Mémorial 1815 – Journal d’un visiteur – de la Démesure à la Déception


Je me permets de publier à mon tour ce “journal” d’un visiteur du nouveau mémorial 1815. Ce dernier à déjà été diffusé sur le forum  suivant http://www.napoleon1er.org/forum/viewtopic.php?f=5&t=28087&sid=261c805db36adf9844399a08290157a4 (de nombreux commentaires y sont déjà postés). Pour ma part,  j’en ai demandé préalablement l’autorisation au rédacteur. Il est important de diffuser ces informations afin que les organisateurs puissent mettre tout en oeuvre afin d’améliorer l’accès au mémorial et tiennent compte des “critiques constructives”  qui semblent nécessaires voire obligatoires afin de préserver les peintures de 1912 du monument original entre autres! J’ai laissé volontairement les commentaires ouverts afin que ceux et celles qui souhaitent apporter leur point de vue puissent librement s’exprimer. J’ai bon espoir que les organisateurs seront sensibilisés par ces remarques et mettront tout en oeuvre pour l’amélioration de ce Mémorial 1815 qui devrait refléter notre savoir-faire! N’hésitez-pas à m’écrire pour me signaler les éventuelles améliorations effectuées au Mémorial 1815

Jacques JANSSENS

Journal d’un visiteur du Mémorial 1815

Samedi 23 mai 2015, enfin le fameux mémorial de Waterloo est ouvert et nous allons pouvoir visiter ce lieu dont on parle depuis plus de 15 ans! Encore imprégné de l’ambiance que j’ai connue sur le site pendant tant d’années, j’avoue avoir eu une certaine dose de scepticisme avant d’y aller mais les différents articles et reportages dans la presse écrite et dans les journaux télévisés m’ont un peu rassuré. Je débarque donc sur le site de la bataille avec beaucoup de curiosité.

Une fois notre véhicule garé, je me dirige vers le fameux “trou” et j’avoue être très agréablement surpris par le décor qui s’offre à mes yeux; un tout nouveau pavage de la route, plus de bulldozers, plus de tas de terre… en effet, le fameux “open view” sur le champ de bataille tant plébiscité pour faire passer la pilule de la démolition des anciens bâtiments classés est assez réussi.

Quelques touristes sont encore un peu perdus sur ce tout nouveau site, j’ai même aidé une famille venant d’un pays de l’Est qui cherchait désespérément le moyen de rentrer dans l’ancien centre du visiteur aujourd’hui vide et à l’abandon. C’est vrai que le mémorial n’est pas encore indiqué et se trouvant  sous terre, fatalement, on ne le voit pas en arrivant par la direction du côté de la chaussée de Charleroi.

Le nouveau bâtiment qui remplace l’ancien hôtel Cotton et l’établissement             “Le Bivouac de L’empereur” n’est pas encore ouvert mais à déjà l’aspect terminé définitif qu’il est censé avoir.

restauranthttp://waterloolionrenovation.weebly.com/

Là, petite déception, c’était censé être reconstruit à l’identique de l’ancien hôtel …identique, il faut soit de l’imagination, soit des pertes de mémoire pour le trouver identique à la maison classée qui se dressait à cet endroit depuis le 19è siècle. Très agréable surprise, les deux aigles majestueux qui trônaient devant les deux estaminets ont retrouvé une place de choix sur le site.

bivouac de l'empereurttp://www.wiki-braine-lalleud.be/index.php5?title=Bivouac

Nous arrivons devant le “trou” …ZE mémorial est enfin là, devant nous, et nous allons y pénétrer.
Deux accès sont disponibles pour y accéder; du côté “Panorama”, un escalier, et du côté parking, une rampe en pente relativement douce pour les personnes à mobilité réduite. C’est la moindre des choses me direz-vous mais il y a encore beaucoup de sites qui ne sont malheureusement pas accessibles pour les personnes souffrant de handicap moteur.

