Bras. Il va y recevoir un éclat d’obus en pleine poitrine. Ce qui ne va pas l’empêcher de remonter à cheval, dès le lendemain. Et c’est en intervenant, le 18 juin, non loin de la Haie-Sainte, pour repousser avec ardeur une attaque de cuirassiers français qu’il perdit la vie. Son corps fut retrouvé le lendemain et enterré sur place. Dès que la nouvelle fut connue à Bruxelles, on raconte que les ressortissants anglais devinrent plus avides d’informations sur le sort du grand boxeur que sur celui de Wellington. Walter Scott en rajouta une couche, le faisant entrer dans la légende. Il aurait même hérité de son crâne. Une relique qui, par la suite, fut longtemps exposée à la bibliothèque d’Abbotsford avant d’être inhumé dans l’église Saint-Léonard où Shaw avait été baptisé.

http://www.nam.ac.uk/waterloo200/200-object/cast-of-skull-of-corporal-john-shaw/

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53.La mort de Gordon qui bouleversa tant Wellington

 

JEUDI 30 AVRIL 2015 :

Wellington n’a pas fêté sa victoire, le 18 juin 1815. Il avait perdu à Waterloo quelques fidèles. La mort de son aide-de-camp l’a même bouleversé.

Alexandre Gordon était un proche de Wellington. Issu d’une vieille famille écossaise, frère puiné de Lord Aberdeen, qui présidera plus tard aux destinées du Gouvernement britannique, il avait, très tôt, rejoint l’armée et participé aux campagnes d’Espagne et du Portugal. Remarqué par Wellington, il était devenu, dès 1810, son aide-de-camp. C’est aux côtés de son chef, aux environs de 18h30, alors qu’ils chevauchaient pour rejoindre les bataillons brunswickois en difficulté qu’il fut grièvement blessé à la cuisse. Transporté à l’arrière des combats, il fut amputé, puis ramené à l’auberge Bodenghien, dans le centre de Waterloo, où Wellington avait installé son QG. C’est là que le Duc le retrouva, agonisant. « Dieu soit loué, vous êtes sauf », lui aurait dit Gordon, en le dévisageant. Avant de perdre connaissance. Wellington passa ensuite dans la chambre voisine pour entamer l’écriture de son rapport. Mais, épuisé, il sombra très vite dans les bras de Morphée. Vers 3 heures du matin, le docteur Hume, qui avait veillé Gordon vint réveiller le Duc pour lui annoncer que son aide-de-camp venait d’expirer. Il lui donna aussi les noms d’autres officiers, victimes des combats. Au fur-et-à-mesure de l’énumération, raconte le médecin, des larmes coulèrent sur les joues de Wellington. Visiblement très ému, le Duc aurait dit : « Grâce à Dieu, j’ignore ce qu’est perdre une bataille, mais rien ne peut être plus pénible d’en gagner une en perdant tant d’amis ! »

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52.La fortune des Rothschild est-elle née à Waterloo ?

MERCREDI 29 AVRIL 2015 :

Dans les milieux financiers, une légende court, attribuant à la bataille de Waterloo le développement de la fortune des Rothschild. Un fait est établi : ils ont été les premiers informés.

Tout et son contraire ont été dits ou écrits quant à l’accroissement, en l’espace d’une nuit, de la fortune de cette famille de banquiers, pourtant jeune sur la place de Londres. Selon certains, informés prioritairement grâce à un réseau d’espions … et de pigeons, ils auraient profité d’un marché boursier d’une rare faiblesse pour acheter au prix le plus bas un certain nombre d’actions. Pour d’autres, toujours sur base d’informations prioritaires, Nathan Rothschild aurait vendu un grand nombre d’actions d’état, laissant croire que l’Angleterre avait perdu la guerre et suscitant, de la sorte, une véritable panique sur le marché boursier. A tel point que, au bout de quelques heures, lesdites actions publiques auraient perdu 98% de leurs valeurs, permettant à Rothschild de racheter les parts de ses concurrents à très bas prix.

Une chose est sûre : Nathan Rothschild fut, bel et bien, le premier informé, à Londres, de la victoire de Wellington. Qu’il l’ait su par des pigeons ou des espions, nul ne peut l’affirmer. Cela restera une légende. Il semblerait aussi, même si l’on n’en trouve aucune trace, qu’il ait, prudemment, informé le Premier Ministre qui refusa d’accorder crédit à son information. Pour ce dernier, en effet, il était impensable qu’une telle nouvelle ne lui ait pas été communiquée prioritairement. Probablement frustré de n’avoir été cru, restant avant tout un homme d’argent, Nathan Rothschild aurait acheté des actions à la bourse, spéculant sur une hausse inévitable dès l’annonce de la victoire. De là à croire qu’il aurait, de la sorte, considérablement accru sa fortune, cela restera une légende. Car selon Pierre Branda, qui a analysé les volumes des transactions enregistrées, le 20 juin 1815, à la Bourse de Londres, peu de fonds d’état circulèrent ce jour-là.

En réalité, le développement de la fortune des Rothschild a bel et bien un rapport avec les campagnes militaires anglaises sur le vieux continent. Mais elle n’a rien à voir avec Waterloo ou une spéculation boursière au lendemain du combat. En fait, près de la moitié des envois de fonds de l’Angleterre vers le reste de l’Europe furent assurés, entre 1813 et 1815, par la famille Rothschild. Et ses membres, bien répartis sur le vieux continent touchèrent, pour réaliser tous ces transferts, une commission de 2%. Ce qui aurait représenté, pour l’époque et compte tenu de l’importance des fonds transportés pour payer les armées, une somme très considérable !

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51.La dépêche de Waterloo fut signée à … Bruxelles

 

MARDI 28 AVRIL 2015 :

C’est grâce à la dépêche de Wellington, localisée et datée du 19 juin 1815, que la petite et toute jeune commune de Waterloo doit d’être entrée dans l’Histoire. Pourtant, le document fut signé à … Bruxelles.

La dépêche de Waterloo est, sans doute, le compte-rendu militaire le plus lu de l’Histoire. Publié dans le Times, Wellington y  raconte les phases les plus importantes de la Campagne de Belgique, qui mit fin à l’ère napoléonienne. Il y évoque le rôle de certains de ses officiers, la précieuse collaboration de ses alliés prussiens et hollando-belges, … A la lire attentivement, on a le sentiment qu’elle ne fut, toutefois, pas écrite d’une traite. Ses précisions quant aux combats des Quatre-Bras laissent penser qu’il les a décrits juste après, soit probablement le 17 juin, alors qu’il se trouvait déjà dans l’auberge de la veuve Bodenghien à Waterloo. On sait aussi que, épuisé après dix-sept heures à cheval et l’écriture d’autres rapports, il n’a pas pu l’achever, à Waterloo, au soir du 18 juin. Il l’a d’ailleurs complétée de deux post-scripta. C’est, en fait, à Bruxelles, le lendemain, qu’il apposera sa signature au document avant de le confier au major Henry Percy, un jeune aide-de-camp choisi pour qu’il l’apporte, le plus vite possible, à Lord Bathurst. Après être passé par Gand, Bruges, Ostende, après avoir traversé la Manche sur le HMS Peruvian, le messager arriva à Londres, le 21 juin. Dès le lendemain, la dépêche était publiée, en deuxième page du Times, entre quelques petites annonces et les programmes du Théâtre Royal de Covent Garden, avec les effets précités.

http://www.wtj.com/archives/wellington/1815_06f.htm

To Earl Bathurst.

‘ Waterloo, 19th June’ 1815.

‘ MY LORD’

Buonaparte, having collected the 1st, 2nd, 3rd, 4th, and 6th corps of the French army, and the Imperial Guards, and nearly all the cavalry, on the Sambre, and between that river and the Meuse, between the 10th and 14th of the month, advanced on the 15th and attacked the Prussian posts at Thuin and Lobbes, on the Sambre, at day-light in the morning.

I did not hear of these events till in the evening of the 15th; and I immediately ordered the troops to prepare to march, and, afterwards to march to their left, as soon as I had intelligence from other quarters to prove that the enemy’s movement upon Charleroi was the real attack.

The enemy drove the Prussian posts from the Sambre on that day; and General Ziethen, who commanded the corps which had been at Charleroi, retired upon Fleurus; and Marshal Prince Blücher concentrated the Prussian army upon Sombref, holding the villages in front of his position of St. Amand and Ligny.

The enemy continued his march along the road from Charleroi towards Bruxelles; and, on the same evening, the 15th, attacked a brigade of the army of the Netherlands, under the Prince de Weimar, posted at Frasne, and forced it back to the farm house, on the same road, called Les Quatre Bras.

The Prince of Orange immediately reinforced this brigade with another of the same division, under General Perponcher, and, in the morning early, regained part of the ground which had been lost, so as to have the command of the commumication leading from Nivelles and Bruxelles with Marshal Blücher’s position.

In the mean time, I had directed the whole army to march upon Les Quatre Bras; and the 5th division, under Lieut. General Sir Thomas Picton, arrived at about half past two in the day, followed by the corps of troops under the Duke of Brunswick, and afterwards by the contingent of Nassau.

At this time the enemy commenced an attack upon Prince Blücher with his whole force, excepting the 1st and 2nd corps, and a corps of cavalry under General Kellermann, with which he attacked our post at Les Quatre Bras.

The Prussian army maintained their position with their usual gallantry and perseverance against a great disparity of numbers, as the 4th corps of their army, under General Bülow, had not joined; and I was not able to assist them as I wished, as I was attacked myself, and the troops, the cavalry in particular, which had a long distance to march, had not arrived.

We maintained our position also, and completely defeated and repulsed all the enemy’s attempts to get possession of it. The enemy repeatedly attacked us with a large body of infantry and cavalry, supported by a numerous and powerful artillery. He made several charges with the cavalry upon our infantry, but all were repulsed in the steadiest manner.

‘ In this affair, His Royal Highness the Prince of Orange, the Duke of Brunswick, and Lieut. General Sir Thomas Picton, and Major Generals Sir James Kempt and Sir Denis Pack, who were engaged from the commencement of the enemy’s attack, highly distinguished themselves, as well as Lieut. General Charles Baron Alten, Major General Sir C. Halkett, Lieut. General Cooke, and Major Generals Maitland and Byng, as they successively arrived. The troops of the 5th division, and those of the Brunswick corps, were long and severely engaged, and conducted themselves with the utmost gallantry. I must particularly mention the 28th, 42nd, 79th, and 92nd regiments, and the battalion of Hanoverians.

Our loss was great, as your Lordship will perceive by the enclosed return; and I have particularly to regret His Serene Highness the Duke of Brunswick, who fell fighting gallantly at the head of his troops.

Although Marshal Blücher had maintained his position at Sombref, he still found himself much weakened by the severity of the contest in which he had been engaged, and, as the 4th corps had not arrived, he determined to fall back and to concentrate his army upon Wavre; and he marched ill the night, after the action was over.

This movement of the Marshal rendered necessary a corresponding one upon my part; and I retired from the farm of Quatre Bras upon Genappe, and thence upon Waterloo, the next morning, the 17th, at ten o’clock.

The enemy made no effort to pursue Marshal Blücher. On the contrary, a patrole which I sent to Sombref in the morning found all quiet*; and the enemy’s vedettes fell back as the patrole advanced. Neither did he attempt to molest our march to the rear, although made in the middle of the day, excepting by following, with a large body of cavalry brought from his right, the cavalry under the Earl of Uxbridge.

* Lieut. Colonel the Hon. Alexander Gordon was sent, escorted by a squadron of the 10th hussars, to communicate with the Prussian head quarters, as to cooperation with the British army ordered to retire to the position in front of Waterloo.

This gave Lord Uxbridge an opportunity of charging – them with the 1st Life Guards, upon their débouché from the village of Genappe, upon which occasion his Lordship has declared himself to be well satisfied with that regiment.

The position which I took up in front of Waterloo crossed the high roads from Charleroi and Nivelles, and had its right thrown back to a ravine near Merke Braine, which was occupied, and its left extended to a height above the hamlet Ter la Haye, which was likewise occupied. In front of the right centre, and near the Nivelles road, we occupied the house and gardens of Hougoumont, which covered the return of that flank; and in front of the left centre we occupied the farm of La Haye Sainte. By our left we communicated with Marshal Prince Blücher at Wavre, through Ohain; and the Marshal had promised me that, in case we should be attacked, he would support me with one or more corps, as might be necessary.

The enemy collected his army, with the exception of the 3rd corps, which had been sent to observe Marshal Blücher, on a range of heights in our front, in the course of the night of the 17th and yesterday morning, and at about ten o’clock he commenced a furious attack upon our post at Hougoumont. I had occupied that post with a detachment from General Byng’s brigade of Guards, which was in position in its rear; and it was for some time under the command of Lieut. Colonel Macdonell, and afterwards of Colonel Home; and I am happy to add that it was maintained throughout the day with the utmost gallantry by these brave troops, notwithstanding the repeated efforts of large bodies of the enemy to obtain possession of it.

This attack upon the right of our centre was accompanied by a very heavy cannonade upon our whole line, which was destined to support the repeated attacks of cavalry and infantry, occasionally mixed, but sometimes separate, which were made upon it. In one of these the enemy carried the farm house of La Haye Sainte, as the detachment of the light battalion of the German Legion, which occupied it, had expended all its ammunition; and the enemy occupied the only communication there was with them.

The enemy repeatedly charged our infantry with his cavalry, but these attacks were uniformly unsuccessful; and they afforded opportunities to our cavalry to charge, in one of which Lord E. Somerset’s brigade, consisting of the Life Guards, the Royal Horse Guards, and 1st dragoon guards, highly distinguished themselves, as did that of Major General Sir William Ponsonby, having taken many prisoners and an eagle.

These attacks were repeated till about seven in the evening, when the enemy made a desperate effort with cavalry and infantry, supported by the fire of artillery, to force our left centre, near the farm of La Haye Sainte, which, after a severe contest, was defeated; and, having observed that the troops retired from this attack in great confusion, and that the march of General Bülow’s corps, by Frischermont, upon Planchenois and La Belle Alliance, had begun to take effect, and as I could perceive the fire of his cannon, and as Marshal Prince Blücher had joined in person with a corps of his army to the left of our line by Ohain, I determined to attack the enemy, and immediately advanced the whole line of infantry, supported by the cavalry and artillery. The attack succeeded in every point: the enemy was forced from his positions on the heights, and fled in the utmost confusion, leaving behind him, as far as I could judge, 150 pieces of cannon, with their ammunition, which fell into our hands.

I continued the pursuit till long after dark, and then discontinued it only on account of the fatigue of our troops, who had been engaged during twelve hours, and because I found myself on the same road with Marshal Blücher, who assured me of his intention to follow the enemy throughout the night. He has sent me word this morning that he had taken 60 pieces of cannon belonging to the Imperial Guard, and several carriages, baggage, &c., belonging to Buonaparte, in Genappe.

I propose to move this morning upon Nivelles, and not to discontinue my operations.

Your Lordship will observe that such a desperate action could not be fought, and such advantages could not be gained, without great loss; and I am sorry to add that ours has been immense. In Lieut. General Sir Thomas Picton His Majesty has sustained the loss of an officer who has frequently distinguished himself in his service, and he fell gloriously leading his division to a charge with bayonets, by which one of the most serious attacks made by the enemy on our position was repulsed, The Earl of Uxbridge, after having successfully got through this arduous day, received a wound by almost the last shot fired, which will, I am afraid, deprive His Majesty for some time of his services

His Royal Highness the Prince of Orange distinguished himself by his gallantry and conduct, till he received a wound from a musket ball through the shoulder, which obliged him to quit the field.

It gives me the greatest satisfaction to assure your Lordship that the army never, upon any occasion, conducted itself better. The division of Guards, under Lieut. General Cooke, who is severely wounded, Major General Maitland, and Major General Byng, set an example which was followed by all; and there is no officer nor description of troops that did not behave well.

I must, however, particularly mention, for His Royal Highness’s approbation, Lieut. General Sir H. Clinton, Major General Adam, Lieut. General Charles Baron Alten (severely wounded), Major General Sir Colin Halkett (severely wounded), Colonel Ompteda, Colonel Mitchell (commanding a brigade of the 4th division), Major Generals Sir James Kempt and Sir D. Pack, Major General Lambert, Major General Lord E. Somerset, Major General Sir W. Ponsonby, Major General Sir C. Grant, and Major General Sir H. Vivian, Major General Sir O. Vandeleur, and Major General Count Dornberg.

I am also particularly indebted to General Lord Hill for his assistance and conduct upon this, as upon all former occasions .

The artillery and engineer departments were conducted much to my satisfaction by Colonel Sir George Wood and Colonel Smyth; and I had every reason to be satisfied with the conduct of the Adjutant General, Major General Barnes, who was wounded, and of the Quarter Master General, Colonel De Lancey, who was killed by a cannon shot in the middle of the action. This officer is a serious loss to His Majesty’s service, and to me at this moment.

I was likewise much indebted to the assistance of Lieut. Colonel Lord FitzRoy Somerset, who was severely wounded, and of the officers composing my personal Staff, who have suffered severely in this action. Lieut. Colonel the Hon. Sir Alexander Gordon, who has died of his wounds, was a most promising officer, and is a serious loss to His Majesty’s service.

