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La “famille” polonaise et le premier Aiglon

Alors que certains commémoraient la mort de l’Impératrice Joséphine de Beauharnais ou Marie Josèphe Rose, je peaufinais ces quelques lignes sur la “famille” polonaise dont la destinée fut tout autre et moins connue des néophytes napoléoniens… ou des jeunes passionnés… Les autres lecteurs avertis devraient s’arrêter ici à moins que… Comment faire honneur à ces soldats polonais, ces légions polonaises qui furent toujours présentes sous divers noms auprès de l’Empereur et de même dans la Belgique de 1831, en offrant leurs services pour former notre future armée et qui durent attendre 1990, tant d’années pour obtenir leur indépendance tant méritée.

En cette période de commémorations et de publications d’un livre par semaine au minimum , il est difficile de trouver un ouvrage qui ne relate pas une bataille relative à la période des cent-jours ou à la campagne de Belgique voire de l’Empereur. La perle noire qui se détache du lot des mots rapidement écrits pour être rapidement édités. Je fus donc attentif à la sélection d’un ouvrage particulier, qui dénote et qui est mis en vente par son auteur, sans éditeur,  ou dans une petite libraire de Waterloo :Napoléon, Marie et Alexandre, la “famille polonaise” par Claudine Clabots – clabots.c@belgacom.net.

DSCN6439 - Ajaccio 19.05.2015
Napoléon le Grand – photo de Gérard PERCHE

marie walewska
marie walewska

J’écrivais dans le Bonapartiana IV qu’il s’agissait d’un véritable rayon de soleil au milieu de ces nombreux champs de bataille!un livre empli d’érudition et d’émotions qui transpercent le lecteur! En effet, cet ouvrage est un livre qui peut facilement entrer dans la “littérature tout public” contrairement à certains ouvrages relatifs aux batailles où le lecteur néophyte peut facilement se perdre entre les différents mouvements de troupes qui avancent ou reculent en portant le deuil, le sang, la victoire ou la défaite… Limpidité – Erudition – Simplicité, sans fioritures! Le lecteur peut y trouver une profonde “humanité” dans les traits de caractère de l’Empereur ainsi que de précieuses informations sur le second Empire. Le faste et l’élégance sont de mises! Une roman d’amour? Non! Un voyage à travers le temps et l’histoire ou le lecteur découvre la période “romantique si chère à l’Empereur, grand lecteur de Jean-Jacques Rousseau dont certains événements se croisent : par exemples, le fait établi que tous deux n’ont jamais élevé leurs enfants respectifs pour des raisons que seule la passion peut juger ou accepter.

napoleon facebookUn livre qui relate également le faste de ses personnages qui à travers les arts, les vêtements et les objets, se promènent dans une “relative” opulence et une politesse parfois “excessive” dans cette galerie de portraits saisissants. Nous pouvons aussi y découvrir la relation entre l’Empereur Charles Louis Napoléon Bonaparte dit Napoléon III et Alexandre Florian Joseph Colonna, comte Walewski

Destins croisés?…Napoléon Bonaparte n’a pas pu reconnaître son fils issu d’une relation avec sa “favorite”, Marie Walewska, et comme il l’aurait “exprimé” ou “écrit” lui-même : le code civil que j’ai décidé m’interdit de reconnaître votre fils adultérin,… Je suis puni par cette décision…(page 43)… Il aurait pu l’épouser après son divorce pour une Europe différente, un peu plus proche de la Russie, son alliée d’alors et le courant nauséabond d’une histoire déjà écrite aurait pu prendre un autre chemin avec une nouvelle Impératrice Marie… Walewska mais c’est une autre histoire qui n’a jamais eu lieu si ce n’est dans l’imaginaire des si…

  • La naissance de l’Aiglon Alexandre Bonaparte (je reste dans les …si… pour le titre):

“Le , à 4 heures de l’après-midi, Alexandre, comte Walewski, un bel enfant robuste, ouvrit les yeux sur un monde dans lequel il allait connaître une carrière brillante et tumultueuse. « Je suis né au château Walewice en Pologne », écrira 35 années plus tard dans ses mémoires le futur ministre des affaires étrangères de Napoléon III. Mgr Anastazy Walewski (Anastase de Walewski) – âgé de 73 ans – déclara qu’il était issu de son mariage avec Marie née Łączyńska – âgée de 23 ans –10. Napoléon apprend la naissance de son fils au cours d’un voyage triomphal en Belgique avec sa jeune épouse (Marie-Louise d’Autriche). Il fait parvenir des dentelles de Bruxelles et 20 000 francs en or pour Alexandre. Le , à Saint-Cloud, en présence de Marie, Napoléon signa un long document juridique garantissant l’avenir du jeune Alexandre 11. La dotation consistait en 60 fermes aux environs de Naples, d’un revenu annuel de 169 516 francs 60 centimes. Les armoiries conférées par les lettres patentes en même temps que le titre de comte de l’Empire étaient un mélange des blasons Walewski et Laczynski… Marie et son fils Alexandre rendirent visite à Napoléon en exil à l’île d’Elbe du 1er au en compagnie d’Emilia et de Teodor (Émilie et Théodore), sœur et frère de Marie.” http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Walewska

île d'elbe
http://www.colonnawalewski-charlesandre.org/view.php?id=illustration&photo=2&code=souvmarie&0=etui&1=isabey&2=352&3=scarabee&4=213&5=femmes&6=illustration&7=355&8=livret&9=A16b

De même, Alexandre Colonna Walewsky aura un fils avec une célèbre tragédienne Rachel Félix (d’origine Juive, qui jamais ne renia malgré les nombreuses pressions tant des juifs que des chrétiens la foi de ses ancêtres) avec qui il entretenait une relation hors mariage mais il a, à la différence de son père, reconnu et adopté son fils. C’est de cette relation qu’est issu la filiation directe de l’Empereur et son ultime descendant, Charles-André Colonna Walewsky, est un Bonaparte non par le titre mais par le sang! Jacques JANSSENS

photo2
Napoléon le Grand

Charles-andré colonna walewsky
Comte Charles-André Colonna Walewski – Un air de famille, non?
couverture du livre
mailto:clabots.c@belgacom.net

Le livre est à commander chez l’auteur : « Napoléon, Marie et Alexandre, la famille  polonaise » de CLAUDINE CLABOTS, 236 pages, 18 euros, plus frais de port, via son courriel : clabots.c@belgacom.net

AlexandreWalewski
Alexandre Florian Joseph Colonna

7LacelebreeactriceRachelCompagnedAlexandreComteColon
Rachel Félix
  • Arbre généalogique

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  • Galerie des objets et peintures citées dans l’ouvrage :
Abeilles en or du roi Childéric Ier : La tête et le thorax sont en or, les ailes sont incrustées de grenats. Au revers, une attache. Les Abeilles de Childeric – http://fr.wikipedia.org/wiki/Child%C3%A9ric_Ier
cassolette napoléon 3 Cassolette Napoléon III – http://fr.wiktionary.org/wiki/cassolette
maquette bateau collection trianon de Sané - la renommée Collection Trianon de l’Empereur Napoléon le Grand – http://mnm.webmuseo.com/ws/musee-national-marine/app/collection/expo/5
L'impératrice Eugénie protégeant les orphelins et les arts Carpeaux Jean-Baptiste (1827) L’impératrice Eugénie protégeant les orphelins et les arts Carpeaux Jean-Baptiste (1827) – http://www.wikiphidias.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=142:carpeaux-jean-baptiste&catid=34:biographie&Itemid=53
cite-train-officiel Train Impérial Napoléon III – http://www.citedutrain.com/fr/collections/voiture-salon-aides-camp-ndeg6-train-imperial
rouleau-eau-cologne Rouleau de l’empereur Napoléon le Grand – http://www.thenewmeninthecity.com/2012/01/12/les-flacons-rouleaux-de-lempereur/
Kougelhopf kougelhopf – http://fr.wikipedia.org/wiki/Kouglof
Le Prince impérial se promenant en vélocipède dans le jardin des Tuileries Le Prince impérial se promenant en vélocipède dans le jardin des Tuileries – http://www.napoleon.org/fr/galerie/iconographie/files/475419.asp
Vélocipède à pédales du Prince impérial Vélocipède à pédales du Prince impérial –http://www.napoleon.org/fr/collectionneurs/objet/files/475413.asp
 640px-Messager_boiteux

http://fr.wikipedia.org/wiki/KouglofLe Grand Messager boiteux de Strasbourg – http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Grand_Messager_boiteux_de_Strasbourg (Merci Gérard 😉

Gustave_Courbet_-_Le_Désespéré

Courbet : Le désespéré – http://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Courbet d’autres peintures sont citées dont l’origine de la vie, les baigneuses et la femme dans la vague…

Astérix ou le mythe de Napoléon

Napoléon le Grand était passionné par les arts et l’histoire. En dictant à Sainte-Hélène ou en écrivant son “Précis des guerres de Jules César“, il ne pouvait prévoir que deux irréductibles Gaulois allaient contribuer à sa légende à travers le 9ème art : René Goscinny et Albert Uderzo créent après de longues réflexions, de nombreuses réunions et conférences de spécialistes, des reconstitutions historiques,… le légendaire petit village d’irréductibles Gaulois qui traverse le temps pour pouvoir nous offrir ces instants décapants à coups de bulles et de savants mélanges de grenailles et de boulets dont ils ont le secret des redoutables mots dont l’Empereur se serait régalé; une version de l’histoire des Gaules qui n’a sont pareil que dans les meilleurs livres d’histoire!

« Un livre curieux serait celui dans lequel on ne trouverait pas de mensonge. »Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées (1769-1821) Jacques JANSSENS

Autres articles

Article publié avec l’aimable autorisation de son auteur*, Emmanuelle Mury – Sur son Blog Personnel (*le mot auteur(e) n’étant pas autorisé actuellement dans la langue française…): auteurehttps://hominusblogus.wordpress.com/2013/11/10/asterix-ou-le-mythe-de-napoleon/

Blog que je recommande pour les amateurs “de bons mots sur la culture fourre-tout”.. Merci pour vos délectables articles! Je n’ai pas modifié le texte de l’auteur afin de respecter sa curieuse “histoire” dans laquelle on ne trouverait pas de mensonges! J’y ai ajouté les bulles s’y référent et quelques clins d’oeil et anecdotes pour  pimenter la sauce! Les personnes amatrices de vérités historiques trouveront de nombreuses informations dans les 4.450.000 ouvrages répertoriés ce jour….

Astérix ou le mythe de Napoléon

téléchargement…Au delà de références historiques, culturelles et de plaisanteries latines dont les opus sont truffés, quelques-uns sortent encore plus du lot et font une relecture des guerres Napoléoniennes. A l’heure où ces dernières sont de moins en moins étudiées, “bien-pensantisme” et ignorance allant de pair, je vois mal les écoliers actuels y comprendre quoi que ce soit si ce n’est les bagarres et les sangliers. Il est donc temps de remettre les pendules à l’heure pour les retardataires.

Si on ne devait prendre que deux albums pour illustrer mon discours ce serait Astérix en Corse qui fait une relecture d’Austerlitz et Astérix chez les Belges qui retrace Waterloo.

CorseAstérix en Corse est le vingtième album de la série de bande dessinée Astérix de René Goscinny (scénario) et Albert Uderzo (dessin), publié en 1973. Situé en Corse, Goscinny ne se prive pas de faire une référence explicite à Napoléon tout le long de l’oeuvre, en voici quelques exemples :

Les « groinnk » qu’utilisent les chefs corses pour se reconnaître entre eux fait référence aux Grognards de Napoléon. D’ailleurs, peu après le chef de clan Corse appelle ses hommes des grognards. Grognards est le nom donné aux soldats de la Vieille Garde de Napoléon Bonaparte.

c1Ils étaient les plus expérimentés de la Grande Armée, mais aussi les plus fidèles à l’empereur, qui les avait surnommés ainsi car ils se plaignaient de leurs conditions de vie. Histoire de la Garde Impériale-1847

La Garde impériale constituée en jeune, moyenne et vieille Garde; unité prestigieuse, sert de réserve dans les batailles : elle n’est engagée qu’au moment décisif, ou même mieux, ne combat pas. Ainsi, de nombreux bulletins de victoire se terminent par les mots « La Garde n’a pas donné ».  Et quand elle donna, on peut dire qu’elle fait la différence. Les exemples de leur valeur sont nombreux mais citons à titre d’exemple le comportement héroïque des deux carrés du 1er Grenadiers de la vieille garde à Waterloo chargés de couvrir la retraite de l’empereur et qui firent face à 2 armées en maintenant les rangs. Taille moyenne des soldats : 1m90, ancienneté moyenne dans un corps d’élite sur des combats assez acharnés = 10 ans.  4 grenadiers sur 10 y sont récipiendaires de la légion d’honneur. A cette époque, la légion d’honneur récompensait les actes de bravoures extrêmes. 

c2Lorsque le chef du clan Corse voit les différents clans s’acheminer vers le lieu de bataille, il s’exclame : »C’est une grande armée » en référence à la Grande Armée Impériale. Un chef de clan arrive en retard au rendez-vous, le précédent s’exclame « Il est célèbre le sommeil d’Osterlix » pour faire référence au soleil d’Austerlitz. Le 2 décembre 1805, un an jour pour jour après son sacre, l’empereur Napoléon 1er remporte à Austerlitz la victoire. En quelques heures, sous un soleil hors saison, il vainc deux autres empereurs, Alexandre 1er, tsar de Russie, et François II de Habsbourg, empereur romain germanique (ou empereur d’Allemagne). Austerlitz est appelée pour cela : bataille des Trois empereurs.

asterix

L’album se conclut sur « Pour que les corses acceptent un empereur, il faudrait qu’il soit corse lui-même! ».

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aigle et papillon
la gaule avant César
HS – GéoHistoire – N°11 – page 53 – octobre- Novembre 2013

La Gaule Celtique et la Gaule de Belgique peuvent surprendre par leurs proportions de l’époque!

  • Astérix chez les Belges C’est plutôt une paraphrase de son poème L’Expiation et de ses vers célèbres : « Waterloo ; Waterloo, Waterloo, morne plaine… » (« Waterzooi, waterzooi, morne plat ! »). D’où la petite note sur la page de garde de l’album remerciant ses confrères, Brueghel l’Ancien et Victor Hugo. Enfin, quand César prend Astérix pour son subordonné Wolfgangamadeus, c’est une allusion au fait que durant la bataille de Waterloo, Napoléon a pris le Prussien Blücher pour son maréchal Grouchy.

les belges selon NapoléonPrécis des guerres de César par Napoléon (que je conseille vivement)

belgesAstérix chez les Belges est publié en 1979. C’est le dernier publié par Goscinny et ironie du sort, il fait référence à Waterloo ou le crépuscule Napoléonien. Goscinny aura donc pu clore son rendez-vous avec l’empereur. Outre les références belges et les jeux de mot propres aux albums d’Asterix, La bataille finale p35-45 paraphrase le déroulement de la bataille de Waterloo (en Belgique) telle que la raconte Victor Hugo dans dans son poème L’Expiation (Les Châtiments ). D’où la petite note de Goscinny sur la page de garde de l’album remerciant ses confrères, Brueghel l’Ancien et Victor Hugo. 

Les châtiments
livre V – L’autorité est sacrée
13 – L’Expiation II

1/ Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine ! (…)  

Le chef Belge propose une bataille à César : Alors, tu proposes à César une entrevue dans la morne plaine voisine.
A propos d’un plat local pris juste avant la bataille: Waterzooi, waterzooi, morne plat !

2Pour préparer la bataille, César/Napoléon prévoit le même plan qu’à chaque fois : artillerie d’abord, garde en réserve : « Je te confie les légionnaires de ma Garde personnelle. Il n’interviendront qu’en dernier recours. Nous ouvrirons le combat avec les catapultes. »

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2/ Le soir tombait : la lutte était ardente et noire.

Il avait l’offensive et presque la victoire ;
Il tenait Wellington acculé sur un bois. (…)

Version Astérix cela donne : « Le soir tombait : la lutte était ardente et noire.
César avait l’offensive et presque la victoire ;
Il tenait les Belges acculé sur un bois. »(..)

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3/ Soudain. joyeux, il dit : Grouchy ! – C’était Blucher
L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme, (…)

Version Astérix cela donne : Soudain. joyeux, il dit : Wolfgang Amadeus ! – C’était Astérix

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4/ L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme, (…)

Pompé tel quel par Goscinny.

