Les objets liés à Napoléon vont devenir de plus en plus rares


argent.boursier.com/passion/interviews/les-objets-lies-a-napoleon-vont-devenir-de-plus-en-plus-rares-635.html
Collections Interview 1

Laurent Jacob, collectionneur

Vous collectionnez les objets liés à Napoléon. Comment est née cette idée de collection ?

J’ai acheté ma première pièce vers 13 ou 14 ans. Il s’agissait de l’avis de recherche des conjurés de l’attentat de la rue Saint Nicaise. Toutefois, je n’ai décidé de me lancer dans une collection qu’après avoir reçu un sabre en cadeau il y a 6 ou 7 ans.

Quel est aujourd’hui le volume de cette collection ?

Cela est très difficile à estimer car des armes aux autographes de personnages célèbres, le champ est très vaste. Je détiens probablement plus d’un millier de pièces mais certaines ont surtout une valeur sentimentale. Concernant les pièces d’importance, j’en dénombrerais plutôt une cinquantaine. Je détiens par exemple une partie des mémoires de Napoléon à Saint-Hélène.

Existe-t-il une forte concurrence sur ce thème napoléonien ?

Outre certains passionnés que j’ai l’occasion de croiser dans les ventes aux enchères, on voit arriver depuis quelques années de nouveaux acheteurs américains, russes et même chinois. Il ne faut pas oublier que Napoléon est l’un des Français et l’un des hommes en général les plus connus au monde.

Cela se ressent-il sur les prix ?

On peut effectivement atteindre dans certains cas des niveaux astronomiques. L’hiver dernier, un ordre de Napoléon destiné à faire sauter le Kremlin a donné lieu à une bataille d’enchères et a été vendu 6 à 7 fois les estimations. Autre exemple, un bonnet à poils de grenadier estimé à 15.000 euros a été vendu il y a un mois pour 78.000 euros. Les pièces exceptionnelles peuvent même se chiffrer en millions d’euros. Il y a quelques années, le sabre de Bonaparte à Marengo est monté jusqu’à 4,8 millions d’euros.

Globalement les collections ont donc pris de la valeur dans le temps…

Elles se sont effectivement appréciées. A titre personnel, j’ai réalisé quelques transactions bien meilleures que celles que j’aurais pu faire sur les marchés financiers. Mais comme en Bourse, il faut être sélectif. La période a aussi une influence importante : Saint-Hélène ou encore la campagne d’Egypte sont particulièrement bien valorisées. Un collectionneur doit aussi garder à l’esprit que ces objets ne bénéficient pas d’un marché liquide. J’ai en mémoire l’exemple d’un sabre de maréchal d’empire qui n’a trouvé preneur qu’à sa troisième vente.

A cet égard, quels conseils donneriez-vous aux personnes tentées par une collection ?

Si l’on vise des objets peu liquides, mieux vaut s’assurer à l’avance de ne pas avoir besoin à court terme de l’argent qu’on investit. Une collection réclame aussi qu’on lui consacre du temps. Pour savoir ce que l’on achète et dénicher les bonnes affaires, il faut sans cesse se documenter, s’informer, et se rapprocher d’experts. Comme en Bourse, il faut savoir se montrer sélectif. Ma collection Napoléon me prend en tout cas plusieurs heures par semaine.

Je dirai enfin qu’il faut savoir garder la tête froide car contrairement à un investissement financier, la collection comporte une forte dimension affective, voire passionnelle. J’achète ce que j’aime mais je n’achète pas ce que j’aime à tout prix.

On a coutume de dire qu’en matière de placements financiers, il ne faut pas mettre plus de 10% sur une ligne. Quelles est selon vous la limite pour une collection ?

Effectivement, il paraît sage de ne pas aller au-delà d’un certain pourcentage de son patrimoine, peut-être 5%. Ma collection ne doit pas représenter plus de 3% à 4% de mes actifs. Pour acheter de nouvelles pièces, j’en revends d’autres afin de limiter le poids global. De toute façon, une collection doit évoluer au gré du temps et des centres d’intérêt.

Diriez-vous aujourd’hui que Napoléon reste un placement intéressant ?

C’est un thème qui va faire l’actualité. On entre dans une période riche avec le bicentenaire de Waterloo en 2015 et celui de la mort de l’empereur en 2021. Le focus va nécessairement être mis sur cette période. Tout cela va sans aucun doute accroître l’intérêt des collectionneurs, peut-être même susciter des vocations. N’oublions pas non plus que nous parlons d’un univers fini. Contrairement à d’autres objets de collections qui bénéficient encore d’une production, les objets liés à Napoléon vont devenir de plus en plus rares.