Discours prononcé dans l’autre monde pour la réception de Napoléon Bonaparte, le 28 juin 1821


Napoléon Bonaparte
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Le discours qui suit a été prononcé le 28/06/1821, l’entièreté du discours se trouve sur le lien de la Bibliothèque Nationale de France! En ces temps de trouble où l’image de ce grand est ternie dans des articles de “presse” dignes des plus mauvais feuilletons, il est bon de rappeler la grandeur et les fondements de nos valeurs qui semblent ce jour mis en question par la lâcheté la plus barbare qui soit!  L’Europe financière a montré ses limites et ce système qui détruit les peuples ne pourra tenir sur la durée, là où nos valeurs perdureront malgré les tempêtes auxquelles nous devront faire face! Il est bon de rappeler que les citoyens européens ne souhaitent pas participer à cette mascarade des banquiers et les dettes des états ne peuvent être les dettes des citoyens! Jacques JANSSENS

DISCOURS PRONONCÉ DANS L’AUTRE MONDE POUR LA RÉCEPTION DE NAPOLÉON BONAPARTE, LE 5 MAI 1821 , PAR LOUIS FONTANES,Ex-Comte de l’Empire , ex-Président du Corps Législatif, ex-Sénateur, ex-Grand-Maître de l’Université impériale, ex – Grand – Officier de la Légion d’Honneur, etc. Pour servir de supplément aux Discours prononcés à l’Académie Française, le 28 juin 1821, par MM. VILLEMAIN et ROGER , en l’honneur de M. LE MARQUIS DE FONTANES, Pair de France, ex-Grand-Maître de l’Université royale, Membre du conseil privé, Grand-Cordon de l’Ordre royal de la Légion d’Honneur.

A PARIS, CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS». JUILLET 1021,

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DISCOURS.

M. DE FONTANES, appelé à raconter aux habitants de l’autre monde ce qu’il avait dit autrefois de NAPOLÉON BONAPARTE, est venu à sa rencontre le 5 mai 1821, et, le Moniteur à la main, a prononcé le discours qui suit :

MESSIEURS,

MA voix est trop faible sans doute pour se faire entendre au milieu d’une solennité si imposante et si nouvelle pour moi. Mais du moins cette voix est pure ; et comme elle n’a jamais flatté aucune espèce de tyrannie, elle ne s’est pas rendue indigne de célébrer un moment l’héroïsme et la vertu. Il est des hommes prodigieux qui apparaissent d’intervalle en intervalle sur la scène du monde avec le caractère de la grandeur et de la domination. Une cause inconnue et supérieure les envoie, quand il en est temps, pour fonder le berceau ou pour réparer les ruines des Empires. C’est en vain que ces hommes désignés d’avance se tiennent à l’écart ou se confondent dans la foule : la main de la fortune les soulève tout à coup, et les porte rapidement d’obstacle en obstacle et de triomphe en triomphe jusqu’au sommet de la puissance. Une sorte d’inspiration naturelle anime toutes leurs pensées : un mouvement irrésistible est donné à toutes leurs entreprises. La multitude les cherche encore au milieu d’elle, et ne les trouve plus ; elle lève les yeux en haut, et voit, dans une sphère éclatante de gloire et de lumière, celui qui ne semblait qu’un téméraire aux yeux de l’ignorance et de l’envie . Il faut ordinairement qu’à la suite des grandes crises politiques survienne un personnage extraordinaire qui, par le seul ascendant de sa gloire, comprime l’audace de tous les partis, et ramène l’ordre au sein de la confusion. Il faut, si j’ose le dire, qu’il ressemble à ce dieu de la fable, à ce souverain des vents et des mers, qui, lorsqu’il élevait son front sur les flots , tenait en silence toutes les tempêtes soulevées. Du fond de L’Égypte un homme revient seul avec sa fortune et son génie. Il débarque, et tout est changé. Dès que son nom est à la tête des conseils et des armées, cette monarchie couverte de ses ruines en sort plus glorieuse et plus redoutable que jamais; et voilà comme la vie d’un seul homme est le salut de tous.La première place était vacante, le plus digne a dû la remplir ; en y montant il n’a détrôné que l’anarchie. O Washington!… celui qui jeune encore te surpassa dans les batailles fermera comme toi de ses  mains triomphantes les blessures de la patrie. Déjà les opprimés oublient leurs maux en se confiant à l’avenir, et les acclamations de tous les siècles accompagnent le héros qui donne ce bienfait à la France et au monde qu’elle ébranle depuis longtemps. Tel est le privilège des grands caractères; ils semblent si peu appartenir aux âges modernes, qu’ils impriment, dès leur vivant même, je ne sais quoi d’auguste et d’antique à tout ce qu’ils osent exécuter. Un tel caractère est digne des plus beaux jours de l’antiquité. On doute, en rassemblant les traits qui le composent, qu’il ait paru dans notre siècle . L’homme devant qui l’univers se tait, est aussi l’homme en qui l’univers se confie. Il est à la fois la terreur et l’espérance des peuples; il n’est pas venu pour détruire, mais pour réparer. Au milieu de tant d’états où la vigueur manquait à tous les conseils et la prévoyance à tous les desseins, il a montré tout à coup ce que peut un grand caractère; il a rendu à l’histoire moderne l’intérêt de l’histoire ancienne , et ces spectacles extraordinaires que notre faiblesse ne pouvait plus concevoir. Dès que les sages le virent paraître sur la scène du Monde , ils reconnurent en lui tous les signes de la domination , et prévirent que son nom marquerait une nouvelle époque de la société. Ils se gardèrent bien d’attribuer à la seule fortune cette élévation préparée par tant de victoires, et soutenue par une si haute politique. La fortune est d’ordinaire plus capricieuse; elle n’obéit si longtemps qu’aux génies supérieurs. Qui ne reconnaît l’ascendant de celui qui nous gouverne ? Puissent les exemples qu’il donne à l’Europe n’être pas perdus, et que tout ce qu’il y a de gouvernements éclairés sur leurs véritables intérêts se réunisse autour du sien, comme autour du centre nécessaire à l’équilibre et au repos général!