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5/ Allons ! faites donner la garde, cria-t-il ! (…)

Pompé tel quel par Goscinny.

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6/ Et Lanciers, Grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires, 
Cuirassiers, Canonniers qui traînaient des tonnerres, 
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli, (…)

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Et, triarii, principes aux caligae de cuir,
Hastati dont Rome faisait des légionnaires,
Vélites, sagitarii qui trainaient leut crinnière
Portant des clipeus et jambières de métal,
Tous ceux d’Alésia et ceux de Pharsale …

 7/ Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête, 
Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.
Leur bouche, d’un seul cri, dit : vive l’empereur ! (…)

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Comprenant qu’ils allaient drôlement déguster,
Leur bouche, d’un seul cri, dit :
– C’est pas un peu fini ? arrêtez !!!

8/ La Déroute apparut au soldat qui s’émeut,
Et, se tordant les bras, cria : Sauve qui peut! (…)

10La déroute apparut au légionnaire qui s’émeut,
Et, se tordant les bras, cria :
– Sauve qui peut ! Sauve qui peut !

9/ Le mot de Cambronne (…)
On sort du poème pour ensuite faire allusion à la célèbre phrase attribuée à Cambronne que les Anglais sommaient7 incessamment de se rendre : « La Garde meurt et ne se rend pas ». Apparemment, en réalité, il leur aurait plutôt suggéré d’aller se faire foutre. Donc l’une et l’autre des citations historiques qui lui furent attribuées (« La garde meurt et ne se rend pas », ou bien « merde ») seraient inexactes.

 

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Astérix rétablit toutefois une certaine vérité historique puisque quelques vignettes plus loin, il fait dire à un soldat : « Tu sais ce qu’elle te dit la Garde?! »

Brueghel l’Ancien : Repas de Noces, 1568, l’artiste nous montre au premier plan le service de ce repas (soupe et service du vin). La mariée est devant le rideau vert sombre. On voit ici, la survivance du Moyen-Âge avec  les bancs disposés autour de la table.

brueghel
Le repas de noce par Pieter Brueghel l’Ancien.

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aigle et papillon

Clins d’oeil : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ast%C3%A9rix_chez_les_Belges

  • La réplique du chef belge « Après des semaines et des semaines d’esclavage, on a décidé qu’on ne savait plus supporter ! » (p10-c6) est une allusion à une version des paroles de La Brabançonne, l’hymne national belge (« Après des siècles d’esclavage […] »).

b1

  • Quand Astérix, Obélix et le chef de clan Abraracourcix marchent à travers « le Plat Pays », Abraracourcix fait un commentaire sur le paysage. Le chef belge répond : « Dans ce plat pays qui est le mien, nous n’avons que des oppidums pour uniques montagnes. » (p16-c3) Ceci est une référence à la chanson Le Plat Pays dans laquelle Jacques Brel chante « Avec des cathédrales pour uniques montagnes. ». Ce détail n’apparaît pas dans les traductions de l’album en langues étrangères.

b2

  • Les villageois belges ont deux chefs issus de deux tribus différentes, ce qui est un clin d’œil au problème de langue entre néerlandophones et francophones. Ainsi, lors d’un banquet les deux chefs belges se disputent un morceau de langue de sanglier. Ce qui fait dire à Nicotine : « Il y a toujours un problème de langue entre ces deux castars là! ». (p17-c9)

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  • Dupond et Dupont apparaissent dans l’album, vêtus de tenues gauloises belges et annonçant l’arrivée de Jules César dans leur style propre : « Jules César est arrivé en Belgique. — Je dirais même plus : Cules Jésar est arrivé en Gelbique ». (p27-c7-8) À noter que leurs phylactères sont faites dans le style des albums de Tintin et non dans le style des albums d’Astérix.

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  • Le grand dessin du banquet au village belge à la fin de l’album est fortement inspiré du célèbre tableau de Pieter Brueghel l’Ancien (qui est d’ailleurs remercié) le Mariage paysan, qui se trouve au Musée d’Art et d’Histoire de Vienne.
  • La bataille finale parodie le déroulement de la bataille de Waterloo (en Belgique) telle que la raconte Victor Hugo dans Les Châtiments
  • Quand Jules César décide de se rendre en Belgique, il quitte le Sénat en disant : « J’irai, je verrai, et je vaincrai. ». Ceci est une version au futur de la citation latine « Veni, vidi, vici. ». (p30-c8)
  • De nombreux belgicismes apparaissent dans les répliques de la version française : « Faites blinquer les cuivres. », « Donne une baise et tire ton plan… » ; On peut aussi noter le remplacement systématique du verbe pouvoir par le verbe savoir qui est un clin d’œil à l’emploi occasionnel de savoir pour exprimer une capacité par les Belges francophones ; Ex : p10-c6 « Après des semaines et des semaines d’esclavage, on a décidé qu’on ne savait plus supporter. », p28-c1 « ça tu ne sais pas savoir pourquoi il est venu », p41-c8 « Nous avons vaincu ! C’est le sauve qui sait général. ».

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  • Quand Astérix propose à Geuselambix, le premier chef du village belge, qu’Obélix et lui aillent voir Jules César pour lui proposer d’arbitrer le concours entre Gaulois et Belges, Gueuselambix répond : « D’accord. D’après les renseignements qu’on vient de me donner, César a établi son quartier général à septante milles d’ici, environ. ». (p32-c3) Ceci est un clin d’œil au fait que, contrairement aux Français, les Belges ne disent pas soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix mais septante, quatre-vingt et nonante2.

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  • Page 9 case 7 : Obélix rigole en se remémorant le moment où il a attaqué les Romains qui voulaient leur faire payer un péage pour utiliser la voie romaine. Il conclut son histoire en disant « Je crois que ça va leur prendre des siècles avant de recommencer un coup comme celui-là ». Il s’agit d’une allusion au péage autoroutier français.
  • Lorsqu’Astérix et Obélix partent de la maison du Belge qui leur a offert le drapeau blanc, un jeune garçon sort de la maison pour se « soulager ». Le père dit alors : « Je me demande si notre fils Manneken ne boit pas de la bière en cachette ». C’est une allusion au célèbre monument belge : le Manneken-Pis

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Anecdotes : http://www.lefigaro.fr/bd/2009/10/23/03014-20091023ARTFIG00544-les-50-secrets-d-asterix-.php

  • Vive le Général de Gaule ! Incroyable ! Lors d’un conseil des ministres, au début des années 60, le général de Gaulle se met à appeler ses ministres en les appelant chacun d’un nom gaulois, emprunté aux aventures d’Astérix.
  • Astérix dans les étoiles :Ce n’est pas une blague : le premier satellite français envoyé dans l’espace, le 26 novembre 1965, porte le nom du vaillant guerrier gaulois ! Comme un signe de résistance et d’autonomie en pleine guerre froide. «Quand je l’ai appris, j’ai prié pour qu’il ne se casse pas la gueule », commentera Goscinny. En vérité, c’est l’un des responsables du programme spatial français qui a donné à l’appareil ce surnom, aussitôt plébiscité. Et quand le scénariste remerciera Alain Peyrefitte de cet hommage, la grimace du ministre parlera d’elle-même : officiellement, le satellite était baptisé A-1…
  • Pom-Pom-pi-dou ! C’est Georges Pompidou lui-même qui souffle aux auteurs l’idée d’envoyer Astérix en Suisse. «Nous n’avons pas réalisé Astérix chez les Helvètes tout de suite, se souvient Uderzo. On a sa dignité !»
  • Cousins Germains : Astérix chez les Goths est le premier album traduit à l’étranger (1964). Un carton… en Allemagne, malgré la caricature grinçante que font les auteurs des Goths (casque à pointe et esprit martial). En 1990, Le Figaro Magazine relaie à sa manière cette réconciliation franco-allemande via Astérix en publiant chaque semaine des planches du Devin (Der Seher) «pour vous aider à devenir bilingue».
  • Pom-Pom-pi-dou ! C’est Georges Pompidou lui-même qui souffle aux auteurs l’idée d’envoyer Astérix en Suisse. «Nous n’avons pas réalisé Astérix chez les Helvètes tout de suite, se souvient Uderzo. On a sa dignité !»

 

 

 

 

 

Plaintes et vœux des départements toujours français composant l’ancienne Belgique, adressés à S.M. l’Empereur Napoléon-Paris. Avril 1815

carte belgique française
Éditeur : Vandermaclen (Bruxelles)

Sources : Gallica

Les plaintes et le voeu des départemens toujours français composant l’ancienne Belgique, adressés à S. M. l’empereur Napoléon

LES PLAINTES ET LE VOEU DES DÉPARTEMENS TOUJOURS FRANÇAIS COMPOSANT L’ANCIENNE BELGIQUE, ADRESSES A S. M. L’EMPEREUR NAPOLÉON. PARIS. AVRIL 1815.


DE L’IMPRIMERIE DE Mme Ve JEUNEHOMME, rue Hautefeuille , no 20.


Le texte qui suit est la reproduit exacte du document envoyé par “Les très-humbles et fidèles sujets des départemens français composant l’ancienne France”. Comme vous pourrez le constater dans l’original ou dans cette transcription, l’orthographe de l’époque est respéctée… Ce texte écrit le 27 mars 1815 fut publié à Paris en avril 1815. Dans les circonstances actuelles où notre pays semble de plus en plus divisé par des luttes communautaires, où certains souhaiteraient que nous, belges, quittions la francophonie http://www.levif.be/actualite/belgique/la-n-va-plaide-pour-une-sortie-de-la-francophonie/article-normal-115617.html, ce texte rappelle notre attachement indéfectible à la France. Jacques JANSSENS 

Bruxelles, le 27 mars 1815

SIRE,

Nous ne sommes pas moins sensibles à l’honneur que nos frères de l’ancienne France; vous venez de la délivrer, cette mère-patrie, d’un gouvernement qui la laissait avilie à la merci de l’étranger ; vous venez de rendre au Peuple français des droits pour lesquels il a combattu pendant vingt-cinq ans, et par vous, l’armée a reconquis l’honneur qu’on voulait lui ravir.

Nous, SIRE, qui depuis si long-temps faisons partie intégrante de la grande nation ; nous qui avons constamment suivi vos drapeaux, et mêlé notre sang à celui de nos frères pour soutenir dés intérêts communs; nous qui vous avons ouvert nos trésors, et vu vendre un tiers de notre territoire au profit de la France, serons-nous exclus de vos bienfaits , et notre récompense pour tant de sacrifices sera-t-elle l’abandon et l’esclavage ?

Jamais nos regards n’ont cessé de se tourner vers la France; écoutez nos vœux; écoutez nos plaintes; écoutez celles de nos frères les Liégeois et des départemens du Rhin , nos sentimens unanimes sont invariables.

La maison d’Autriche nous a vendus à l’Angleterre! Non seulement nous avons été le prix du remboursement des emprunts faits par elle à cette nation; mais encore il a fallu envoyer à Vienne , tous les mois, une grande partie de notre numéraire pour acquitter le prix des chaînes que nous portons.

Devenus province anglaise, sous le nom de royaume des Pays-Bas, notre ruine est consommée si vous ne venez promptement à notre secours.

Notre noblesse , entichée de ses vieux préjugés préjugés, d’accord avec nos tyvrans, qui lui ont donné toutes les places du gouvernement, voudrait nous rendre les droits féodaux , les dîmes, etc., faire renaître la représentation par ordres, et nous régir encore comme au quatorzième siècle.

Non seulement notre commerce est détruit, nos manufactures sont ruinées; mais nous restons restons accablés sous des impôts de tout genre; opprimés par les Hollandais, écrasés de logemens militaires par les Hanovriens, les Prussiens, vexés par les Anglais, nous allons être forcés de donner le reste de notre or et le sang de nos enfans pour soutenir leur cause impie. La landwehr nous menace.

Resserrés, garottés par des lignes de douanes, elles se ferment impitoyablement à l’aspect de nos produits, et s’ouvrent avec complaisance pour inonder nos villes et nos campagnes de marchandises anglaises.

 Nos belles manufactures, élevées avec tant de peine, à tant de frais, au milieu des vicissitudes de la guerre, languissent et tombent sans espoir que leurs produits descendent jamais au vil prix des marchandises de l’étranger que des primes indemnisent. Déjà nos ouvriers sont obligés de quitter le sol qui les vit naître, et qui ne leur offre plus ni travail ni ressources; nos fabriques n’emploient à peine que le quart des ouvriers , occupés dans les momens les plus malheureux de la guerre.

La ruine, la dépopulation de nos belles provinces s’avancent à grands pas, et ce que les fureurs du duc d’Albe et l’aspect hideux de l’inquisition n’ont pu faire, sera l’ouvrage de nos prétendus libérateurs.

Qui nous protégera dans cette décadence funeste, si ce n’est vous, SIRE ? L’Angleterre soutire notre numéraire, c’est elle qui ruine nos fabriques ; son œil jaloux a déjà vu à quel degré de perfection se sont élevés nos mécaniques et nos produits; elle a » compté avec rage les nombreux établissemens de manufactures que renferment nos cités, qui fleurissent dans nos campagnes; elle a calculé nos immenses capitaux; elle a vu notre population toute manufacturière et connaît notre amour pour le travail; elle n’ignore rien des sources précieuses de notre commerce… et l’Angleterre l’encouragerait ! Non; son intérêt est évidemment d’étouffer. tous les élémens de notre prospérité. »

Sera-ce la Hollande qui nous protégera? La Hollande n’est plus comme nous qu’une province anglaise, sa religion, son intérêt nous séparent; elle ne peut ni ne veut encourager l’industrie et le commerce des Belges: car, en ce cas, Anvers seule dépeuplerait Amsterdam.

Serons-nous protégés par la Prusse, qui doit chercher des secours contre nous-mêmes, contre la haine que nous a inspirée sa domination? Les Prussiens ont tout fait pour la mériter ; jamais on ne poussa si loin les vexations, l’abus de la force, la barbarie et les calamités de la guerre.

Devons-nous compter sur l’Autriche? Cette puissance nous a vendus aux Anglais pour tourner toutes ses vues vers l’Italie; d’ailleurs notre situation et nos priviléges la rendirent toujours indifférente à notre bien-être intérieur.

Nos craintes, justifiées par les événemens » présens, naissent de l’expérience des temps passés. Ce n’est point la première fois que le sort des armes a mis nos provinces sous la main des puissances qui nous gouvernent aujourd’hui; nous n’avons pas oublié « qu’après la belle campagne de Marlborough, en 1706, les Anglais et les Hollandais s’emparèrent du gouvernement des Pays-Bas au nom de Charles III, roi d’Espagne, et qu’à l’abri d’un conseil d’état national, mais qui leur était vendu ou soumis, leurs commissaires rendirent, sous le titre de réquisitions, des arrêts meurtriers pour notre prospérité à peine renaissante. C’est du 23 juin, de cette même année, que date la désastreuse réquisition qui annulla les belles ordonnances qu’avaient provoquées en 1698 et 1699 les chambres de commerce de nos principales villes en faveur des manufactures du pays, et A L’EXCLUSION DES PRODUITS DE FABRIQUE ÉTRANGÈRE. A cette époque le commerce belge venait de s’affranchir du tarif onéreux de 1680, et les commissaires des puissances maritimes s’empressèrent de le rétablir. Des canaux s’ouvraient pour faciliter nos relations dans l’intérieur, un arrêt des commissaires les faisait combler. L’Escaut fut rigoureusement fermé, ainsi que les canaux y aboutissans, et des droits excessifs pesèrent sur le commerce pour le décourager et l’anéantir.

C’est l’Angleterre et la Hollande qui firent confirmer tous ces actes destructeurs par le malheureux traité d’Anvers en 1715, connu sous le nom de la BARRIÈRE.

C’est l’Angleterre et la Hollande qui, jalouses de notre industrie , ennemies de notre prospérité,soulevèrent toute l’Europe contre une compagnie de négocians établie à Ostende, et la firent dissoudre par l’empereur lui-même qui l’avait encouragée.

C’est l’Angleterre et la Hollande qui, par l’article 5 du traité de Vienne, abolirent à jamais tout commerce et navigation des Pays-Bas, vers les Indes orientales et occidentales, etc., etc., etc. Et voilà les maîtres qu’on nous donne aujourd’hui !

» SIRE, écoutez les plaintes et les vœux d’un peuple fidèle, ils retentissent dans toute la Belgique; son salut est dans les lois de la France, dans sa réunion à la grande nation, dans la protection immédiate de son Empereur.

