Le Paris réussi de Napoléon


Le Paris réussi de Napoléon
http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530300936/f1.jpegCarte des environs de Paris divisés en départements, arrondissements et cantons,…  rédigée en 1815 par Charles Oudiette, auteur du Dictionnaire topographique de ces mêmes environs, publié en 1817

Fabrice DROUZY

Principal théâtre de l’épopée napoléonienne, Paris fut une des préoccupations majeures du premier consul puis de l’empereur. Le musée Carnavalet consacre depuis hier à la ville une exposition retraçant les changements architecturaux et administratifs réalisés durant le règne; faisant revivre au passage le quotidien d’une cité bouillonnante, tout juste sortie des années de convulsion de la Révolution.

Vue du Louvre.
Vue du Louvre. (Renaud Camus / Flickr)

Pour se replonger dans l’ambiance, entre bourgeois et rentiers, soldats en permission, prostituées et badauds, Libération s’est projeté deux siècles en arrière.

Nous sommes en janvier 1815, dans un Paris alors considéré comme «la nouvelle Rome» tant la capitale s’est métamorphosée et embellie. Napoléon est en exil depuis près d’un an, Louis XVIII est aux Tuileries, mais les traces de l’Empereur se retrouvent dans chaque pierre de la ville. Mettons-nous dans la peau d’un Parisien de l’époque et imaginons quelle balade il aurait pu nous proposer dans ce Paris napoléonien…

Et les infos pratiques sur l’exposition.

Napoléon et ParisExposition du Congrès de Vienne

Certains voyages ne se comptent pas en kilomètres mais en années. En l’occurrence, celui-ci nous fait remonter de deux cents ans en arrière : nous sommes en janvier 1815, dans un Paris alors considéré comme «la nouvelle Rome» tant la capitale s’est métamorphosée et embellie. Napoléon est en exil depuis près d’un an, Louis XVIII est aux Tuileries, mais les traces de l’Empereur se retrouvent dans chaque pierre de la ville. Mettons-nous dans la peau d’un Parisien de l’époque et, grâce à Irène Delage et à Chantal Prévot, auteures de l’Atlas de Paris au temps de Napoléon (1), imaginons quelle balade il aurait pu nous proposer dans ce Paris napoléonien.

Commençons par ce qui sera bientôt la Bourse de Paris. Pour l’instant, ce n’est qu’un vaste chantier et l’on peine à appréhender les dimensions et les formes définitives de l’édifice. En attendant, le péristyle, d’inspiration corinthienne, et les colonnes inachevées font penser à des ruines grecques du plus bel effet… Un style néoclassique, agrémenté de quelques ajouts d’influence égyptienne, que l’on retrouve désormais un peu partout. Le bâtiment a été construit sur le site de l’ancien couvent des Filles-de-Saint-Thomas-d’Aquin, confisqué sous la Révolution. Une aubaine pour les promoteurs : entre les biens du clergé et les propriétés des émigrés royalistes, ce sont plus de 400 hectares qui ont été libérés en centre-ville ces vingt dernières années.

Tire-laine. Il faut avouer que Paris en avait besoin. Napoléon est le monarque qui s’est le plus intéressé à la capitale depuis Henri IV. Sous l’Ancien Régime, il n’y en avait que pour Versailles. Désormais, nous pouvons nous comparer sans rougir à Londres. Paris, d’ailleurs, ne cesse de grandir. De 550 000 âmes au début du règne, nous en sommes en cette année 1815 à plus de 660 000. Et l’on prévoit d’atteindre le million dans moins d’un demi-siècle. Quant à Vienne, Madrid, Berlin ou ce qu’il reste de Moscou, ce ne sont que des bourgades provinciales à côté de notre capitale.

Après la Bourse, nous voici devant le passage du Perron qui nous a ouvert les portes du Palais-Royal. Ah, le Palais-Royal… Le cœur battant de la ville ! Le centre de la vie parisienne, rendez-vous du luxe, des divertissements et des plaisirs à toutes les heures du jour ou de la nuit. Avec deux faces si dissemblables qui se succèdent en un même lieu ! Dans la journée, c’est le royaume des boutiques chics, des épiceries fines et des cafés où l’on cause avec esprit. Les familles y sont les bienvenues pour se promener sous ses arcades illuminées de lanternes ou dans le jardin central (qui manque de fontaines, mais cela viendra bientôt) où on donne des spectacles de marionnettes.