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apotheeosePACIFICATEUR DU MONDE, un Empire immense repose sous l’abri de votre puissante administration. La sage uniformité de vos mesures, (ici l’orateur se reprend) la sage uniformité de vos lois  en va réunir de plus en plus tous les habitants. Le Corps Législatif veut consacrer cette époque mémorable ; il a décrété que votre statue, placée au milieu de la salle de ses délibérations, lui rappellerait éternellement vos bienfaits, les devoirs et les espérances du peuple français. Le double droit de conquérant et de législateur a toujours fait taire tous les autres ; vous l’avez vu confirmé dans votre personne par le suffrage national. Dans cette enceinte si quelques avis différent, toutes les intentions se ressemblent. J’ose ajouter que cette différence d’opinions, sagement manifestée, est quelquefois le plus bel hommage que l’on puisse rendre au pouvoir monarchique. Elle prouve que la liberté, loin de se cacher devant vous, se montre avec confiance et qu’elle a cessé d’être dangereuse. Des esclaves tremblants, des nations enchaînées ne s’humilient point aux pieds de cette statue, mais une nation généreuse y voit avec plaisir les traits de son libérateur. Périssent les monuments élevés par l’orgueil et la flatterie ! mais que la reconnaissance honore toujours ceux qui sont le prix de l’héroïsme et des bienfaits. Victorieux dans trois parties du monde, pacificateur de l’Europe , législateur de la France , des trônes donnés, des provinces ajoutées à l’Empire, est-ce assez de tant de gloire pour mériter à la fois , et ce titre auguste d’Empereur des Français , et ce monument érigé dans le temple des lois. (Ici l’orateur emprunte les paroles de M. Vaublanc.).

Les trophées guerriers, les arcs de triomphe, en conservant des souvenirs glorieux, rappellent les malheurs des peuples vaincus; mais dans cette solennité d’un genre nouveau tout est consolant, tout est paisible, tout est digne du lieu qui nous rassemble. L’image du vainqueur de L’Égypte et de l’Italie est sous nos regards, mais elle ne paraît point environnée des attributs de la force et de la victoire. Malheur à celui qui voudrait affaiblir l’admiration et la reconnaissance que méritent les vertus militaires ! loin de moi une telle pensée ! Pourrais-je la concevoir devant cette statue? Mais le législateur est venu, et nous n’avons respiré que sous son Empire.