Les travaux : http://napoleon-monuments.eu/Napoleon1er/1815-2015.htm

Mais là, mauvaise surprise, le pavement, tant de l’escalier que de la rampe est faire en pierres inégales et il n’y a pas de rampe pour se tenir ..enfin si, il y a bien une sorte de vitrage avec une fine latte métallique sur la tranche supérieure mais est-ce une rampe ?, de toute façon, elle est fort haute et difficilement utilisable par les enfants ou par des personnes de petite taille. Pour mon 1m75, c’est déjà juste.
Bref, je sais déjà que la prochaine fois, je mettrai des bottines de rando car ce pavement inégal est très pénible quand on porte des simple chaussures de ville. Je suis également content d’être venu un jour ou il ne pleut pas car je crains que une fois mouillé, ce pavement ne soit extrêmement glissant.

http://www.rtbf.be/video/detail_bicentenaire-bataille-de-waterloo-inauguration-du-nouveau-memorial-au-pied-de-la-butte-du-lion?id=2017750

Nous pénétrons dans le grand, très grand hall d’accueil du mémorial. Ils ont vu grand, la capacité d’accueil est bien prévue pour un très grand nombre de visiteurs.
“Bonjour, deux places s’il vous plaît”, … “voilà monsieur, ça fera 32 euros “…Gosh, 16 euros par personne , 13 euros pour les jeunes de 7 à 17 ans, là je remercie tous les saints du paradis de ne pas avoir composé une famille nombreuse., sur un billet de 100€ il resterait de quoi acheter un porte-clés  souvenir, et encore. ça change un peu des 7 euros d’entrée d’avant. Mais soit, c’est beau, c’est grand, c’est moderne, c’est high- tech, donc c’est cher … logique. Je m’acquitte du montant et me voilà prêt à pénétrer dans le saint du saint, dans l’endroit ou tous les secrets de la bataille de Waterloo vont m’être révélés.

“Stooooop !!!! ..Monsieur, avec le ticket, vous devez aller chercher l’appareil audio-guide OBLIGATOIRE sinon vous ne pourrez pas visiter le mémorial !!!” me dit la jeune préposée aux tickets sur un ton plus martial qu’aimable. Ok! ok!, je vais donc faire la file pour obtenir ce précieux sésame qu’est l’audio-guide sans lequel je ne pourrai pas pénétrer dans le musée. Je comprends bien que la demoiselle veut dire que sans l’audio-guide, la visite sera moins intéressante mais à la manière autoritaire dont c’est dit, on a l’impression qu’on va se faire mettre à la porte si on refuse de le prendre. Un fois en sa possession, il faut programmer le machin, on doit le disposer devant un “oeil” électronique, choisir la langue ( heureusement ) et choisir le personnage qui va nous guider tout au long de notre parcours initiatique au coeur de la bataille. Plusieurs personnages sont disponibles, on peut choisir un cuirassier français, un jäger brunswickois, un fantassin de la garde , un ..ouais bon, je prends le cuirassier c’est bon, je ne vais pas perdre une plombe pour choisir un personnage.

Une fois entré dans le musée, on ne change plus, je n’ai vu nulle part de borne permettant de programmer un autre personnage. Tiens, me dis-je ..j’ai donc un brave cuirassier dont j’ai déjà oublié le nom qui va me raconter son histoire, intéressant ça …mais si après, je veux connaître l’histoire du Jäger ??? ..devrais-je revenir une deuxième fois débourser 16 euros ??? idem pour le fantassin et le suivant …houla, ils sont finauds ici, ils fidélisent le client il me semble.

Soit, me voilà équipé et le gentil préposé aux audio-guides m’indique sans sourire qu’avec mon ticket, je dois me diriger vers le portique là bas au loin à l’autre bout du hall et présenter le code barre au scanner. Il y a en tout et pour tout 2 portiques…quelle chance que les 500.000 visiteurs prévus ne soient pas tous venus aujourd’hui. Bagarre avec le scanner, dans quel sens faut-il mettre ce foutu ticket?…ah, ça marche, une lumière verte m’indique que je peux passer.

Et là …whaaaa ..on est de suite plongé dans le coeur du sujet …pas de la bataille de Waterloo elle-même mais la technologie .. ça pète, ça clinque, ça en jette. Un historique rapide de la période révolutionnaire, du consulat, de la naissance de l’Empire et de son expansion Le contexte est placé et on a une base historique pour comprendre dans quel contexte se sont déroulés les événements du 18 juin 1815. Un peu de technologie bien entendu, une presse d’imprimerie avec des “pages” blanches sur lesquelles sont projetées des photos d’affiches d’époque, plus loin une guillotine ou apparaissent, projetées également les têtes des guillotinés célèbres de la révolution et de la période de la terreur. On peut même voir l’image de la tête de Louis XVI , de Charlotte Corday ou encore de Robespierre projetée ensanglantée dans le fond du panier au pied du grand rasoir national.