General Kruse, of the Nassau service, likewise conducted himself much to my satisfaction; as did General Tripp, commending the heavy brigade of cavalry, and General Vanhope, commanding a Brigade of infantry in the service of the King, of the Netherlands.

General Pozzo di Borgo, General Baron Vincent, General Muffling, and General Alava, were in the field during: the action, and rendered me every assistance in their power. Baron Vincent is wounded, but I hope not severely; and General Pozzo di Borgo received a contusion.

I should not do justice to my own feelings, or to Marshal Blücher and the Prussian army, if I did not attribute the successful result of this arduous day to the cordial and timely assistance I received from them. The operation of General Bülow upon the enemy’s flank was a most decisive one; and, even if I had not found myself in a situation to make the attack which produced the final result, it would have forced the enemy to retire if his attacks should have failed, and would have prevented him from taking advantage of them if they should unfortunately have succeeded.

Since writing the above, I have received a report that Major General Sir William Ponsonby is killed; and, in announcing this intelligence to your Lordship, I have to add the expression of my grief for the fate of an officer who had already rendered very brilliant and important services, and was an ornament to his profession.

I send with this dispatch three eagles, taken by the troops in this action, which Major Percy will have the honor of laying at the feet of His Royal Highness. I beg leave to recommend him to your Lordship’s protection.

I have the honor to be, &c.
WELLINGTON.

Return of the Killed, Wounded and Missing of the British and Hanoverian Army under the Command of Field Marshal the Duke of Wellington, K.G., in the battle fought at Quatre Bras on the 16th June, 1815.
  Officers Serjeants Rank and file Total British Hanoverians Horses
Killed 29 19 302 350 316 34 19
Wounded 126 111 2143 2380 2156 224 14
Missing 4 6 171 181 32 149 1
On the retreat from Quatre Bras to Waterloo, on the 17th June, 1815.
  Officers Serjeants Rank and file Total British Hanoverians Horses
Killed 1 1 33 35 26 9 45
Wounded 7 13 112 132 52 80 20
Missing 4 3 64 71 30 32 33
In the battle fought at Waterloo on the 18th June, 1815.
  Officers Serjeants Rank and file Total British Hanoverians Horses
Killed 116 109 1822 2047 1759 288 1495
Wounded 504 364 6148 7016 5892 1124 891
Missing 20 29 1574 1623 807 816 773
  Killed Wounded Missing
TOTAL 2432 9528 1875

The greater number of the men returned missing had gone to the rear with wounded officers and soldiers, and joined afterwards. The officers are supposed killed.

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http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/74/Richard_Ansdell_%E2%80%94_The_Fight_For_The_Standard.jpg
Richard Ansdell (1815–1885), Le sergent Charles Ewart des Royal North British Dragoons défendant l’aigle du 45e régiment d’infanterie de ligne français qu’il a capturé face à un lancier durant la bataille de Waterloo le 18 juin 1815.

LUNDI 27 AVRIL 2015 :

50.Deux drapeaux français seulement, pris par l’ennemi

Dans sa célèbre dépêche de Waterloo, Wellington affirme avoir pris trois aigles à l’ennemi. Il s’est tout simplement trompé et son erreur a traversé les siècles.

La tradition militaire veut qu’il est préférable de rentrer au pays enroulé dans son drapeau, c’est-à-dire mort, que sans son drapeau. Cette tradition était déjà en vogue sous l’antiquité romaine. C’est d’ailleurs en souvenir des légions romaines que Napoléon avait imposé qu’une aigle soit placée au sommet de la hampe des drapeaux de tous ses régiments.

Au cours du combat de Waterloo, contrairement à ce qui a souvent été affirmé, en ce compris par Wellington, seules deux aigles françaises furent capturées par les alliés. Celle du 105ème régiment de Ligne, enlevée par les Royal Dragoons, grâce à une attaque menée par le colonel A.K. Clark Kennedy. Et celle du 45ème régiment de Ligne, capturée par le sergent Charles Ewart, des Scots Greys. Ewart devint d’ailleurs l’un des héros légendaires de Waterloo, sa prise de guerre ayant été spectaculaire. On raconte en effet que, pour s’en saisir et surtout pour la conserver, Ewart dut tuer au sabre pas moins de cinq soldats français. Son geste héroïque fit, à maintes reprises, l’objet de tableaux, de récits souvent romancés. Même Walter Scott s’y est mis. Jusqu’à sa mort, en 1846, le sergent parcourut, en invité d’honneur, les salons les plus courus de toute la Grande-Bretagne pour y raconter son exploit. Sa pierre tombale, à l’origine osée à Salford, a même rejoint le château d’Edimbourg où les Royal Scots Greys conservent leurs plus beaux trophées, dont le drapeau pris aux Français à Waterloo. Le drapeau de 105ème régiment est, lui, exhibé au National Army Museum de Londres.

British commander Arthur Wellesley doffing his hat to another officer in the thick of the Battle of Waterloo, June 18, 1815.

Dans la Waterloo room du très select East Indian Club de Londres, un tableau montre, pourtant, l’envoyé spécial de Wellington, le major Percy, jetant … trois étendards aux pieds du Prince-Régent et du Premier Ministre. C’est une erreur dont Wellington porte lui-même la responsabilité. En rédigeant sa dépêche, le vainqueur de Waterloo, dans sa précipitation, a, en effet, évoqué la prise de trois aigles. Comme celle-ci fut, intégralement, publiée dans le Times, sans jamais être corrigée, elle servit d’inspiration à bien des peintres, des caricaturistes et des romanciers. Et la prise de trois étendards, au lieu de deux est, ainsi,  restée ancrée dans l’Histoire !

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49.Decoster, un guide couard ?

SAMEDI 25 AVRIL 2015 :

On a souvent écrit que Napoléon n’avait pas assez reconnu le champ de bataille ; qu’il s’était trop basé sur les informations données par un habitant des lieux et que celui-ci, d’une rare couardise n’avait songé qu’à s’évader au point qu’il fallut le lier sur sa selle. La vérité est tout autre.

Comme bon nombre de riverains du champ de bataille, Jean-Baptiste Decoster avait quitté, dès le 17 juin, la petite fermette qu’il louait le long de la chaussée reliant Charleroi à Bruxelles. Il s’était réfugié aux environs d’Aywiers mais était revenu à Plancenoit, le dimanche, pour se rendre à la messe. C’est à la sortie de celle-ci qu’il fut intercepté par des officiers français, à la recherche de gens du pays, capables d’informer l’Empereur sur le positionnement des fermes, routes et chemins creux. C’est donc tétanisé qu’il fut présenté à Napoléon, répondant, pour autant qu’il puisse le faire, aux questions précises qu’il lui posait. Tout au long du combat, d’ailleurs, il resta aux côtés de l’empereur, à cheval, mais lié sur sa selle. Non parce qu’il voulait fuir mais parce qu’il fut continuellement en proie à la panique. A un point tel que, selon la légende, Napoléon finit par lui dire : « Mais mon ami, ne remuez pas tant ! Un coup de fusil vous tuera aussi bien par derrière que par devant et vous fera une plus vilaine blessure… » Decoster va donc être le témoin privilégié des rencontres, des ordres, de l’état d’esprit, des moments de joie de l’Empereur, mais aussi de ses doutes. Il va d’ailleurs coucher sur papier ses impressions. Les positives … et les négatives, râlant de n’avoir reçu, pour sa bravoure, qu’un simple … Napoléon. Mais il se rattrapa par la suite. Rebaptisé Lacoste par les Français, il devint l’un des guides les plus courtisés par les pèlerins de Waterloo. Même Walter Scott bénéficia de « ses récits embellis, sinon fantaisistes, variant en fonction de ses interlocuteurs pour flatter ceux-ci » … pour reprendre ses mots.

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48.Le destin des chevaux (qui n’étaient pas blancs) de Napoléon

http://noelpecout.blog.lemonde.fr/files/2008/03/Marengo-painting.jpg
Baron Gros, Marengo, détail

VENDREDI 24 AVRIL 2015 :

Napoléon monta trois chevaux à Waterloo. Mais aucun n’avait la robe blanche, contrairement à la légende.

La Marie, la Désirée et Marengo, tels sont les chevaux que monta Napoléon lors de la bataille de Waterloo. La première de 10 à 13h, la seconde dans l’après-midi et le troisième de 19 à 20 heures. Et, pour l’anecdote, aucun des trois n’avait la robe blanche. Ils étaient gris. Encore une légende qui s’envole. Si les deux premiers ne sont pas entrés dans la grande Histoire, Marengo est, pour sa part, devenu une vedette. Non pour le coloris de son crin … mais pour son destin post-napoléonien.

Napoléon aimait Marengo, particulièrement pour sa vélocité. Capturé près d’Aboukir, il avait été ramené en France après la campagne d’Egypte. Sa physionomie était à ce point particulière que l’Empereur l’avait choisi pour servir de modèle au peintre Jacques-Louis David, en train de réaliser l’un de ses plus célèbres tableaux : le Premier Consul franchissant le Grand Saint-Bernard. C’était en 1801. C’est dire la complicité qui unissait l’homme et le cheval.  Selon Philippe Osché, auteur d’un remarquable catalogue des chevaux de Napoléon, la Marie et Marengo furent capturés au soir de la bataille. La première, réquisitionnée pendant la campagne de 1813 dans le haras du comte von Pless fut, sur ordre de Blücher, rendu à son allemand propriétaire. Marengo, légèrement blessé à la hanche et portant toujours une balle à la queue fut, lui, emporté par un certain Lord Petre, qui va le vendre aux enchères, à Londres, au lieutenant-colonel JJW Angerstein, propriétaire d’un élevage de chevaux dans la région de Cambridge. Il va servir de saillie à plusieurs reprises, offrant à sa postérité la même robe grise qu’avait tant aimé l’Empereur. Il sera aussi montré en trophée, objet de tableaux et de lithographies, exhibé comme le symbole de la victoire de Wellington face à Napoléon. Un symbole qui survivra à sa mort, à l’âge de 38 ans, son squelette étant depuis lors exhibé au National Army Museum de Londres. Seuls manquent deux sabots : l’un, transformé en tabatière par Angerstein est exposé, encore aujourd’hui, au mess des officiers des Royal Guards au Palais Saint-James à Londres ; l’autre fait partie d’une collection privée.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a7/Copenhagen%27s_grave%2C_Stratfield_Saye_-_geograph.org.uk_-_1419327.jpgPour l’anecdote, on notera que Copenhagen, le pur-sang anglais que monta Wellington à Waterloo et dont la vigueur permit à son propriétaire de se dégager d’une dangereuse mêlée de cavalerie aux Quatre-Bras reçut également tous les honneurs. Le grand peintre animalier James Ward en fit le portrait. Il avait d’ailleurs fait de même avec Marengo. Et, en 1836, lorsque le cheval mourut, il fut inhumé avec les honneurs militaires. Sur sa pierre tombale furent gravés quelques mots rappelant ses exploits à Waterloo…Voir autre article : http://napoleonbonaparte.be/2015/02/le-destin-des-chevaux-gris-de-napoleon/

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47.L’énigme du squelette de Mont-Saint-Jean

Dans les côtes (coté droit), la balle de plomb probablement à l'origine du décès du soldat
http://www.archeologia.be/actualitewaterloo.html

JEUDI 23 AVRIL 2015 :

Près de deux siècles après la bataille de Waterloo, la découverte, début juin 2012, d’un squelette complet, à proximité de la ferme de Mont-Saint-Jean a fait le tour du monde. On en sait, aujourd’hui, un peu plus, sur cette découverte archéologique.

Les médias du monde entier, de CNN à NHK, en passant par les télévisions britanniques, allemandes, chinoises ou françaises ont été très nombreux à se déplacer en Morne Plaine à l’occasion de la découverte de ce squelette par l’archéologue Dominique Bosquet. Il est vrai qu’il y avait très longtemps qu’on n’avait plus mis au jour, sur le champ de bataille de Waterloo, un ensemble aussi complet. Même le célèbre hussard, découvert en 1910 et exposé dans une vitrine du dernier QG de Napoléon s’avère être une supercherie, la mâchoire étant celle d’un homme jeune et le bassin d’un homme plus âgé. Il y aurait donc, au moins, deux corps dans ce squelette bien connu des visiteurs du champ de bataille.

Pour ce qui est du squelette découvert en 2012, on a, dans un premier temps, cru, sur base du positionnement du corps, qu’il se serait agi des restes d’un soldat britannique, blessé sur le front et ayant été évacué par ses pairs de la zone des combats, jusqu’à ce que, épuisé, il se serait effondré. Pour éviter les charognards, ses amis l’auraient recouvert de terre. Ce qui explique pourquoi il aurait été enseveli tout habillé, aurait conservé sa bourse et aurait été « oublié » par les personnes chargées de la récupération des morts. Mais différentes techniques scientifiques, associées à l’analyse d’historiens ont permis d’en savoir plus.

Dans la poche droite, se trouvaient quelques pièces de monnaies, une pierre à fusil, une petite sphère de couleur rouge.
http://www.archeologia.be/actualitewaterloo.html

Sur le plan anthropologique d’abord, Geneviève Yernaux a pu définir qu’il s’agit du squelette d’un homme d’une vingtaine d’années, ayant dû mesurer 161 centimètres, plutôt frêle et légèrement bossu, atteint d’une cyphose de la colonne vertébrale. Ses dents, enfin, auraient été usées par une activité répétitive, telle que l’ouverture de cartouches de poudre emballées de papier, en usage à l’époque.

On a aussi retrouvé, sur ou à proximité du squelette, une balle de plomb, située au milieu des côtes droites, une vingtaine de pièces de monnaie dans sa poche droite, deux pierres à fusil en silex, une cuillère, un objet en bois portant les initiales « CB », une pièce de tissu décorée de petits bâtonnets cylindriques, une boucle de ceinture et d’autres objets indéterminés. La balle en plomb, pesant 23 grammes et mesurant 16,4 mm a permis de conclure que le projectile était français, les balles anglaises étant, en effet, de calibre plus important. Le type de silex et les dimensions des pierres à fusil ont, pour leur part, permis à Kevin Charpier de conclure qu’elles équipaient un mousquet de modèle British Land Pattern, plus communément appelé « Brown Bess » en service entre 1750 et 1850 dans les armées britanniques et hanovriennes. Mais c’est l’étude des pièces de monnaie par Alain Fossion qui s’est avérée la plus instructive pour identifier les origines de la victime. Dix des vingt-deux pièces ont en effet pu être identifiées. Il s’agit de pièces autrichiennes, hanovriennes, brunswickoises et françaises. A priori, selon les archéologues, un Français n’aurait pas eu de monnaies d’origine germanique. Pas plus d’ailleurs qu’un Anglais. Par contre, les monnaies françaises circulaient bien dans les troupes du Hanovre. Ne fut-ce que par le voisinage avec le Royaume de Westphalie, si cher à Jérôme Bonaparte. Sur base de tous ces éléments, l’origine hanovrienne du squelette est tout à fait plausible. On pourrait même affirmer que le soldat dont le squelette a été retrouvé appartenait à la 1ère brigade de Kielmansegge. Une brigade qui, le 18 juin, aurait perdu 2 officiers, 1 capitaine, 2 officiers subalternes, 4 sous-officiers et 150 hommes. Pour Philippe de Callataÿ, la présence de deux pierres à fusil et l’absence de pièces d’argent dans la bourse laissent à penser qu’il s’agirait du squelette d’un soldat appartenant à l’infanterie, un officier ne portant pas de fusil. Si l’on retire de la liste des disparus de la brigade précitée, précieusement conservée aux archives de Hanovre, à la fois les sujets moins âgés ou trop âgés ou ne correspondant pas à la morphologie détaillée plus avant, c’est parmi une quarantaine de noms que l’on pourrait retrouver qui était exactement le « soldat inconnu de Mont-Saint-Jean ». Un beau sujet de mémoire pour un chercheur germanophone ?

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46.Le Christ d’Hougoumont, immortalisé par Victor Hugo

MERCREDI 22 AVRIL 2015 :

On a beaucoup parlé du Christ d’Hougoumont, ces dernières années. Son vol, sa re-découverte ont fait la « une » de bien des journaux, belges comme étrangers. C’est Victor Hugo qui l’a rendu célèbre.

Le Christ d’Hougoumont est, sans nul doute, l’un des patrimoines mobiliers les plus symboliques du champ de bataille de Waterloo. Haut de 2 mètres, large de 1m70, ce crucifix en chêne, datant probablement de la fin du XVIème siècle est abrité, depuis des siècles, dans la chapelle castrale du domaine. Il est le seul rescapé de l’incendie qui, le 18 juin 1815, a anéanti le château-ferme. Et c’est Victor Hugo qui, une fois de plus, en a fait une légende. Décrivant la chapelle et son mobilier dans « Les Misérables », il a en effet écrit : « Les flammes ont rempli cette masure ; elle a été fournaise ; la porte a brûlé ; le plancher a brûlé. Le Christ en bois n’a pas brûlé. Le feu lui a rongé les pieds dont on ne voit plus que les moignons noircis, puis s’est arrêté. Miracle, au dire des gens du pays. » Mais le Christ d’Hougoumont, tel qu’on peut le voir aujourd’hui n’est plus que l’ombre de celui décrit par le grand Hugo. Au fil des siècles, il a été maltraité. A un point tel que, lors de sa dernière restauration, en 2010, grâce à la générosité des Soroptimist international, l’ébéniste a constaté la présence de plusieurs bois, d’âges bien différents. Et les dernières dégradations dont il a fait l’objet lors de son récent vol rocambolesque ne vont pas arranger les choses. Mais l’objet « miraculeux » n’est pas prêt à quitter l’Histoire.