Que d’autres vantent ces hauts faits d’armes ; que toutes les voix de la renommée se fatiguent à dénombrer ses conquêtes ! je ne veux célébrer aujourd’hui que les travaux de sa sagesse. Son plus beau triomphe dans la postérité sera d’avoir défendu, contre toutes les révoltes de l’esprit humain, le système social prêt à se dissoudre. (L’orateur est interrompu par les applaudissements de l’assemblée).

Mais sitôt que votre main a relevé les signaux de la patrie , tous les bons Français les ont reconnus et suivis; tous ont passé du côté de votre gloire. Ceux qui conspirèrent au sein d’une terre ennemie, renoncèrent irrévocablement à la terre natale ; et que pouvaient-ils opposer à votre ascendant ? Vous aviez des armées invincibles; ils n’eurent que des libelles et des assassins, et tandis que toutes les voix de la religion s’élevèrent en votre faveur au pied de ces autels que vous avez relevés, ils vous ont fait outrager par quelques organes obscurs de la révolte et de la superstition. L’impuissance de leurs complots est prouvée. Ils rendent tous les jours la destinée plus rigoureuse en luttant contre ses décrets. Qu’ils cèdent enfin à ce mouvement irrésistible qui emporte l’univers, et qu’ils méditent en silence sur les causes de la ruine et de l’élévation des Empires.

Telle, sur un moindre théâtre , parut autrefois cette race de grands hommes qui eut l’honneur de donner son nom au troisième siècle des arts, et qui, produisant tout à coup d’illustres amis des lettres , d’habiles politiques, de grands capitaines , prit une place glorieuse entre les maisons souveraines de l’Europe. L’un des princes de cette famille obtint le titre d’invincible, un autre fut appelé le Père des muses , un autre enfin mérita le nom de Père du peuple, et de Libérateur de la patrie. Tous ces titres deviendront héréditaires dans les successeurs du héros qui nous gouverne. Il leur transmettra ses leçons et ses exemples. Les années, sous son règne, ont été plus fécondes en grands événements glorieux que les siècles sous d’autres dynasties ! Le monde se crut revenu à un temps où, comme l’a dit le plus brillant et le plus profond des écrivains politiques, la marche du vainqueur était si rapide, que l’univers semblait plutôt le prix de la course que celui de la victoire (Montesquieu, Esprit des Lois, chap. d’Alexandre. ).

Déjà les plus anciennes maisons souveraines brillent d’un nouvel éclat en se rapprochant des rayons de votre couronne. Le repos du continent est le fruit de vos conquêtes. Le Corps Législatif peut donc applaudir sans regret la gloire militaire ; il aime à louer surtout ce DÉSIR D’ÉPARGNER LE SANG DES HOMMES; que vous avez si souvent manifesté, jusque dans la première ivresse du triomphe. C’est la victoire la moins sanglante qui est la plus honorable à vos yeux!! C’est à ces traits qu’on reconnaît un monarque digne de régner sur le peuple français. Il ne suffit pas à VOTRE MAJESTÉ de l’avoir rendu le plus puissant de tous les peuples, elle veut encore qu’il soit le plus heureux : qu’on redise partout qu’une si noble ambition vous occupe sans cesse , et que pour la satisfaire vos jours sont aussi remplis dans vos palais que dans vos camps. SIRE , toutes vos pensées sont empreintes de ce caractère qui seul attire la vénération et l’amour. Après avoir fait et défait les rois, vous avez vengé leurs tombeaux. Le lieu qui fut le berceau de la France chrétienne voit se relever le temple célèbre où depuis douze siècles la mort confondit les cendres de trois races royales dont TOUTES LES GRANDEURS ÉGALAIENT A PEINE LA VÔTRE.

