La société Belge Philanthropique des Anciens frères d’Armes de l’Empire Français à Gand 1841-1873


Il est peu d’ouvrages qui traitent des associations belges d’anciens combattants de l’Empire qui se mirent en place pour honorer les anciens frères d’armes et il faut faire des recherches attentives pour trouver la perle rare. Le texte qui suit est issu d’un ouvrage intitulé “Les Napoléonistes” écrit par P. de Fourmestraux en 1933 qui raconte l’histoire plus particulière de l’association de Gand qui fonctionna entre 1841 et 1873… Que sont devenus les documents de ces sociétés disparues? C’est une autre histoire… Le dernier membre vivant devenant propriétaire de la totalité des avoirs de la société…. J’ai choisi principalement de décrire le retour de ces anciens combattants dans leur terre natale : la Belgique occupée….

Nos grognards se recherchent et au nombre de 49, le 25 juillet 1941, ils élisent leur premier comité. Les frères d’armes prononçaient un serment accompagner de principes dont voici un extrait qui nous est bon de nous rappeler :

“Tu honoreras la mémoire de l’Empereur,
Tu ne feras rien qui puisse le blesser,
tu penseras à lui, ses cendres te seront chères,
Tu respecteras tes anciennes couleurs,
Tu salueras ton vieil aigle,
Tu t’inclineras devant ton vieux drapeau….”

les napoléonistes
Les Napoléonistes, par P. de Fourmestraux. La Société belge philanthropique des Anciens frères d’armes de l’Empire français à Gand, 1841-1873

Nombreux sont les Belges, qui, de 1792 à 1815, combattirent sous les drapeaux français. Les évènements de 1789 et 1790 firent naître, en Belgique, des sentiments opposés à ceux de l’Autriche. En prenant du service sous les drapeaux de la République, les Belges combattaient pour la liberté.

Les bataillons de volontaires qu’ils formèrent furent amalgamés, dès 1795, avec les troupes de Ligne, conformément à la réorganisation de l’armée française où un bataillon de ligne et deux bataillons de volontaires formèrent une demi-brigade.

Le 19 Fructidor An VI (5 septembre 1798) fut promulguée en France la loi sur la conscription. De sa vingtième à sa vingt-cinquième année, tout Français devait servir pendant cinq ans. Dans ces cinq classes le Gouvernement appelait d’abord les plus jeunes conscrits. En temps de paix chacun servait, suivant les besoins, de un à cinq ans ; en temps de guerre la durée était illimitée et, lorsque la patrie était en danger, le Gouvernement avait le droit d’appeler tous les hommes valides sous les drapeaux, la levée en masse était décrétée.

Le 2 Pluviôse An VIII (22 janvier 1800) les bureaux de la guerre à Paris estimèrent de 12 à 15.000 le nombre de conscrits belges susceptibles d’être appelés à servir la France.

Le 26 Ventôse (17 mars) Bonaparte donna son approbation à ce projet mais son exécution en fut différée.

Pendant les premières années la conscription s’établit difficilement en Belgique mais, à la longue, les Belges s’y soumirent avec moins d’opposition et la résistance, si vive au commencement de l’Empire, alla plutôt en s’affaiblissant.

La levée de l’An XIII porta, dans le département de la Lys, sur 3871 conscrits, dans celui de l’Escaut sur 4959.

Un document officiel émanant du ministère de la Guerre français et conservé au Musée Royal de l’Armée belge, “l’Etat de la répartition des conscrits belges dans l’armée française de 1794 à 1814” indique que 152.880 Belges furent enrôlés sous les drapeaux de la République et de l’Empire Français.

Ce document ne se rapporte qu’à huit départements, les chiffres concernant le département de Jemappes faisant défaut.

Tenant compte de ce déficit, des engagements volontaires, des enrôlements fournis par les villes ou par suite de formation des régiments de Garde d’honneur en 1813, il semble qu’on approchera de la vérité en estimant à 175.000 le nombre des Belges qui portèrent l’uniforme de l’armée française.

conscrits
Les conscrits français. Gravure de Dubourg. Bruxelles, Bibliothèque Royale.

Si les uns moururent pour les idées de liberté et d’indépendance propagées par la France, les autres revinrent en Belgique imprégnés de ces sentiments? Ils y firent aimer le pays sous le drapeau duquel ils les avaient défendus.

En 1814, 2069 Belge rentrèrent en Flandre et en Wallonie, porteurs de la décoration de la Légion d’Honneur et, en 1858, par arrêté du Roi Léopold 1er, 13.500 furent autorisés à porter la Médaille de Sainte-Hélène, au ruban rayé de rouge et de vert, couleurs de l’Empire.

En 1857, ils sont fiers de recevoir la médaille de Sainte-Hélène, mais déclarent que le don de cette distinction “ne change pas le sentiment des anciens combattants, qui reste fidèle au Roi, dévoué à la patrie et prêt à sa défense”.  Qu’elle fut, sur l’évolution après 1815 de la pensée populaire, l’influence de ces 125.000 soldats de la République et de l’Empire. N’apprirent-ils pas à ceux qui étaient restés au pays les idées nouvelles de liberté et d’indépendance? Ne furent-ils pas ceux qui montrèrent le métier des armes aux combattants de 1830 et les conduisirent à la victoire? (p.74)

Les plus jeunes, les conscrits de 1813, avaient alors près de 65 ans. Ils sont relativement nombreux ceux qui, ayant combattu de 1792 1815 sous les plis des drapeaux français, de la République et de l’Empire, vinrent en Flandre gantoise panser leurs blessures et prendre un repos bien mérité.