Texte intéglal en ligne : II, 1, 2. Hougomont – Cosette

Thomas Sutherland after A.M.S., published 1st February 1816

 

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45.Une fillette au cœur des combats ?

Mardi 21 AVRIL 2015 :

Selon Victor Hugo, encore lui, une fillette aurait été présente dans la ferme d’Hougoumont,  au cœur des combats. Une pure invention !

Dans « Les Misérables », Victor Hugo évoque sa rencontre, lors de sa visite à Hougoumont, en 1861, avec une vieille dame qui, en 1815, alors qu’elle n’était encore qu’une fillette, serait restée, avec son jardinier de père, qu’il appelle Guillaume Van Kylsom, dans la ferme, au cœur des combats. Elle lui aurait raconté que, pour la distraire, ou au moins pour l’empêcher d’être terrifiée, des soldats des Coldstream Guards avaient joué avec elle et lui avaient fabriqué de petites poupées avec de la paille. Expert en la matière, Michel Damiens a mis fin à cette légende hugolienne. Au terme de recherches généalogiques, il a pu confirmer que, si le jardinier rencontré en 1861 par Hugo s’appelait bien Van Cutsem (et non Van Kylsom), ce n’est qu’en 1823 que lui et ses quatre enfants vinrent habiter à Hougoumont. A l’époque de la bataille, les fermiers du domaine étaient les Dumonceau. Et dans la composition du ménage, on ne retrouve aucune trace d’une fillette âgée, en 1815, de 3 à 6 ans. Pas plus d’ailleurs que dans la famille du jardinier de l’époque, un nommé Carlier. L’histoire de la fillette au cœur des combats est donc, une fois de plus, une invention de Victor Hugo. Mais n’est-ce pas là le rôle d’un romancier ?

La version de Victor Hugo en suivant ce Lien :

https://books.google.be/books?id=y_HhBQAAQBAJ&pg=PT1034&lpg=PT1034&dq=Guillaume+Van+Kylsom+vicror+hugo&source=bl&ots=6Xp52S816-&sig=PWo5Ni4xqmwkLwXSUbcrVvXdK40&hl=fr&sa=X&ei=f182VaWqO8HiO4msgbAM&redir_esc=y#v=onepage&q=Guillaume%20Van%20Kylsom%20vicror%20hugo&f=false

Victor Hugo on his Death Bed (Nadar, French, 1820 – 1910)

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44.L’enfonceur et le petit tambour

LUNDI 20 AVRIL 2015 :

Une seule légende autour d’Hougoumont semble être basée sur la réalité : celle du lieutenant Legros, dit l’ “enfonceur”. Et encore, elle semble avoir été enjolivée par les romanciers britanniques et mise en doute par certains témoins oculaires.

Le lieutenant Legros était, à lire sa description, une force de la nature. Cet ancien sapeur, véritable géant, surnommé « l’enfonceur » entra dans la petite histoire pour avoir réussi, au cœur de la bataille, à défoncer à coups de hache un battant de la porte nord d’Hougoumont. Tout cela sous le feu des Anglais. Grâce à lui, quelques Français réussirent à pénétrer dans la cour de la ferme. Mais l’invasion ne perdura guère. Tous furent abattus par les Coldstream Guards défendant les lieux. Ceci est, du moins, le récit de l’historien Adolphe Thiers. Témoin de l’attaque, le colonel Petiet a toutefois une bien autre version. Si sa description du combat est similaire, il n’attribue pas les coups de hache à Legros … mais au sous-lieutenant Boucher, un brave de l’armée d’Espagne, présent quand même aux côtés de Legros et abattu, comme lui, dès le franchissement de la porte. Qui dit la vérité ? On ne le saura probablement jamais. Une chose est sûre : les deux hommes étaient de l’attaque.

Lieutenant Legros – L’attaque de la porte Nord Painted by Keith Rocco.

A propos de cette même action, quelques récits d’origines britanniques (et uniquement britanniques !) ont raconté qu’un seul de ces envahisseurs aurait eu la vie sauve : à savoir un jeune tambour, ayant ému les hommes du colonel Mc Donnell. Il fut, selon leurs dires, fait prisonnier et assista, de l’intérieur, à la fin des combats. Malheureusement, mis à part dans quelques récits romancés, voulant sans doute donner une image plus humaine, presque compassionnelle des soldats britanniques, on n’a jamais réussi à trouver la moindre preuve de cette histoire de jeune tambour. Et une légende plus !

Jeune tambour en avant plan

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43.Un château tremblant ?

SAMEDI 18 AVRIL 2015 :

La maison Pâris a longtemps reçu le surnom de « château tremblant ». Rien à voir avec la bataille, pas plus qu’avec des origines nobiliaires.

En fait, la maison Pâris n’a jamais accueilli le moindre aristocrate. Elle fut construite, vers 1750, pour accueillir, à l’entrée de Waterloo, un garde-général de la forêt de Soignes. Et elle n’est entrée dans l’Histoire que pour avoir accueilli, en juin 1815, le Quartier Général de Lord Uxbridge.

Plusieurs auteurs ont attribué son surnom à sa vétusté. Il n’en est rien. En fait, cette appellation péjorative a vu le jour durant la première guerre mondiale. A cette époque, le bâtiment, abandonné par ses propriétaires, avait été réquisitionné pour accueillir le siège local du Comité national de secours et d’alimentation. De 1915 à 1918, ce sont des centaines de ménagères qui fréquentèrent les lieux, faisant la file dans les escaliers dans l’espoir d’obtenir quelques rations de soupe, de lard ou de farine. Et comme elles venaient lourdement chargées, les escaliers avaient du mal à rester stables. Brinquebalants, donnant l’impression que la maison allait s’effondrer, ce sont donc ces escaliers qui donnèrent naissance à la réputation tremblante de la maison.

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42.Le cheminement de la jambe de Lord Uxbridge

Prothèse de jambe de Lord Uxbridge qui a eu la jambe d’amputer suite à un boulet de canon reçu. Il commanda la charge de la cavalerie lourde Britannique contre les colonnes de Drouet d’Erlon.

 

VENDREDI 17 AVRIL 2015 :

Plusieurs officiers supérieurs ont été grièvement blessés à Waterloo. Comme Lord Uxbridge, dont l’amputation de la jambe fait aussi partie de la légende waterlootoise. 

Henry William Paget, deuxième comte d’Uxbridge commandait, à Waterloo, la cavalerie britannique. C’était un brillant officier, qui avait fait plusieurs campagnes, dont celle d’Espagne. Il  était néanmoins tombé en disgrâce chez Wellington pour avoir enlevé l’épouse du frère de ce dernier. Et c’est presque contraint et forcé que le Duc avait dû le rappeler pour assurer son commandement.

A la fin des combats, alors qu’il chevauchait à ses côtés, non loin de la Haie-Sainte, Uxbridge fut touché au genou par une balle de mitrailles. La légende, maintes fois racontée veut qu’il aurait dit, s’adressant à Wellington : « Par Dieu, Sir, j’ai l’impression que j’ai perdu ma jambe. » Et le Duc aurait répliqué, flegmatiquement : « C’est exact, sir ! ». Cette légende peut toutefois être contestée, Wellington n’ayant pas été aux côtés d’Uxbridge au moment de sa chute, puis de son évacuation vers le QG qu’il occupait au centre de Waterloo.

Lord Uxbridge à Waterloo par William Pieneman (1779-1853)

Sa blessure n’est pas belle. Il est donc amputé. A vif, sans anesthésie. Non sans humour, il aurait même dit à ses chirurgiens : « J’ai été un « beau » pendant quarante-sept ans. Cela n’aurait pas été correct que je continuasse à faire la concurrence aux jeunes. »

“Lord Uxbridge fut rapidement évacué du champ de bataille et amené à Waterloo dans une maison, qui porte aujourd’hui le numéro 214 de la chaussée de Bruxelles, où il avait établi son logement la veille au soir et qui était alors habitée par un certain Pâris. On surnommait cette maison, située un peu au nord de l’église, le « Château Tremblant ». Le bâtiment n’était pourtant pas si vieux : il a dû être construit vers 1750 et servit d’habitation à Jean-Baptiste Pâris qui était garde général de la forêt de Soignes11. Les chirurgiens examinèrent la blessure et conclurent qu’il fallait amputer. « Bon, Messieurs, conclut Uxbridge. Je le pensais bien moi-même. Je me suis mis entre vos mains et s’il faut couper cette jambe, autant que ce soit fait le plus vite possible. » Un peu avant ou un peu après l’opération, le comte écrivit à sa femme :

« Très chère Char, sois courageuse : attends-toi à une mauvaise nouvelle ; j’ai perdu ma jambe droite. Seul, un miracle aurait pu la sauver et, pour toi et pour les chers enfants, j’ai tenté la meilleure chance d’avoir la vie sauve. Dieu vous protège tous. »

Après avoir consenti à l’amputation, il refusa de se laisser attacher, comme il était de coutume en de tels cas, ne poussa pas la moindre plainte durant l’opération et se contenta, à un certain moment, de faire remarquer que les instruments des chirurgiens n’étaient pas très bien affûtés. Quand l’opération fut terminée, il déclara : « J’ai fait mon temps… Pendant quarante-sept ans, j’ai été un « beau ». Cela n’aurait pas été correct de continuer plus longtemps à faire de la concurrence aux jeunes. » Peu de temps après, Uxbridge fut transféré dans l’hôpital établi par la marquise d’Assche dans son hôtel de la rue Ducale à Bruxelles. La marquise raconte elle-même qu’elle était présente quand on amena le brancard sur lequel était couché le blessé et qu’il eut cette réflexion : « Voyez, marquise, je ne pourrai plus danser avec vous qu’avec une jambe de bois… » (Wikipédia)”

Le Château Tremblant rebâti à l'historique
Le Château Tremblant – Journal Le Soir 

Après avoir remercié ses hôtes, la famille Pâris, et … enterré sa jambe dans le joli jardin entourant la demeure, Uxbridge quitta Waterloo dans la soirée du 19 juin pour rejoindre Bruxelles, puis Londres où il fut reçu en héros et où il eut tout le loisir d’évoquer, avec les médias du moment, la perte de sa jambe. Tant et si bien que, dès juillet 1815, la maison Pâris devint une escale incontournable dans le circuit touristique waterlootois. Tous les « pèlerins » voulaient voir la table où Uxbridge perdit sa jambe et l’arbre au pied duquel celle-ci fut enterrée. Ne perdant pas le nord, les Pâris s’empressèrent d’aménager un petit musée et de dresser, dans le jardin, une stèle à la gloire de la jambe héroïque. Pendant plus d’un demi-siècle, il va drainer des visiteurs, venus du monde entier. En témoigne le premier d’or, récemment retrouvé. Mais, en 1878, un incident va néanmoins perturber les bonnes relations entre les familles Paget et Pâris qui, jusque là, entretenaient les meilleurs contacts. Lors d’une visite à Waterloo, l’un des fils d’Uxbridge découvrit, en effet, que les restes de la jambe de son père étaient dorénavant visibles dans une espèce de châsse où les visiteurs, moyennant paiement, pouvaient contempler quelques os, reliés par une corde fort sale à une botte. Il y avait de quoi être choqué. Paget utilisa tous les moyens pour récupérer les restes de son père, jusqu’à mêler les diplomates. La Grande-Bretagne alla même jusqu’à menacer de rompre ses relations diplomatiques avec la Belgique si les Paget n’obtenaient pas gain de cause. Mais les Pâris ne voulurent rien entendre. Et ce sont, finalement, les autorités belges qui eurent le dernier mot. Se basant sur un règlement prévoyant que les restes humains devaient être placés dans un cimetière, elles obligèrent les propriétaires du petit misée à ré-enterrer les ossements historiques. Il semblerait toutefois qu’ils ne le firent pas. Car, en 1934, la veuve d’un héritier Pâris trouva dans un tiroir lesdits ossements, soigneusement emballés et étiquetés … qu’elle s’empressa de brûler.

Un livre est consacré à la jambe de Lord Uxbridge : http://www.editions-dumerite.com/la-jambe-de-lord-uxbridge-de-thomas-delvaulx_ws518474.wsbo

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41.Cotton, Thénardier ?

JEUDI 16 AVRIL 2015 :

Hector Fleischmann raconte que Victor Hugo se serait inspiré de Cotton pour en faire l’abominable Thénardier, des « Misérables ».

Que Edward Cotton ait été un habile et bavard commerçant, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Qu’il ait chapardé, soudoyé les paysans du coin pour récupérer une multitude de vestiges des combats, entreposés dans leurs greniers, c’est une évidence. Qu’il ait fait fortune en revendant, à vil prix, ces objets ou en consignant les témoignages des survivants de la bataille dans son célèbre guide « A voice from Waterloo », c’est connu. Mais qu’il ait servi de modèle à Victor Hugo pour créer le personnage du sinistre Thénardier, c’est fort peu probable. Tout simplement parce que l’écrivain ne se rendit, pour la première fois, à Waterloo qu’en 1861 … c’est-à-dire douze ans après la mort de Cotton, qu’il n’a donc jamais connu.

« Ces êtres appartenaient à cette classe bâtarde composée de gens grossiers parvenus et de gens intelligents déchus, qui est entre la classe dite moyenne et la classe dite inférieure, et qui combine quelques-uns des défauts de la seconde avec presque tous les vices de la première, sans avoir le généreux élan de l’ouvrier ni l’ordre honnête du bourgeois. C’étaient de ces natures naines qui, si quelque feu sombre les chauffe par hasard, deviennent facilement monstrueuses. Il y avait dans la femme le fond d’une brute et dans l’homme l’étoffe d’un gueux. Tous deux étaient au plus haut degré susceptibles de l’espèce de hideux progrès qui se fait dans le sens du mal. Il existe des âmes écrevisses reculant continuellement vers les ténèbres, rétrogradant dans la vie plutôt qu’elles n’y avancent, employant l’expérience à augmenter leur difformité, empirant sans cesse, et s’empreignant de plus en plus d’une noirceur croissante. Cet homme et cette femme étaient de ces âmes-là. »

Les Thénardier dans leur auberge de Montfermeil (entre 1818 et 1823). Illustration de Gustave Brion

 

— Tome I. Fantine — Livre IV : Confier c’est quelquefois livrer — Chapitre 2. Première esquisse de deux figures louches.

 

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40.Les deux tombes du verger d’Hougoumont

MERCREDI 15 AVRIL 2015 :

Dans ce qui est devenu le verger d’Hougoumont, deux pierres tombales, posées presque côte à côte rappellent, s’il le fallait encore, le drame qui s’y joua. Mais rien d’autre…

On peut tout lire sur ces deux tombes, en forme de cercueils, recouvrant les corps de deux Britanniques, le capitaine John-Lucie Blackman et le sergent-major Edward Cotton. On les a dit amis, collègues de régiment ; certains ont même voulu imaginer que le second avait souhaité reposer à côté de son amant. Rien n’est plus faux, voire de plus stupide. En fait, ils ne se sont même jamais côtoyés.

John-Lucie Blackman commandait, le 18 juin 1815, le 2ème bataillon des Coldstream Guards. Cette formation alignait, ce jour-là, 1.045 hommes. 308 d’entre eux y tombèrent sous les feux ennemis. Ce fut le cas de notre homme qui ne devait avoir guère plus de 21 ans. Effondrés, ses parents, issus de la petite noblesse, mirent tous les moyens pour retrouver son corps et pour lui trouver une sépulture sur les lieux-même de son dernier combat, dans le verger d’Hougoumont. C’est là que vint le rejoindre, trente-quatre ans plus tard, l’ex-sergent-major Edward Cotton. Ancien cavalier  du 7ème Hussards de l’armée de Wellington, ce vétéran de Waterloo avait consacré toute sa vie à perpétuer le souvenir de la plus grande bataille à laquelle il avait participé. Jusqu’à bâtir, sur le site, un hôtel et à y aménager un musée de reliques. Peu avant de rendre l’âme, le 24 juin 1849, à l’âge de 58 ans, il émit le vœu d’être enterré sur le Champ de bataille, à l’aura duquel il avait tant contribué. On le plaça ainsi aux côtés de John-Lucie Blackman, le seul Britannique à avoir eu droit à une dernière demeure à Hougoumont. Sans doute parce qu’il connaissait bien les lieux, y ayant emmené de nombreux pèlerins.