La France seule a intérêt à protéger notre commerce, et à conserver notre liberté en nous assimilant à la sienne, elle seule en a la force; nos cœurs sont à vous, SIRE, et , quand vous le voudrez, 100,000 Belges s’uniront au premier bataillon français qui viendra nous donner le titre de frères.

L’Autriche et le cabinet de Saint-James, a-t-il seul le droit de disposer de nous? Et, pour conserver la paix, devons- nous être sacrifiés sacrifiés l’Angleterre ?

Il faut la paix sans doute, mais il faut avant tout l’indépendance des Etats ; sans elle on n’aura rien gagné dans la lutte terrible dont nous ne sommes point sortis; sans elle l’Europe ne verra point finir les révolutions.

Il est temps de consulter l’opinion et l’intérêt des peuples : voilà le secret de les rendre heureux, et de consolider une paix qui aura coûté tant de sacrifices au monde. Son bonheur est aujourd’hui dans la modération et l’ énergie de la France qui vient de recouvrer son Empereur. Jamais circonstance ne fut plus favorable!

Quand la Russie étend sa domination sur la Pologne, qui n’en veut point ; quand l’Autriche l’Autriche s’empare de l’Italie, qui n’en veut point; quand la Prusse prétend réunir à son empire la Saxe, qui n’en veut point; la France, fière de cinq cent mille braves commandés par un héros, forte de l’opinion de tous ces peuples dont on trafique honteusement, rentrerait-elle dans des limites humiliantes, pourrait-elle se voir, en pleine paix, assiégée, pour ainsi dire, par une armée anglaise, banovrienne, hollandaise et prussienne, qui pèse sur notre malheureux pays, le dévore et menace menace territoire sacré.

Votre majesté, dont les principes de modération doivent rassurer aujourd’hui toute l’Europe, ajoutera à la nouvelle gloire qu’elle vient d’acquérir, celle de relever les destinées de notre patrie ; elle le peut à l’instant, si elle le veut : car l’Angleterre s’opposerait en vain à la réunion des Pays-Bas à votre couronne ; ils sont déjà réunis à la France depuis vingt ans par leur volonté, ils n’en ont été séparés que par la force, et ils se réuniront encore à vous spontanément.

Les énormes sacrifices que l’Angleterre a faits, et qu’elle fait encore tous les jours pour maintenir une domination au-dessus de ses forces et de ses moyens ; l’impossibilité où sont les puissances continentales d’agir sans son or; la difficulté toujours croissante que trouve son ministère de s’en procurer pour faire face à tous ses engagemens, difficulté bien prouvée par le besoin indispensable aujourd’hui d’une somme extraordinaire de 36 millions sterling, 864 millions de France, insuffisante encore pour combler seulement le déficit de l’année ; la difficulté de remplir ces emprunts, puisque le dernier perd aujourd’hui 10 pour cent, et que leur change, vraie boussole de la prospérité des peuples, perd 18 pour cent; tout prouve que si l’Angleterre, pour retenir la Belgique, provoquait une guerre nouvelle, elle pourrait aussi compromettre, dans une seule campagne, toutes les forces de sa monarchie, et consommer enfin la ruine de ce grand échafaudage politique et financier, qui ne repose que sur du papier, des marchandises et sur l’achat ou le loyer des soldats russes , prussiens et autrichiens: plus de crédit, plus d’armées. Et qu’il était prêt d’être anéanti ce crédit, sans les malheurs de l’année dernière ! ! !

Ou la Belgique sera réunie encore à la France, ou elle sera une province anglaise comme la Hollande. Mais quelles inquiétudes ne doit pas donner la politique artificieuse de l’Angleterre si notre beau pays reste en ses mains ? Vous pourrez peut-être , SIRE, lui pardonner sa domination exclusive et »» despotique sur les mers , elle est nécessaire à son indépendance politique, même à son existence comme nation ; mais l’Europe peut-elle souffrir ses envahissemens continuels sur le continent ? Les Anglais sont maîtres du cap de Bonne-Espérance, de l’île de France, du golfe Persique, de tous les points maritimes de l’Inde et d’une énorme étendue de territoire. IIs ont en leur possession Gibraltar, Messine, l’île de Malte, Corfou, etc. ; ils se sont approprié le commerce exclusif des deux mondes, et cependant leur ambition n’est pas satisfaite.

Il leur faut encore le royaume de Hanovre; et, sous le nom du prince d’Orange, il leur faut aussi le royaume des Pays-Bas.

Vous ne le souffrirez point, SIRE, nous ne le voulons pas, et la France entière marchera au secours de ses frères opprimés.

Si notre réunion à votre empire n’était pas maintenue , la Belgique serait constamment l’arêne où l’Angleterre, la Prusse et la Hollande viendraient disputer avec vos armées de leurs intérêts. Enveloppés dans cette lutte sanglante , il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe que nous n’en soyons les victimes. Réunis à la Hollande, nous sommes perdus, ruinés à jamais; réunis à la France , comme elle nous sommes invincibles. invincibles.

Et qui pourrait nous ravir l’existence que notre volonté, le pacte social avec la mère-patrie et votre puissance nous avaient assurée? Certes le congrès de Vienne n’a pu rompre ces liens sacrés ; ces engagemens que vous, SIRE, et tous les Français, avez pris avec nous de défendre nos départemens et de nous protéger ; nous avons le même droit à ce secours , à cette protection , que l’Alsace , la Lorraine ou la Bretagne. Vous nous devez aide et assistance, comme nous vous l’avons donnée par notre or, par nos guerriers, et la France entière nous l’a jurée?

En quelle qualité Louis , le XVIIIéme du nom , ce roi anglais, a-t-il pu disposer de nous? Et de quel droit une chambre de députés sans pouvoirs, comme sans patriotisme, a-t-elle osé nous ôter le titre de citoyens français que nous avons acquis au prix de notre sang ? Nos assemblées, vraiment vraiment nationales ont reconnu , ont consacré notre réunion à votre empire. Et ces mêmes puissances qui veulent aujourd’hui trafiquer de notre patrie, comme elles le font de l’existence et de la liberté de tant d’autres peuples, l’ont reconnue par plusieurs traités solennels.

Votre majesté n’abandonnera pas sans retour des peuples qui, pendant des siècles; appelèrent la France leur mère-patrie, qui lui sont intimement réunis depuis vingt ans, qui vous ont reçu deux fois an milieu des acclamations de leur amour, et qui seront toujours glorieux de se dire les sujets fidèles fidèles du plus grand, du plus sage et du plus éclairé des monarques, d’un prince formé à l’école de l’expérience.

Dans cette nouvelle époque de votre règne, vous proclamez, SIRE, les éternels principes de la liberté des peuples, vous allez devenir leur appui contre l’oppression toujours croissante de ces souverains qui semblent ne s’être réunis que pour trafiquer des nations comme des troupeaux, qui se les vendent en détail et par têtes, tantôt pour de l’or ou en remboursement d’emprunts, tantôt en échange de territoire. L’Italie , la Belgique , la Saxe, la Pologne vous tendent les bras, vous demandent protection , écoutez leurs plaintes amères, écoutez leurs vœux ; et nous, SIRE, qui sommes Français depuis vingt ans, ne souffrez pas qu’on nous sépare de la grande famille à laquelle nous avons tout sacrifié, et dont vous préparez le bonheur.

Jadis nous faisions partie des assemblées du champ de mai; alors nous étions Français; votre voix vient de retentir dans nos cœurs, et le mois de mai verra encore les Belges, réunis à leurs frères, saluer leur Empereur, l’élever sur le pavois, et jouir enfin d’un bonheur constant sous son égide.

Nous sommes avec un profond respect,

SIRE,

DE VOTRE MAJESTÉ,

Bruxelles, le 27 mars 1815

Les très-humbles et fidèles sujets des départemens français composant l’ancienne Belgique (Ici suivrait un million de signatures si nos plaintes, si nos vœux n’étaient regardés comme des crimes par nos tyrans ombrageux. )

Les belges face à l’Empereur au secours des français-Les belges ont combattu des deux côtés

Excellent article de la défense sur la fin d’une époque de la conscription http://rha.revues.org/7449

http://archives.lesoir.be/les-belges-face-a-l-empereur-les-belges-au-secours-des-_t-19900615-Z02THM.html

MEUWISSEN,ERIC; GROULART,CLAUDE DE – Page 11 – LES BELGES FACE À L’EMPEREUR

Nos compatriotes étaient-ils pour ou contre Napoléon? Les historiens répondent.

UN DOSSIER d’Eric Meuwissen et de Claude de Groulart

Le succès éphémère de mes ennemis vous a détachés un moment de mon empire. Dans mon exil, sur un rocher, au milieu des mers, j’ai entendu vos plaintes. Le dieu des batailles a décidé du destin de vos belles provinces. Napoléon est parmi vous. Vous êtes dignes d’être français… Voilà la proclamation que l’Empereur comptait adresser aux Belges au soir de sa victoire de Waterloo. Car il ne doutait pas que sa première victoire les ramènerait tous à lui. Mais se trompait-il vraiment? Et quelle fut en définitive l’attitude de nos compatriotes à l’égard de l’«Ogre corse»?

Ici, bien entendu, les avis divergent selon les écoles historiques.

«Aucune émotion ne se manifesta quand l’armée française franchit la frontière. A Waterloo, les soldats belges firent leur devoir. Ils combattirent aussi bravement sous les ordres de Wellington qu’ils l’avaient fait sous ceux de Napoléon. Mais on ne peut s’étonner que la victoire n’ait pas causé dans le pays le moindre enthousiasme». Voilà ce qu’écrivait le célèbre historien Henri Pirenne. Louis Navez, auteur d’un «Les Belges à Waterloo» (Bruxelles 1908) abonde dans le même sens. «Ils restèrent indifférents à la cause de Napoléon, comme à celle des alliés». Et W. Scott dans sa «Vie de Napoléon» écrit: «Quoique alors unis de cœur et d’affection à la France… ils se montrèrent fidèles à leurs nouveaux serments et firent taire d’anciens et honorables sentiments de fraternité.»

«Ils combattirent», explique Jules Delhaize, auteur d’une «Histoire de la domination française en Belgique» la tristesse dans l’âme. Mais ils firent leur devoir de soldat. Les Belges se battaient pour des étrangers qu’ils sentaient leurs propres ennemis. Ils se battaient contre des frères et des amis».

Pour le général Couvreur, les Belges de l’armée anglo-batave n’avaient vraiment aucune raison de se battre avec enthousiasme contre des Belges, d’anciens compagnons d’armes, pour le compte des Anglais qui, après avoir promis l’indépendance, venaient de faire passer la Belgique sous la domination détestée de la maison d’Orange-Nassau». Aussi, considérait-on, à en croire le général Couvreur, «les bataillons belges de l’armée anglo-batave comme si peu sûrs qu’on les avait dispersés et noyés parmi les unités hollandaises et nassauviennes». Ceci dit, dans les provinces wallonnes régnait un fort sentiment francophile. Si l’on en croit Robert Margerit qui reprend dans son livre «Trente journées qui ont fait la France» (Gallimard) les témoignages d’époque, on prend conscience de l’enthousiasme que suscita le passage de Napoléon chez nous. Ainsi à Charleroi écrit-il: «Ce sont les mêmes sentiments qu’en Bourgogne. Tous les habitants faisaient la haie à l’Empereur d’un bout à l’autre de la principale rue de Charleroi».

Il faut dire, explique Margerit, «que nos populations détestaient les Prussiens dont les exactions leur laissaient le plus mauvais des souvenirs. Un sentiment certes non pas unanime mais très répandu parmi les populations du Brabant wallon notamment».

Ainsi, au soir du 18 juin, les débris de l’armée française furent accueillis par les habitants de Wallonie. Et en particulier ceux de Charleroi et de Namur. Ils furent ainsi soustraits par leurs soins aux recherches des troupes prussiennes et purent progressivement regagner la France. A cet égard, les témoignages abondent sur la chaleur de l’accueil que les populations wallonnes réservèrent aux soldats français en retraite.

Les Belges au secours des Français

A l’aube du 19 juin, le champ de bataille de Mont-Saint-Jean offre une véritable vision d’apocalypse: 45.000 tués et blessés jonchent une surface d’environ 550 ha. Quels furent dès lors les sentiments des Belges à l’égard des blessés? Une occasion pour les historiens de saisir le degré de sympathie qu’éveillait au sein des populations locales les différentes armées en présence.

Déjà après la bataille de Ligny, (la dernière victoire de Napoléon), les blessés français vont bénéficier de la générosité des populations locales. Et le général médecin Evrard note dans sa remarquable étude: «Celle-ci est très favorablement disposée à l’égard des blessés français. Elle les nourrit et les soigne…» (1). On peut déjà y voir plus qu’un signe du «capital de sympathie» qu’avaient accumulé les Français chez nous.

Au lendemain de la bataille de Waterloo, le général médecin note encore: «La population des villages autour du champ de bataille s’apitoie sur le sort des blessés français».

Quant aux blessés de l’armée de Grouchy, ils sont chaleureusement reçus par la population namuroise qui les soigne et les ravitaille. Et Delhaize d’abonder dans le même sens: «Les Belges, la douleur dans l’âme, voyaient tristement défiler les troupes françaises en retraite. Ils furent pour les blessés qui revenaient de Waterloo d’un dévouement admirable».

Ainsi au soir du 18 juin, les débris de l’armée française, accueillis par les habitants de Wallonie, en particulier de Charleroi et de Namur, et soustraits par leurs soins aux recherches prussiennes, purent progressivement regagner la France.

On peut lire dans le livre de Robert Margerit (Waterloo): «J’ai vu des femmes de Namur prendre les blessés français des mains des soldats valides qui les transportaient, et engager ces derniers à retourner au combat». Un autre note: «Il nous eût été impossible de sauver nos blessés sans l’aide et la sympathie des habitants de Namur».

Laissons le mot de la fin au médecin colonel J. Hassenforder, historien du service de santé militaire français qui écrit: «Les blessés français furent heureusement recueillis et soignés admirablement par les Belges dans les hôpitaux de Bruxelles et de Louvain». Voilà qui en dit long sur le sentiment de nos populations face à l’envahisseur français.

Est-ce pour cela que les Néerlandais et les Belges flamands semblent à peine s’intéresser à la bataille de Waterloo? Et est-ce pour cela aussi, remarque le professeur De Vos, qu’il n’existe en néerlandais aucun ouvrage digne de ce nom au sujet de la bataille? C’est bien là plus qu’un signe. Tout un symbole.

(1) Edgard Evrard: Les pertes humaines. In «Waterloo 1815. L’Europe face à Napoléon». Edition du Crédit Communal.

Les Belges ont combattu des deux côtés

Si à Waterloo, «d’un côté c’est l’Europe et de l’autre c’est la France», les Belges eux, étaient des deux côtés. Voilà bien ce qu’un général a qualifié de «drame belge». L’illustration même de la contradiction et de l’antagonisme immémorial qui a opposé si souvent nos deux peuples. Mais est-ce à dire que les Wallons étaient d’un bloc derrière les Français et les Flamands derrière les Anglo-Néerlandais? Malheureusement, c’eût été trop simple. Ceci dit, en schématisant quelque peu, des tendances très nettes apparaissent. Le 18 juin 1815, les officiers de Bruxelles et de Flandre sont plutôt du côté de la Légion belge au service des coalisés tandis que plus des deux tiers des officiers wallons étaient restés fidèles à l’Empereur.

Voila ce qui ressort en tout cas du livre du général H. Couvreur, «Le Drame belge de Waterloo» (1). Un livre dans lequel l’auteur a essayé de découvrir et d’analyser ce que les soldats belges écartelés territorialement et moralement avaient ressenti à l’heure tragique de la bataille de Waterloo. Il en ressort que les officiers belges étaient plus nombreux dans l’armée française que dans celle de Guillaume de Hollande. Mais qu’en était-il des sous-officiers et des soldats?

A cet égard, il semble explique le Lt-colonel Hre André Bikar, ancien chef de la section historique des forces armées belges (2), que d’après la tradition orale, en Wallonie surtout, nos ancêtres étaient nombreux dans les troupes de Napoléon à Waterloo. Malheureusement, il n’existe aucun ouvrage de nature à donner une idée de l’importance numérique des Belges ayant combattu, en 1815, pour Napoléon et la France. Quand à la zone de recrutement de la «Légion Belge», elle est principalement flamande. Alors que dans la partie wallonne, le recrutement ne donne pratiquement rien.