Le 15 juin 1814, l’intendant départemental de l’Escaut écrivit au Maire de Gand pour le prier de lui adresser la liste des officiers, sous-officiers, caporaux et soldats qui, ayant servi la France, étaient rentrés dans leurs foyers;

Le gouvernement hollandais craignait, sans doute, ces hommes imprégnés de l’esprit démocratique de la France. Il n’avait peut être pas tort, à son point de vue, de les surveiller. Leur rôle fut important dans la préparation et lors des évènements de 1830.

Les frères Laurillard, hollandais de naissance, prirent du service dans les armées impériales : “Le retour au pays, qui, pour les deux frères, semblait devoir être le signal d’une ère de repos”, ne fut en réalité, pour l’un comme pour l’autre, que l’origine d’une série fort longue de tracasseries cruelles. Une animosité extraordinaire régnait en Hollande contre tout ce qui était français ou avait tenu à l’Empire. Les fonctionnaires français furent presque tous démissionnés et la nouvelle administration composée de nationaux ou d’allemands, ne se fit aucun scrupule de dédaigner les droits acquis ou de manquer à ses promesses. Les fils de Français réfugiés (j’entends des familles protestantes) quoique Hollandais de naissance et serviteurs de l’Etat par le fait, se virent compris dans l’ostracisme général ; La langue et les manières françaises devinrent pour les vrais patriotes des objets d’horreur, et ce qu’on appelait à La Haye la Société française se trouva tout à coup abolie.”

Du 1er avril 1814 au 2 mai 1815, 793 démobilisés rentrèrent à Gand, 42 officiers s’inscrivirent également à la police. Ils appartenaient à tous les régiments de France. Quatre-vingt treize à cette garde impériale, terreur de ses adversaires. Sans doute, certains provenaient de l’ancien 2ème Rég. de Grenadiers de la vieille garde qui en mai 1814, lorsqu’il devint à Metz Corps Royal donna parade et fête à la caserne. Au cours de celle-ci, on brûla le drapeau tricolore et sa hampe. Après en voir jeté les cendres dans une pièce de vin, tous vidèrent son contenu au souvenir de l’Empire.

Vingt-sept au 27ème chasseurs à cheval et cent-huit à ce 112ème régiment d’infanterie, gloires des combattants originaires de Belgique ;  aux pupilles et aux vétérans ; aux marins et aux gendarmes. Parmi eux se trouvait peut-être ce G. De Cuyper, qui commença sous le harnais militaire du 2ème régiment de chasseurs à cheval de la Garde, et termina comme Mameluck de l’Empereur. Qu’il devait être magnifique notre Jefke ou notre Suske au turban flamboyant, largement enjuponné, la ceinture  devenue un arsenal et le cimeterre au flanc. Comment pouvait-il faire accorder son amour du “pequet”  national avec les principes de Mahomet ? Ils revenaient de toutes les provinces de France, et les prisonniers libérés, des pontons anglais, d’Irkoutsk ou de Moscou, d’Ollmütz ou de Lisbonne. Des centaines et des centaines suivirent…..(Les Napoléonistes, par P. de Fourmestraux. La Société belge philanthropique des Anciens frères d’armes de l’Empire français à Gand, 1841-1873 page 58-60)

Les Wallons, peut-être plus imprégnés, civils et soldats, des idées de la France, grâce à la connaissance de la langue, sentent moins, semble-t-il, le besoin de se réunis, tandis que les militaires de Flandre, dont l’esprit a été ventilé par une longue présence auprès de camarades républicains et démocratiques, retrouvant au pays des amis, des parents, qui ne les comprennent pas ou les comprennent mal, veulent communier ensemble en des idées “analogues aux circonstances”. Est-ce la raison pour laquelle nous voyons tant de sociétés d’anciens soldats en Flandre et moins en Wallonie? Peut-être! (p.118)

Un vieux chant populaire en flamand, retrouvé à Alost en 1922, montre la sensibilité des belges et l’incompréhension…(idem page 139-140)

1
V. Flamande

2-001
V.Flamande

2b
V.Française

A brugges, les vieux soldats de l’Empire recueillent et publient vers et poésie sur leur Empereur :

ACROSTRICHE

napo assis
Napoléon assis – Exposition Napoléon et les femmes – Verviers

N om justement fameux, qui jamais t’oubliera?
A jamais dans nos coeurs Napoléon vivra.
P aix au noble banni! Sa cendre est refroidie!
O n la laisse au désert sur la terre ennemie!
L e Roi des rois sut vaincre, il sut encore souffrir
E n sage loin des siens il sut aussi mourir.
O ù vit-on du guerrier un plus parfait modèle.
N e pleurons plus amis, sa gloire est immortelle.

 

 

 

 

 

Témoignage d’un français exilé en Belgique :p129-130

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