Quarante et un ans durant, ils reposèrent ainsi, côte à côte, dans la paix du verger. Jusqu’à ce que, fin juillet 1890, par un matin pluvieux, les deux corps furent exhumés pour prendre la direction du cimetière de la ville de Bruxelles à Evere où allait être inauguré, le 26 août 1890, un tombeau monumental chargé de recueillir les restes de combattants tués à Waterloo et jusqu’alors ensevelis dans des propriétés privées. Tous avaient péri au combat. Tous, sauf un, Cotton, qui bénéficia de la sorte d’un nouvel hommage posthume.

Page 14 et 15 de la Revue de l’association belge napoléonienne, n°125, janvier-février 2009

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39.Une naissance en pleine bataille ?

MARDI 14 AVRIL 2015 :

Selon le très sérieux New York Times, daté du 25 mars 1909, un enfant serait né, le 18 juin 1815, en plein champ de bataille de Waterloo. Elle s’appelait Mary-Ann Southall et serait décédée à Detroit, deux jours plus tôt, à l’âge de 93 ans.

Dans l’armée britannique aussi, des femmes ont suivi leurs époux sur les champs de bataille. Ainsi, le 18 juin 1815, l’une de celles-ci, bien que prête à accoucher, profite d’une petite accalmie pour apporter le ravitaillement à son mari, un certain William Southall, du 23ème régiment royal des fusiliers gallois. Mais, alors que, sur les ordres d’officiers supérieurs, choqués de voir une femme enceinte aux abords de la ligne, elle rebroussait chemin, elle fut prise au milieu de violents tirs d’artillerie ennemis. Prise de panique, elle va néanmoins réussir à trouver un abri, mais la peur, la course effrénée qu’elle dut faire pour sauver sa peau va précipiter son accouchement. Et c’est seule, au milieu des combats, qu’elle va donner naissance à la petite Mary-Ann … avant d’être toutes les deux évacuées et prises en charge par des sœurs françaises de la charité.

C’est, bien plus tard, aux Etats-Unis qu’on va retrouver sa trace. Devenue adulte, Mary-Ann Southall a, en effet, épousé un dénommé Sullivan sergent-major dans le même régiment que son père. Elle va lui donner cinq garçons et deux filles. Après la guerre de Crimée, la famille Sullivan va s’installer au Canada. C’est là que son mari décédera vers 1870, poussant  Mary-Ann à rejoindre, dans le Michigan, l’un de ses enfants à qui elle racontera son fabuleux et très plausible destin.

 

Mary-ann 1815 _____________________________________________________________________

38.Des femmes dans la bataille…

LUNDI 13 AVRIL 2015:

A Waterloo, comme sur la plupart des champs de bataille, des femmes ont connu des destins hors du commun. Parmi celles-ci, Marie-tête-de-bois Ducoud-Laborde sont devenues des légendes.

Ainsi, c’est sur le champ de bataille de Waterloo que périt l’une des plus célèbres de ces rudes gaillardes, Marie-tête-de-bois. Alerte quinquagénaire, elle ne ressemblait en rien aux cantinières d’opérette, à ces belles commerçantes juchées sur une mule ou une vieille carriole, comme nous le montrent bien des images d’Epinal. La « marie » portait guêtres, veste de drap gris et allait à pied … comme ses grognards amis. Elle était d’ailleurs loin d’être coquette. Son sobriquet lui fut d’ailleurs donné par analogie avec ces têtes à perruques que l’on retrouvait, jadis, chez bien des coiffeurs. En fait, toute sa vie avait été vouée à l’état militaire. Née non loin des Invalides, à Paris, elle avait, dans un premier temps, suivi un jeuner tambour avant de s’amouracher d’un grenadier qu’elle avait fini par épouser. Elle lui avait auparavant, en pleine bataille de Marengo, donné un fils qui deviendra tambour à 10 ans, recevra un fusil d’honneur à l’âge de 15 ans et un brevet de sous-lieutenant cinq ans plus tard. A leurs côtés, elle va faire dix-sept campagnes, perdant ses deux êtres les plus chers, en 1814, sous les murs de Paris. Ne pouvant imaginer sa vie loin des champs de bataille, elle est à Waterloo, le 18 juin 1815, au service de la Garde, avançant à grande peine dans la triste gadoue, distribuant liqueurs à bien des malheureux, exhortant ses grognards. Un peu trop en avant puisque, sur le coup de 20 heures, elle va être victime d’un coup mortel de biscaïen. Non sans crier, de toutes ses forces, un ultime « Vive l’Empereur ! », suscitant l’émotion de la troupe toute entière.

Sur le Forum du site http://www.napoleon1er.org/forum/viewtopic.php?p=162152

de vélite » écrit : Mauduit rapporte l’anecdote tragique, à Waterloo :

“Cette infortunée cantinière , qui fut la première victime de la journée, dans notre régiment, était venue de l’île d’Elbe avec un grenadier, dont elle avait voulu partager le sort. Elle marchait en serre-file derrière lui lorsqu’elle fut renversée ; son sang rejaillit même sur le bonnet et sur le sac de son amant, qui n’apprit ce malheur que par le cri qu’elle jeta. La commotion avait été telle, que le petit baril qu’elle portait en sautoir, vola en pièces, sans cependant avoir été touché par le projectile. Nous venions de nous arrêter. Nous en profitâmes pour aider le vieux grenadier à rendre les derniers devoirs à une amie dont le dévouement méritait une fin, sinon plus glorieuse, au moins plus douce. Nous lui creusâmes une tombe sur le revers de la chaussée. Là, son amant, comme Chactas, lui tenait les jambes étroitement liées contre son coeur, tandis que d’autres grenadiers lui prenaient les bras pour la descendre dans se dernière demeure.
Cette scène fut des plus touchantes ; presque tout l’entourage en était ému d’attendrissement : son époux de coeur était consterné ; ses paupières cependant devinrent humides, car le courage stoïque du soldat n’empêche pas d’être sensible aux impressions de l’âme. Une croix, improvisée au moyen de deux branches, prises dans la haie voisine, fut plantée sur sa tombe, et l’épitaphe suivante y fut attachée avec une épingle :

“Ci-gît Maria, cantinière au 1er régiment de grenadiers à pied de la vieille garde impériale, morte au champ d’honneur, le 18 juin 1815, à deux heures après-midi.
Passant, qui que tu sois, un salut d’honneur à Maria !!!”

L’ami de Maria ne devait pas lui survivre longtemps, car, si, par une de ces bizarreries du sort, Maria fut tuée par le premier boulet anglais, venu dans nos rangs, son grenadier fut aussi frappé par l’un des premiers projectiles lancés par les Prussiens contre nos carrés. Atteint bientôt par un éclat d’obus, ce soldat de trente ans de services, mourut dans les plus affreuses tortures. Nous l’eussions réuni à Maria sans les désastres de la journée. Il resta donc au milieu des victimes de cette lutte acharnée, et comme la plupart d’entre elles, il fut sans doute jeté dans le bûcher commun !…”

http://napoleonbonaparte.be/lectures/napoleon-bonaparte-et-la-bande-dessinee/#THERESE,%20DRAGON

Bande dessinée :

Thérèse, DragonThérèse Figueur, née royaliste, a grandi pendant la Révolution française. Le destin la fait rejoindre les rangs de la Grande Armée pour retrouver l’amour de sa vie, Clément, enrôlé comme petit tambour. De scènes de vie en batailles historiques, elle va montrer un visage combatif et passionné, capable de franchir des montagnes par amour. À tel point que ses prouesses feront d’elle la seule femme dragon de l’armée napoléonienne. Après La Cuisine du diable, Damien Marie et Karl T. nous content une nouvelle histoire d’amour aux prises avec les tourments de l’Histoire, librement inspirée des campagnes militaires de Marie-Thérèse Figueur.

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Une autre femme combattante, entrée dans l’Histoire fit son dernier combat à Waterloo, la célèbre Ducoud-Laborde, surnommée « Breton-double ». Epouse et mère de soldat, celle-ci n’a pas accepté la décision de Napoléon de limiter aux seules vivandières l’accès aux campements des troupes. Une mesure nécessaire, disait-il, à l’hygiène et à la discipline. Avec quelques complicités, elle va donc se travestir en hussard. Et le stratagème va perdurer jusqu’à l’automne 1806, où elle va se faire remarquer par l’Empereur en personne. Impressionné par son aisance à cheval, Napoléon va lui permettre de mettre fin à cette mascarade et même lui donner ses galons de maréchal des logis d’ordonnance. C’est sous ce grade qu’elle participera à bien des campagnes, utilisant toutefois sa condition pour pénétrer, sous des habits de paysanne, parmi les lignes ennemies. Elle est donc à Waterloo le 18 juin 1815 et va y avoir la jambe gauche fracassée par un boulet de canon. La blessure est vilaine et nécessite une amputation immédiate. Et ce sont des soldats britanniques qui vont s’occuper d’elle, allant même jusqu’à l’emmener en Irlande pour y bénéficier des meilleurs soins. Elle va y rester six ans, devenant outre-Manche une véritable vedette. Et ce n’est qu’à l’avènement de Charles X qu’elle reviendra en France, devant néanmoins se battre pour obtenir une pension d’ancien combattant.

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37.Les dents de Waterloo !

SAMEDI 11 AVRIL 2015 :

De nombreuses dents furent arrachées dans la bouche des soldats morts sur le champ de bataille de Waterloo. Pour confectionner des dentiers.

C’est le chirurgien de la mâchoire hollandais Gert Schade qui l’affirme : de nombreuses dents furent arrachées dans la bouche des victimes waterlootoises avant qu’elles ne soient ensevelies. Elles étaient destinées à confectionner des dentiers. Ce sont les fameuses « dents de Waterloo », rendues populaires, à l’époque, notamment dans les journaux parce qu’elles remplaçaient avantageusement les dents en os d’animal jusque là disponible mais dont l’odeur était très désagréable. Toutefois, précise l’historien de la dentisterie, elles ne firent pas long feu, les usagers n’appréciant tout compte fait pas trop de mâcher avec les dents d’un défunt. Elles furent très vite remplacées par des dents en porcelaine.

Napoleon-orgLes dents de Waterloo-(Article de RIAUD Xavier )

« Pendant des siècles, il était normal de prélever les dents des soldats sur le champ de bataille. Les temps de guerre ont donc fourni une grosse quantité de ce qui fut connu sous le nom de « Dents de Waterloo ». Comme les soldats décédés étaient jeunes, ces dents étaient généralement d’une qualité légèrement supérieure à celle des dents humaines du circuit habituel (Craft, 2009). »

Ainsi, les dents des soldats morts sur le champ de bataille de Waterloo, le 18 juin 1815, ont été arrachées et utilisées pour la fabrication de dentiers connus sous le nom de « Dents de Waterloo ». Les dents humaines ont été utilisées jusqu’à l’année 1860, et remplacées ultérieurement par des dents en porcelaine (FDI, sans date). Ceci avait été déjà réalisé sur les soldats de la Guerre d’Indépendance américaine (1775-1783). Ces dents ainsi récupérées ont restauré la bouche de nombreux Anglais sous la Régence et encore bien après (Woodforde, 1968 ; Genet & Ruggiu, 2007).

Claudius Ash (1792-1854), fabricant dentaire, installé à Westminster, est issu d’une famille largement impliquée dans l’art dentaire, puisque son père était déjà orfèvre travaillant l’or et l’argent à des fins dentaires. Jusqu’en 1820, les dents des soldats morts sont extraites de leurs bouches et ont contribué à la confection d’appareils dentaires. A partir de 1820, Ash utilise un matériau plus noble : la porcelaine (Woodforde, 1968).

Références bibliographiques :
Craft Naomi, Le petit livre des grandes découvertes médicales, Dunod (éd.), Paris, 2009, p. 35.
Fédération Dentaire Internationale (FDI), sans date.
Genet Jean-Philippe & Ruggiu François-Joseph, Les idées passent-elles la Manche ?, Presses de l’Université Paris Sorbonne, 2007.
Woodforde J., The strange story of false teeth, Routledge & Kegan Paul (ed.), Londres, 1968.

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36. Les lendemains de la bataille

Le champ de bataille de Waterloo (William Turner, 1818, Tate Britain Gallery)

 

VENDREDI 10 AVRIL 2015 :

Nul ne peut imaginer ce que devait être la vision, le son, l’odeur du champ de bataille au lendemain de ce combat titanesque. D’autant plus que, à l’aube du 19 juin, seul un millier de blessés avaient pu être évacués.

La première mission de gens civilisés va donc être de ramasser les blessés ; de les évacuer le plus loin possible. Charriots, voitures, tombereaux des fermiers du coin sont ainsi réquisitionnés, avec la main-d’œuvre, pour transporter les blessés dans les églises, les hôpitaux, les grandes demeures des cités voisines, mais aussi de Bruxelles, Louvain, Malines et même Anvers. Le tout est coordonné par les autorités médico-militaires britanniques et hollando-belges. Il y a cependant une hiérarchie dans le ramassage des blessés. D’abord les vainqueurs, puis les vaincus. Us et coutumes de la guerre obligent. Il y a aussi lieu de mettre, urgemment, un terme aux agissements de pillards, venus détrousser les morts et les blessés. Présent sur le site, le 19 juin 1815, Cavalié Mercer témoigne : « De nombreux paysans s’agitaient, activement occupés à dépouiller les morts et peut-être à achever les malheureux qui respiraient encore. Je vis de ces gens trébuchant positivement sous leur énorme charge de vêtements, etc, qu’ils avaient récoltés. Quelques-uns avaient des armes à feu, des sabres, etc, et beaucoup de gros paquets de croix et de décorations ; tous paraissaient extrêmement joyeux et professaient une haine sans limite pour les Français. » Ce sont des cavaliers brunswickois et prussiens qui reçoivent pour mission de patrouiller et de fusiller, séance tenante, les voleurs pris en flagrant délit. Nombreux sont pourtant les témoignages de pillages proférés par les Prussiens…  Puis, il s’est agi d’ensevelir les morts. Cette tâche ingrate fut demandée aux habitants des environs, réquisitionnés de force. De nombreux témoignages évoquent ce labeur, décrivant les larges fossés creusés pour qu’on y jette, pêle-mêle, les cadavres d’hommes et de chevaux, par couches, entre lesquelles était versée de la chaux-vive. Pour recueillir les cadavres, on attachait à deux forts chevaux une corde garnie de crochets en forme de hameçons. Cette corde était promenée sur le sol, puis, quand elle se trouvait suffisamment garnie, était traînée jusqu’aux fosses communes. Mais il y avait tant de cadavres à enterrer et si peu de terre pour les recouvrir que des témoins racontent avoir vu surgir de ces fosses, tantôt une main, tantôt une jambe, tantôt même un visage. Très vite, on se servit aussi du bois pour brûler les cadavres par petits tas. Mais ce bois, trop vert et en pleine sève, fut rebelle à la flamme, fuma et s’éteignit. On y déversa alors des potées de goudron qui eurent pour effets d’empester le pays et d’aveugler les travailleurs. Un visiteur du site raconte, le 28 juin : « Les bûchers étaient allumés depuis huit jours. Le feu n’était plus alimenté que par la graisse humaine. La dévastation des fermes, l’odeur des cadavres, la fumée épaisse des bûchers qui se répandait sur les arbres abattus formaient une scène d’horreur qui ne s’effacera jamais de ma mémoire. » Un autre évoque, pour sa part, la vision de « tous ces chevaux morts, gisant encore sur le sol, les pattes raides, dans l’attitude où les avaient laissés ceux qui avaient volé leurs fers. »

Mais, contrairement à ce qui a parfois été écrit, le relèvement des blessés et l’enterrement des morts furent toutefois menés rapidement. Le jeudi 22 juin, le travail était terminé. Mais, en juillet, malgré les rapines des paysans du coin, le champ de bataille était toujours couvert à perdre vue d’ustensiles, de  débris de toutes sortes. Et, raconte Hector Fleischmann, une effroyable odeur de charogne et de pourriture infectait encore les vents du ciel et l’horizon de ce tranquille pays retourné à son agreste silence.

Après la bataille

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
Et qui disait: ” A boire! à boire par pitié ! ”
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: “Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. ”
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: “Caramba! ”
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
“Donne-lui tout de même à boire”, dit mon père.

Victor Hugo


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35. Les 300 morts du puits d’Hougoumont

 JEUDI 9 AVRIL 2015 :

Parmi les légendes waterlootoises,celle du puits d’Hougoumont et de ses 300 morts fait partie de celles qui auront la vie la plus longue. Et les auteurs romantiques n’y sont pas étrangers.

Victor Hugo n’a pas lésiné sur l’emphase pour évoquer le sort des victimes des combats d’Hugo-Mont, affirmant que morts et blessés, au nombre de 300, furent jetés dans le puits de la ferme. « Tous étaient-ils morts ? La légende dit non. Il parait que, la nuit qui suivit l’ensevelissement, on entendit sortir du puits des voix faibles qui appelaient », écrit-il dans « Les Misérables ».

Un tel récit, narré dans un des livres les plus lus du XIXème siècle fut, bien sûr, repris à l’envi par de pseudo-historiens et les commerçants de la mémoire.