Pas d’unité belge à Waterloo

Nombreux sont les auteurs qui ont évoqué les unités «belges» ayant combattu dans les rangs des coalisés, c’est-à-dire en fait dans l’armée néerlandaise. Et ces auteurs estiment les effectifs de ces unités à près de 4.000 hommes.

Or pour Bikar: la vérité historique est un peu différente. Tout d’abord, il n’y avait pas d’unité «belge» à Waterloo. Les Belges combattant pour les alliés de l’époque faisaient partie de l’armée néerlandaise. Ils étaient commandés en néerlandais et portaient la cocarde orange. Ensuite, il faut noter que ces Belges ne constituaient nullement la totalité des effectifs des régiments ou bataillons en question, mais seulement une majorité… qui n’est d’ailleurs pas prouvée.

On ne peut donc, en aucun cas, prétendre que les Belges combattant dans les rangs néerlandais à Waterloo étaient environ 4.000: ils étaient beaucoup moins nombreux que cela. Combien étaient-ils? Seule une étude des registres-matricules de 1815 de l’armée néerlandaise – s’ils existent encore – pourrait permettre de répondre à cette question.

BEAUCOUP DE BELGES

DANS L’ARMÉE FRANÇAISE

Jusqu’à la première abdication de l’Empereur, en 1814, les Belges étaient fort nombreux dans la Grande Armée. Mais, dès le retour de Louis XVIII, tout fut mis en œuvre tant en France qu’aux Pays-Bas pour qu’ils changent de camp. Par ailleurs, dans les Pays-Bas, Prussiens puis Hollandais faisaient des efforts désespérés pour lever une «Légion belge» à leur service.

Compte tenu de tout cela, en 1815 il n’y eût plus dû se trouver, depuis longtemps, un seul soldat belge au service de la France.

Il en fut tout autrement… Beaucoup de Belges parvinrent à rester dans l’armée française. Certains accompagnèrent Napoléon à l’île d’Elbe. D’autres enfin, à la nouvelle du retour de l’Empereur, bravent toutes les difficultés – et courent se ranger sous le drapeau tricolore.

Napoléon crée pour eux le 5e régiment étranger, à Amiens. Il n’eut aucun succès. En effet, les Belges qui reviennent ne veulent pas être incorporés dans ce qu’ils appellent un régiment de déserteurs. Ce sont «leurs» anciens régiments qu’ils veulent rejoindre; et satisfaction leur est d’ailleurs accordée. Or, leurs anciens régiments… c’étaient tous les régiments de l’armée française.

Il semble qu’on puisse estimer à plus de 300, à l’époque de Waterloo, les officiers français natifs des provinces belges. Si on prend pour base la liste du général Couvreur, il devait y avoir parmi eux 21 % de Flamands, 10 % de Bruxellois et 69 % de Wallons.

Pour avoir une idée du nombre de Belges appartenant à la troupe, se trouvant dans les rangs français à Waterloo, il faut consulter, au château de Vincennes, où se trouvent les archives historiques de l’armée française, les documents administratifs de tous les régiments. Tâche énorme, qui semble n’avoir tenté personne jusqu’à présent.

Toujours est-il que selon les savantes extrapolations du Lt-colonel Bikar, qui a examiné 40 des 108 régiments d’infantrie de ligne, ils devaient être un gros millier, peut-être même dans les 1500. Il y aurait eu en tout 5 à 6000 Belges dans les troupes de Napoléon durant les Cent-Jours. Un chiffre à prendre bien entendu, explique Bikar, avec une grande circonspection. Mais quoi qu’il en soit: une chose est certaine, il y avait des Belges dans chacun des 39 régiments dont il consulté les matricules. Et tous ces Belges qui combattaient pour Napoléon le faisaient de leur plein gré.

1) Edit. Brepols. Bruxelles 1959

2) Les Belges à Waterloo. Revue internationale d’histoire militaire. 1965: N°24

La postérité wallonne

Le «drame belge de Waterloo» aura été, on l’a vu dans les chiffres, avant tout un drame wallon. Il vivra comme tel dans la mémoire des générations. Choqués de ne voir tout d’abord sur le site que des monuments et des témoignages commémoratifs à la gloire des Alliés, ce sont des Wallons qui érigeront le monument à l’Aigle blessé.

En 1936, lorsque la Belgique aura dénoncé le Pacte militaire franco-belge de 1922, l’abbé Mahieu réunira au pied de ce monument jusqu’à vingt mille personnes dans une sorte de contrepied au pèlerinage à la Tour de l’Yser où retentit le slogan «Los van Frankrijk» (rupture avec la France) mêlant pangermanisme francophobe et pacifisme. Dans des harangues enflammées, l’abbé dénoncera la politique de neutralité imaginée dans le dessein, combien illusoire, de se concilier la bienveillance de Hitler…

En 1940, l’histoire va se télescoper elle-même. C’est en effet le 18 juin que de Gaulle lance son fameux appel dont le hasard du calendrier renforcera encore la résonance. Les tout premiers à l’entendre – et à le suivre – seront quelques hommes de chez nous qui fonderont le tout premier mouvement de résistance qui s’appellera «Wallonie Libre».

En 1944, ces dirigeants enverront l’un des leurs, François Simon, à Alger pour plaider auprès du général le rattachement de la Wallonie à la France. De Gaulle, peu désireux de voir surgir là un motif supplémentaire de friction avec ses alliés anglo-saxons, éconduira le visiteur.

Mais en octobre 1945, c’est l’organisation tout entière, reconvertie en Mouvement au terme des hostilités, qui revient à la charge. Réunis en congrès, les adhérents de Wallonie Libre voteront leur fameuse motion de rattachement à la France avant, sur les conseils de leurs dirigeants, J-J. Merlot notamment, de se rabattre sur un texte plus réaliste qui réclame – déjà! – le fédéralisme. On sait la suite…

Les hussards de Croy

A la nouvelle du retour de Napoléon, les Zuid-Nederlanders, dont beaucoup sont des anciens de son armée, se posent des questions. Faut-il ou non déserter pour réjoindre les anciens régiments? A cet égard, l’histoire du régiment de hussards de Croy, devenu «Huzaren Nr 8» de la Koninglijk Nederlandsch Leger est édifiante.

Que n’a-t-on écrit sur ce fameux régiment, s’exclame le Lt-Colonel A. Bikar. Un régiment qui, selon certains, aurait perdu à Waterloo 132 tués sur un total de 439. D’où, bien longtemps après 1815, les velléités de certains historiens militaires de récupérer cette gloire au profit d’un régiment belge qui en tirerait ses traditions.

André Bikar a rétabli la vérité en dépouillant les archives de La Haye. Selon lui, du premier janvier au 17 juin 1815, il y eut 216 déserteurs. Quant aux tués, il y en eut quatre plus un officier. En ce qui concerne les blessés, le registre mentionne seulement dix blessés. L’absence de coups de sabre prouve que le régiment ne participa à aucune charge ou mêlée avec la cavalerie française.

La conduite de ce régiment néerlandais à Waterloo fut donc des plus quelconque. D’ailleurs, l’armée belge, née de la révolution de 1830, créa pour sa cavalerie légère des régiments de chasseurs à cheval, et se garda bien de former des hussards qui auraient par trop rappelé l’armée néerlandaise.

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http://www.arquebusiers.be/aubry/AUBRYP15-hussards-de-croy-txt-2.jpg

Pour en savoir plus

On a beaucoup écrit sur la campagne de 1815. Voici les derniers ouvrages parus sur le sujet:

Professeur Luc De Vos: «Les 4 jours de Waterloo 15-16-17 et 18 juin 1815». Hatier 1990. Collection grands formats.

Jacques Logie: «Waterloo: l’évitable défaite». Document Duculot, 1984.

– «Waterloo 1815. L’Europe face à Napoléon» (ouvrage collectif). Edit. du Crédit Communal. Bruxelles 1990.

Qu’il nous soit ici permis de remercier Jacques Logie et le Crédit Communal pour leur aide précieuse.

Wellington et Seutin à Nivelles!

1. Wellington à Nivelles – l’impasse Wellington?
2.Les célébrités du temps jadis : Louis Seutin

3. Napoléon et Wellington : Pour ou Contre? (Article d’Emile de Lalieux)

4. Les troupes de Wellington à Nivelles
5. Les plaques commémoratives de Nivelles

1. Wellington à Nivelles – l’impasse Wellington?

L’impasse de Wellington s’insinuait au 18ème siècles entre les rues de Bruxelles et de Namur au départ du marché aux Bêtes devenu Place Lambert Schiffelers et donnait accès à trois maisons claustrales. L’une de ces maisons servit d’hôtellerie en 1815. L’impasse fait évidemment référence au vainqueur de la bataille de Waterloo qui fit bientôt l’objet de récompenses autrement somptueuses (Les Rues de Nivelles de A à Z par Jean Vandendries – p 208).

Impasse Wellington
Impasse Wellington-http://monvieuxnivelles.jimdo.com/la-grand-place/ – Merci à Philippe sanspoux

La présence de Wellington la nuit du 20 juin 1815 et de troupes belgo-hollandaises à Nivelles sont attestées par divers témoignages. Les lettres envoyées par Wellington de Nivelles le 20 juin au soir et les nombreux témoignages de la présence des troupes sur le territoire de l’entité de Nivelles dans les ouvrages qui relatent la bataille dite de “Waterloo”. Les carnets de Basil Jackson, livre récemment traduit et publié sous le titre : “De Waterloo à Sainte-Hélène” corrobore la présence de l’Etat-Major et de Wellington : “En ce qui regarde notre marche sur Paris, j’atteignis Nivelles dans la soirée du 20 et de là, en passant par Mons,  je rejoignis le quartier Général à Le Cateau, le 22,…p.85-86

wellington à Nivelles

http://www.gutenberg.org/files/31517/31517-h/31517-h.htm#Page_115

“I had every reason to be satisfied with the conduct of the Adjutant-General, Major-General Barnes, who was wounded, and of the Quartermaster-General, Colonel De Lancey, who was killed by a cannon-shot in the middle of the action. This officer is a serious loss to His Majesty’s service, and to me at this moment.” (Gurwood, vol. viii., p. 150. Cf. Letters of Colonel Sir Augustus S. Frazer, K.C.B., dated Nivelles, June 20: “De Lancey is said to be dead: this is our greatest loss, none can be greater, public or private,” p. 550.)

“A highly interesting remark from the Duke’s lips just before the attack made by the Imperial Guard has been preserved in a letter written at Nivelles on the 20th June, by Colonel Sir A.S. Frazer. “‘Twice have I saved this day by perseverance,’ said his Grace before the last great struggle, and said so most justly.” This seems to coincide with the observation which the Duke made to Creevey at Brussels the morning after the battle. “By God! I don’t think it would have been done, if I had not been there.”

Le chemin de Wellington à Nivelles fait référence à ceci : “Au lendemain de la bataille de Waterloo, le roi Guillaume 1er des Pays-Bas octroya une libéralité au duc de Wellington. Il s’agissait d’un “fidéicommis” – un legs testamentaire – indéfiniment transmissible dans la descendance masculine du premier Prince de Waterloo. Il était modelé sur les “majorats de propre mouvement” créés par Napoléon 1er au profit des maréchaux de l’Empire. Ce majorat présente une double caractéristique : d’une part ce sont des biens domaniaux qui le constituent – un millier d’hectares situés sur Nivelles et quelques communes voisines – à l’initiative des pouvoirs publics et par le chef de l’Etat; de l’autre, ces biens font retour au domaine national lors de l’extinction du droit. La Belgique repris à son compte les engagements du gouvernement des Pays-Bas envers le Prince de Wellington. Voilà pourquoi furent vaines les diverses tentatives visant à “récupérer” ces bien encore octroyés aux descendants du duc. (Les Rues de Nivelles de A à Z par Jean Vandendries – p 207).

Autres articles :

Impasse w9
Extraits du Mémorial de la vie nivelloise par Émile de Lalieux (publié par la revue Rif Tout Dju) http://monvieuxnivelles.jimdo.com/les-b%C3%A2timents-de-nivelles-sous-l-ancien-r%C3%A9gime-avant-1780/la-grand-place/

Sur Google Earth, l’on peut observer que l’impasse a disparu suite aux bombardements de la guerre de 1940(Nivelles_BC_37_Commemoration_2) pour faire place à de nouveaux bâtiments, vraisemblablement, un café de la Grand-Place…Seul l’urbanisme de la Ville de Nivelles pourra résoudre cette impasse!

impasse google

Nivelles 1837- Le Soir-1
Nivelles 1837- Carte de Vandermaelen – Le Soir- Merci à Michel Bon!

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2.Les célébrités du temps jadis : Louis Seutin

Né à Nivelles le 19 octobre 1793.

“Fils de SEUTIN Louis Joseph (1740+1823), Bourgeois, Négociant, Marchand, Bourgmestre, et de RASPE Marie Joseph (“1753+1g20). Né le I9/10/1793 à Nivelles, paroisse de I’Evangéliste. (sources : SANin., GOFFIN R. Généalogies nivelloises, t.XVIII, p.159 et Biographie Nationale – Tome XXII col.324) les origines de Seutin n’étaient pas infimes. Il sortait de la classe des grands cultivateurs, justement appelée aristocratie paysanne.” !

Il est “recruté” dans la garde impériale sous l’annexion au Premier Empire français en 1812, reçoit en 1813 son brevet de chirurgien aide-major et part rejoindre à Dresde les armées de Napoléon. Affecté aux ambulances, le jeune homme eu l’occasion d’acquérir rapidement l’expérience de son sanglant métier, de faire preuve de son habilité professionnelle et de son dévouement à ses semblables. Il y fait ses premières armes chirurgicales au milieu des combats sous les ordres du baron Dominique-Jean Larrey, alors chirurgien militaire réputé. Après la fin de l’empire, il étudie à l’université de Leyde, sous l’annexion aux Pays-Bas, d’où il sort diplômé.” Ce que Wikipédia oublie de mentionner, c’est qu’il se retrouva du côté des coalisés en 1815 avec Dominique-Jean Larrey, “prisonnier volontaire”, pour soigner les nombreux blessés à Bruxelles. Blessé à la bataille de Waterloo, prisonnier des Prussiens, il fut sur le point d’être fusillé à cause de ses ressemblances avec Napoléon, mais fut relâché sur ordre de Blücher, dont il avait soigné le fils. Il représente le paradoxe des belges ayant oeuvrés dans les deux camps!

En savoir plus sur : http://brabantiaelibri.blogspot.be/2014/01/les-figures-illustres-du-brabant-wallon.html

« Déjà avant mon séjour au collège, j’obéissais à mon insu, à ma vocation pour l’étude des sciences médicales. Je suivais les cours que donnait, à Nivelles, M. l’abbé Lafontaine, dont le frère pratiquait la chirurgie. En sortant de la salle d’études, mon plus grand bonheur était de me glisser dans le cabinet de ce chirurgien où j’admirais un squelette et quelques autres pièces d’anatomie, et assistais à des opérations de petite chirurgie » .…mes études à l’ancienne École de médecine pratique de Bruxelles, d’où je sortis pour entrer au service de l’armée française en qualité de chirurgien-aide-major ; ma présence aux sanglantes journées de Dresde et de Leipzig ; ma captivité après la capitulation de Dresde ; les événements des cents jours et les services que je rendis après les journées de Waterloo ; ma position de chirurgien en chef de l’hôpital St-Pierre à Bruxelles où je fus également chargé de l’enseignement de la clinique chirurgicale et des accouchements ; ma présence au siège d’Anvers en 1831, où je fus envoyé pour y pratiquer les opérations majeures ; les travaux que j’ai mis au jour ; les améliorations que j’ai provoquées en vue de la santé publique ; mes voyages scientifiques, tels sont les faits qui forment le fond du tableau de ma vie. »Le Baron L. Seutin, sa vie et ses travaux / J.-R. Marinus

L’homme avait quitté Nivelles à l’âge de 17 ans mais il lui légua son cœur!