Ensuite, nous avançons sur une sorte d’échiquier ou les pions représentent les personnages clés intervenants dans le déroulement de la situation politique de la période des 100 jours. Tout cela s’annonce donc bien, on a la mise en bouche, l’entrée, et le plat de résistance s’annonce grandiose.

Nous avançons et une nouvelle petite merveille de technologie s’offre à nous pour nous présenter les “inventions” qui ont été créées à cette période. Plusieurs écrans présentent des personnages, ensuite le “teint” de l’écran s’efface pour laisser apparaître par transparence dans une vitrine les objets inventés. Les changements dans les poids et mesures : par transparence, on aperçoit donc une boite de poids … mouais .. la légion d’honneur et par transparence …des soldats de plombs “étains du Prince” représentant des maréchaux …ah ? et présenter une légion d’honneur ?? non ??  La lampe de Tesla et le code civil sont présentés de la même manière. Oui, bon, sympa mais ça casse pas des briques non plus .

Bon, tout ne peux pas être parfait, on continue…

Galerie des tableaux vivants : Là, énorme, des tableaux ou les personnages bougent …enfin bougent est un grand mot ..il y a de la fumée qui bouge sur certains comme sur le tableau représentant la bataille de Trafalgar, on voit juste un cavalier dont le cheval se cabre sans cesse sur l’autre représentant une bataille et encore sur un troisième, un grenadier de la garde qui secoue son bonnet d’ours au passage de l’Empereur… qui ne bouge pas. Et j’oubliais la neige qui tombe dans le tableau représentant la campagne de Russie. Re-mouais, cela n’apporte pas grand chose si ce n’est une nouvelle démonstration de technologie justifiant probablement le budget colossal investi ..mais bon, l’énigme de la défaite de Napoléon à Waterloo est résolue, il y avait l’ancêtre de Harry Potter dans les rangs de Wellington, ça aide d’avoir un magicien auprès de soi lors d’une bataille, demandez au Roi Arthur, vous verrez.

Très rapidement, les commentaires du brave soldat qui nous accompagne dans la petite boite à explications commencent à me gonfler. Je ne sais pas à qui sont destinés ces audio guides mais je trouve les commentaires de plus en plus infantilisant. Bref, discrètement afin de ne pas me faire jeter dehors vu que c’est OBLIGATOIRE, je n’écoute plus l’audio-guide systématiquement.

Nous arrivons ensuite dans la grande galerie des uniformes, partie que j’attendais impatiemment étant donné mon intérêt pour la chose. Un long couloir bordé de vitrines, du côté droit, les mannequins portant les uniformes français, du côté gauche, les alliés. La première chose qui saute aux yeux, nous n’avons pas eu affaire à des professionnels du mannequinât; outre les positions ridicules de certains personnages, les uniformes sont disposés souvent à l’arrache sur les corps. Les copies d’uniformes sont acceptables pour une bonne partie mais la disposition des différentes pièces d’habillement laisse complètement à désirer. Les sabres briquets pendant lamentablement sur les flancs des soldats au lieu d’êtres positionnés à l’arrière, des gibernes qui ne sont pas fixées au bon bouton, une banderole de giberne avec le porte baïonnette positionnés sur la poitrine du soldat, des couvres-shakos mal attachés, bref …. à revoir en profondeur. Ah oui, un intrus s’est caché parmi les soldats of his Majesty, un brave fantassin allié porte, à l’instar du Roi Dagobert, sa culotte à l’envers. Bref, ces personnages semblent avoir été habillés par quelqu’un qui ne connaît pas grand chose à l’uniformologie de l’époque.

Subitement, entre les pieds d’un fantassin anglais, une étiquette ( qu’on appelle cartel dans le jargon muséal ) placée juste à quelques centimètres du sol m’interpelle . Le cartel porte la mention ” Bottes “. Je regarde, c’est bien un fantassin qui comme tout fantassin porte des chaussures .. que fait donc cette étiquette “Bottes” près de chaussures?; Quelques mètres plus loin, il y a un cavalier portant lui des bottes. Une erreur de placement du cartel ? Et là je m’aperçois que le cartel porte un numéro et je me rappelle que j’ai un audio guide. Je remets donc le machin près de mon oreille et j’écoute le commentaire… tout s’explique, je sais maintenant pourquoi ils mentionnent “botte” derrière une chaussure. C’est parce que les bottes des cavaliers, tout comme les chaussures des fantassins sont ambidextres … déjà le terme ” ambidextre” en parlant de chaussures m’interpelle, ambidextre d’après “le Larousse” signifie : habile des deux mains …une chaussure habile des deux mains, il faudra m’expliquer. Mais pourquoi également n’avoir pas mis ce cartel quelques mètres plus loin près d’un cavalier ?