HougoumontHougoumont

Ce n’est pourtant qu’une légende. Car tout rend invraisemblables ces allégations. D’abord parce que, à l’époque, dans toutes les fermes, le puits était la seule manière de se procurer l’eau indispensable à la vie des hommes et des bêtes. Il était donc entretenu avec grand soin. On ne peut donc imaginer que les paysans chargés de la « toilette » du champ de bataille aient délibérément empoisonné les puits d’eau potable en y jetant des cadavres. D’ailleurs, un témoignage britannique confirme que, le lendemain des combats, des hommes se ravitaillèrent dans le puits non pollué d’Hougoumont. Mais la preuve la plus irréfutable, c’est l’archélogue Derek P.Saunders qui la donna. Effectuant, en 1890 et 1982, des fouilles à grande profondeur dans et autour dudit puits, il conclut que celui-ci n’avait jamais contenu le moindre petit ossement humain. CQFD…

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 34.Les réelles pertes de Waterloo

MERCREDI 8 AVRIL 2015 :

On a souvent exagéré le chiffre des pertes à Waterloo, confondant aisément les morts, les blessés, les fuyards, les disparus, les prisonniers, les chevaux et les canons. Nombreux sont les auteurs à parler de 50.000 morts. La vérité est tout autre.

Même si l’on ne dispose d’aucune statistique officielle, du moins du côté de l’armée française, on peut estimer entre 10 et 11.000 le nombre de soldats morts durant les combats de Waterloo. Les troupes britanniques auraient eu à subir près de 1500 décès ; ses contingents brunswickois, hanovriens, nassauiens et germaniques, près d’un millier et 253 pour l’armée hollando-belge. Les Prussiens de Blücher auraient, eux, perdu 1226 hommes. Et les Français, aux environs de 7000. A ces chiffres, déjà spectaculaires doivent s’ajouter ceux des blessés et des disparus : près de 5000 pour les Britanniques, 8500 pour leurs alliés et près de 20.000 pour les Français. Mais ce ne sont, rappelons-le, que des extrapolations. Et être vivant sur le champ de bataille ne signifiait cependant, pas pour autant, conserver la vie. Ainsi, si le quatrième jour après la bataille, tous les blessés avaient pu être évacués et pansés, la gangrène s’est très vite emparée de bien des membres abîmés. Bon nombre des « sauvés » du 18 juin ne résistèrent guère plus d’une semaine. Particulièrement ceux atteints de lésions abdominales ou thoraciques.

Dans une intéressante étude, le général-médecin Edgard Evrard a comparé les chiffres des pertes subies lors des différentes batailles napoléoniennes. Et, selon lui, Waterloo n’a pas été la plus meurtrière. Loin de là ! Ainsi, estimant à 46.000, le nombre d’hommes mis hors de combat (c’est-à-dire tués ou blessés) à Waterloo, il classe la bataille du 18 juin 1815 à la troisième position des combats les plus meurtriers. Juste derrière Leipzig (110.000 pertes) et la Moskova (90.000 pertes). Mais devant Wagram (42.000 pertes), Essling (40.000 pertes), Eylau (37.000 pertes), Friedland (28.000 pertes) et Austerlitz (26.000 pertes). Et le général-médecin de rajouter : « Si l’on considère le pourcentage des pertes par rapport à l’ensemble des effectifs réellement engagés, il s’élève, pour Waterloo, à 24,43 %. Contre 30% à la Moskova, 29,3% à Eylau, 26,6% à Essling, 21,5% à Leipzig et 13,7% à Austerlitz. »

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 33.Picton et son haut de forme

MARDI 7 AVRIL 2015 :Le général Picton est entré dans la légende waterlootoise, non pour son passé militaire, son grade ou une action héroïque … mais pour les vêtements qu’il portait au moment de tomber au champ d’honneur.Il n’est pas un livre, un film, une illustration consacré aux événements du 18 juin 1815 qui n’évoque la mort, en redingote et haut de forme, de Sir Thomas Picton. Certes, il s’agissait d’un des généraux les plus respectés de l’armée britannique, au passé militaire glorieux. Il avait d’ailleurs joué un rôle considérable dans la campagne d’Espagne, déjà aux côtés de Wellington. Apprenant les mouvements de troupe de Napoléon en territoire belge, c’est en dernière minute qu’il rejoignit la 5ème division d’infanterie qu’il commandait. A un point tel que, sa malle ne lui ayant pas été livrée à temps, c’est en redingote et haut de forme qu’il se présenta au rendez-vous des Quatre-Bras. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que cela lui arrivait. A un point tel que lui et son état-major avait reçu le surnom d’ « équipe des ours déguenillés ».Fougueux, Picton fut blessé aux Quatre-Bras. Mais il dissimula sa blessure sous sa redingote, voulant absolument rester à la tête de ses hommes pour en découdre, le lendemain, avec Bonaparte. Mal lui en prit. Alors qu’il chevauchait non loin de la Haie-Sainte, il prit une balle ennemie en pleine tête et s’effondra. Il avait 56 ans. Son corps, bien que pillé fut récupéré à la fin du combat et ramené à Londres où il eut droit à de belles funérailles. Le National Army Museum de Londres exhibe toujours la balle déformée qui l’a tué … et son haut de forme, devenu, au même titre que le chapeau de Napoléon, un « objet de l’Histoire ».

Musketball that Killed Sir Thomas Picton
Musketball that Killed Sir Thomas Picton
Thomas Picton à Bussaco!

Il a fait mieux à Bussaco, où il commanda ses troupes en portant son bonnet de nuit ! Merci à Dominique Timmermans pour la pertinence!

 

http://www.nam.ac.uk/waterloo200/200-object/musketball-that-killed-sir-thomas-picton/

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 32.Les mots de Cambronne

Cambronne à Waterloo par Armand-Dumaresq Expo Universelle 1867 – Wikipédia

LUNDI 6 AVRIL 2015 :

Rien ne prouve que le général Cambronne ait prononcé à Waterloo les mots qui, de nos jours encore, restent associer à son nom.

Victor Hugo, encore lui, a écrit : « L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, ce n’est pas Napoléon en déroute ; ce n’est pas Wellington pliant à 4 heures, désespéré à 5 ; ce n’est pas Blücher qui ne s’est point battu. L’homme qui a gagné Waterloo, c’est Cambronne ! » Il faisait référence aux répliques historiques mises dans la bouche de ce valeureux général. Pourtant, rien ne prouve que ces mots aient été prononcés, du moins par lui. Cambronne, d’ailleurs, a toujours nié cette légende. Elle serait, en fait, née de la plus d’un journaliste français, un dénommé Bolison de Rougemont qui, dans le Journal général de France daté du 24 juin 1815, aurait écrit, évoquant la glorieuse résistance de la Garde face aux dernières sommations anglaises : « Le général Cambronne a répondu à ce message par ces mots : la garde impériale meurt et ne se rend pas. »

Or, à l’heure où Rougemont écrit ces lignes, il pense que Cambronne, tombé au combat, dans un dernier carré, est mort en héros. Quelques jours plus tard, il va apprendre qu’il n’en est rien et que Cambronne n’assista même pas au dernier assaut, ayant été fait prisonnier par des Hanovriens bien avant la fin du combat. Mais la légende avait pris corps et sa pseudo-réplique largement colportée. Apprenant le vrai destin du général, d’autres plumitifs donnèrent naissance à une autre rumeur : celle que Cambronne aurait répondu aux généraux anglais par un mot beaucoup plus court, en cinq lettres, que seul Victor Hugo eut l’audace (pour l’époque !) de reproduire : Merde ! « Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre », écrira-t-il.

Selon une légende très populaire, commandant le dernier carré de la Vieille Garde à Waterloo, sommé de se rendre par le général britannique Colville, Cambronne aurait répondu :« La garde meurt mais ne se rend pas ! »Puis, devant l’insistance du Britannique, il aurait eu une réponse aussi énergique que concise, aujourd’hui connue comme le « mot de Cambronne », qu’il nia cependant toute sa vie avoir faite, « Merde ! »Sa détermination provoqua l’admiration des Britanniques, qui firent tout pour le capturer. Grièvement blessé, il est en effet fait prisonnier après le massacre des derniers carrés.
 

Plus tard, Cambronne ironisera sur la phrase qui lui a été attribuée :

« Je n’ai pas pu dire « la Garde meurt mais ne se rend pas »,
puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu
».

Toute sa vie durant, Cambronne affirma, avec énergie, qu’il n’était pas l’auteur de ces deux répliques historiques. Des témoins rapportent qu’il s’emportait même, quelquefois avec violence, contre ceux qui voulaient à toute force, et malgré lui, lui faire déclarer qu’il avait dit ce qu’il n’avait pas dit ! La phrase fut d’ailleurs revendiquée par le fils du général Michel, colonel en second des Chasseurs de la Garde. Mais le témoignage de son aide-de-camp démontra que le précité était déjà mort au moment du dernier carré. Il n’aurait donc pas pu la prononcer. Quant au mot en cinq lettres, également réfuté par Cambronne, peut-être parce que, marié à une aristocrate anglaise, il voulait passer pour un homme bien élevé, sans doute a-t-il du résonner un bon millier de fois, dans des milliers de bouche, le 18 juin 1815, entre 11h30 et 22h00 sur le champ de bataille de Waterloo, ainsi que le suggère un autre héros du combat, le général Bachelu.

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 31.Joua-t-on au cricket, la veille de Waterloo ?

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b6/Pelouse_des_Anglais_Plaque.jpg
Plaque commémorative2 du 150e anniversaire de la partie de cricket jouée par des soldats des régiments Anglais la veille de la bataille de Waterloo le 17 juin 1815.

SAMEDI 4 AVRIL 2015 :

Dans le bois de la Cambre, à Bruxelles, une stèle rappelle le souvenir d’un match de cricket qui aurait été joué là, par des militaires britanniques, la veille de Waterloo. Pure légende, à nouveau !

En 1815, à la veille de la bataille de Waterloo, des soldats anglais jouèrent au cricket sur un terrain qui aujourd’hui est une partie du bois de la Cambre (à l’Est de l’avenue de Diane, au Sud de la patinoire). Depuis lors ce gazon porte le nom de Pelouse des Anglais. Une stèle et un chêne commémorent depuis 1965 ce fait sportif historique” (http://fr.wikipedia.org/wiki/Bois_de_la_Cambre).

Installée en 1965, à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la bataille par Sir Roderick Barclay, Ambassadeur de Sa Très Gracieuse Majesté auprès du Roi des Belges, cette petite plaque circulaire de bronze, visible non loin de l’avenue Winston Churchill,  dans la prolongation de l’avenue de la Lisière, près des Jeux d’Hiver semble être née, une fois de plus,  d’une légende. On peut en effet douter qu’on ait vraiment joué au cricket, appelé aujourd’hui « pelouse des Anglais » en juin 1815. Tout simplement, et l’historien Philippe de Callataÿ le confirme, parce que, alors que les auteurs de souvenirs sont toujours friands d’anecdotes, aucun des nombreux militaires ou civils présents à Bruxelles, en juin 1815 et qui ont laissé des mémoires, n’a évoqué un tel épisode. Et, d’autre part, parce que, en 1815, le bois de la Cambre n’était qu’une partie de la forêt de Soignes, son aménagement ne datant qu’au début des années 1860. D’ailleurs, la carte manuscrite de Ferraris, datant de 1777, n’indique, à cet endroit, que des bois et pas la moindre clairière. Et puis, le site était également loin du centre-ville où étaient stationnés les militaires britanniques.

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 30. L’insomnie gantoise de Louis XVIII

 

VENDREDI 3 AVRIL 2015 :

Réfugié à Gand, le Roi Louis XVIII a vraiment cru que Napoléon allait prendre Bruxelles et rejoindre au plus vite la cité des comtes de Flandres.

Contrairement à ce que pouvait laisser entrevoir les « Mémoires d’Outre-Tombe » de Chateaubriand, Gand, dans les jours qui précédèrent la bataille de Waterloo, n’avait évidemment cet aspect calme des campagnes prospères favorisant la méditation et les songes. Y exilés, le Roi  Louis XVIII et sa Cour, Chateaubriand compris s’étaient préparés au pire.

Gravure privée – Voir article :http://napoleonbonaparte.be/2015/03/les-cent-jours-le-20-mars-1815/

Dès le 17 juin, des fourgons avaient pris la direction d’Anvers, emmenant, sous bonne escorte, les diamants de la couronne, l’argenterie et les réserves en or de la Maison du Roi. Ordre avait été donné, en cas de victoire napoléonienne, de faire passer le tout en Angleterre. Les voitures du Roi avaient également été attelées, prêtes à fuir. On raconte même que, la nuit du 18 au 19 juin 1815, fut l’une des seules nuits de la vie du roi où il ne serait pas couché. Il est vrai que toutes les rumeurs circulèrent dans la ville. Et ce n’est que vers 7h00 du matin qu’une lettre de Pozzo di Borgo, annonçant la victoire de Waterloo, a pu le rassurer.

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 29.L’imagination débordante de Chateaubriand

JEUDI 2 AVRIL 2015 :

L’écrivain François-René de Chateaubriand a aussi raconté, à sa manière, les combats du 18 juin 1815. Mais il était à soixante kilomètres du front.

Dans la troisième partie du livre 23 de ses célèbres « Mémoires d’outre-Tombe », Chateaubriand décrit la bataille comme s’il y était, évoquant les tirs d’artillerie. « Auditeur silencieux et solitaire du formidable arrêt des destinées, écrit-il toutefois, j’aurais été moins ému si je m’étais trouvé dans la mêlée : le péril, le feu, la cohue de la mort ne l’eussent pas laissé le temps de méditer ; mais seul sous un arbre, dans la campagne de Gand, comme le berger des troupeaux qui paissaient autour de moi, le poids des réflexions m’accablait… »

Mémoires d
Mémoires d’Outre-tombe ([Numérisé en mode texte]) / Chateaubriand
Source: gallica.bnf.fr

C’est fort, c’est beau, c’est romantique. Mais aussi romancé. Il s’avère en effet qu’il était quasi impossible à l’écrivain d’entendre à Gand le bruit de la canonnade de Waterloo. Tout simplement, et le commandant Lachouque le confirme, parce que le vent venait de l’Ouest. Même à Hal, beaucoup plus proche des combats, le prince Frédéric d’Orange l’a à peine perçu.

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28.Le chemin creux :un gouffre légendaire?

MERCREDI 1er AVRIL 2015 : 

Une autre légende a été colportée par Victor Hugo : celle du chemin creux, devenu un gouffre pour le corps de cavalerie de Milhaud.

Dans « Les Misérables », Hugo est on ne peut plus dithyrambique lorsqu’il évoque le chemin creux d’Ohain, évoquant un ravin béant, broyant cavaliers et chevaux, n’en faisant qu’une seule chair, devenant le tombeau d’un tiers de la brigade Dubois.

Tout à coup, chose tragique, à la gauche des Anglais, à notre droite, la tête de colonne des cuirassiers se cabra avec une clameur effroyable. Parvenus au point culminant de la crête, effrénés, tout à leur furie et à leur course d’extermination sur les carrés et les canons, les cuirassiers venaient d’apercevoir entre eux et les Anglais un fossé, une fosse. C’était le chemin creux d’Ohain.

“L’instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double talus; le second rang y poussa le premier, et le troisième y poussa le second; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient sur la croupe, glissaient les quatre pieds en l’air, pilant et bouleversant les cavaliers, aucun moyen de reculer, toute la colonne n’était plus qu’un projectile, la force acquise pour écraser les Anglais écrasa les Français, le ravin inexorable ne pouvait se rendre que comblé, cavaliers et chevaux y roulèrent pêle-mêle se broyant les uns sur les autres, ne faisant qu’une chair dans ce gouffre, et, quand cette fosse fut pleine d’hommes vivants, on marcha dessus et le reste passa. Presque un tiers de la brigade Dubois croula dans cet abîme.” . livresse.com/Livres-enligne/lesmiserables/020109.shtml

Le récit est à ce point puissant, frémissant même et tellement beau que peintres et écrivains s’emparèrent de l’épisode, le faisant artistiquement entré dans l’Histoire. Pourtant, il ne s’agit que d’une légende.

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Le chemin creux par HTE BELLANGE 1865

Si le chemin creux a bel et bien existé, s’il a bel et bien surpris quelques cuirassiers de Milhaud, il n’a jamais été le gouffre de toute une brigade. Car l’attaque de la cavalerie française, menée à travers champs détrempés et encombrés déjà de débris ne fut pas un galop. Avant même d’arriver au talus fatal, le charge avait perdu son efficacité. D’ailleurs, aucun témoin, ni du côté britannique, ni du côté français ne fait allusion à cet épisode sanglant qui eût dû marquer les mémoires. Aucun des officiers-généraux qui conduisaient cette charge ne fut tué ou blessé … alors que, selon le récit hugolien, ils auraient dû périr les tout premier. Le grand historien Henry Lachouque est encore plus cinglant à l’égard de la description de Victor Hugo : « Sachant que les centaines de mètres de remblai du chemin se voyaient de la position de départ, il aurait fallu que Ney, Milhaud, Wathier, Delort, les quatre brigades, les huit colonels fussent devenus simultanément aveugles ou stupides. »

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 27.La Morne Plaine de Victor Hugo. Pas si morne !