« […] Mr Seutin a exprimé dans son testament le désir que son cœur fut inhumé à Nivelles, où il naquit le 18 octobre 1793. […] Le cœur injecté d’après le même procédé (embaument d’après le procédé Gannal) a été extrait et déposé dans une urne pour être offert au conseil communal de Nivelles. […] »
Archives belges de Médecine militaire, journal des sciences médicales, pharmaceutiques et vétérinaires : tome trentième (1862)

DSC_0031Statue de Louis Seutin au square Seutin, face à la gare de l’est à Nivelles. Louis Seutin (Nivelles, 1793 – Bruxelles, 1862) débute en tant que médecin chirurgien dans la Garde impériale napoléonienne.  Après la bataille de Waterloo, de retour à Nivelles, il soigne, dans le couvent des Récollets, les combattants français (+ de 500) blessés et mutilés. Il sera l’un des fondateurs de l’Université libre de Bruxelles et de l’Académie royale de médecine, chirurgien en chef de l’hôpital Saint-Pierre, médecin du Roi Léopold Ier, sénateur du parti libéral et enfin médecin en chef de l’hôpital général de Nivelles. A sa mort, Louis Seutin légua des sommes importantes à l’hôpital et à l’école maternelle de Nivelles. Dans son testament, figurait une donation de 6.000 francs or destinée à la réfection de la fontaine-perron de la Grand-Place. Il légua son cœur à sa ville natale. http://www.tourisme-nivelles.be/index.php?/balade-des-celebrites-du-temps-jadis.html

 

 

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3. Napoléon et Wellington : Pour ou Contre? (Article d’Emile de Lalieux

http://www.riftoutdju.be/

Je remercie Philippe Sanspoux, créateur du site Mon vieux Nivelles qui m’a transféré les documents de la Revue Rif tout dju!

Rif tout dju, la revue bimensuelle que le monde entier nous envie , publiait un excellent article de 4 pages  en mars 1964 par  Emile de Lalieux,  dans la revue nivelloise  numéro 76. L’auteur écrit quelques lignes sur le passage de Wellington à Nivelles :

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4. Les troupes de Wellington à Nivelles :

http://www.nivelles.be/content/reception-des-delegations-deux-regiments-descendants-du-5e-dragons-legers

“En l’année 1810, Nivelles constitua une des places d’armes de l’aile gauche de l’armée de Wellington. Ce fut de là que ce corps, sous les ordres du prince d’Orange, se porta sur les Quatre-Bras. Pendant la bataille du 18, la ville resta abandonnée à elle-même et paisible. Le 19, les Anglais victorieux revinrent camper dans les campagnes voisines, vers Thines, et les Brunswickois s’établirent près de Lillois.” (Tarlier et Wauters en 1859-BKABANT. CANTON [)li NIVELLES-page 67).

Si le 1er mars 1815, l’Empereur Napoléon commence son légendaire trajet connu sous le nom du « Vol de l’Aigle », les alliés (Congrès de Vienne) le mettent hors la loi et préparent leurs défensives.

  • L’hôtel de Ville

L’hôtel de Ville de Nivelles devint le siège de l’état-major du Prince d’Orange, fils du Roi Guillaume 1er. Mais cette ville fut également le témoin privilégié des actes hollandais et français, avant et après la bataille.

  • L’ancien relais de poste

    relais de poste
    relais de poste….Ce qu’il en reste!

Il se trouvait au numéro 7-9 de la Rue de Bruxelles, dont il ne reste plus que l’arche en pierre de l’ancien relais de poste. De ce relais partirent les lettres de soldats hollandais, casernés à Nivelles, qui se battront à Waterloo. A Nivelles étaient cantonnées les troupes suivantes de la brigade van Bijlandt : bataillon de Chasseurs N° 27 (lieutenant-colonel Grunebosch), la batterie Stevenart et du Quartier Général de la brigade.

Nivelles accueillit ainsi 3.233 hommes.

  • L’hôpital de 1815

Ancien couvent des Récollets, au carrefour de la rue de Saintes et de la rue de Charleroi, une plaque rappelle que cet édifice servit d’ambulance pour les militaires français en 1815.

  • Un monument méconnu

Enfin, un monument totalement méconnu de la bataille, cette simple pierre sur le mur du cimetière Saint-Pierre, faubourg de Charleroi 67, à Nivelles, à gauche de l’entrée. Elle porte ces quelques mots, pourtant bien éloquents, signalant que 104 Français y furent enterrés aux côtés de 8 Anglais, 4 Hollando-Belges et 13 Prussiens.

Le 15 juin, ce sont les troupes de van Bijlandt et de Saxe-Weimar qui, de Nivelles vont aller bloquer la route des Français aux Quatre-Bras. Le 16 juin, jour de la bataille, la 2e brigade de cavalerie légère du général van Merlen traverse Nivelles, le 6e Hussards du lieutenant-colonel Boreel en tête, suivi par le 5e Dragons Légers du lieutenant-colonel de Mercx. Le reste de la division de cavalerie du général Collaert se place en avant de Nivelles, en direction d’Arquennes. Le général prend ses quartiers à l’hôtel de ville. Pour rappel, à ce moment, Wellington doute toujours que les Français ne viennent aussi par Mons.

En 1815, jusqu’au 16 juin inclus (date de la bataille des Quatre-Bras), Wellington a fait renforcer les troupes néerlandaises en position à Nivelles car il s’attendait à une pénétration française venant de la direction de Mons.

Nivelles a donc assuré un rôle stratégique de taille au début de cette campagne. Nivelles sera aussi le lieu de passage des troupes britanniques, brunswickoises, hanovriennes et néerlandaises à partir du 19 juin lors de la poursuite qui devait conduire les alliés à Paris.

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5. Les plaques commémoratives de Nivelles :

Merci à Dominique Timmermans ! Toutes les plaques et plus d’informations sur http://napoleon-monuments.eu/Napoleon1er/1815Nivelles.htm

Un témoignage récent nous a appris que les soldats de 1815 reposeraient “sous la croix centrale” du cimetière de Nivelles. Cela nous semble tout à fait cohérent.

ommence son légendaire trajet connu sous le nom du « Vol de l’Aigle », les alliés (Congrès de Vienne) le mettent hors la loi et préparent leurs défensives.

  • L’hôtel de Ville

L’hôtel de Ville de Nivelles devint le siège de l’état-major du Prince d’Orange, fils du Roi Guillaume 1er. Mais cette ville fut également le témoin privilégié des actes hollandais et français, avant et après la bataille.

  • L’ancien relais de poste

    relais de poste
    relais de poste….Ce qu’il en reste!

Il se trouvait au numéro 7-9 de la Rue de Bruxelles, dont il ne reste plus que l’arche en pierre de l’ancien relais de poste. De ce relais partirent les lettres de soldats hollandais, casernés à Nivelles, qui se battront à Waterloo. A Nivelles étaient cantonnées les troupes suivantes de la brigade van Bijlandt : bataillon de Chasseurs N° 27 (lieutenant-colonel Grunebosch), la batterie Stevenart et du Quartier Général de la brigade.

Nivelles accueillit ainsi 3.233 hommes.

  • L’hôpital de 1815

Ancien couvent des Récollets, au carrefour de la rue de Saintes et de la rue de Charleroi, une plaque rappelle que cet édifice servit d’ambulance pour les militaires français en 1815.

  • Un monument méconnu

Enfin, un monument totalement méconnu de la bataille, cette simple pierre sur le mur du cimetière Saint-Pierre, faubourg de Charleroi 67, à Nivelles, à gauche de l’entrée. Elle porte ces quelques mots, pourtant bien éloquents, signalant que 104 Français y furent enterrés aux côtés de 8 Anglais, 4 Hollando-Belges et 13 Prussiens.

Le 15 juin, ce sont les troupes de van Bijlandt et de Saxe-Weimar qui, de Nivelles vont aller bloquer la route des Français aux Quatre-Bras. Le 16 juin, jour de la bataille, la 2e brigade de cavalerie légère du général van Merlen traverse Nivelles, le 6e Hussards du lieutenant-colonel Boreel en tête, suivi par le 5e Dragons Légers du lieutenant-colonel de Mercx. Le reste de la division de cavalerie du général Collaert se place en avant de Nivelles, en direction d’Arquennes. Le général prend ses quartiers à l’hôtel de ville. Pour rappel, à ce moment, Wellington doute toujours que les Français ne viennent aussi par Mons.

En 1815, jusqu’au 16 juin inclus (date de la bataille des Quatre-Bras), Wellington a fait renforcer les troupes néerlandaises en position à Nivelles car il s’attendait à une pénétration française venant de la direction de Mons.

Nivelles a donc assuré un rôle stratégique de taille au début de cette campagne. Nivelles sera aussi le lieu de passage des troupes britanniques, brunswickoises, hanovriennes et néerlandaises à partir du 19 juin lors de la poursuite qui devait conduire les alliés à Paris.

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Les Belges sont restés plus napoléoniens que les Français

22/04/15 à 00:00 – Mise à jour à 23/04/15 à 11:49

Source : Le Vif/l’express : http://www.levif.be/actualite/international/les-belges-sont-restes-plus-napoleoniens-que-les-francais/article-normal-390687.html

L’intégralité de l’entretien dans le hors-série du Vif/L’Express “Napoléon, le héros absolu” : 200 pages sur sa légende, son destin, son empreinte sur la Belgique, rédigées par une quinzaine d’historiens et d’experts napoléoniens français et belges.

Il y a 200 ans, nos régions prenaient brutalement et définitivement congé de Napoléon balayé à Waterloo. Mais la page est loin d’être tournée. Hervé Hasquin, historien à l’ULB et secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique, revient sur un héritage qui a façonné la Belgique d’aujourd’hui.

Les Belges sont restés plus napoléoniens que les Français

© DR

Le Vif/L’Express : Lorsque Bonaparte prend le pouvoir en novembre 1799, la France a fait sa Révolution depuis dix ans. Le général s’avance-t-il en Belgique comme en terrain déjà conquis ?

Hervé Hasquin : La victoire française de Fleurus, le 26 juin 1794, en mettant définitivement fin au régime autrichien, ancre nos régions au sein de la jeune République. Mais nous ne devenons officiellement citoyens français que le 1er octobre 1795, date de l’annexion des territoires belges à la France et de l’application de sa législation. Le régime napoléonien n’est qu’un chapitre de la domination française.

La Révolution française signifie-t-elle une vraie révolution pour nos régions?

 Oui. La France révolutionnaire fait table rase des anciennes frontières et réalise l’amalgame entre les anciens Pays-Bas autrichiens, les principautés de Liège et de Stavelot-Malmédy, le duché de Bouillon, d’autres entités disparates de l’Ancien régime. Les territoires conquis sont divisés en neuf départements nommés “belgiques” ou “réunis”, qui sont les ancêtres de nos actuelles provinces. C’est la Révolution française qui crée la future Belgique, en lui donnant sa structure administrative.

Et en lui imposant bien d’autres bouleversements ?

Cette période enregistre de nombreuses avancées peu banales : les lois françaises de 1792 créent le mariage civil, instaurent le divorce, fondent l’état civil. Autre acquis révolutionnaire, cette invention géniale qu’est le système métrique décimal, qui met fin au chaos qui régnait dans les poids et mesures. Imagine-t-on la révolution conceptuelle fabuleuse qu’une telle réforme a dû représenter ? C’est comme si on décidait aujourd’hui de supprimer les kilos et les grammes et de passer subitement aux mesures anglaises : les livres, les miles, etc.

Si Napoléon n’est pour rien dans ces bouleversements, où se situent son apport et son empreinte ?

D’abord dans l’ordre et la stabilité politique qu’il apporte, favorables au développement économique. La période française est florissante pour nos régions industrielles à partir de la fin des années 1790. L’annexion à la France, puis l’extension de l’Empire napoléonien, ouvrent d’énormes débouchés à la sidérurgie, à l’industrie charbonnière, à la verrerie. Le seul marché français absorbe des quantités gigantesques de production de notre industrie lourde. Mais la grande oeuvre de Napoléon, c’est le Code civil de 1804 et ses nouveaux acquis comme les droits reconnus à la femme. Napoléon poursuit la réforme de la Justice amorcée sous le régime révolutionnaire. On lui doit toute l’organisation des tribunaux: justice de paix, première instance, degré d’appel, Cour de cassation. Notre pouvoir judiciaire est essentiellement une création napoléonienne.

L’héritage français, en particulier napoléonien, a-t-il laissé des traces durables ?

De toutes les régions conquises totalement ou partiellement par la République française en Europe, la Belgique est certainement celle où l’empreinte de la France révolutionnaire puis napoléonienne a signifié à ce point la fin de l’Ancien Régime et l’entrée dans le monde contemporain. La Belgique est le seul pays qui ait véritablement conservé l’héritage administratif et judiciaire français. Elle est même restée, au cours de son histoire, plus marquée par l’héritage de la Révolution française que la France elle-même. Plusieurs de ses lois sont restées en vigueur sous le régime hollandais puis au sein de la Belgique indépendante, alors qu’elles disparaissaient en France, victimes des soubresauts politiques aux XIXe et XXe siècles. C’est le cas du divorce : un temps interdit en France, le mariage civil et le droit au divorce feront à jamais partie de la législation belge. La prise en charge par l’Etat du traitement des membres du clergé constitue toujours une caractéristique du système belge, alors qu’en France il ne subsiste plus qu’en Alsace-Lorraine. On doit aussi à la France la tolérance religieuse, avec la reconnaissance des grandes religions, le protestantisme et le judaïsme à côté du catholicisme. Elle n’a jamais disparu dans notre législation, à la différence de ce qui se passera dans d’autres pays jadis conquis par les Français. Enfin, la défense de la “patrie”, qui devient l’affaire des citoyens, se traduit par l’instauration de la conscription ou du service militaire obligatoire : le concept sera repris par l’Etat belge. A maints égards, nous sommes restés beaucoup plus napoléoniens que les Français !

L’intégralité de l’entretien dans le hors-série du Vif/L’Express “Napoléon, le héros absolu” : 200 pages sur sa légende, son destin, son empreinte sur la Belgique, rédigées par une quinzaine d’historiens et d’experts napoléoniens français et belges.

Saint Napoléon

15 août nbb
Après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte impose de nouveau le 15 août comme fête nationale en hommage à son grand oncle et comme ciment unificateur du Second Empire.

Ce 15 août est traditionnellement  la fête nationale choisie par l’Empereur pour laquelle cette date est, jour de son anniversaire et de la signature du Concordat, symbole d’un retour à l’ordre civil et religieux. Ce jour devint la saint Napoléon, du nom d’un obscur martyr du IVsiècle, Santo Neopolis (ou Neapolis), exhumé fort opportunément par le cardinal Légat Giovanni Battista Caprara à la grande satisfaction de l’empereur. La Saint Napoléon et la religion impériale (tel est le titre d’un article très complet écrit par

saint+napoleonEpitre de Saint-Napoléon 🙁Épître selon saint Napoléon – Éditeur : impr. de Moronval (Paris)Date d’édition : 1815

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Mes rêveries, ou Souvenirs d’un Belge ci-devant capitaine en France

PAR Auguste DURIEU – PARIS,CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS. 1824.

mes rêverieshttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58549546/f25.image.r=d%C3%A9partement%20belge%20.langFR

Je vous laisse le loisir de glisser sur ces mots d’un noble Capitaine qui, entourés de proses et de vers, charment l’esprit  et nous élève vers ces corps éthérés dont les mystères nous sont encore cachés d’obscures métaphores ! Si vous possédez le code qui nous permet d’approcher de la substantifique moelle désirée, n’hésitez-pas à m’écrire car cette langue d’oiseau m’est jusqu’à présent inconnue et ce texte recèle bien des mystères qu’il est à résoudre… Dans l’attente de vous lire ! Jacques JANSSENS


Patriae omnia vincit amor.


Tel qu’au miroir des eaux notre œil voit retracés
Les nuages en bas, les arbres renversés,
Ainsi dans le sommeil l’âme préoccupée
Obéit aux objets dont elle fut frappée ;
Ainsi la nuit du jour retrace le tableau,
Ainsi de nos pensées nos rêves sont l’écho :
Des songes toutefois la peinture bizarre
Souvent brouille, détruit, ou confond, ou sépare.
( DELILLE, Imagination.)

 PARIS, CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS -1824 – MES RÊVERIES.

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HISTOIRE MERVEILLEUSE DE L’HOMME ROUGE – dans Bonapartiana page 151…

HISTOIRE MERVEILLEUSE DE L’HOMME ROUGE.