A peu près à mi-chemin, une salle s’ouvre du côté droit on peut admirer une vitrine avec des armes; fusils, sabres, pistolets, mais uniquement des copies, pas une seule pièce originale à l’horizon. Une vidéo montre le chargement et le tir du fusil à silex. Pas d’explication, la vidéo est muette… On voit un homme dans un stand de tir charger son fusil pour ensuite tirer sur une cible en… je ne sais pas trop quoi, on dirait de la gelée, afin de montrer l’impact et la pénétration du projectile. Au moment du tir, la vidéo par en cacahuète et il apparaît une image blanche figée de plusieurs secondes entre le moment du tir et le moment de l’impact. Deuxième jour d’ouverture et voilà déjà une “haute” technologie, à savoir une bête vidéo, qui foire, ça promet pour le futur.

On y présente aussi, par vidéo interposée, une démonstration de l’utilisation d’un sabre de Dragon, sauf qu’il s’agit d’une sabre de Cuirassier, mais soit, en reconstitution, les sabres de dragons sont souvent des sabres de cuirassiers vendus avec un fourreau différent. Une vitrine me laisse perplexe, on y voit une planche représentant une forge de campagne accompagnée de figurines en plomb représentant des sapeurs; quel est le rapport entre une forge et des sapeurs ? Dans cette salle également, sur l’un des côtés, on retrouve les anciens dioramas du défunt musée de cire …mais amputé de tout décor. Seuls subsistent les mannequins semblant perdus dans un univers vide. La table ou les maréchaux préparent leur plan de bataille est réduite à sa plus simple expression; une table, trois chaises et les sept mannequins, aucune évocation visuelle de la pièce ni de la ferme du caillou, lieu dans lequel se serait déroulé la scène. A côté, un Empereur Napoléon accompagné de son mamelouk mais tout aussi démuni de décor. Je trouvais que déjà du temps du musée de cire, Napoléon semblait avoir sa tête des mauvais jours mais là je le comprends, des malhonnêtes lui ont volés son mobilier pendant qu’il réfléchissait au devenir de l’Europe …et surtout de son Empire.

etat-major

retour vers le long couloir bordé de mannequins et nous nous dirigeons vers la fameuse salle de cinéma 4D HighTech tant vantée par la propagande des initiateurs du mémorial.Au passage, sur la ligne du temps qui accompagne les soldats sur toute la longueur du couloir, je note une inscription mentionnant que Napoléon s’est rendu aux anglais dans l’espoir de pouvoir aller aux Etats-Unis. Ah bon ?

Je vais enfin voir le film qui me fera vivre la bataille comme si j’y étais avec des sensations à côté desquelles les montagnes russes des plus grands parcs d’attractions du monde connu et inconnu sont des amusements pour poupons. J’arrive près de la salle et un décompteur de minutes m’indique que je devrai encore surmonter mon impatience pendant 8 fois 60 secondes. Une douzaine de personnes sont déjà en train d’attendre également l’ouverture des portes automatiques pour pouvoir pénétrer dans la salle de cinéma. Je regarde autour de moi pour voir si il y a la possibilité de prendre quelques repos sur mon postérieur mais malheureusement, les quelques places assises disponibles sont déjà occupées. En tout une dizaine de sièges sont prévus dans cette “salle d’attente”; les seuls sièges de tout le mémorial ceci dit. Il n’y a rien de prévu sur tout le parcours pour que des personnes fatiguées puissent reprendre quelques forces. Le musée serait donc à déconseiller aux personnes âgées ayant des faiblesses dans les jambes. Pour prendre mon mal en patience pendant ces 8 interminables minutes qui me séparent du Graal, je décide donc de revenir sur mes pas et de retourner voir la galerie des uniformes.