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napoléon pacificateurNAPOLÉON n’a jamais VOULU QUE LA PAIX DU MONDE : il a toujours présenté la branche d’olivier à ses provocateurs qui l’ont forcé d’accumuler les lauriers. Nous engageons les lecteurs curieux de connaître quelques paroles remarquables de dignes prélats, d’hommes de tous les côtés, à recourir à l’écrit le plus piquant , qui ait paru depuis la chute de l’affamé conquérant qui voulait avaler la terre. (BEAUMARCHAIS, Mariage de Figaro). Il a voulu, il VEUT ENCORE LA PAIX ; il la demanda au moment de vaincre ; il l’a redemande après avoir vaincu. Quoique tous les champs de bataille qu’il a parcourus dans trois parties du monde, aient été les théâtres constants de sa gloire, il a toujours GÉMI des désastres de la guerre. C’est parce qu’il en connaît tous les fléaux, qu’il a soin de les porter loin de nous. Cette grande vue de son génie militaire est un grand bienfait. Il faut payer la guerre avec les subsides étrangers, pour ne pas trop aggraver les charges nationales. Il fait vivre chez l’ennemi, pour ne point affamer le peuple qu’on gouverne . Ni les trophées accumulés autour de lui, ni l’éclat de vingt sceptres qu’il tient d’un bras si ferme, et que n’a point réunis Charlemagne lui-même, ne peuvent détourner ses pensées du bonheur de son peuple. Le premier des capitaines a donc vu quelque chose de plus héroïque et de plus élevé que la victoire! C’était assez pour le premier des héros, ce n’était pas assez pour le premier des Rois ! Il lui fut donné de retrouver l’ordre social sous les débris d’un vaste empire, et de rétablir la fortune de l’état au milieu des ravages de la guerre. Nos yeux ont vu les plus grandes choses. Quelques années ont suffit pour renouveler la face du Monde. Un homme a parcouru l’Europe en ôtant et donnant les diadèmes. Il déplace, il renverse , il étend à son choix les frontières des Empires, tout est entraîné par son ascendant. Eh bien ! cet homme, couvert de tant de gloire, nous promet plus encore ; paisible et désarmé, il a prouvé que cette force invincible , qui renverse en courant les trônes et les empires, est au-dessous de cette sagesse vraiment royale qui les conserve par la paix.

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SIRE , tous nos coeurs se sont émus aux témoignages de votre affection pour les Français ; et les paroles bienfaisantes que vous avez fait entendre du haut du trône , ont déjà réjoui les hameaux.  Un jour on dira, et ce sera le plus beau trait d’une histoire si merveilleuse , on dira que la destinée du pauvre occupait celui qui fait la destinée de tant de rois. Nous jurons, SIRE, de ne jamais démentir ces sentiments que vous approuvez, devant ce trône affermi sur tant de trophées et qui domine l’Europe entière. Et comment, n’accueilleriez -vous pas ce langage aussi éloigné de la servitude, qu’il le fût de l’anarchie. Quand vous immolez votre propre bonheur, celui du peuple occupe seul toute votre âme. Elle s’est émue à l’aspect de la grande famille (c’est ainsi que vous nommez la France), et quoique sûr de tous les dévouements , vous offrez la paix à la tête d’un million de guerriers invincibles… Vous partez, et je ne sais quelle crainte, inspirée par l’amour et tempérée par l’espérance, a troublé toutes les âmes. Nous savons bien pourtant que partout où vous êtes, vous transportez avec vous la fortune et la victoire : la patrie vous accompagne de ses regrets et de ses voeux ; elle vous recommande à ses braves enfants qui forment vos légions fidèles. Ses voeux seront exaucés ; tous vos soldats lui jurent sur leurs épées de veiller autour d’une tête si chère et si glorieuse où reposent tant de destinées. SIRE, la main qui vous conduit de merveille en merveille au sommet des grandeurs humaines, n’abandonnera ni la France, ni l’Europe , qui, si long-temps encore, ont besoin de vous. Vous partez, et le plus brave de tous les peuples est tenté de se plaindre qu’il a trop de gloire en songeant qu’il reste séparé du monarque dont cette gloire est l’ouvrage. Malheur au souverain qui n’est grand qu’à la tête des armées ! Heureux celui qui sait gouverner comme il sait vaincre ! C’est lui qui rouvrit les temples de la religion désolée , et qui sauva la morale et les lois d’une ruine presque inévitable. En un mot, il a plus fondé qu’on n’avait détruit. Voilà ce qui recommande éternellement sa mémoire. De tous les coeurs sortira sans efforts le plus bel éloge du grand homme, auteur de tant de biens. N’en doutons point, grâce à tout ce qu’il a entrepris pour la félicité nationale, sa renommée de conquérant ne sera, dans l’avenir, que la plus faible partie de sa gloire. (L’assemblée renouvelle ses applaudissements. )