(Bonapartiana, ou Recueil choisi d’anecdotes, de traits sublimes, de bons mots, de saillies, de pensées ingénieuses, de réflexions profondes de Napoléon Bonaparte, avec un aperçu des actions les plus belles et les plus éclatantes de sa vie, par Cousin, d’Avallon)

Au commencement du mois de mars 1814, on racontait dans les sociétés les plus distinguées de la capitale l’histoire merveilleuse de l’Homme rouge; la voici telle qu’elle a été rapportée.

l’Homme rouge apparut pour la première fois à Napoléon, alors général, en Egypte, la veille de la bataille des Pyramides. Suivi de quelques officiers, il passait à cheval près de l’un de ces antiques monuments, lorsqu’un homme enveloppé d’un manteau rouge sortit de cette pyramide, lui fit signe de descendre de cheval et de le suivre.

DSC04987-1Bonaparte n’hésita pas ; ils pénétrèrent ensemble dans l’intérieur de la pyramide: déjà plus d’une heure s’était écoulée, et la suite du général, inquiète de cette longue absence, se disposait à entrer dans le monument, lorsqu’il en sortit seul, avec un air très-satisfait. Avant cette rencontre, il refusait de livrer la bataille ; il ordonna sur-le-champ qu’on s’y préparât , et le lendemain il remporta la victoire des Pyramides.

Bataille des Pyramides

On a prétendu que l’homme rouge n’était autre qu’un génie infernal avec lequel le vainqueur avait fait un pacte qui lui assurait sa puissante protection.

Wikipédia :(La couleur rouge (decher) est le symbole de la violence, du désert, du feu, du sang et de la mort, mais aussi de la victoire. C’est notamment la couleur du dieu Seth, le destructeur, dont on disait qu’il avait les cheveux roux. La couronne de Basse-Égypte, le desheret, est de couleur rouge (bien que le nord, notamment le delta du Nil, soit très riche en végétation).

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/88/Seth.JPGDix ans s’étaient écoulés, et tout en effet lui avait réussi ; mais le marché approchait de son terme ; il expirait quelques jours avant la bataille de Wagram. Cependant l’homme rouge voulut bien céder aux instances de son protégé , et conclure avec lui un nouveau marché pour cinq ans. Le premier avril 1813 était le jour fatal où ce nouveau pacte expirait ; or, dans le mois de janvier 1814, quelques jours avant le départ de Napoléon, l’homme rouge, très-ponctuel, se présente aux Tuileries, et demande à parler à l’empereur. Un factionnaire voulut l’empêcher de passer, il étendit la main sur lui, et le soldat fut condamné à l’immobilité.

Un chambellan , à qui s’adressa l’homme rouge , lui demanda s’il avait une lettre qui autorisât sa demande.

« —Non, lui répondit-il, mais allez » annoncer à votre maître qu’un homme vêtu de rouge veut lui parler » sur-le-champ. »

Le chambellan alla sur-le-champ prévenir Napoléon de la visite. Celui-ci ordonna que l’homme rouge fût aussitôt introduit, et s’enferma avec lui dans son cabinet.

Le chambellan appliqua tour à tour l’oeil et l’oreille au trou de la serrure ; il vit , il entendit le monarque et l’homme mystérieux discuter ensemble avec beaucoup de chaleur:

“Songez-y  bien, disait ce dernier, au 1er avril,  je ne me mêle plus de vos affaires. C’est une chose convenue depuis » longtemps , et à laquelle je suis irrévocablement décidé. Ainsi, avant ce  jour, ayez repoussé vos ennemis ou conclu la paix avec eux ; car, je vous le répète, le 1er avril je vous abandonne , et vous savez ce qui en résultera.” En vain l’empereur objecta l’impossibilité d’avoir, dans un si court espace, terminé, d’une manière ou d’autre, ses affaires avec l’Europe entière ; en vain il sollicita une prolongation. L’homme rouge fut inflexible , et disparut.

http://upload.wikimedia.org/wikisource/fr/2/25/Jaures-Histoire_Socialiste-6-p541.jpg

Jamais prédiction ne fut plus exactement vérifiée. Le 31 mars 1814, les alliés entrèrent dans Paris!On a révoqué en doute l’histoire de l’homme rouge. En dernier résultat, on peut dire , que si le fait n’est pas vrai, ni même vraisemblable , il est bien imaginé. Se non è vero, è bene trovato. « si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé »!

Napoléon : Je te sacrifie tout cela! La Mort : Tu y viendras aussi!

Le théorème de Napoléon!

Le théorème Napoléon
Le théorème Napoléon

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_de_Napol%C3%A9on

Théorème de Napoléon — Si nous construisons trois triangles équilatéraux à partir des côtés d’un triangle quelconque, tous à l’extérieur ou tous à l’intérieur, les centres de ces triangles équilatéraux forment eux-mêmes un triangle équilatéral. Ce qui donne ceci :


http://www.maths-et-tiques.fr/index.php/detentes/le-theoreme-de-napoleon

Télécharger la figure dynamique au format GeoGebra.
Cliquer sur l’image pour ouvrir la figure dynamique dans le navigateur :

(il faut activer le plug-in pour le voir sous linux)
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Site dédié à la cartographie de la Campagne de Belgique en Juin 1815

JunIBIS.be

J’ai été particulièrement sensibilisé par le projet de cartographie de la campagne 1815. En effet, outre le fait qu’il s’agit de l’oeuvre d’un passionné et que l’accès est gratuit, ces cartes peuvent servir à une meilleure compréhension du déroulement des batailles en juin 1815. Pouvoir comparer les mouvements de troupes des “ouvrages” consacrés aux batailles et pouvoir suivre en direct la situation des différentes troupes sur le terrain de l’époque est en soi le rêve de tout amateur d’histoire et de reconstitution. Ces cartes sont un soutien précieux pour une meilleure compréhension des batailles en juin 1815. Merci à André Heughebaert et Eric Iven, initiateurs du projet! Jacques JANSSENS

Juin 1815 – Cartographie de la campagne de Belgique

Le projet de cartographie est désormais accessible sur http://www.junibis.be – Il est traduit en quatre langues: DE, EN, FR, NL.

JunIBIS est un site dédié à la cartographie de la Campagne de Belgique en Juin 1815.

Le site reprend quatre  types de cartes:

  • des cartes statiques pour chaque heure du 15, 16 et 17 Juin
  • une carte dynamique montrant le mouvements des unités
  • une carte des lieux extraits de la littérature (plus de 700 à ce jour)
  • une carte des notes de W.B. Craan
  • Les notes historiques de W.B. Craan

Le site donne également accès à l’ordre de bataille très détaillé de Jean-Pierre De Potter “1815 Mise à mort de l’Empire par Napoléon” 1981 Editions Graffiti.

Féru d’histoire napoléonienne, plus particulièrement passionné des batailles de l’Empire, et versé dans le domaine de la cartographie numérique, j’ai eu envie de créer des cartes interactives retraçant la Campagne de Belgique en 1815. Afin de m’aider dans cette tâche, j’ai rapidement reçu l’aide d’un ami de longue date dont les connaissances livresques complètent judicieusement mes compétences informatiques. L’abondante littérature sur le sujet nous a permis de compiler les déplacements troupes durant les premiers jour de la campagne.

Les trois principes fondateurs de notre projet sont:l’ouverture des données, la gratuité, et le référencement des sources.
Nos cartes sont d’ailleurs accessibles sous licence CC-BY-3.0 qui autorise quiconque «à copier, distribuer et communiquer le matériel par tous moyens et sous tous formats, à remixer, transformer et créer à partir du matériel moyennant l’attribution c-à-d de créditer les auteurs et indiquer les éventuels changements».

Les cartes interactives sont le résutlat d’un travail minutieux d’analyse et de compilation de nombreuses sources.

Les couleurs indiquent la nationalité, les symboles représentent le type des troupes.

Nationalité Etat-major Artillerie Cavalerie Infanterie
Français FEB FAB FCB FIB
Anglais BEB BAB BCB BIB
Prussiens PEB PAB PCB PIB
Hollando-Belges DEB DAB DCB DIB
Hanovre HEB HAB HCB HIB
Brunswick REB RAB RCB RIB

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Méthodologie

La littérature sur la Campagne de Belgique est vraiment très abondante. Nous n’avons compilé qu’une petite partie de celle-çi. Les positions des unités proviennent des références littéraires suivantes:

  • William Tomkinson, The diary of a cavalry Officerin the Peninsular and Waterloo Campaign 1809, Swan Sonnenschsien (1894);
  • Tradition magazine hors série n°20 ,1815 Le retour de l’aigle et la dernière victoire
  • Jean-Philippe Tondeur, Les carnets de la campagne n°13 ,Editions de la Belle-Alliance
  • Jean-Philippe Tondeur, Les carnets de la campagne n°12 ,Editions de la Belle-Alliance
  • Siborne, The Waterloo Campaign 1815,Edward Arber (1848 T. & W.Boone London)
  • Scott Bowden, Armies at Waterloo, Empire press
  • Richard Humble, Famous land battles,St Michael
  • Plane der Schlachten und Treffen, welche von der preussischen Armee in den Feldzügen der Jahre 1813, 14 und 15 geliefert worden,Reimer, 1825
  • Pierre de Wit, The campaign of 1815 a study
  • Peter Young, Blucher’s army,Osprey
  • Peter Hofschroer, Waterloo 1815: Quatre Bras and Ligny ,Pen & Sword Books Ltd
  • Peter Hofschroer, 1815: The Waterloo Campaign – Wellington,his German allies and the battles of Ligny and QuatreBras, Greenhill Books
  • Peter Hofschroer, 1815: The Waterloo Campaign – The German Victory, Greenhill Books
  • Paul Desoil, La chute de l’aigle éditions du marais
  • Patrick Maes, Plan de la bataille de Ligny ,Société Belge Napoléonienne trough Ed Wimble Clash of Arms games
  • Michel Damien, Napoléon au cabaret Belle Vue, 2011
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  • Kurz, Le procès du maréchal Ney ,Sélection des amis du livre de Strasbourg
  • John Macdonald, Grandes batailles de l’histoire moderne,Albin Michel
  • John Franklin, Waterloo 1815 (2), Osprey
  • John Franklin, Waterloo 1815 (1), Osprey
  • John Fortescue, The Campaign of Waterloo, Greenhill books
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  • Hourtoulle, Ney le brave des braves,Lavauzelle
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  • Christopher Hibbert, Waterloo,Wordsworth editions
  • Castelot, Napoléon,librairie académique Perrin
  • Bob Putigny, Le grognard Putigny Baron d’Empire,Copernic
  • Andrew Uffindel, The eagle’s last triumph,Greenhill books
  • Albert Nofi, The Waterloo Campaign,Combined books
  • Alain Arcq, Ligny 16 juin 1815,Historic’one edition
  • Alain Arcq, Les quatre-Bras 16 juin 1815, Historic’one edition
  • Alain Arcq, Beaumont 1815,Historic’one edition

Les positions successives des troupes ont ensuite été complétées par simple interpolation linéaire.

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Nietzsche et Napoléon : la fiction dans l’Histoire

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Nietzsche et Napoleon : la Fi ction dans l’Histoire – Laurent Mattiussi
To cite this version:Laurent Mattiussi. Nietzsche et Napoleon : la fiction dans l’Histoire. Bruno Bethouart.Napoleon, l’Europe et Boulogne, May 1998, France. 2 (1), pp.117-128, Les Cahiers du Littoral.

Napoléon a exercé sur la pensée de Nietzsche un charme puissant. Malgré les résistances du rationalisme, la marque de la fiction est nette dans le portrait fragmentaire que Nietzsche dresse de la grande figure historique au fil de ses livres. Bien que Nietzsche n’ait pas fait de Napoléon un absolu — au mieux une lointaine approximation du surhomme –, en tant que fiction, symbole, fantasme ou symptôme, la figure de Napoléon est dans l’œuvre de Nietzsche un signe surdéterminé : elle concentre en elle un réseau de motifs que l’on examine sous l’angle double de la cruauté et du nomadisme : Napoléon paraît sur le grand théâtre nietzschéen comme le type viril suprême, l’aventurier et le conquérant, promoteur du sentiment européen, par delà les particularismes étriqués des nations.

Napoléon a exercé sur la pensée de Nietzsche un charme puissant

S’interroger sur cette emprise oblige à s’aventurer dans la proximité du mythe. Ernst Bertram, dont le livre sur Nietzsche porte le sous-titre : Essai de mythologie, consacre un chapitre à lafigure de Napoléon dans l’oeuvre du philosophe. Jean Tulard situe dans un contexte général la contribution apportée par Nietzsche au mythe de Napoléon. Le souci de l’objectivité n’est pas de mise quand il s’agit d’entrouvrir les arcanes de l’imaginaire et du rêve : ici, Napoléon s’estompe en tant que personnage historique et se révèle sous un jour qui manifeste son suprême empire, celui de l’imagination, ainsi que le suggère Paul Valéry. « Napoléon savait mieux que personne que son pouvoir, plus encore que tous les pouvoirs du monde ne le sont, était un pouvoir rigoureusement magique, — un pouvoir de l’esprit sur des esprits, — un prestige. »  Valéry entend le terme au sens du latin praestigiae : les fantasmagories, les illusions, les mirages de l’imagination et il rejoint Pascal faisant observer que « cette superbe puissance […] remplit ses hôtes d’une satisfaction bien autrement pleine et entière que la raison » . Nietzsche a été comblé par Napoléon, fût-ce au prix de le réinventer, de substituer à la réalité un fantasme ou plutôt une fiction. « La tâche de l’histoire », affirme-t-il, a fortiori celle du philosophe et du poète de premier ordre qu’il fut lui-même, n’est pas de traquer les faits, mais de « constamment susciter et soutenir l’éveil de la grandeur » . Mécontent de l’Allemagne moderne, qui exhibe à ses yeux le spectacle public de sa petitesse, Nietzsche célèbre a posteriori la miraculeuse grandeur qui avait surgi avant sa naissance en la personne de Napoléon.

Entre scepticisme et fascination : Napoléon, un signe surdéterminé.