MARDI 31 MARS 2015 :

Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne Plaine ! Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine, Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons, La pâle mort mêlait les sombres bataillons.

Victor Hugo a, pour l’éternité, qualifié le site de Waterloo. Pourtant, lorsqu’il coucha sur le papier ces vers historiques issus des « Châtiments », Victor Hugo n’a jamais vu Waterloo. Il est, en fait, sur l’île de Jersey. Nous sommes en 1852. Il lui faudra encore attendre neuf ans pour qu’il se décide à visiter ce champ de bataille qui le hante depuis l’âge de treize ans mais qu’il s’était juré de ne voir qu’au moment où « un souffle nouveau venu de France aura jeté bas ce lion flamand à qui Saint Louis avait déjà arraché les ongles, les dents, la langue et la couronne, et aura posé sur son piédestal un oiseau français quelconque, aigle ou coq, peu m’importe. »

Sur place, de mai à juillet 1861, au cours de longues promenades quotidiennes, il doit se rendre à l’évidence : Waterloo n’a rien d’une « morne plaine ». Dans « Les Misérables », qu’il y rédige, il en fait d’ailleurs une tout autre description : « Quant à la plaine en elle-même, qu’on se représente un vaste terrain ondulant ; chaque pli domine le pli suivant, et toutes les ondulations montent vers Mont-Saint-Jean, et y aboutissent à la forêt. »

Pourtant, en 1861, le champ de bataille n’a déjà plus la topographie qu’il avait en 1815. La crête de Mont-Saint-Jean a été quelque peu rabotée par l’enlèvement des terres nécessaires à la construction de la butte du Lion.  En réalité, le site de Waterloo est, en 1815, particulièrement accidenté. Entre la position française, non loin de la Belle-Alliance et celle des alliés, juste derrière la Haie-sainte, la dénivellation était de plus de quinze mètres. Ce relief du sol, loin d’être morne et plane a, sans aucun doute, donné l’avantage aux troupes de Wellington. Il a favorisé son artillerie et permis, grâce à la contre-pente, à l’arrière de la crête, de mettre le plus gros de ses troupes à l’abri.

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LUNDI 30 MARS 2015 :

26.Les invités belges du bal de la duchesse de Richmond

Quelques représentants de l’aristocratie belge participèrent au bal historique, donné par la duchesse de Richmond.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c6/Joseph-van-der-Linden-d%27Hooghvorst-.jpg
bourgmestre van der Linden d’Hoogvoorst

 

Outre le bourgmestre van der Linden d’Hoogvoorst, la liste des invités comporte les noms des ducs et princes d’Arenberg, du duc Frédéric de Beaufort-Spontin, accompagné de sa fille, du duc et de la duchesse d’Ursel, du comte Maximilien van der Noot et de la marquise d’Assche, du comte et de la comtesse d’Oultremont, accompagnés par leurs fille et par la comtesse douairière, du comte et de la comtesse de Liedekerke-Beaufort, du comte et de la comtesse Auguste de Liedekerke et leur fille, du baron van der Capellen, du général baron Vincent, des barons et baronnes E. et C. d’Hooghvoorst, du général d’Oudenaarde, du baron de Tuybe, … Certains de leurs descendants ont entretenu la légende.

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 25.Le bal non suspendu de la duchesse de Richmond

SAMEDI 28 MARS 2015 :

Le bal de la duchesse de Richmond est sans doute l’événement mondain nécessaire au casting de la légende waterlootoise. Mais les auteurs romantiques … et les cinéastes l’ont enjolivé et truffé d’anecdotes.

Le tout et son contraire ont, en effet, été écrits sur cette soirée du 15 juin 1815. A commencer par l’endroit où le bal s’est tenu, (dans un salon de la rue de la Blanchisserie qui s’étend de la rue des Cendres à la rue du Marais,  qui fut  transformé en un institut, correspondant « à la clinique Sainte-Elisabeth, à Bruxelles,  (« Souvenirs de mon vieux Bruxelles », Servais, p. 218), les noms et le rang de ses invités, en passant par son déroulement, l’arrivée d’une dépêche en provenance du front, le comportement des officiers à l’annonce du contenu de cette missive ou les œuvres musicales qui y auraient été jouées. En fait, conscients d’avoir été présents à l’”événement” ayant précédé la bataille, voulant sans doute aussi se faire valoir, la plupart des convives se sont répandus en témoignages souvent imprécis, parfois tout à fait inexacts, pour ne pas dire volontairement faussés.

Une chose est sûre : c’est bien l’élite de la communauté britannique installée à Bruxelles, de la noblesse belge, du monde diplomatique et des états-majors des armées alliées qui avait répondu à l’invitation de la duchesse. Un peu plus de 200 personnes étaient présentes… dont seulement 53 dames ou demoiselles. Ce qui met déjà à mal les descriptions romantiques de Byron. Le bal aurait débuté entre 21 et 22 heures. Wellington, déjà averti de l’approche française y serait apparu vers 23h30. Pour faire plaisir à la maîtresse des lieux mais aussi, fort probablement, pour rassurer la bonne société quant aux menaces d’entrée de Bonaparte dans Bruxelles. Quelques minutes plus tard, tous passèrent à table. C’est donc au moment où les invités dégustaient un repas dont le menu, curieusement, est resté inconnu qu’un valet remit, discrètement, au Prince d’Orange, un pli en provenance du général de Constant Rebecque. En en prenant connaissance, le fils du Roi de Hollande va vivement rougir, racontent des témoins. Il va s’approcher du duc pour, toujours discrètement, lui communiquer la teneur de la lettre. Flegmatique, Wellington va appeler à lui l’un de ses officiers, lui demandant de porter à l’état-major l’ordre de faire avancer de deux heures le départ de la réserve générale … avant de se rasseoir. Comme si de rien n’était. On est donc loin de la panique générale, évoquée dans les films et dans les romans. D’ailleurs, racontent des témoins, les danses reprendront à l’issue du dîner. Et tant Wellington que le Prince d’Orange assisteront à celles-ci, évitant soigneusement de donner le moindre signe d’inquiétude. Ce n’est qu’entre 2 et 3 heures du matin que Wellington prit congé de ses hôtes, laissant à ceux-ci et aux autres invités le soin de créer des légendes. Telle cette anecdote qui voudrait que le Duc de Brunswick, ayant le sentiment de sa mort toute proche, aurait laissé tomber le jeune prince Eugène de Ligne qu’il avait pris sur ses genoux. Ou encore cette autre histoire inventée de toute pièce qui voudrait qu’on ait réveillé l’une des petites-filles du duc de Richmond afin qu’elle attache l’épée de Wellington au moment du départ.

Le bal de la duchesse de Richmond est donc entré dans la légende. Même William Makepeace Thackeray s’en est inspiré pour rédiger son plus célèbre roman, « Vanity Fair », dépeignant, non sans critique, la Société anglaise de la première moitié du XIXème siècle.  Un bal qui sera aussi le dernier de plusieurs de ses prestigieux invités. Et là, ce n’est pas une légende. Trois jours plus tard, douze de ses participants n’étaient plus de ce monde. Et vingt-sept autres portèrent, toute leur vie durant, les séquelles du plus grand des combats auxquels ils participèrent.

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 24.Le faux observatoire de Napoléon

observatoire Napoléon

http://s6.photobucket.com/user/antoinelazou/media/NapoobservatoireWaterloo.jpg.html

VENDREDI 27 MARS 2015 :

Nombreuses sont les gravures anglaises à faire apparaître, sur la ligne française, un échafaudage en bois, haut de quinze mètres et présenté comme étant l’observatoire de Napoléon. Une pure invention !

Pourtant l’Empereur aurait pu fréquenter les lieux. Car l’échafaudage que l’on voit apparaître sur bien des cartes et gravures a bel et bien existé. Situé aux abords du bois du Caillois, aux confins des territoires de Plancenoit et de Braine-l’Alleud, il avait été construit en 1814 par des ingénieurs hollandais pour qu’ils puissent mener des opérations géodésiques. Du sommet de cette tour branlante, haute de quinze mètres, la vue, dit-on, s’étendait sur un espace immense, particulièrement dans la direction du nord. Donc sur le champ de bataille. S’il y était monté, Napoléon aurait pu aisément apercevoir et comprendre le positionnement des troupes alliées. Mais il n’y vint pas. D’ailleurs, aucun membre de son entourage n’a évoqué la présence d’une telle tour ou d’une ascension impériale de celle-ci.  En fait, une fois n’est pas coutume, ce sont des anciens combattants britanniques qui ont colporté cette légende. Le 17 juin 1815, se repliant après les combats des Quatre-Bras, les troupes de Wellington n’ont pas vraiment vu cet échafaudage, caché par le bois voisin, mais aussi par un ciel couvert et pluvieux. Ce n’est donc qu’au petit matin du 18 juin qu’ils découvrirent, au loin, ladite tour, croyant même qu’elle avait été construite par les Français durant la nuit. De là à rajouter que l’Empereur s’y serait tenu, tout au long des combats, la longue vue à la main, il ne fallut qu’un pas que bien des soldats-témoins n’ont pas hésité à franchir. Et c’est sur base de leurs récits que les artistes ont ainsi repris l’édifice sur leurs tableaux relatifs à la bataille, lui donnant le statut d’observatoire de Napoléon. Dans l’Histoire, d’ailleurs, cette légende a connu une longévité bien plus grande que dans la réalité. Violé par les vents, à moitié pourri par les pluies, l’observatoire finit, en effet, par s’écrouler. En 1816 !

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 23.Les fraises tant aimées de Grouchy

JEUDI 26 MARS 2015 :

S’il est un homme qui s’est vu, deux siècles durant, rendu responsable de la défaite de Waterloo, c’est bien Grouchy. Soit disant pour son goût trop prononcé pour les fraises.

Napoléon n’a pas été tendre avec le marquis de Grouchy. Déjà victime de la vindicte populaire, accusé d’être un homme faible, manquant d’énergie, incapable de prendre une décision, de commander, voire même d’être un traître, l’Empereur en rajouta une couche, dans ses mémoires de Sainte-Hélène, lui faisant endosser une grande part de responsabilité dans l’échec waterlootois. Il lui fallait un bouc-émissaire. La réalité est pourtant tout autre.

Après sa victoire à Ligny, Napoléon avait en effet chargé Grouchy de poursuivre les Prussiens. Il voulait à tout prix l’éloigner de l’armée de Wellington. Mal informé, pensant que l’ennemi se trouvait aux abords de Namur et donc très éloigné du prochain champ de bataille, Grouchy fit escale à Walhain et y déjeuna avec le notaire du coin. En réalité, il ne s’était pas rendu compte que le petit corps de Thielman qu’il avait en vue cachait en fait une contre-marche de Blücher vers Waterloo. Il en était au dessert, un savoureux plat de fraises, quand surgit le général Gérard, l’informant qu’on entendait le bruit d’une canonnade au lointain et le suppliant de réagir, de marcher vers l’ouest. Grouchy estima qu’il ne s’agissait que d’une affaire d’arrière-garde et qu’il y avait lieu de respecter les ordres de l’empereur, à savoir poursuivre Blücher pour empêcher sa jonction avec l’armée anglaise. Et, malgré l’insistance de Gérard, il redemanda même un autre plat de fraises, entrant dans l’Histoire au travers de ce détail gastronomico-historique. A tel point qu’il va totalement effacer, pour la postérité, non seulement sa carrière militaire mais aussi la retraite magistrale qu’il réussira à gérer, au lendemain de Waterloo, réussissant à ramener en France ses deux corps d’armée, sans abandonner ni ses blessés, ni ses canons à l’ennemi. Seul Jérôme Bonaparte lui rendra hommage, écrivant, en 1824, que son absence à Waterloo avait tout compte fait été préférable car, présentes, ses troupes auraient subi le sort du reste de l’armée française.

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 22.La trahison de Bourmont

MERCREDI 25 MARS 2015 :

Le lieutenant-général de Bourmont a aussi été rendu responsable de la défaite et même accusé de trahison par l’Empereur. Il aurait d’ailleurs, selon ce dernier, informé les Prussiens de ses plans de combat. Le doute demeure.

Louis-Auguste-Victor de Ghaisne, comte de Bourmont occupait, durant la campagne de Belgique, le commandement de la 14ème division d’infanterie. Militaire à l’ancienne, il s’était révélé aux yeux de l’Empereur lors des batailles de Lützen et de Leipzig. Ancien chouan, royaliste, c’est tout naturellement qu’il avait rejoint Louis XVIII lors de la Restauration. Mais il n’avait pu résister à l’appel de l’Empereur, probablement poussé par son ami, le général Gérard. Sur la route de Waterloo, Bourmont eut toutefois des remords. Alors qu’il s’approchait de Charleroi, il préféra quitter son corps d’armée. Sur la suite des événements, les témoignages divergent. Pour les uns, il aurait rejoint Louis XVIII à Gand. Pour d’autres, dont Napoléon, il se serait rendu chez les Prussiens avec plusieurs membres de son état-major. On a même raconté qu’il aurait révélé les plans de campagne de l’Empereur. Selon son biographe, Gustave Gautherot, il est toutefois impossible que Bourmont ait pu livrer des plans à l’ennemi. Tout simplement parce qu’il n’avait pas encore reçu ses ordres pour la journée au moment où il quitta son poste. Néanmoins, certains rapports prussiens font état du fait que le corps de Bourmont était composé de 20.000 hommes et cantonné entre Philippeville et Florennes. Bourmont aurait donc un peu parlé.

Toutefois, pour reprendre l’analyse de l’historien Kees Schulten, les renseignements que, le cas échéant, il aurait pu donner aux Prussiens auraient été de peu d’influence sur le cours des événements. Vingt ans plus tard, amené à témoigner, Wellington l’attestera. Toujours est-il que la défection de Bourmont fit, sur le plan organisationnel, perdre quelques heures à la division. Plus grave fut, également, l’atteinte qu’elle porta au moral des troupes. Cette désertion inattendue suscita en effet bon nombre de questionnements, de doutes aussi. Elle fut d’ailleurs suivie par d’autres défections.

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 21.La faute à Soult ou à Berthier ?

 

MARDI 24 MARS 2015 :

Les Napoléonphiles et Napoléon lui-même n’ont eu de cesse à trouver des responsables à la défaite de Waterloo. Parmi ceux-ci, Soult et Berthier.

C’est un concours de circonstances qui a fait que le maréchal Soult a dû remplir les fonctions de chef d’état-major lors de la campagne de Belgique. Il était certes un excellent soldat, aux campagnes glorieuses. Mais ses différents revirements, ses agissements comme éphémère ministre de la guerre de Louis XVIII avaient fait de lui un homme contesté, notamment par les généraux Drouet d’Erlon ou Exelmans, qui ne lui firent aucun cadeau. Et puis, il n’avait aucune expérience de la fonction. Mais Napoléon n’avait pas eu d’autres choix, ses autres maréchaux étant restés à Paris ou ayant disparu,… En fait, les plus belles victoires de l’Empereur, comme celles de Marengo, d’Austerlitz, d’Iéna ou de Wagram avaient été marquées par la présence, à ses côtés, de Louis-Alexandre Berthier. L’homme était passé maître dans l’art d’interpréter les ordres de son chef et de les transmettre aux officiers chargés de les exécuter. Il était, il est vrai, le seul à pouvoir rapidement déchiffrer l’écriture presque illisible de l’Empereur et était doté d’une grande résistance à la fatigue et d’une mémoire phénoménale, jamais prise en défaut. Il était aussi l’un des rares à partager, en campagne, la voiture de l’Empereur, débattant avec lui de ses plans de bataille. Napoléon l’avait d’ailleurs largement récompensé, lui offrant le titre de prince de Wagram ainsi que la dignité de Maréchal d’Empire. Il avait toutefois eu la faiblesse de rejoindre Louis XVIII aux lendemains des adieux de Fontainebleau. Mal aimé à la Cour, soupçonné d’être resté complice avec l’Empereur, il s’était toutefois retiré dans la demeure de son beau-père, en Bavière, en proie à de cruelles angoisses. Et il se mit à boire. Le 1er juin 1815, alors qu’on annonçait l’arrivée d’un corps de cavaliers russes dans son petit village, il monta au troisième étage du château, se pencha par la fenêtre et tomba. Certains historiens ont parlé d’un suicide. D’autres sources ont évoqué un assassinat par une société secrète. Certains pensent encore à un simple accident, causé par son ivresse.

Plus tard, à Sainte-Hélène, l’Empereur commenta la mort de son ex-bras droit : « Il était des plus grands et des plus précieux pour moi ; nul autre n’eût pu le remplacer », dicta-t-il à Las Cases. Mais personne ne peut affirmer que le sort de la bataille de Waterloo aurait été différent s’il avait été là !

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 20.Un God save the king en l’honneur des Anglais ?

 LUNDI 23 MARS 2015 :

Plusieurs auteurs ont affirmé que, lors de la rencontre entre Wellington et Blücher, des musiciens prussiens auraient joué le « God save the King » en l’honneur de leurs alliés britanniques.

