L’énigme du squelette de Mont-Saint-Jean


Une chronique signée Yves Vander Cruysen.

Près de deux siècles après la bataille de Waterloo, la découverte, début juin 2012, d’un squelette complet, à proximité de la ferme de Mont- Saint-Jean, a fait le tour du monde. On en sait, aujourd’hui, davantage sur cette découverte archéologique inédite.

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LES MÉDIAS DU MONDE ENTIER ont été très nombreux à se déplacer en Morne Plaine à l’occasion de la découverte d’un squelette, non loin de la ferme de Mont-Saint-Jean, par l’archéologue Dominique Bosquet. Il est vrai qu’il y avait très longtemps que l’on n’avait plus mis à jour, sur le champ de bataille de Waterloo, un ensemble aussi complet. Même le célèbre hussard, découvert en 1910 et exposé dans une vitrine du Musée du Caillou, s’avère être une supercherie, la mâchoire étant celle d’un homme jeune, et le bassin, celui d’un homme plus âgé. Il y aurait donc au moins deux corps dans ce squelette bien connu des visiteurs du champ de bataille.

Pour ce qui est du squelette découvert en 2012, on a, dans un premier temps, cru, sur base du positionnement du corps, qu’il se serait agi des restes d’un soldat britannique, blessé sur le front et ayant été évacué par ses pairs de la zone des combats, jusqu’à ce que, épuisé, il se serait effondré. Pour éviter les charognards, ses amis l’auraient recouvert de terre. Ce qui explique pourquoi il aurait été enseveli tout habillé, aurait conservé sa bourse et aurait été “oublié” par les personnes chargées de la récupération des morts. Mais différentes techniques scientifiques, associées à l’analyse d’historiens, ont permis d’en savoir plus.

Sur le plan anthropologique d’abord, Geneviève Yernaux a pu définir qu’il s’agit du squelette d’un homme d’une vingtaine d’années, ayant dû mesurer 161 centimètres, plutôt frêle et légèrement bossu, atteint d’une cyphose de la colonne vertébrale. Ses dents, enfin, auraient été usées par une activité répétitive, telle que l’ouverture de cartouches de poudre emballées de papier, en usage à l’époque. On a aussi retrouvé, sur ou autour du squelette, une balle de plomb, située au milieu des côtes droites, une vingtaine de pièces de monnaie dans sa poche droite, deux pierres à fusil en silex, une cuillère, un objet en bois portant les initiales “CB”, une pièce de tissu décorée de petits bâtonnets cylindriques, une boucle de ceinture et d’autres objets indéterminés. La balle en plomb, pesant 23 grammes et mesurant 16,4 mm, a permis de conclure que le projectile était français, les balles anglaises étant, en effet, de calibre plus important. Le type de silex et les dimensions des pierres à fusil ont, pour leur part, permis à Kevin Charpier de conclure qu’elles équipaient un mousquet de modèle British Land Pattern, plus communément appelé “Brown Bess”, en service entre 1750 et 1850 dans les armées britanniques, mais aussi hanovriennes.

Mais c’est l’étude des pièces de monnaie par Alain Fossion qui s’est avérée la plus instructive pour identifier les origines de la victime. Dix des vingt-deux pièces ont en effet pu être identifiées. Il s’agit de pièces autrichiennes, hanovriennes, brunswickoises et françaises. A priori, selon les archéologues, un Français n’aurait pas eu de monnaies d’origine germanique. Pas plus d’ailleurs qu’un Anglais. Par contre, les monnaies françaises circulaient bien dans les troupes du Hanovre. Ne fût-ce que par le voisinage du Royaume de Westphalie, si cher à Jérôme Bonaparte.

Un Hanovrien

Sur base de tous ces éléments, l’origine hanovrienne du squelette est tout à fait plausible. On pourrait même affirmer que la victime appartenait à la 1re brigade de Kielmansegge. Une brigade qui, le 18 juin 1815, aurait perdu 2 officiers, 1 capitaine, 2 officiers subalternes, 4 sous-officiers et 150 hommes.

Pour Philippe de Callataÿ , la présence de deux pierres à fusil et l’absence de pièces d’argent dans la bourse laissent à penser qu’il s’agirait du squelette d’un soldat appartenant à l’infanterie, un officier ne portant pas de fusil. Si l’on retire la liste des disparus de la brigade précitée, précieusement conservée aux archives de Hanovre, à la fois les sujets moins âgés ou trop âgés, c’est parmi une quarantaine de noms que l’on pourrait retrouver qui était exactement le “soldat inconnu de Mont-Saint-Jean”.

Chronique d’Yves Vander Cruysen pour La Libre