Autrefois, après quelques années de guerre, l’épuisement du trésor contraignait le vainqueur lui-même à demander la paix. Aujourd’hui l’entretien de tant d’armées n’a point interrompu l’amélioration successive des finances. Enfin la guerre a, dans tous les temps, affaibli la force des lois et de la police. Aujourd’hui la police , la plus sage et la plus vigilante, maintient la sûreté publique. On voit disparaître avec le fléau de la mendicité, tous les fléaux et tous les désordres qu’il traîne à sa suite. On dirait que ce peuple, si terrible au dehors, ne s’occupe, au-dedans, qu’à préparer le siècle de la paix, des arts et des fêtes. La France a montré tout ce qu’elle peut sous la main toute puissante qui la précipite ou la modère à son gré . Et l’honneur français ! que de prodiges on peut faire avec ce seul mot ! L’honneur français dirigé par un grand homme est un assez puissant ressort pour changer la face de l’univers! (applaudissements).

Que peut ajouter ma voix à l’émotion générale? Comment exprimer tout ce qu’on éprouve de grand et de doux au milieu de cette imposante cérémonie? Ils ne sont plus ces temps où les maîtres du monde s’arrogeaient seuls l’honneur des triomphes payés par les travaux et quelquefois par la vie de leurs sujets. Un grand prince appelle aujourd’hui son peuple au partage de sa gloire ; et quel prince a plus que lui le droit de croire qu’il entraîne seul la fortune à sa suite ? Mais sûr de sa grandeur personnelle, il ne craint point de la communiquer ; il n’ignore pas que le monarque accroît les honneurs de son trône de tous ceux qu’il accorde à sa nation. Mais sur le champ de bataille, sa première pensée est pour nous. C’est Alexandre qui part de la Macédoine avec son génie et l’espérance, et qui, dès sa première victoire au-delà du Granique , envoie les dépouilles des nations vaincues au temple des dieux de sa patrie.

Ces drapeaux furent conquis sur un peuple égaré par les factions. Non, ce n’est point ce héros que l’Espagnol devait craindre. Ses armes ne le soumettront que pour le sauver. On a souvent nommés les rois d’ILLUSTRES INGRATS. On a dit, non sans quelque raison, qu’ils mettaient trop tôt en oubli le dévouement de leurs sujets, près du trône il était plus utile de flatter que de servir. Combien le maître à qui nous sommes attachés mérite peu ce reproche ! Du haut point d’élévation qu’il occupe, il jette un regard équitable sur les talents qui sont au-dessous de lui ; car il est trop élevé au dessus d’eux tous pour ne pas les juger tous avec impartialité. Ses bienfaits préviennent à chaque instant ses serviteurs de toutes les classes.

Transportons-nous par la pensée dans l’avenir. Voyons ce héros, comme la postérité doit le voir un jour, à travers les nuages du temps. C’est alors que sa grandeur paraîtra, pour ainsi dire, fabuleuse ; mais trop de monuments attesteront les merveilles de sa vie pour que le doute soit permis. Si nos descendants veulent savoir quel est celui qui, seul, depuis l’Empire romain réunit l’Italie dans un seul corps, l’histoire leur dira : C’est NAPOLÉON. S’ils demandent quel est celui qui, vers la même époque, dissipa les hordes Arabes et Musulmanes au pied des Pyramides et sur les bords du Jourdain ? l’histoire leur dira : C’est NAPOLÉON. Mais d’autres surprises les attendent. Ils apprendront qu’un homme, en quelque sorte désigné d’en haut, partit du fond de l’Égypte au moment où toutes les voix de la France l’appelaient à leur secours, et qu’il y vint rétablir lés lois, la religion et l’ordre social menacés d’une ruine prochaine; cet homme est encore NAPOLÉON. Ils verront dans dix années trente états changeant de forme, des trônes fondés, des trônes détruits, Vienne deux fois conquise, et les successeurs du grand Frédéric perdant la moitié de leur héritage. Ils croiront que tant de révolutions, de victoires, sont l’ouvrage de plusieurs conquérants !