Mais, dès que la nuit tombe, que les ombres s’allongent sous les colonnades, alors, c’est un autre monde qui peu à peu apparaît : prêteurs sur gages, boursicoteurs et affairistes en tous genres, joueurs ou tire-laine, et évidemment tout ce que la police secrète de M. Fouché compte de mouches et d’espions. On y croise des soldats, officiers ou sans-grades, des bourgeois qui s’encanaillent, des journalistes et des actrices… Et, bien sûr, des prostituées de haut ou bas étages, s’adonnant à tous les vices imaginables. C’est d’ailleurs ici que notre empereur lui-même, alors simple sous-lieutenant, aurait connu ses premiers émois en 1787. Tout ce beau monde se mélange, boit, danse et s’invective. Ainsi, il n’est pas rare qu’à une même adresse, le rez-de-chaussée soit un café, l’entresol le repaire d’un prêteur sur gages, le premier et le deuxième étage dédiés au jeu, et le troisième réservé aux dames de petite vertu…

On quitte le Palais-Royal à contrecœur et l’on débouche dans la rue de Rivoli, grande artère neuve longeant le palais des Tuileries et le musée Napoléon, au Louvre, désormais le plus grand musée du monde depuis que s’y entassent les butins des campagnes d’Italie, d’Egypte et d’ailleurs, complétées par les biens du clergé et des émigrés saisis sous la Révolution. Depuis 1801, les artistes et savants qui occupaient une partie des lieux ont laissé la place à de nouvelles salles. Toutes les pièces ont été repensées, divisées en époques et en style.

Détail de la colonne de la place Vendôme. Crédit: Paul Arps/ Flickr

Propreté. Côté Seine, un nouveau pont fait désormais le lien entre le Louvre et l’Institut de France, où loge dorénavant l’Académie : le pont des Arts. Une élégante passerelle en fonte, agrémentée d’arbustes et d’orangers, où les Parisiens aisés aiment à se promener (il en coûte 1 sou par personne, 2 par cavalier et 3 par carrosse). A l’Ouest, face au Champ-de-Mars, le pont d’Iéna et, à l’Est, celui d’Austerlitz facilitent la circulation entre les deux rives.

Autre fait marquant : la propreté. Auparavant les Parisiens pataugeaient dans la boue et l’excrément. Désormais, des égouts souterrains permettent d’évacuer les déchets, les abattoirs ont été expédiés aux portes de la ville : aux barrières de Miromesnil, de Montmartre ou de la Pitié-Salpêtrière. Le déménagement du cimetière des Innocents se poursuit et l’on enterre désormais au Père-Lachaise, dans les faubourgs. Quand au canal de l’Ourcq, une des grandes réalisations du règne, il permet d’alimenter en eau saine les fontaines bâties un peu partout.

Passons sur les autres réalisations mémorables (les arcs de triomphe, la rénovation du Luxembourg ou du Palais-Bourbon, les aménagements de la place de la Bastille avec cet étonnant éléphant de plâtre surmontant la fontaine, ou encore les travaux à l’église de la Madeleine, devenue temple à la gloire de nos soldats…) pour décrire la métamorphose de la place du Châtelet. Elle a été construite à l’emplacement du Grand Châtelet, l’ancienne et sinistre forteresse qui servit de prison et de morgue sous l’Ancien Régime. Désormais flanquée de bâtiments classiques, on y a érigé en son centre une fontaine surmontée d’une colonne. La statue dorée de la Victoire qui la surplombe tient une couronne dans chaque main, glorifiant nos succès militaires : Friedland, Ulm, Austerlitz, Rivoli, Lodi, Marengo. Espace, harmonie, perspectives… Tout réjouit le regard.

(1) Editions Parigramme, 224 pp., 45 €.

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