Je repasse par la petite salle d’armes, Napoléon semble toujours aussi démuni et seul sur sa chaise, la séquence filmée sur l’écran présentant le tir au fusil part toujours en cacahuète à la même image, bref …. c’est long d’attendre. Une question me vient à l’esprit concernant toute cette technologie ( qui n’a en fait pas grand chose de vraiment novateur, je n’ai rien vu d’inédit, je connaissais déjà chacune des techniques utilisées ) ont-ils prévu une équipe de techniciens sur place ? ou faudra t’il chaque fois attendre plusieurs jours avant qu’une des ” attractions ” soit à nouveau opérationnelle en cas de défaillance ? Ont-ils prévu un budget pour l’éventuel remplacement d’écran défectueux, d’ordinateurs en panne ou devenus obsolètes ?
La question est posée, l’avenir nous le dira mais si ce n’est pas le cas, je suis heureux d’avoir été visiter les lieux très rapidement après l’ouverture, d’autres personnes qui payeront également 16 euros d’entrée risquent de se retrouver devant des tableaux éteints, des animations immobiles et des films en noir et noir.

5 … 4 … 3…. 2 ….. 1 …les portes de la salle de cinéma s’ouvrent automatiquement, enfin! Un membre du personnel arrive, sans un mot, ni bonjour ni merde, et nous distribue des lunettes spéciales afin de profiter pleinement de la séquence cinématographique 3D .. le 4ème D, c’est le sol qui tremble durant les charges de cavalerie nous ont indiqué les différentes publicités glanées sur Internet… on va voir ça. Je prend donc les fameuses lunettes et première constatation, elles sont sales et pleines de taches de doigts bien grasses …. je suppose que je dois avoir devant les yeux les reliques des petits fours qu’on dégustés les édiles politiques lors de l’inauguration 2 jours plus tôt. Pas de protection hygiénique non plus sur les branches des lunettes, surtout qu’elles ne sont visiblement pas nettoyées après utilisation, j’espère donc que le précédent utilisateur n’était pas atteint de psoriasis, zona ou pire, des maladies de peau hautement contagieuse. Nous voilà donc dans la salle …que je croyais nettement plus grande d’après les infos. Hé non, cette salle est petite en forme de demi-cercle et dépourvue, comme le reste du musée, du moindre siège. C’est donc encore une fois debout que le spectateur devra en prendre plein les yeux. L’exiguïté de cette salle surprend quand on a vu la taille monumentale du hall d’accueil.

20150421 - WATERLOO, BELGIUM: Illustration picture shows a visit to the Memorial after a press conference to present the Memorial 1815, to commemorate the Bicentenary of the Battle of Waterloo, Tuesday 21 April 2015, in Waterloo. The Memorial will be inaugurated on 21 May 2015. BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ
20150421 – WATERLOO, BELGIUM: Illustration picture shows a visit to the Memorial after a press conference to present the Memorial 1815, to commemorate the Bicentenary of the Battle of Waterloo, Tuesday 21 April 2015, in Waterloo. The Memorial will be inaugurated on 21 May 2015. BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Les portes se ferment automatiquement. Première constatation, pas de marquage indiquant une éventuelle sortie de secours. Bon, on est le deuxième jour d’exploitation du site, j’espère qu’il n’y aura pas de court circuit et qu’on ne devra pas se ruer à toute force sur des portes automatiques qui si cela se trouve ne s’ouvrent pas manuellement. La lumière s’éteint, le film commence. La 3D est bien présente dès le début, ça s’annonce bien. Une voix d’enfant nous met dans l’ambiance,le petit tambour nous raconte ses sensations. Et ça démarre sur les chapeaux de roue, les combats s’engagent. Là, j’ai déjà pris deux fois la lunette de Napoléon en pleine figure et j’ai eu la tête d’un officier Anglais si proche de moi que j’ai cru qu’il voulait m’embrasser. Le film explique également les différents moments forts de la bataille. Un mélange d’images d’acteurs et d’images de synthèse présentent les charges de cavalerie, l’attaque d’Hougoumont, la prise de la Haie Sainte, etc … Là entre en action la fameuse 4è D ..le sol tremble sous les pas de cavaliers en image de synthèse tout droit sortis d’une jeu vidéo d’il y a 15 ans. Plus tard, le sol tremble à nouveau sous les pas des rangs de fantassins qui nous chargent droit dessus. Tiens, le poids du pas d’un fantassin est égal au poids du galop d’un cheval, le sol tremble exactement de la même façon, ni plus fort ni moins fort, étrange … J’apprends également par image de synthèse interposée que la vieille garde à pied à effectué sa fameuse charge avant la débâcle en formation carrée sur un seul rang . L’équipe qui à réalisé ces séquences synthétiques ne doit pas avoir connaissance du règlement d’infanterie de 1791, ou alors, le règlement de 1791 expliquant, entre autre, comment manoeuvrer pour une charge est un faux, m’aurait-on menti ? Quand même un moment amusant, la séquence filmée avec des acteurs présentant la prise et le combat au corps à corps dans la ferme de la Haie Sainte est coquasse. Deux soldats représentant ce qui devrait être un effroyable corps à corps semblent plus danser un slow langoureux que tenter de s’étriper. Des coups de poing portés à 30 cm de l’adversaire font peu réaliste.

