LA PROCLAMATION « Au golfe de Juan, le 1er mars 1815


Ce document appartient à Miguel Moutoy qui m’a autorisé à le mettre à votre disposition et je l’en remercie.

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Photo : Miguel Moutoy

LE CONTEXTE HISTORIQUE

Accompagné notamment de 900 grenadiers, Napoléon débarque à Golfe Juan le 1er mars 1815. Las de sa captivité et de l’éloignement de sa femme Marie-Louise et de son fils, François-Charles-Joseph, dit Napoléon II, qui allait avoir 4 ans le 20 mars 1815, il s’enfuit de l’Ile d’Elbe où il est exilé par les Alliés tout en jouissant de la principauté. Une autre raison le pousse à regagner la France : Il est mécontent de son successeur Louis XVIII. Non seulement ce dernier ne lui verse pas sa pension annuelle de 2 millions de livres qu’il lui avait promise, mais la politique du nouveau roi, ne conduit qu’au désordre, qu’au mécontentement des paysans et celui des militaires qui sont tous tenus à l’écart par le nouveau monarque. De plus, Napoléon est persuadé que tous les Français attendent son retour… Quand lui est donné la possibilité de tromper la surveillance de son geôlier, le commandant anglais le colonel Sir Neil Campbell, chargé de surveiller l’île, Napoléon n’hésite pas un seul instant. Il embarque à bord de l’Inconstant. Le 1er mars 1815 à 13 heures, le navire entre dans le port de Golfe Juan. À 17 heures, à peine posé le pied sur le sol français, Napoléon s’adresse à l’armée.

LECTURE

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LA PROCLAMATION

« Au golfe de Juan, le 1er mars 1815,

Napoléon par la grâce de Dieu et la Constitution de l’état, Empereur des Français. Soldats, nous n’avons point été vaincus. Deux hommes sortis de nos rangs ont trahi nos lauriers, leur prince, leur bienfaiteur… »
« et la Constitution de l’état », phrase ne figurant pas dans l’affiche,  remplacée par « etc., etc., etc., » (en entête).  Voilà une première erreur qui semble signer la volonté de minimiser la légitimité de l’Empereur.
« Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui, pendant vingt-cinq ans, servirent de ralliement à tous les ennemis de la France. Arborez cette cocarde tricolore, vous la portiez dans ces grandes journées. » (4ème paragraphe de l’affiche). Sur notre document est écrit : « nos grandes journées » et non pas « ces grandes journées », formule plus pertinente. Napoléon en utilisant le « nos », ne se place pas au-dessus de ses soldats, mais au même rang que le plus simple de ses grenadiers.
« les vétérans des armées de Sambre et Meuse; du Rhin, d’Italie, d’Égypte, de l’ouest, de la Grande Armée sont humiliés; leurs honorables cicatrices sont flétries, leur succès seraient des crimes, ces braves seraient des rebelles, si, comme le prétendent les ennemis du peuple; les souverains légitimes étaient au milieu de l’ennemi. Les honneurs, les récompenses, les affections sont pour ceux qui les ont servis contre la patrie et contre nous. » (6ème paragraphe de l’affiche). Sur cette dernière, le point virgule placé, après « les ennemis du peuple », est  une erreur de ponctuation. Sur notre document manuscrit, on y voit une virgule et c’est bien sur la bonne ponctuation, puisque celle-ci apporte une précision sur ces « ennemis du peuple » que sont « les Souverains légitimes » qui  « étaient au milieu de l’ennemi ». De plus, sur l’affiche, la phrase est fausse puisqu’il ne s’agit pas des souverains légitimes qui étaient « au milieu de l’ennemi », mais « au milieu des armées étrangères ». La trahison de ces souverains légitimes n’en apparaît que plus grave…
Au 8ème paragraphe enfin : « Soldats! Venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef. Son existence ne se compose que de la vôtre, ses droits ne sont que ceux du peuple et les vôtres; son intérêt, son honneur et sa gloire ne sont autres que votre intérêt, votre honneur et votre gloire. La victoire marchera aux pas de charge, l’Aigle avec les couleurs nationales volera de clochers en clochers jusqu’aux tours de Notre-Dame : « Vous pourrez montrer avec honneur vos cicatrices » alors vous pourrez vous vanter de que vous aurez fait; vous serez les libérateurs de la patrie. » La phrase, en gras a été tronquée soit, pour ne pas rappeler les souffrances endurées par les Français, lors des nombreuses campagnes militaires napoléoniennes, soit pour ne pas trop insister sur la gloire que les Français doivent retirer de leur lutte contre la tyrannie monarchique…

Sur cette proclamation, le Comte Bertrand (1773-1844) appose sa signature en dessous de celle de Napoléon. Ce dernier s’était prononcé sur lui : « le général Bertrand était l’homme de la vertu, je n’ai rien dit de trop; sa réputation est faite. » Nommé le 16 janvier 1814, aide-major général de la garde nationale et de l’armée de Paris,  fidèle à l’Empereur, il embarque avec lui pour l’Ile d’Elbe qu’ils atteindront le 3 mai 1814. A Golfe Juan, dix mois plus tard, ce 1er mars 1815, il se tient toujours à ses côtés. Au terme des Cent Jours, le 7 août 1815, il sera à nouveau du voyage à Sainte-Hélène, s’exilant avec son maître qu’il servira avec respect et dévouement jusqu’à la mort de Napoléon le 5 mai 1821.

Proclamation Elba