La voie est tracée dès les premiers livres. « Ma tâche consiste à mettre en lumière ce que nous serons obligés d’aimer et de vénérer toujours […] : le grand homme », les individus d’exception, « les grands héros d’une époque, ceux qui marchent seuls » , les « fortes natures exemplaires, dans lesquelles les fantasmes s’engendrent à nouveau » , pour la création de valeurs neuves. En Napoléon, un fragment posthume découvre « la passion des nouvelles virtualités de l’âme,l’élargissement de l’âme » . Dans la lignée du romantisme, Nietzsche a le souci de l’individualité supérieure, apte à entraîner derrière elle l’humanité en vue d’un destin digne d’elle. S’attachant au héros tragique, le jeune philosophe évoque « l’élan titanesque, ce besoin de se faire en quelque sorte l’Atlas de tous les individus et de lesporter toujours plus haut et plus loin sur ses vastes épaules » . Napoléon n’est pas encore mentionné mais il viendra occuper, dans les ouvrages ultérieurs, la place qui lui est ici assignée d’avance, en compagnie du génie et du saint, de tous les précurseurs sur la voie d’un dépassement. Le saint est aux yeux de Nietzsche un idéal périmé, condamné par le déclin du christianisme, mais le philosophe est sensible au prestige de cette figure qui a indiqué pendant des siècles la direction des sommets vers lesquels l’humanité était conviée à tendre. « Ce qui donne sa valeur au saint dans l’histoire universelle, ce n’est pas ce qu’il est, mais ce qu’il signifie aux yeux des autres, les non-saints.» La réalité, le fait ne comptent pas au regard du sens, de la valeur posés par l’individu supérieur et qui s’adressent secrètement en tout homme à ses aspirations les plus élevées. Le saint « signifiait quelque chose qui était censé dépasser la mesure humaine ». Ce fut une erreur de lui attribuer une « nature étrangère, surhumaine : maisc’est justement ce qui lui a valu cette force extraordinaire avec laquelle il a pu s’emparer de l’imagination d’époques et de peuples entiers. » Il importe peu que le modèle soit le produit d’une illusion, pourvu qu’il ouvre la voie d’une avancée décisive.
Étendue au grand homme et transposée au cas de Napoléon, cette réflexion peut justifier la constitution du mythe. Même si ou parce que la figure grandiose de Napoléon telle qu’elle hante les imaginations est une fiction, elle agit sur les esprits comme un moteur du vrai progrès humain, aux antipodes de la caricature dérisoire qu’en offre la civilisation européenne moderne, vouée à la médiocrité de la sécurité et du bien-être, engloutie dans la « vulgarité utilitariste » par la préoccupation quasi exclusive de l’enrichissement . Devenue par là incapable de donner à poursuivre le moindre rêve, elle ne saurait plus communiquer le courage de « mourir pour quelque chose de grand et d’impossible ». Que pouvait lire un romantique dans le regard du chef militaire en partance pour quelque vaine bataille sinon, selon le mot de Baudelaire dans Bohémiens en voyage, « le morne regret des chimères absentes », l’aspiration à ce que peut-être l’on trouvera ailleurs, toujours plus loin, dans un combat improbable ? En fut-il ainsi de Nietzsche ? Il a proclamé avec toujours davantage de vigueur son rejet du romantisme mais il n’est pas sûr qu’il ne soit pas resté jusqu’au bout, malgré qu’il en eût, marqué par l’imaginaire romantique, comme en témoignent les ambiguïtés, voire les contradictions parfois perceptibles à quelques paragraphes d’intervalle dans le même livre. Peut-être n’est-il pas excessif d’interpréter la persistance de sa fascination pour Napoléon comme le signe que Nietzsche n’est jamais parvenu à quitter définitivement l’espace romantique. Quoi qu’il en soit, ses dernières pages publiées récusent avec insistance toute complaisance envers quelque forme d’idéalisme que ce soit, notamment le « culte du héros » . L’homme supérieur, le surhomme ne sont pas des idéaux qu’il faudrait s’efforcer d’atteindre. Il s’agit d’être et de vivre intensément, de donner lieu en soi à une manifestation supérieure de la vie, et non de se soumettre à l’on ne sait quel devoir de tendre vers un but extérieur. Nietzsche connaît un seul impératif catégorique, emprunté à Pindare : « deviens ce que tu es ». Il s’agit de coïncider avec l’effusion de la vie et de la force en soi, non de se conformer à la représentation idéale d’un modèle lointain. Présentant Goethe comme « un réaliste convaincu », Nietzsche rappelle que « le grand événement de sa vie fut la rencontre de cet ensrealissimum qui s’appelait Napoléon. L’expression latine, empruntée à Spinoza, pourrait désigner une manifestation de l’absolu mais il faut d’abord la prendre au sens littéral : l’être le plus réel et le plus réaliste, le plus éloigné de toute idéalité. Un des derniers écrits mentionnera Napoléon comme le « plus grand des “réalistes” » . Aussi bien Nietzsche prend-il d’emblée ses distances vis-à-vis de la rhétorique et de l’hagiographie romantiques qui, à la suite de Goethe, érigent Napoléon en demi-dieu. Il conteste « la superstition du génie », le quasi délire qui dote le grand homme d’une « origine surhumaine ». Alors l’intéressé lui-même finit par « se prendre pour on ne sait quoi de surhumain », jusqu’au point où, sujet à l’illusion de ses dévots, il « croit à sa divinité ». Pour illustrer ce travers, Nietzsche évoque justement l’exemple de l’idolâtrie dont Napoléon a été l’objet . Il y revient dans un paragraphe d’Aurore, intitulé de façon significative Le culte des héros et ses fanatiques, où Napoléon est soupçonné d’avoir rendu possible au XIXe siècle la fabrication d’« un idéal fait de chair et de sang », quasi divinisé : « oui, peut-être est-ce même précisément lui qui a suscité dans l’âme de nos contemporains cette prostration romantique devant le “génie” et le “héros”, si étrangère à l’esprit du siècle des Lumières » . Il convient de ne pas négliger cette perspective critique quand on examine la signification que revêt la figure deNapoléon dans l’oeuvre du philosophe. La volonté de démystification va si loin dans Aurore que Napoléon y est classé parmi les « épileptiques », au même titre que quelques autres « représentants suprêmes du besoin d’action » . Nietzsche ne reconnaît en lui que des « qualités purement humaines », précisant toutefois qu’elles ont été capables de « s’élever à cette puissante unité qui le distingue de toutes les personnalités modernes » . La puissance, la force intérieure et spontanée qui rayonne dans la création de valeurs nouvelles, l’affirmation de soi, voilà ce qui fascine Nietzsche, alors que le thème de la volonté de puissance n’a pas encore paru sous sa plume. Napoléon sait tirer parti même de ce qui le dessert, ainsi le défaut de « parler mal ». En lui, « l’alliance de la puissance et de la génialité » éclate lorsque, avec un certain goût de la provocation, il exagère délibérément son travers au point de « parler plus mal encore qu’il ne le pouvait ». Il transmute ainsi, il sublime une infirmité en puissance supérieure : il montre par là « son goût de la domination » et « son esprit subtil ». Par son mépris des convenances sociales, il domine « sa propre exaspération » à se sentir inférieur aux autres sur ce point et la retourne en supériorité à l’égard des contingences extérieures : de la sorte, « il jouissait de son bon plaisir autocratique » . Le mot est lourd de sens mais ne doit pas être entendu comme une allusion au pouvoir de l’homme d’État. Nietzsche rêve l’avènement « d’une aristocratie nouvelle » , fondée non sur les privilèges de la naissance mais sur les qualités éminentes de l’individualité, sur l’affranchissement radical à l’égard de ce qui amoindrit l’homme, notamment les bons sentiments et la morale ordinaire, recours ultime du faible et de l’impuissant. Napoléon préfigure cette aristocratie. « Comme une dernière flèche indiquant l’autre chemin apparut Napoléon, le plus singulier, le plus tardif des hommes, et avec lui le problème incarné de l’idéal aristocratique en soi » . Son « origine plébéienne »  ne l’empêche pas de rester à part, au-dessus, singulier, ne fût-ce que parce que « l’art de commander » a surmonté chez lui « l’instinct grégaire de l’obéissance ». Aussi s’est-il montré apte à imposer sa volonté sans cette « mauvaise conscience » qui ronge les chefs modernes et les pousse à justifier par divers biais une autorité ressentie comme une entorse à l’égalité. Avec Napoléon s’est produite « l’apparition d’un maître absolu », le « plus haut bonheur auquel ce siècle ait pu atteindre », conclut Nietzsche, dans un élan qui ne laisse pas de donner à penser . Malgré les résistances du rationalisme, la marque de la fiction est nette dans le portrait fragmentaire que Nietzsche dresse de la grande figure historique au fil des livres. Il n’a cependant jamais fait de Napoléon un absolu, au mieux une très lointaine approximation du surhomme, que le Zarathoustra renvoie à un avenir inassignable. « Mais quant à être l’homme d’une exaltation unique, l’incarnation d’un état d’âme sublime — ce ne fut jusqu’à maintenant qu’un rêve, qu’une exaltante possibilité : l’histoire ne nous en donne point d’exemple certain. »  Napoléon est d’abord le signe indiquant que ce rêve, cette fiction, a effleuré furtivement la réalité avant de s’imprimer dans les esprits demeurés idéalistes comme une éventuelle direction à suivre. En tant que fiction, symbole, fantasme ou symptôme, la figure de Napoléon est dans l’oeuvre de Nietzsche un signe surdéterminé : elle rassemble, superpose et concentre en elle un réseau complexe de motifs et d’enjeux. Deleuze souligne que Nietzsche envisage la nature et l’histoire comme le lieu d’un conflit entre des forces qui s’affrontent pour conférer aux choses leur sens et leur valeur. On peut ajouter que ce champ de bataille est un théâtre où chaque force est incarnée par des personnages concrets. Sur cette scène, Napoléon est une figure centrale parce qu’il représente la puissance positive, l’antidote au « déclin », à « l’épuisement », à « l’affaiblissement des instincts » qu’il observe « chez nous, les hommes “modernes”, les Européens ». Dans un paragraphe du Gai Savoir, la figure de Napoléon est le point stratégique où viennent s’entrelacer quelques motifs essentiels de la pensée nietzschéenne. Il s’intitule Notre croyance à une virilisation de l’Europe . Nietzsche commence par dissocier Napoléon de la Révolution française. Plus qu’une distinction, il dessine une opposition. La Révolution incarne le sentimentalisme douceâtre de la fraternité, Napoléon la grandeur héroïque de la guerre. Si la Révolution inaugure le règne du bourgeois, Napoléon le renverse. « Ce sera donc à lui qu’un jour on reconnaîtra le mérite d’avoir restitué à l’homme en Europe la supériorité sur l’homme d’affaires et le philistin », qui ont besoin de la paix pour exercer leur négoce. Cette vigoureuse affirmation virile est dirigée contre les « idées modernes » en général, contre le christianisme, accusé de leur avoir donné naissance et d’en avoir assuré la propagation, contre tout ce qui, aux yeux de Nietzsche, est entaché d’une complaisante mollesse féminine . « Le mouvement démocratique est l’héritier du mouvement chrétien. »  L’accusation sera réitérée. « Le poison de la doctrine des “droits égaux pour tous”, — c’est le christianisme qui l’a répandu le plus systématiquement. »  Nietzsche reproche à l’égalitarisme démocratique, fondé sur « le dogme de l’“égalité des hommes” »  d’entraîner « un affaiblissement et une suppression de l’individu » . Il réduit l’homme au statut d’« animal grégaire » . Contre « la civilisation avec ses idées modernes » Nietzsche dresse Napoléon, qui « s’est affirmé par cette hostilité comme l’un des plus grands continuateurs de la Renaissance; c’est lui qui a ramené au jour tout un morceau de nature antique ». La Renaissance sera définie plus tard comme « l’inversion des valeurs chrétiennes; une tentative […] pour faire triompher les valeurs contraires, les valeurs aristocratiques. »  Contrairement à ce que pourrait laisser croire une lecture trop hâtive, Nietzsche exclut le « retour à la nature » romantique, qui supposerait « une marche en arrière »; il envisage à l’inverse « une montée vers la haute, la libre, la terrible nature, vers le terrible naturel, qui accomplit, comme en s’en jouant, d’immenses tâches, et qui a le droit de s’en jouer… Pour prendre un symbole :Napoléon » . Le philosophe confie après coup au chef militaire la direction de la guerre contre tout ce qu’il déteste dans l’Europe moderne. « Je suis belliqueux de nature, avoue Nietzsche. L’agression fait partie de mes instincts. »  Le lecteur s’en aperçoit : il a affaire à un polémiste auquel il arrive de s’abandonner à une violence extrême. Dans son oeuvre abondent les pages dirigées contre des opinions et des valeurs si communément reçues qu’elles en sont devenues quasi obligatoires. Insensible au scandale que ne peuvent manquer de susciter ses attaques contre les bien-pensants, Nietzsche use de la provocation, voire de l’inconvenance pour flétrir les idées modernes au regard d’un idéal d’affirmation de soi puisé surtout aux sources antiques. Sans se garder de l’outrance ni de la caricature, il glorifie Napoléon, de plus en plus souvent mentionné dans les derniers écrits, comme figure du grand combat, provisoirement différé mais toujours à venir, contre la dénaturation de l’homme occidental, victime de ses illusions religieuses, philosophiques et politiques.