Après donc en avoir pris pour 20 minutes de gros plans d’officiers emplumés et m’être fait piétiner par des cavaliers et embroché par des fantassins dessinés à la mode Sega Megadrive, le film est terminé, les portes s’ouvrent à nouveau automatiquement et une charmante hôtesse ( charmante parce que je suis poli, elle non plus ne semble pas douée de la parole ) nous tend un bac en plastique afin que nous y redéposions nos lunettes spéciales toujours grasses. Je reste quand même fort troublé, par l’exiguïté de la salle, ils attendent quand même 500.000 personnes par an, ce qui représente +/- 1500 personnes par jour, je me demande ou ils vont les mettre . déjà avec une quinzaine de personnes, on ne peut pas tout voir vu que l’écran est panoramique semi-circulaire à 180 et fait 25m de long, fatalement les gens sont à un moment ou un autre dans votre champ de vision et vous empêchent de profiter de certains points de vue.

Je scrute leurs visages des 15 personnes qui sortent afin d’y déceler une émotion ou un ravissement, et rien, je ne suis donc pas le seul à être un peu déçu par le visionnage de ce qui était présenté comme une prouesse technique de haut niveau. J’ai vu des démos de téléviseurs 3D à écran incurvé et des jeux vidéos plus convaincants. Ceci dit, Gérard Corbiau, le réalisateur du film, avait annoncé lors d’une interview télévisée qu’avec le budget et le temps qu’on lui avait donné, il ne pourra pas faire de miracle. Il n’a pas menti.

Passons à la suite, une galerie de très beaux tableaux représentant les différents moments de la bataille me font un peu oublier ma déception précédente. Ce sont des copies de toiles et de gravures assez connues mais toujours agréables à regarder.  Un pas plus loin, une vitrine avec le squelette du jeune soldat Allemand retrouvé lors de la construction du parking près de l’autoroute. Tiens, il me semblait que l’exposition du squelette de la ferme du Caillou faisait scandale, non ? L’homme est étrange, à 3 km d’écart, un squelette suscite tout un pataquès et l’autre non. Exposer un squelette d’allemand serait-il moins scandaleux que de montrer un squelette remonté à partir de différents os français ? Bah, moi ça ne me choque pas, ce jeune soldat a aujourd’hui une autre vie, il fait partie de la mémoire de l’histoire. Et surtout, n’est il pas exposé dans un véritable mémorial ?

20150421 - WATERLOO, BELGIUM: Illustration picture shows a visit to the Memorial after a press conference to present the Memorial 1815, to commemorate the Bicentenary of the Battle of Waterloo, Tuesday 21 April 2015, in Waterloo. The Memorial will be inaugurated on 21 May 2015. BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ
20150421 – WATERLOO, BELGIUM: Illustration picture shows a visit to the Memorial after a press conference to present the Memorial 1815, to commemorate the Bicentenary of the Battle of Waterloo, Tuesday 21 April 2015, in Waterloo. The Memorial will be inaugurated on 21 May 2015. BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Ensuite vient une évocation des travaux post bataille d’un chirurgien Anglais renommé, Sir Charles Bell, qui croqua à des fins scientifiques les blessures de plusieurs soldats rescapés de la bataille. Je connaissais son travail après la bataille de la Corogne en Espagne mais j’ignorais totalement qu’il avait également oeuvré sur les blessés de Waterloo. J’ai appris quelque chose.

Au bout du dernier couloir, une vitrine avec quelques souvenirs de la célèbre collection Cotton. On lui a bousillé sa maison mais on a quand même récupéré quelques pièces de sa collection. Enfin du vrai, de l’authentique, pas du reconstitué … La petite voix dans la machine guide nous apprend qu’on peut donc, dans cette vitrine, comparer une baïonnette anglaise avec une baïonnette française … en effet, on voit bien la différence. On peut également comparer un sabre de cavalerie anglaise avec un sabre de cavalerie française…ah bon ?, ou ça ??, parmi les quelques pièces exposées, point de sabre. On peut également admirer, toujours selon la petite voix, un instrument de musique rare, un serpent provenant d’une fanfare régimentaire. Pas plus visible que les sabres. Ah si, le serpent est visible à côté de la vitrine, sur une vieille photo de la collection Cotton du temps ou son musée existait encore.