Le grand historien français Henry Houssaye a été le premier à évoquer cette anecdote. Recopié à de multiples reprises par de pseudo-historiens, son récit est, au fil des ans, devenu une affirmation. Il est, cependant, impossible d’affirmer ou d’infirmer qu’on ait effectivement ou non joué cette partition au soir de la bataille. En revanche, si tel avait été le cas, ce ne fut probablement pas en l’honneur de Wellington et de ses troupes. Il faut, en effet, savoir que l’hymne en question (ou du moins le chant patriotique préféré des Anglais puisque, officiellement, le Royaume-Uni n’a pas d’hymne !)  a beaucoup voyagé. Il pourrait même avoir des origines françaises, voire danoises avant d’aboutir à Berlin. On a d’ailleurs retrouvé une partition de 1793, signée Balthazar Gerhard Schumacher, intitulée « Berliner volksgesang » et reprenant la mélodie en question. Dédiée au roi Frédéric-Guillaume II de Prusse, elle eut tant de succès qu’elle devint très vite l’hymne national prussien, sous le titre « Heil Dir in Siegenkranz », mais aussi, très vite après, de la Bavière de la Saxe, du Wurtemberg, de la Hesse et des duchés de Bade, d’Anhalt ou de Mecklembourg-Schwerin. C’est donc leur propre hymne que les  musiques militaires prussiennes interprétèrent, si l’information se confirme, au soir de la bataille. Rien à voir donc avec un quelconque hommage aux alliés !

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 19.Où se sont réellement rencontrés Blücher et Wellington ?

SAMEDI 21 MARS 2015 :

Une image a traversé les siècles. Celle de Wellington saluant Blücher devant la façade latérale de la ferme de la Belle-Alliance. Le vainqueur britannique de Waterloo a pourtant, par écrit, contesté cette version des faits.

Wellington a toujours été généreux à l’égard des auteurs ou historiens qui souhaitaient conter sa victoire. Il répondait volontiers aux courriers qui lui étaient adressés, apportant des précisions sur l’un ou l’autre fait de campagne. En fait, il n’a eu de cesse à combattre les contrevérités relatives à « sa » bataille. En juin 1816, il écrit : « Parmi ces contrevérités, il en est un exemple remarquable : l’histoire d’une rencontre entre le maréchal Blücher et moi à la Belle-Alliance (…)  Il se fait que cette rencontre a eu lieu après dix heures du soir dans le village de Genappe ; et quiconque voudra décrire avec vérité les opérations des différentes armées verra qu’il ne pouvait pas en être autrement. »

Bien plus tard, alors qu’il était à nouveau interrogé sur cette fameuse rencontre au cours d’un repas officiel, Wellington donna l’ultime précision : « Nous étions tous deux à cheval. Néanmoins, il me donna l’accolade et m’embrassa en s’exclamant : « Mein liebe kamerad ! Quelle affaire ! » Ce qui était à peu près les seuls mots en français qu’il connaissait ! »

Mais si la rencontre entre les deux vainqueurs de Waterloo a bel et bien eu lieu, reste à savoir où elle s’est réellement déroulée. Si l’on en croit un témoin privilégié, le général de Constant-Rebecque, elle a dû avoir lieu entre le Caillou et la Maison du Roi alors que Wellington revenait d’une escapade vers Glabais et que Blücher arrivait de Plancenoit. L’échange dura une dizaine de minutes. Il devait être plus ou moins 22h30.

Alors, pourquoi cette légende ? Sans conteste pour la valeur symbolique de la Belle-Alliance, qui arrangeait bien les auteurs romantiques. Et parce que le propriétaire de la ferme s’était empressé d’apposer sur sa façade une plaque de marbre relatant le pseudo-événement. De quoi attirer l’attention des touristes et donc d’internationaliser la réputation du lieu. Et cela marcha, du moins temporairement.

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 18.La véritable histoire de la Belle-Alliance ?

VENDREDI 20 MARS 2015 :

Certains auteurs affirment que la ferme de la Belle-Alliance doit son nom au fait que c’est là que Blücher et Wellington se seraient rencontrés, au soir du 18 juin 1815, pour célébrer leur victoire. L’histoire de la ferme et de sa dénomination est pourtant tout autre. Et très originale.

Construite en 1765, cette petite ferme, idéalement bâtie le long du « chemin des Wallons » était, en fait, un relais pour les voituriers qui transportaient, à l’époque, la houille de Charleroi vers Bruxelles. A l’époque, ce trajet se faisait en deux jours. Il était hors de question de pénétrer, la nuit, dans la forêt de Soignes, véritable repère de brigands. Elle avait été bâtie par un certain Joseph Monnoie, qui n’eut pas l’occasion d’en profiter, expirant dans l’année. Sa veuve, Barbe-Marie Tondeur ne resta pas inconsolable très longtemps. Un an plus tard, elle se remariait avec un fermier de Plancenoit, Jacques Dedave. Mais ce nouveau mariage ne fut pas plus long. Redevenue veuve, la fermière épousa, en 1770, un certain Jean-Jacques Delbauche, bien plus jeune qu’elle et qui, cette fois, lui survivra.

Selon la tradition orale, recueillie à l’époque de la bataille de Waterloo, notamment par l’écrivain Walter Scott, le nom de Belle-Alliance aurait été donné à la ferme par dérision, soit en souvenir de la jeunesse de la fermière par rapport à son premier mari, soit pour se moquer de son troisième mariage qui l’aurait unie à son jeune valet de ferme. D’où la belle alliance pour ledit valet.

Une chose est sûre, l’appellation de la ferme était déjà bien ancrée dans la région avant le 18 juin 1815.

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 17.Waterloo, Mont-Saint-Jean ou Belle-Alliance ?

 

JEUDI 19 MARS 2015 :

Près de deux siècles après l’événement, certains se battent encore pour contester l’association du nom de Waterloo avec les combats de 1815. Pour eux, la bataille aurait dû porter le nom de Mont-Saint-Jean, de Belle-Alliance, voire de Plancenoit ou de Braine-l’Alleud.

En réalité, trois appellations ont circulé pour dénommer la bataille du 18 juin 1815. Les Français, par exemple, l’ont tout de suite appelée « Bataille de Mont-Saint-Jean ». Mais pas très longtemps, Napoléon lui-même traitant, dès Sainte-Hélène, de la bataille de Waterloo. Côté prussien, le nom de la « Bataille de la Belle-Alliance » résista plus longtemps. Plus ou moins cinquante années. On trouve son origine dans le rapport du chef d’état-major de Blücher, le comte von Gneisenau.  C’est à Wellington que l’on doit l’appellation officielle des combats. Alors que, au soir de la bataille, chevauchant aux côtés de Wellington, le général Constant de Rebecque lui suggérait de donner à la bataille le nom de Mont-Saint-Jean, le vainqueur britannique imposa Waterloo. C’est d’ailleurs dans une auberge, au centre de la petite bourgade, qu’il avait établi son quartier-général. C’est là qu’il entama la rédaction de son rapport et qu’il le data, faisant ainsi passer Waterloo à la postérité. Mais contrairement à ce qui se répand, Waterloo n’a pas volé sa bataille. Territorialement, le Champ de bataille s’étend, dans sa partie classée, pour 49% sur le territoire de l’actuelle commune de Lasne, pour un peu plus de 29 % sur le territoire de Waterloo et pour 21% en terres brainoises où se situent, c’est incontestable, des monuments aussi prestigieux que la butte du lion, le panorama de la bataille, le nouveau mémorial et la ferme d’Hougoumont.

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 16.Un chef d’état-major suisse pour les Hollando-belges

 

MERCREDI 18 MARS 2015 :

Le bras-droit du Prince d’Orange à Waterloo, le général Jean-Victor de Constant-Rebecque n’avait aucune racine batave. Il était … suisse.

C’est en effet à Genève que celui qui deviendra le premier patron de l’armée hollandaise, apparenté avec Benjamin Constant vit le jour en 1773. Et sa carrière fut tout ce qu’il y a de plus internationale. Il la débuta, comme garde suisse, au service du Roi de France. Ayant lutté contre la Révolution française et l’arrivée au pouvoir des Bonaparte, il se mit ensuite au service des cantons suisses, puis des Provinces-Unies, ensuite des Prussiens avant de rejoindre l’Etat-Major de Wellington durant les Guerres d’Espagne. Son rôle dans la bataille de Vittoria ne passa pas inaperçu. Promu lieutenant-colonel dans la Légion d’Orange-Nassau, chargé de la formation du Prince d’Orange, intégré dans l’Etat-Major de l’armée alliée durant les Cent Jours, il joua un rôle non négligeable lors du combat des Quatre-Bras. Après Waterloo, c’est à lui que le jeune Royaume des Pays-Bas confia son armée. Il quitta ses fonctions en 1837, non sans avoir eu à vivre la Révolution belge de 1830, pour se retirer en Silésie. C’est là que ce véritable globe-trotter des armées décéda en 1850. Le Musée Wellington à Waterloo a gardé de lui un souvenir exceptionnel : sa malle de campagne. Au travers du luxe de son contenu, on peut y découvrir une autre manière de faire la guerre. Bien loin des bivouacs des soldats.

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 15.Napoléon a-t-il voulu négocier avec Blücher ?

 

MARDI 17 MARS 2015 :

Après sa semi-victoire de Ligny, Napoléon a pensé négocier avec Blücher. Espérant séparer les alliés, Il aurait imaginé que les Prussiens puissent abandonner le combat.

On l’a dit et répété, en envahissant la Belgique, Napoléon n’a eu de cesse d’essayer de séparer les Anglais de leurs alliés prussiens. Jusqu’à imaginer qu’un des alliés puisse abandonner le combat. Profitant de la déroute des troupes de Blücher à Ligny, il a un instant, mais un instant seulement, pensé que le moment était venu pour le vieux maréchal de recevoir un de ses émissaires. Il ignorait pourtant tout de la chute dont avait été victime son plus vieil ennemi. Tout au plus pensa-t-il qu’il était atteint au moral …

En fait, l’idée lui vint, à la Ferme d’En Haut, à l’issue des premiers combats de Ligny, le 16 juin 1815. S’adressant à un groupe de prisonniers prussiens, Napoléon déclara qu’il n’en voulait pas à ses adversaires. « Au contraire, clama-t-il, je ne désire que la Paix ! ». Puis, découvrant la présence parmi les prisonniers du baron Ludwig Adolf von Lutzow,  il donna l’ordre à son Etat-Major d’essayer d’obtenir, par son intermédiaire, un contact avec Blücher.

Lutzow, il est vrai, était loin d’être un inconnu, voire un second couteau. Particulièrement remarqué au sein de son corps franc lors de la campagne de 1813, il commandait, à Ligny, une brigade de cavalerie de ligne.

C’est le général Bertrand qui fut chargé de négocier cette rencontre. Il promit donc à Lutzow un traitement de faveur s’il acceptait de mener un parlementaire français aux avant-postes prussiens. Le refus fut cinglant, Lutzow ajoutant fièrement que son chef se serait, de toute façon, jamais prêté à une telle entrevue et, a fortiori, à une quelconque négociation. D’ailleurs, avant son départ pour la Belgique, on sait que Blücher avait été mis en garde par le Roi Frédéric Guillaume III de Prusse. Tout contact avec l’ennemi lui était formellement interdit. L’esprit du Congrès de Vienne devait être maintenu. Coûte que coûte !

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 14.Napoléon était-il malade à Waterloo ?

 

LUNDI 16 MARS 2015 :

Certains auteurs prétendent que, souffrant des hémorroïdes, Napoléon aurait, une heure durant, quitté la bataille pour rejoindre son quartier général. Encore une légende !

Que Napoléon n’était pas en grande forme à Waterloo, c’est une évidence. Qu’il ait souffert d’hémorroïdes, ce l’est tout autant. On peut même confirmer qu’il a ressenti de fortes douleurs au ventre, probablement due à des problèmes de dysurie ou de calculs aux reins. Témoin privilégié, le propriétaire de la ferme du Caillou a toujours affirmé qu’il avait vu l’Empereur « gêné dans ses mouvements », « embarrassé dans sa démarche » et « écartant souvent les jambes ». Mais qu’il ait quitté le champ de bataille, vers 15h00, pour rejoindre son QG afin de s’appliquer une lotion relève de l’invention pure. Une analyse minutieuse des notes et mémoires de ses plus proches collaborateurs permet de mettre fin à cette légende. Ni le baron Fain, ni Fleury de Chaboulon, ni le commandant Duuring et encore moins le fidèle Marchand, restés toute la journée au Caillou n’ont signalé un tel retour de l’Empereur. Si cela avait été le cas, ils en auraient, à coup sûr, parlé.

On a aussi raconté que, ne trouvant pas le sommeil, Napoléon avait, toute la nuit durant, parcouru le champ de bataille de long en large. Les témoignages de ses plus proches collaborateurs l’infirment. Fatigué, mal portant, il serait arrivé au Caillou ; aurait attendu ses malles ; se serait fait tirer les bottes qu’on eut du mal à lui ôter tant elles étaient détrempées ; se serait mis au lit et y aurait dîné. Une chose est sûre : ses problèmes de selle auraient eu pour répercussions que Napoléon ne put se multiplier comme il avait l’habitude de le faire sur les champs de bataille, où sa présence répandait partout la vie et l’émulation. Ce qui eut, sans conteste, un impact sur l’ambiance du combat. Et sur l’ardeur de ses troupes !

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 13.Où était le futur Léopold Ier ?

 

SAMEDI 14 MARS 2015 :

Bien présent dans les guerres napoléoniennes, le premier Roi des Belges a raté le rendez-vous de Waterloo.

Si Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha-Saafeld, futur Roi des Belges a bel et bien combattu les troupes napoléoniennes, il n’était pas à Waterloo, le 18 juin 1815. La présence de son portrait dans la prestigieuse Waterloo room du château de Windsor, aux côtés des grands combattants du 18 juin 1815 est donc une liberté avec l’Histoire. Nommé, dès l’âge de 5 ans, colonel du régiment Izmaïlovsky en Russie, proche de la Cour des Tsars, le prince Léopold était aux côtés d’Alexandre Ier lors de sa rencontre, à Erfurt, avec l’Empereur des Français. Héros de la bataille de Kulm, il va aussi participer, toujours dans l’armée russe, aux batailles de Lützen, Bautzen et Leipzig, y gagnant ses galons de général de division. Et, le 31 mars 1814, il est encore aux côtés du Tsar pour son entrée dans Paris. Après un repos bien mérité à Londres, où il va rencontrer la princesse Charlotte qui, en 1816, deviendra son épouse, c’est au Congrès de Vienne qu’on le retrouve. Toujours aux côtés d’Alexandre Ier, mais aussi de son frère aîné, très attentif au sort réservé au duché de Saxe. C’est là, comme tant d’autres, qu’il va apprendre le débarquement de Napoléon à Golfe Juan. Il va dès rejoindre son corps d’armée, prêt à toute intervention. Comme on le sait, les Russes, cantonnés au-delà du Rhin, n’arriveront pas à Waterloo. Mais c’est à la tête de ses hommes que, vingt jours plus tard, le 8 juillet 1815, il participera à l’impressionnante entrée des troupes tsaristes dans Paris !

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 12.Les Belges dans les deux camps

VENDREDI 13 MARS 2015 :

Il aura fallu un siècle pour qu’un monument rende hommage au rôle des Belges à Waterloo. Présents dans les deux camps, ceux-ci participèrent pourtant, activement, aux combats et s’y sacrifièrent.

Ainsi, dans le camp des alliés, sur les 4 600 officiers et soldats belges engagés, pas moins de 558 furent tués au combat ou moururent peu après. Six cents autres gardèrent, toute leur vie, des séquelles de leurs blessures. Wellington, pourtant, se méfia jusqu’au bout des Belges, craignant qu’ils ne le trahissent pour rejoindre l’armée napoléonienne dans laquelle ils avaient servi. Mais contrairement à ce qu’affirma William Thackeray dans « Vanity Fair », les Belges restèrent fidèles et combattifs à leurs engagements. Comme le prouvent, s’il le fallait encore, les chiffres précités. Du côté des Français, les chiffres belges, moins officiels sont tout aussi importants. C’est en hommage à tous ces morts issus d’un pays n’existant pas encore qu’une souscription nationale fut lancée, en 1913, afin d’ériger un monument digne d’eux. Certes, quelques années auparavant, le comte Cavens, infatigable défenseur du champ de bataille et de sa mémoire y avait pensé. Mais c’est Armand Speeckaert qui, échangeant des terrains qu’il possédait à Plancenoit contre un lopin de terre appartenant à la comtesse douairière Cornet d’Elzius du Chenoy qui va permettre l’érection dudit monument. Sa réalisation fut confiée à l’architecte J. Callewaerts qui aurait dû l’achever en juillet 1914 mais qui  fut retardé par une grève aux carrières de Sprimont. Et lorsqu’il fut, enfin, achevé, la Belgique était occupée par l’Allemagne. Il n’y eut donc aucune inauguration, aucune mise en valeur du monument, même pas de cérémonie, le 18 juin 1915. Aujourd’hui centenaire, le « Monument des Belges » est entretenu par la Régie des Bâtiments de l’Etat fédéral belge qui en a hérité. Curieusement, il est le seul des grands monuments du Champ de bataille de Waterloo à n’être pas classé !http://napoleonbonaparte.be/2015/02/les-belges-face-a-lempereur-au-secours-des-francais-les-belges-ont-combattu-des-deux-cotes/

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 11.Blücher, le maréchal Vorwärts !