L’histoire, appuyée sur le témoignage unanime des contemporains, dissipera toutes les méprises ; elle montrera toujours le même NAPOLÉON fondant de l’Autriche sur la Prusse ; poussant sa marche victorieuse jusqu’aux dernières limites de la Pologne , s’élançant tout à coup du fond de la Sarmatie vers ces monts qui séparent la France des Espagnols , et triomphant près de ces régions où l’antiquité plaçait les bornes du monde. Et cependant les prodiges ne seront pas épuisés! il faudra peindre tous les arts rappelant à Paris la magnificence de Rome antique, car il est juste que la ville où réside un si grand homme devienne aussi la ville éternelle !

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L’EMPEREUR A DÉSIRÉ LA PAIX , et dès que l’espérance d’une négociation a paru possible, il s’est empressé de la saisir. Mais ce n’est plus aux Rois comme eux que les alliés développent leurs griefs, et qu’ils envoient leurs manifestes; c’est aux peuples qu’ils les adressent. Et par quel motif adopte-t-on cette marche si nouvelle? Cet exemple ne peut-il pas être funeste ? Faut-il le donner surtout à cette époque où les esprits, travaillés de toutes les maladies de l’orgueil, ont tant de peine à fléchir sous l’autorité QUI LES PROTÈGE , en RÉPRIMANT leur audace ? Et contre qui cette attaque indirecte est-elle dirigée ! Contre le grand homme qui mérita la reconnaissance de tous les rois ; car, en établissant le trône de la France, il a fermé le foyer de ce volcan qui les menaçait tous. Ce n’est point ici qu’on outragera les gouvernements qui se permettraient même de nous outrager ; mais il est permis d’apprécier à leur juste valeur ces reproches si anciens et si connus, prodigués à toutes les puissances qui ont joué un grand rôle depuis Charles-Quint jusqu’à Louis XIV, et depuis Louis XIV jusqu’à I’EMPEREUR. Ce système d’ENVAHISSEMENT, de PRÉPONDÉRANCE, de MONARCHIE UNIVERSELLE , fut toujours un cri de ralliement pour toutes les coalitions ; et du sein même de ces coalitions étonnées de leur imprudence, s’éleva souvent une puissance plus ambitieuse que celle dont on dénonçait l’ambition. L’EMPEREUR voulut LA PAIX ; il voulut l’acheter par des sacrifices où sa grande âme semblait négliger sa gloire personnelle, pour ne s’occuper que des besoins de la nation. Quand on jette les yeux sur cette coalition formée d’éléments qui se repoussent; quand on voit le mélange fortuit et bizarre de tant de peuples que la nature a faits rivaux ; quand on songe que plusieurs, par des alliances peu réfléchies, s’exposent à des dangers qui ne sont point une chimère, on ne peut croire qu’un pareil assemblage d’intérêts si divers ait une longue durée. On a dit depuis long-temps aux orateurs, qu’il n’y avait rien de plus grand que ses actions simplement racontées. On doit ajouter qu’il n’y a rien de plus éloquent que ses paroles. C’est en les répétant avec fidélité qu’on peut le montrer dans toute sa gloire. Combien nous étions émus en l’écoutant la dernière fois, quand il désirait de vivre trente ans pour servir trente ans ses sujets! » Jamais parole plus royale n’est sortie du coeur d’un grand roi. Heureux le prince qui connaît si bien ses devoirs et sa dignité, et les exprime avec tant de noblesse. Quel français ne formait le même voeu que le sien? Oui, qu’il vive trente ans, disions-nous, qu’il vive plus encore ! Une vie si précieuse ne peut trop se prolonger; et puisque tous les prodiges semblent réservés à lui seul, espérons qu’un règne si mémorable surpassera tous les autres par la durée, COMME IL LES SURPASSE TOUS PAR LA PUISSANCE ET LA GRANDEUR.

(Les applaudissements se renouvellent de toutes parts) . L’orateur ému ne peut continuer…

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