Et voilà, nous arrivons à la fin de la visite, la porte de sortie est devant nous. Il y a quelques tambours sur le côté. Mais pas des vrais hein, ce sont des faux tambours avec des vrais écrans tactiles ou on nous propose de nous envoyer un clip vidéo suivant notre choix parmi différentes possibilités à l’écran. Les questions sont du type : préférez vous lire ou regarder un film, préférez vous les anglais ou les français ? … je ne suis plus sûr des questions exactes mais c’est de ce goût là, je ne me suis pas attardé, ils demandent mon adresse mail pour m’envoyer le clip, comme je n’ai pas envie de risquer de recevoir 50.000 pubs dans ma boite, je passe donc mon chemin.

Ah oui, vous ais-je parlé des différents autres faux tambours interactifs disséminés un peu partout dans le musée ? Ce sont des jeux de type ” Quizz” ou des puzzles ou il faut reconstituer une image de tableau ou gravure à partir d’éléments mélangés. Vous savez, les petits jeux qu’on trouve en ” flash” sur le net. Je n’ai pas bien compris si c’était adressé aux adultes ou aux enfants. Le type de jeux proposés me font penser que c’est destiné aux enfants de 6 à 10 ans, mais vu la hauteur des tambours, il faut des enfants terriblement grands pour arriver à toucher les écrans tactiles.

L’une ou l’autre question dont je me souviens :
Lors de la bataille de Waterloo, Napoléon avait il ? ..et là, 3 choix : 25 ans, 45 ans ou 60 ans ?
Une autre : les cents jours représentent-il la période entre :

  • 1: l ‘écart de temps entre la bataille de Leipzig et la bataille de Waterloo:
  • 2: Le temps entre le départ de Napoléon de l’Ile d’Elbe et le retour de Louis XVIII après la 2è abdication de Napoléon;
  • 3 : je ne sais plus mais c’est du même acabit.

En tout, 5 questions dans le genre.

N’espérez surtout pas pouvoir demander des renseignements à quelqu’un dans le musée, les deux seuls membres du personnel que j’ai croisé dans le musée sont les deux muets préposés aux lunettes.

Nous revoilà dans le grand hall d’entrée. Il nous faut donc là restituer les audio guides OBLIGATOIRES. Mais ou ?
Aucune indication, pas un panneau, je me dirige donc vers le comptoir ou j’ai pu en prendre possession avant la visite. Sauf qu’il n’y a plus personne à ce comptoir. D’autres visiteurs sont dans le même cas que nous et ils ont la même mine déconfite que celle que je dois avoir, que faire de ces appareils ? Arrive quelqu’un, un jeune homme qui nous offre de reprendre les audio guides et nous avons droit à un timide merci, mais un merci quand même. Je pense la première parole aimable depuis notre arrivée.

Pour nos 16 euros, nous avons quand même également l’accès au Panorama et à la butte, c’est déjà ça. Passage par la boutique, ça c’est incontournable, et nouvelle déception, ils ont juste transféré la boutique de feu le centre du visiteurs. Les mêmes gadgets kitchissimes, les mêmes livres, les mêmes cartes postales. A l’ouest rien de nouveau en dehors des prix qui ont sensiblement augmentés. Ils ont aussi ressortis des caves d’anciens stocks de bibelots souvenirs qui ne se vendaient plus depuis longtemps de l’autre côté.