JEUDI 12 MARS 2015 :

Chef de l’armée prussienne à Waterloo, le maréchal Blücher avait, lui, reçu le surnom de « maréchal Vorwärts ». On raconte que c’est parce qu’il était toujours à la tête de ses troupes. Mais l’origine de cette appellation est tout autre… 

Vieux soldat, Blücher a combattu, pendant près de vingt ans, les troupes françaises. Il a été humilié à Lübeck, fait prisonnier à Hambourg et rêve de vengeance. Sa présence à la bataille de Leipzig est déterminante. Félicité et honoré de toutes parts, il n’apprécie guère que les alliés essaient d’obtenir une trêve  avec Napoléon. Il veut marcher sur Paris. « Je veux planter mon drapeau sur le trône de Napoléon », écrit-il à son épouse. C’est dans ces circonstances qu’il va lancer son célèbre « Vorwärts ! » (En avant !) qui va le conduire vers la capitale française.

Ceci étant dit, sur un champ de bataille, Blücher est toujours au cœur des combats. A Ligny, le 16 juin 1815, ayant pourtant atteint l’âge vénérable de 73 ans, il fait preuve, une fois encore, d’audace, de fougue et de courage. Et c’est en menant, en personne, une énième charge contre l’armée française qu’il va chuter de son cheval et se retrouver, à moitié inconscient, la jambe écrasée sous la carcasse ensanglantée de celui-ci. Sans le courage de son aide-de-camp qui, découvrant le sort peu enviable de son maître, se coucha sur lui, restant immobile, comme un mort, il aurait, sans nul doute, été fait prisonnier par des cuirassiers ennemis passant  juste à côté. Quel aurait été le sort de la bataille de Waterloo si Blücher avait été pris, ce soir-là ? Cela restera à tout jamais une question sans réponse.

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10.Wellington, le Duc de Fer ?

MERCREDI 11 MARS 2015 :

Vainqueur de Waterloo, Wellington a reçu le surnom a priori élogieux de « Duc de Fer ». Rien à voir, cependant, avec la bataille qui l’ancra dans l’Histoire !

Arthur Wellesley était, à Waterloo, âgé de 46 ans. Comme Napoléon. Les deux hommes se sont, à plusieurs reprises, opposés dans la péninsule ibérique. Ses victoires en France, aboutissant à l’exil de Napoléon à l’île d’Elbe ont fait de lui un véritable héros. Au point de se voir accorder le titre de Duc de Wellington et d’entrer dans le très select Ordre du Bain. C’est lui qui représente son pays au Congrès de Vienne. Et c’est donc à lui que revint de prendre la tête des forces britanniques et alliées lors du retour de l’Empereur sur le vieux continent. Avec le succès que l’on sait.

Son surnom de Duc de Fer n’a pourtant rien à voir avec les combats héroïques de Waterloo. Et encore moins à son caractère ou à sa fermeté, comme ce fut le cas pour la « Dame de fer », alias Margaret Thatcher. Ce sobriquet rappelle tout simplement un incident de sa vie politique.  Auréolé de gloire, figure marquante des ultra-conservateurs, il va devenir, en 1828, Premier Ministre de Sa Très Gracieuse Majesté. Mais le politicien est moins adulé que le militaire. Et ses mesures sont loin d’être populaires, suscitant émeutes et manifestations. Fatigué de devoir remplacer ses fenêtres, brisées par des jets de pierres, il va doter sa demeure d’Apsley House de volets de fer. De quoi le surnommer ! Une demeure qui, soit dit en passant, porte un numéro aussi simple que prestigieux. Pour écrire, encore aujourd’hui, au descendant presque centenaire de Sa Grâce, il suffit d’adresser son courrier de la manière suivante : « Number one. London ». Et il arrivera !

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 9.La réelle heure des combats

 

MARDI 10 MARS 2015 :

Beaucoup de polémiques circulent quant à l’heure du lancement des combats à Waterloo. Pourquoi Napoléon a-t-il tant tardé à les entamer?

Avant toutes choses, il y a lieu de préciser que tous les rapports de la bataille sont exprimés en heure locale … de l’époque. Or celle-ci diffère de près de deux heures de notre propre heure d’été d’aujourd’hui. Pour être très précis de 1h43, Waterloo se situant à un peu plus de 4 degrés de longitude Est par rapport au Méridien de Greenwich. Il n’est donc pas surprenant que les témoins de l’époque parlent de la « nuit tombante » à 20h30, à la mi-juin. Elle correspondait donc à 22h13 de notre heure, ce qui est plus compréhensible !

Quant à la décision de retarder l’heure de l’attaque française alors que les hommes, trempés jusqu’aux os par les averses de la nuit, aspiraient à les entamer, elle fut prise au cours d’une collation, à la ferme du Caillou, dans le QG de Napoléon, au terme d’un débat en présence de Soult, Bertrand, Ney, Drouot, Maret, Reille et Jérôme Bonaparte. Sur base des remarques qui lui furent faites sur l’état du terrain, Napoléon décida de reporter l’attaque d’au moins deux heures, espérant de la sorte permettre à l’artillerie de mieux manœuvrer et aux unités retardataires de rejoindre le champ de bataille. Dans ses mémoires, le général Drouot, fidèle parmi les fidèles, prit sur lui cette décision qui fut, on le sait, hautement préjudiciable. En ouvrant les hostilités trois heures plus tôt, Napoléon aurait peut-être pu détruire l’armée anglaise en quelques heures et rendre inutile l’intervention prussienne.

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 8.Grognards les Français ? Pourquoi ?

LUNDI 9 MARS 2015 :

On a coutume d’appeler « Grognards » les soldats de Napoléon. Il y a une raison !

C’est Napoléon qui, en 1807, donna aux soldats de la Vieille Garde le surnom de « grognards » lorsque ceux-ci se mirent à grogner lors des longues marches imposées dans le froid et la boue polonaise. Le surnom de « petit caporal » fut, lui, attribué à l’Empereur lors de la campagne d’Italie, au soir de la bataille de Lodi, par des vétérans, impressionnés par le courage et le cran dont il avait fait preuve. Les fantassins ont voulu, parce grade typiquement d’infanterie, faire leur l’artilleur qu’était Napoléon.

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 7.Les forces réellement en présence à Waterloo !

SAMEDI 7 MARS 2015 :

Les chiffres les plus fantaisistes circulent quant aux forces en présence à la bataille de Waterloo. De 100 à 500.000 hommes. La vérité est toute autre.

Plusieurs comités scientifiques se sont penchés sur la réalité des chiffres. Ils estiment que, pour l’armée française, pas moins de 124.000 hommes, dont 23.000 cavaliers mais aussi 384 pièces d’artillerie ont été engagés dans la Campagne de Belgique. L’armée anglo-hollandaise du Duc de Wellington alignait, elle, 97.000 hommes, dont 16.000 cavaliers et 186 pièces d’artillerie. Quant à l’armée prussienne de Blücher, elle devait compter 117.000 hommes, dont 12.000 cavaliers et 312 pièces d’artillerie. Mais ils estiment aussi que, sur le champ de bataille de Waterloo, les Français ont réellement aligné 75.000 hommes ; les Britannico-Hollandais, entre 70 et 78.000 et les Prussiens, 33.000. Les autres avaient, soit été décimés lors des batailles de Ligny et des Quatre-Bras, soit étaient restés en réserve. Voire avaient été affectés à la protection d’une éventuelle retraite.

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 6.La victoire du mari de Madame Sans Gêne

VENDREDI 6 MARS :

Une autre bataille de Waterloo est enseignée dans les écoles militaires : celle qui y opposa, les 6 et 7 juillet 1794, les troupes des généraux Kléber et Lefebvre, le mari de la fameuse « Madame sans gêne » à celles des alliés austro-hollandais.

Le combat a lieu peu après ceux de Fleurus. Il vise, une fois encore, à s’emparer de Bruxelles. Kléber et Lefebvre ont, sous leurs ordres, toute l’armée de Sambre et Meuse. Les Hollandais du Prince d’Orange sont, eux, renforcés par l’arrière-garde de l’armée autrichienne commandée par le prince de Cobourg. La plaine de Mont-Saint-Jean est propice aux charges de cavalerie. Mais c’est une intervention des grenadiers du général Lefebvre qui va décider du sort de la première journée. Interrompue par l’obscurité, la bataille reprit de plus belle, le 7 juillet, mais davantage vers le village de Waterloo. Repoussé sur toute la ligne, le prince d’Orange dut se retirer vers Malines. Vainqueur mais épuisé, le mari de Madame Sans-Gêne s’arrêta dans Waterloo pour y passer la nuit. Avant de faire une entrée triomphale, le surlendemain, dans Bruxelles et … de laisser aux stratèges militaires des cartes prouvant combien le champ de bataille de Waterloo pouvait être intéressant pour accueillir un combat de grande ampleur. Même les anglais en eurent connaissance, Hudson Lowe décrivant, dès 1814, le site comme « pouvant être utilisé avantageusement pour arrêter une armée d’invasion française devant Bruxelles et permettant, à la fois, les manœuvres d’infanterie, les charges de cavalerie et les préparations d’artillerie. »

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 5.La bataille de Waterloo qui n’en fut pas une. Celle de Marlborough !

JEUDI 5 MARS 2015 :

La plaine de Waterloo était, bien avant 1815, connue des stratèges militaires. Située aux portes de Bruxelles, traversée par une route pavée très prisée des armées, elle fut utilisée comme champ de bataille à plusieurs reprises.

Ainsi, le 17 août 1705, un combat y opposa les troupes de Marlborough (celui de la chanson populaire !) à celles de Jacques Pastur, dit Jaco, chargées par le Roi Louis XIV de surveiller les différents mouvements de troupes aux abords de Bruxelles.  Le combat dura une bonne heure et demie. Mais, voyant des colonnes ennemies déborder à sa droite, craignant un encerclement, Pastur fit sonner la retraite. Il se replia avec ses hommes, lentement et en bon ordre, vers le Vivier d’Oie où ils avaient dressé un petit fortin, le fort Jaco. Les troupes de Marlborough n’osèrent, elles, s’aventurer dans la forêt pour les pourchasser. Elles se contentèrent de piller le village de Waterloo et d’y passer la nuit. Mais c’était sans compter sur l’orgueil de Jaco. Comprenant la situation, il donna ordre à ses hommes de faire volte-face. A moitié endormis, enivrés par ce qu’ils croyaient être leur victoire, les Anglo-Hollandais de Marlborough ne parvinrent aucunement à réagir à la contre-offensive. Et Pastur ne mit guère de temps à nettoyer les bois et à reconquérir le village. Il y eut, dit-on, de nombreux tués.

Cette première bataille de Waterloo eut, dans l’Histoire, des répercussions inégales. En France, Pastur fut reçu à la Cour du Roi Soleil et fut même anobli par le souverain. En Grande-Bretagne, on chercha par contre à minimiser l’échec subi à Waterloo. Même Winston Churchill, descendant direct de Marlborough intitula le chapitre qui traite de cette époque dans la copieuse biographie qu’il consacre à son illustre aïeul : « La bataille de Waterloo qui n’eut pas lieu ».

C’est tout de même faire beaucoup d’honneur à un combat qui, selon lui, n’exista pas…

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 4.L’obstacle de la Sambre et la somnolence de l’Empereur

MERCREDI 4 MARS 2015 :

A Charleroi, c’est un empereur pensif, quasi somnolent qui assista à la manœuvre la plus compliquée de la Campagne de Belgique, la traversée de la Sambre.

En pénétrant en Belgique, Napoléon n’avait qu’un objectif : séparer les Prussiens des Anglo-Alliés. Et s’il avait organisé son armée en trois corps, fréquentant des routes différentes, c’était, certes, pour surprendre l’ennemi … mais aussi pour franchir intelligemment un obstacle naturel : la Sambre ! Les ordres de marche étaient, il est vrai, d’une rare précision.

Chaque pont avait été étudié et chaque régiment avait reçu un horaire minuté pour les franchir. Au quart d’heure près ! Mais, dès les premiers mouvements, des retards seront enregistrés. Ainsi, à midi, le 15 juin, seuls 20.000 hommes sur les 60.000 prévus par Napoléon avaient franchi la Sambre à Charleroi. Napoléon assiste au « spectacle », assis sur une chaise devant le cabaret de la Belle-Vue, sis au pied des ruines de l’ancien rempart. On le dit pensif, pour ne pas dire apathique. Ce qui aura pour conséquence que le modeste cabaret, aujourd’hui disparu, sera longtemps surnommé « L’auberge de la somnolence ».

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 3.Contes et légendes sur la route vers Waterloo

MARDI 3 MARS 2015 :

De nombreuses légendes ont circulé sur le passage de Napoléon et de ses troupes en Wallonie. Elles sont ancrées dans la tradition locale et mises en valeur par la route Napoléon en Wallonie, lancée par Wallonie-Bruxelles Tourisme. 

S’il a débarqué à Golfe Juan le 1er mars 1815, ce n’est que le 14 juin 1815 que Napoléon est arrivé en territoire belge. Il a traversé la Thure à Hestrud, croisant sur son chemin un adolescent de quatorze ans, un certain Cyprien-Joseph Charlet. Surpris par l’attitude naturelle du garçon, l’Empereur va lui demander s’il la vraiment reconnu. Le gamin va acquiescer … tout en répliquant, avec une audace surprenante : « vous croyez la victoire toujours attachée à vos pas, mais elle passe et disparaît comme l’eau de ce ruisseau. A votre place, je resterais tranquillement chez moi car, demain, votre étoile aura surement pâli. »

A Beaumont, alors qu’il s’installe pour la nuit dans l’hôtel de maître du prince de Caraman, c’est une certaine madame Leporcq, tenancière d’un relais de poste qu’il fait monter dans sa chambre. Non pour lui conter fleurette mais pour obtenir un maximum d’informations sur l’état des routes menant à Charleroi. Elle entrera ainsi dans l’histoire locale.

A Jamioulx, le 15 juin, probablement vers 10 heures du matin, c’est aux abords de l’église du village que Napoléon fait une courte halte. Reconnaissant l’Empereur, appuyé contre un arbre, le curé du village, le père Jénicot, va s’approcher de lui, une bouteille à la main. C’est du Chambertin, le vin favori de Napoléon. L’Empereur ne peut résister et accepte le verre que lui tend le prêtre, entamant du même coup une belle conversation avec lui. L’intelligence du père Jénicot va d’ailleurs l’impressionner. A un point tel que, raconte la légende, l’Empereur, avant de le quitter, va lui demander de noter son nom dans le calepin qu’il avait en poche, rajoutant à la main qu’il en ferait bien son futur évêque de Tournai. La défaite de Waterloo empêcha, bien entendu, la réalisation de ce destin. Mais l’anecdote, qu’elle soit vraie ou fausse, a traversé les siècles !

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2.Les Cent-Jours : un compte inexact !

LUNDI 2 MARS 2015 :

Il est de tradition d’appeler « Les Cent Jours » la période de l’histoire de France comprise entre le débarquement de l’Empereur Napoléon à Golfe Juan, le 1er mars 1815 et sa défaite à Waterloo, le 18 juin 1815. Mais le compte n’est pas bon !

S’il est évident que le retour de l’Empereur en terre de France, le 1er mars 1815 constitue une date-clé de l’histoire de l’Empire, s’il est tout aussi évident que la défaite de Waterloo en est une également, il y aurait, en effet, plutôt lieu de parler de 110 jours. Si l’on tient compte du moment où Napoléon a repris le pouvoir – le 20 mars 1815, à Paris – et de celui où il a abdiqué pour la seconde fois, soit le 22 juin 1815, toujours à Paris, ce sont 94 jours de règne qu’il faudrait comptabilisés.

Le terme « Cent Jours » est, en fait, entré dans l’Histoire le 8 juillet 1815 à l’initiative de Gilbert Gaspard, comte de Chabrol de Volvic, par ailleurs préfet de la Seine. C’est lui qui aurait dit, s’adressant à Louis XVIII : « Sire, Cent jours se sont écoulés depuis le moment fatal où Votre Majesté, forcée de s’arracher aux affections les plus chères, quitta la capitale au milieu des larmes et de la consternation publique ».

Quant au « Vol de l’Aigle », il est strictement limité au parcours de Napoléon entre Golfe Juan et Paris et est inspiré des propres paroles de l’Empereur : « L’Aigle volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame ». Il n’inclut donc pas la campagne, dite de Belgique.

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 1.Waterloo démythifié ! Yves Vander Cruysen

Waterloo-demythifie-Yves-Vander-CruysenRetrouvez les légendes dans le livre Waterloo Démythifié des éditions Jourdan! Il n’est pas une bataille, un événement historique qui n’ait suscité autant de rumeurs, d’analyses contradictoires, d’écrits savants ou anecdotiques, de légendes que le combat de Waterloo !Un travail inédit, préfacé par Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon.

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