Bon, et le panorama, c’est par ou l’entrée ? Un groupe de touriste cherche également et il n’y a personne au comptoir de la boutique pour se renseigner. Tout au fond du mémorial, à l’opposé des portiques de la partie “musée”, nous trouvons des portiques identiques ( deux également, pas plus ). Aucune indication, pas de fléchage et derrière les portiques, un couloir blanc visiblement encore en chantier. Je teste le code barre de mon ticket, le portique réagit, ça s’ouvre. Avec vraiment le sentiment de pénétrer là ou on peut pas, je me risque dans le couloir en chantier et j’arrive à une grande porte sans poignée. J’approche, elle s’ouvre automatiquement ( ah oui, on est dans le temple de la technologie, j’avais presque oublié ) . Derrière la porte, un escalier en colimaçon m’invite à passer à l’étage supérieur. Là également, pas de rampe digne de ce nom mais soit. Derrière, un ascenseur ou du moins se qui le sera plus tard car il est encore à l’état de chantier indique qu’ils ont pensé aux personnes en chaise roulante, un bon point. Une fois arrivé en haut, nous nous retrouvons en effet au pied du panorama, nous sommes en fait carrément en dessous, on accède à la plateforme par les coulisses. Toute la maquette au pied de la toile est encore en chantier, ou du moins à l’air de l’être. Nous arrivons sur la plateforme et on peut admirer la toile et son décor de carton pâte, du moins ce qu’il en reste vu que c’est en chantier. Le velum est en place mais beaucoup plus petit que le précédent et là, vision d’horreur, le soleil pénètre à souhait dans la salle et se reflète sur la gigantesque toile peinte. Je crois qu’ici, n’importe quel conservateur de musée risque de tomber dans les pommes devant une telle hérésie. Si rien ne change, il ne faudra pas 6 mois pour que la magnifique toile pente en 1912 ne soit complètement décolorée et donc, fichue. Autre aspect cocasse de la nouvelle muséographie du site ( j’espère que ce n’est que provisoire également ) quand nous nous trouvons sur la plate forme, on peut voir en bas, dans le décor, les têtes des visiteurs qui entrent ou qui sortent.

Sortis du Panorama, nous nous dirigeons vers le pied de la butte. Nous n’y montons pas, le décor vu d’en haut ne me tente pas trop. Le “jardin” est en chantier, on y trouve des grilles de chantier, des tas de sables et un aspect pas terminé s’offre à nos yeux. Mais bon, ça ce n’est que provisoire ( j’espère ) Voilà, le tour est fait, j’ai naïvement pensé que nous pourrions sortir par l’ancien tourniquet derrière l’ex centre du visiteur ( je vois même ma voiture à quelques mètres de l’autre côté ) mais non, il nous faut retourner vers le panorama, repasser en dessous de celui-ci, reprendre l’escalier tournant, refranchir la porte automatique que j’ai failli me prendre en pleine figure vu que cette porte ne s’ouvre visiblement que dans un seul sens, et que comme c’est automatique, il faut d’abord s’en approcher assez prêt pour que le capteur volumétrique vous détecte et déclenche la machinerie d’ouverture. Repassage par la boutique, ( il n’y a toujours personne au comptoir ) et sortie du mémorial en passant à nouveau par les briques inégales. Il est approximativement 16h30, il fait relativement beau, nous décidons de prendre un rafraîchissement à la terrasse de la taverne ” Le Wellington” avant de rentrer chez nous, somme toute relativement déçus …très déçus en fait.

Une fois installé à la terrasse de l’établissement, mon esprit se met à vagabonder et je repense au nombre de fois que j’ai fréquenté ce site. L’époque pré bunker du visiteur où une ambiance toute “napoléonienne” enveloppait les visiteurs dès leur arrivée dans le hameau.Je me rappelle de toute la décoration qui ornait la maison Cotton avec son musée de cire où Napoléon et ses maréchaux possédaient encore du mobilier et ou les pièces exposées n’étaient pas toutes des copies actuelles. Les grognards de la garde grandeur nature en bois peint et les fresques représentant la bataille qui décoraient les différents endroits et dont on pouvait profiter sans bourse délier. Le son des combats diffusés par des hauts parleurs à l’extérieur du cinéma pendant la projection d’un vieux film avec des vrais acteurs et non pas des pantins de pixels. Et tout ça, pour l’époque, c’était aussi de la technologie de pointe. Une ambiance en remplace une autre, il y régnait une ambiance immergente, c’est devenu une ambiance aseptisée vouée uniquement à la récolte de vos deniers.

Un petit dernier point, vers 17h30, nous engageons la conversation avec deux touristes anglais qui sortaient tout juste du mémorial. Sachez qu’à 17h30, l’accès au panorama est déjà fermé. Ces touristes ont donc également déboursé 16 euros chacun et plus d’une heure avant la fermeture ( le site ferme à 18h30 selon les rares indications disponibles ) n’ont déjà plus pu profiter pleinement de la somme déboursée. A méditer pour l’avenir de ce site.

Jean-Marie Teller