Méchant

Napoléon en enfer -Antoine Wiertz

Il arrive que la silhouette martiale de Napoléon se profile à l’arrière-plan même s’il n’est pas nommé, ainsi dans une page sur les « institutions libérales ». Contre le « nivellement » et l’« abêtissement grégaire » qu’elles entraînent, Nietzsche avance que « la guerre est une école de liberté » parce que, dans ces circonstances terribles, on est « prêt à sacrifier des hommes à sa cause, sans s’en excepter soi-même » et que « les instincts virils, les instincts belliqueux et victorieux, ont le pas sur les autres instincts, par exemple, celui du “bonheur”. » Le danger surmonté et la destruction sont les conditions nécessaires au dépassement des limites. Alors peut se lever librement la puissance d’affirmation de l’individu souverain. La charge qui suit oppose implicitement la figure de Napoléon à ses adversaires fictifs. « L’homme affranchi, et à plus forte raison, l’esprit affranchi, foule aux pieds l’espèce de bien-être dont rêvent les boutiquiers, les chrétiens, les ruminants, les femmes, les Anglais et autres démocrates.L’homme libre est un guerrier. »  Sans s’arrêter à la provocation, on comprendra cet amalgame caustique dans la perspective de la dramatisation nietzschéenne : ce ne sont pas des individus réels qui sont rassemblés sur la scène mais les masques derrière lesquels se dissimulent les facteurs délétères à l’oeuvre dans le déclin de la civilisation européenne. La misogynie chronique de Nietzsche ne lui interdit pas de rendre hommage à telle femme admirable : lorsqu’il évoque « les femmes les plus puissantes, celles qui ont exercé la plus forte influence », le premier exemple qui lui vient à l’esprit est… « la mère de Napoléon » . Toutefois, il vise d’ordinaire à travers les femmes ce qu’elles symbolisent à ses yeux sans en détenir l’exclusivité : « le sentiment » , la compassion, cet « état d’attendrissement sentimental » auquel il oppose la « virilité » , cet « instinct de dévouement et de sollicitude envers les autres » , pernicieuse « sensiblerie »  qui, au lieu de délivrer autrui de ses faiblesses, l’y abandonne sans recours. Nietzsche ne cesse ainsi de reprocher à ses contemporains leur « manque de virilité » . Une formule résume ce qu’il condamne dans la culture moderne : « le féminisme européen », à savoir la généralisation d’un sentimentalisme inhérent à la nature féminine et dont il aurait souhaité que les hommes ne l’imitassent point. On comprend dès lors qu’il approuve Napoléon lorsque ce dernier exige de la femme qu’elle renonce à s’exprimer sur les matières politiques et qu’il cite Mme de Rémusat rapportant dans ses Mémoires comment Napoléon justifiait ses infidélités devant son épouse : « Je suis à part de tout le monde » . Nietzsche ne pouvait manquer d’être enchanté par cette parole dénotant l’affirmation virile contre le sentiment féminin et la supériorité de celui qui se place spontanément au-dessus de la morale ordinaire, « par-delà bien et mal ». Napoléon paraît ainsi sur le grand théâtre nietzschéen comme le type viril suprême, aux antipodes du dangereux modèle féminin qui s’est imposé en Europe au point que l’« on répugne à présent à la douleur », que l’époque moderne est paralysée par son « hypersensibilité », que « l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême ». À quel avenir une société qui subordonnerait ses pensées et ses actes à la recherche exclusive du bien-être serait-elle promise ? « Nos “bienfaiteurs”, répond Nietzsche, plus que nos ennemis sont les rapetisseurs de notre valeur et de notre volonté. » La « religion de la pitié » chrétienne s’achève dans « la religion du confort », qui est désormais celle d’une Europe amoindrie. « Car bonheur et malheur sont deux frères jumeaux qui ou bien grandissent ensemble ou bien, comme c’est le cas chez vous, — demeurent petits ensemble ! »  Nietzsche en appelle
donc à une dureté supérieure et créatrice comme antidote à l’« amollissement douillet »  car prétendre éliminer le risque et la souffrance sans perdre l’essentiel est une illusion funeste. « Examinez la vie des hommes et des peuples les meilleurs et les plus féconds, et voyez si un arbre qui doit croître vers le haut peut être dispensé des intempéries, des tempêtes » . Une société se condamne à la médiocrité en évitant à l’homme ce qui le force à grandir par le combat et en feignant d’ignorer que la vie jaillit dans sa plénitude quand on sacrifie sans pitié ce qui fait obstacle à son épanouissement. « Vivre — cela veut dire : être cruel et inexorable pour tout ce qui en nous n’est que faible et vieilli, et pas seulement en nous. » Zarathoustra n’envisage pas de sollicitude qui ne soit subordonnée à des buts plus élevés. « Malheur à tous ceux qui aiment et au-dessus de leur compassion encore n’ont une cime ! ». La pensée de Nietzsche n’a pas varié sur ce point : « les grands moments de la lutte des individus forment […] une ligne de crête de l’humanité » . De ce fait, l’existence de Napoléon était une nécessité : « les hommes héroïques » sont « les forces primordiales de la conservation et du développement de l’espèce, ne serait-ce que par le fait qu’ils résistent au confort et que pour cette sorte de bonheur ils ne dissimulent point leur dégoût. » L’existence de Napoléon relève aussi du miracle car il lui a fallu une force exceptionnelle pour ne pas se laisser étouffer par « nos concepts débiles, efféminés et sociaux du bien et du mal », qui ont pour effet de « briser les individus autonomes, indépendants et sans préjugés, piliers d’une civilisation forte » . La civilisation n’a d’autre fin aux yeux de Nietzsche que de culminer en des sommets tels que Napoléon. On n’atteint pas les sommets sans affronter héroïquement la rigueur des circonstances ni braver les valeurs morales d’une société dont la fonction principale est de perpétuer la faiblesse en protégeant les faibles. La guerre est ce moment où les contraintes sociales se dissolvent et où se forgent les énergies nouvelles. C’est pourquoi « une humanité aussi supérieurement civilisée, et par suite aussi fatalement exténuée que celle des Européens d’aujourd’hui, a besoin, non seulement de guerres, mais des plus grandes et des plus terribles qui soient […] pour éviter de se voir frustrée par les moyens de la civilisation de sa civilisation et de son existence mêmes. »  La politique du faible conduit au dépérissement. Aussi Nietzsche attend-il « l’avènement d’une époque plus virile et plus belliqueuse qui saura avant tout remettre en honneur le courage ! Car elle préparera la voie d’une époque […] qui portera l’héroïsme dans le domaine de la connaissance et qui livrera des guerres pour l’amour de la pensée ». La restriction est capitale. Nietzsche est belliqueux, polémiste, il n’est pas belliciste. « Il n’y a pas de perte sans la compensation la plus élevée »  : la guerre est peut-être un mal nécessaire pour secouer de leur torpeur les peuples modernes mais les plus hauts combats sont ceux qui se livrent dans le champ de l’esprit. « Presque tout ce que nous nommons “civilisation supérieure” repose sur la spiritualisation et l’approfondissement de la cruauté » . Il n’y a pas un mot dans l’oeuvre de Nietzsche sur Napoléon, homme de guerre alors qu’il est donné en exemple par un passage sur la maîtrise de soi : il est le type de celui qui est capable de « tyranniser l’instinct ». Si Nietzsche glorifie l’instinct en général comme puissance de jaillissement spontanée et originaire, il n’ignore pas le péril que constituerait la libération sans ligue bonapartiste-2discernement de tous les instincts. Peut-être a-t-il admiré en Napoléon « la force qu’un génie applique non à des oeuvres mais à soi-même en tant qu’oeuvre, c’est-à-dire à son propre domptage » . La seule grande guerre qui vaille est intérieure. La guerre extérieure n’est au mieux qu’une occasion de livrer combat contre soi-même, l’exercice du pouvoir celle de se tyranniser soi-même avant les autres. Il reste que la méchanceté est nécessaire. Le fort ose faire mal, risque le mal dans l’intérêt de ce qui est destiné à croître. Il n’est pas de grande éducation sans brutalité, n’en déplaise aux petites morales. La vie et l’histoire n’enseignent rien d’autre, qui n’épargnent pas les souffrances : « le devenir n’est pas un phénomène moral mais un phénomène artistique »  et l’on ne saurait méconnaître sans aveuglement « l’effrayante impulsion destructrice de ce qu’on appelle l’histoire universelle ». Le monde est l’oeuvre d’un enfant qui joue, selon l’image que Nietzsche emprunte à Héraclite et qu’il commente en ces termes : « le jeu de l’artiste et de l’enfant connaît un devenir et une mort, bâtit et détruit, sans aucune imputation morale, au sein d’une innocence éternellement intacte. »  Ainsi, ce qui oeuvre en l’individu supérieur sourd directement de la nature et de la vie mêmes : « l’homme d’action est toujours […] dénué de scrupules », il « ne connaît qu’un droit, le droit de ce qui doit maintenant naître ». Dans le même esprit, il est aisé de transposer à Napoléon le propos sur l’OEdipe de Sophocle. « L’homme noble ne pèche pas […] : toute loi, tout ordre naturel, le monde moral lui-même, peuvent bien sombrer par ses actes, ce sont justement eux qui tracent le cercle magique de cette action supérieure, capable d’édifier un nouveau monde sur les ruines et les décombres de l’ancien. »  La morale ordinaire condamne de tels gestes grandioses de destruction comme action mauvaise parce qu’elle est inapte à y reconnaître l’innocence esthétique de la vie qui par là passe outre, plus loin, plus haut, et se surmonte, quel qu’en soit le prix. Toute croissance exige un combat contre l’adversité et justifie la méchanceté. « L’être le plus riche en abondance vitale » peut se permettre « de commettre même une action terrible et de se livrer à tout le luxe de destruction, de décomposition, de négation […] en vertu d’un excédent de forces génératrices et fécondantes ». Deleuze évoque dans cet esprit « la méchanceté divine sans laquelle on ne saurait imaginer de perfection ». La pensée de Nietzsche apparaît d’emblée prédisposée à glorifier en Napoléon un exemplaire supérieur de méchant. Le silence est complet sur les meurtrières campagnes napoléoniennes mais les premières oeuvres en donnent une justification implicite en tant que facteur d’élévation. Les fruits qu’elles portent pour l’avenir, leur invisible fécondité se mesure à ce qu’elles ont suscité d’effroi et de destruction, à leur épouvantable brutalité, à leur atrocité, à leur cruauté. « Ce que l’humanité peut s’octroyer en partage de meilleur et de plus haut, il faut qu’elle l’arrache par un sacrilège » ou par « quelque monstrueuse transgression de la nature » . Plus tard, Nietzsche fait observer que « le tyran ou César conçoit le droit de l’individu aussi dans ses transgressions » . La violation délibérée d’un code moral et social, dont la fin est de protéger les faibles, par l’individu supérieur en qui la vie se manifeste dans toute sa puissance, est une voie ouverte pour l’avènement d’une collectivité plus vigoureuse à tous égards et que viendront couronner de nouveaux grands hommes. C’est pourquoi « les esprits les plus méchants sont de ceux qui jusqu’à maintenant ont le plus contribué au progrès de l’humanité »  parce qu’ils n’ont pas hésité à bousculer les normes établies, à enfreindre les règles qui limitent la libre expansion de la vie dans ses manifestations les plus hautes. Les hommes ont besoin de malfaiteurs et non d’aveugles et dangereux bienfaiteurs qui travaillent en toute inconscience à la perte de leur couvée. Ainsi s’explique la proximité de l’homme supérieur et du criminel. « C’est la société, notre société policée, médiocre, castrée, qui fatalement fait dégénérer en criminel un homme proche de la nature » mais « il est des cas où un tel homme se révèle plus fort que la société. Le Corse Napoléon en est l’exemple le plus fameux ». Par sa victoire sur les contraintes sociales qui auraient pu l’étouffer, le criminel potentiel est devenu un grand homme mais il n’en continue pas moins d’appartenir à un « type dont le criminel est l’expression la plus parfaite » (CRID 90), le type du méchant qui commet le mal pour le plus grand bien de la collectivité.

Nomade

Une conséquence indirecte et lointaine des guerres napoléoniennes, au-delà du « mouvement national » qu’elles ont suscité sur le moment, est selon Nietzsche l’apparition et le renforcement d’un sentiment européen . Il cite Napoléon au premier rang des « hommes vastes et profonds » que n’a pas atteint « la folie nationaliste », en qui au contraire s’est éveillé « le désir d’unité de l’Europe », qui « voulurent incarner, par anticipation, l’Européen de l’avenir » . Le philosophe appelle de ses voeux une humanité qui se sente « au-dessus des civilisations nationales, originales et fermées ». Avec le discrédit qui frappe l’idée d’un Dieu maître du monde et de l’histoire, « c’est aux hommes eux-mêmes à se fixer des buts oecuméniques englobant toute la terre. » Napoléon a incarné un tel  dessein, « lui qui voulait une seule Europe, […] en tant que maîtresse de la terre. »Nietzsche tient l’élargissement du champ individuel et national aux dimensions de l’Europe pour inéluctable et y voit la promesse d’une ère radicalement nouvelle. « Un haut niveau d’humanité sera possible quand l’Europe des nations sera un sombre passé oublié ». Le nationalisme est une attitude périmée. La fin du XIXe siècle, caractérisée par la diversification et la multiplication des échanges, laisse entrevoir « un affaiblissement fatal des nations » et l’avènement d’« une race mêlée, celle de l’homme européen ». Dans ces conditions, « il ne reste plus qu’à  se proclamer sans crainte bon Européen et à travailler par ses actes à la fusion des nations ». En tant que promoteur de ce mouvement historique de première grandeur, Napoléon apparaît une fois de plus comme une figure centrale dans la pensée de Nietzsche; davantage encore : il cristallise un imaginaire de l’explorateur et du conquérant nomade qui anime en profondeur toute l’oeuvre du philosophe-poète. Nietzsche voit surgir avec une certaine bienveillance dans l’Europe moderne « un type d’humanité essentiellement supranationale et nomade »  et il dédie Le Gai Savoir aux « Européens d’aujourd’hui […] qui ont le droit de se nommer sans patrie en un sens qui les distingue et qui les honore ». En cette page se devine la présence invisible de Napoléon : « nous nous réjouissons de tous ceux qui, pareils à nous, aiment le danger, la guerre, l’aventure, […] nous nous comptons nous-mêmes parmi les conquérants ».  Annulant d’avance les falsifications de sa pensée et les ignobles défigurations à venir, Nietzsche dénonce le danger d’un « nationalisme artificiel » qui refuse d’entériner les acquis irréversibles de l’histoire et fait obstacle à  la naissance d’une Europe nouvelle en interdisant qu’y prennent leur part toutes les forces vives qui la constituent. Aussi s’en prend-il à « cette odieuse littérature qui entend mener les Juifs à l’abattoir, en boucs émissaires de tout ce qui peut aller mal dans les affaires publiques et intérieures ». Il conviendrait au contraire de faire fi des préjugés et d’accueillir « leur énergie et leur intelligence supérieures, ce capital d’esprit et de volonté longuement accumulé de génération en génération à l’école du malheur », qui serait un élément essentiel dans la « production d’une race européenne mêlée et aussi forte que possible » . Cet éloge vibrant des Juifs peut surprendre, quand on sait les mots très durs qui viennent par ailleurs à Nietzsche pour flétrir le judaïsme. Sur la scène de sa pensée, tout semble opposer Napoléon aux Juifs. On peut cependant se demander si l’imaginaire du poète ne les tient pas dans une étonnante proximité. En tant que figures de l’errance et du nomadisme, du « sans-patrie », ils sont l’antidote au nationalisme, les instruments d’un grand métissage européen, dont les sources remonteraient à une antiquité grecque étrangère à l’idée de nation : « revenons aux Grecs, pour nous dire combien le moderne concept de nationalité est ridicule ». Nietzsche souligne que la culture juive a prolongé en Occident la culture antique, « ce qui équivaut en un certain sens à faire de la mission et de l’histoire de l’Europe la continuation de celles de la Grèce. » De son côté, « Napoléon, en tant que type parfaitement et totalement voulu et réalisé d’un unique instinct, appartient à l’humanité antique » . Ici et là, on a affaire à des médiateurs qui, rattachant l’Europe moderne à ses origines historiques, sont aptes à lui restituer l’intégrité de son énergie première. « J’aime à considérer les hommes rares d’une époque comme autant de rejetons tardifs de civilisations révolues, issus de leurs forces et qui surgissent brusquement ». Cette remarque, qui s’applique si évidemment à Napoléon comme irruption miraculeuse de l’antiquité dans la modernité, concerne aussi les Juifs, auxquels Nietzsche en appelle pour régénérer de leurs forces accumulées les peuples d’une Europe exténuée . L’imagination de Nietzsche est fascinée par « la vie nomade propre actuellement à tous ceux qui ne possèdent pas de terres » . Le juif errant est le modèle du philosophe : « à l’opposé des intelligences asservies et enracinées, nous voyons quasiment notre idéal dans un nomadisme intellectuel ». Dans une envolée aussi magnifique qu’irréaliste, Nietzsche convie les ouvriers européens à s’affranchir de la servitude à laquelle les voue le mercantilisme moderne en allant chercher la liberté ailleurs, « dans des régions du monde sauvages et intactes » et à « protester par cet acte de nomadisme de grand style contre la machine, le capital ». Un chapitre du Zarathoustra s’intitule « Le voyageur ». Le héros, dans lequel on reconnaît aisément l’auteur, a connu « mainte pérégrination depuis sa jeunesse […]. Je suis, dit-il à son coeur, un homme qui voyage et qui gravit des montagnes » . Nietzsche a mené une vie errante, multipliant les lieux de résidence où il passe de quelques jours à plusieurs mois, en Suisse, en Italie, dans le sud de la France. Il se plaît à opposer les contrées méridionales à la septentrionale Allemagne rejetée parce qu’elle incarne à ses yeux « l’infection nationaliste » ,le « chauvinisme », bref la « petite politique » résumée dans le Deutschland überalles, de sinistre mémoire, qu’il tourne en dérision  comme toute politique de clocher. Il ne serait pas étonnant que l’origine corse de Napoléon ait joué un rôle dans le mythe que Nietzsche s’est construit de l’homme supérieur plongeant ses racines dans l’antiquité gréco-romaine et la Renaissance italienne, deux manifestations éblouissantes de la culture méditerranéenne. « Paris, la Provence, Florence, Jérusalem, Athènes, tous ces noms prouvent la même chose : le génie dépend d’un air sec, d’un ciel pur » . Que l’un des derniers textes de Nietzsche mentionne Jérusalem comme antidote au climat malsain de l’Allemagne, parmi les lieux propres au génie, entre la capitale de Napoléon, la ville symbole de l’antiquité grecque et celle de la Renaissance italienne, voilà qui mérite d’être longuement médité. De tous les Juifs, le Christ fut le plus errant, qui dit de lui-même : « le Fils de l’Homme, lui, n’a pas où reposer la tête ». Que l’on songe aux superbes images de Pasolini : L’Évangile selon saint Matthieu montre un Christ en marche inlassable dans le désert, un Christ sans feu ni lieu, grand transgresseur de préceptes pharisiens, qui n’est « pas venu apporter la paix, mais le glaive » et dont la geste et la prédication prennent quelques libertés avec la morale bien-pensante : payer l’ouvrier de la onzième heure autant que celui de la première, arracher des épis dans le champ d’autrui un jour de sabbat, chasser du temple, avec une brutalité non tempérée, « les vendeurs et les acheteurs », traités de « brigands ». Oui, les Juifs ont conduit l’humanité jusqu’à l’un de ses points culminants. C’est « un peuple […] auquel nous devons l’homme le plus noble (le Christ) ». Il ne semble pas que ce jugement qui érige le Christ, au même titre que Napoléon, en type aristocratique, ait jamais été désavoué par Nietzsche. Dans la religion de l’Europe, avec laquelle il est si sévère, il attaque moins ce qu’elle est que ce qu’elle est devenue : « le christianisme a évolué vers un doux moralisme ». Excepté dans sa version sentimentale moderne, il n’y pas lieu de penser qu’il fasse exception à cette loi : « toutes les religions sont au plus profond d’elles-mêmes des systèmes de cruautés » . En tant que « discipline doublement millénaire de l’esprit de vérité », le christianisme a joué un rôle historique capital : « c’est bien en vertu de pareille rigueur […] que nous sommes en effet de bons Européens, les héritiers de la domination de soi la plus durable et la plus courageuse dont l’Europe ait fait preuve. » Napoléon, le bon Européen, serait l’héritier du Christ : le philosophe de la mort de Dieu reconnaît ce qu’il doit à la source judaïque. Nietzsche n’a eu d’autre dessein que « d’exercer une influence inactuelle, c’est-à-dire d’agir contre le temps, donc sur le temps, et, espérons-le, au bénéfice d’un temps à venir. »  Le « sans-patrie » répond à l’appel de ce qui le devance; il ne s’abandonne pas au « romantisme du retour en arrière et de la désertion » . Le hors-la-loi est cependant un hors-le-temps-présent. « Nous autres enfants de

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l’avenir, comment pourrions-nous être chez nous dans pareil aujourd’hui ! ». Le nomade est partout et nulle part, toujours et jamais, il est sans lieu et sans époque. Il appartient au champ inassignable de la fiction : « nous préférons de beaucoup vivre sur les montagnes, à l’écart, “inactuels”, dans des siècles passés ou à venir » . Tel est Napoléon, enraciné à la fois dans un passé et un avenir inassignables : « avec une magnificence jusqu’alors inconnue, l’idéal antique lui-même se présenta en chair et en os au regard et à la conscience de l’humanité » . L’exemple de Napoléon illustre une loi générale. « Les grand hommes sont, comme les grandes époques, des explosifs où s’accumule une énorme force retenue. » . Ils concentrent en eux l’énergie accumulée d’un long passé mais ils proviennent aussi de l’avenir. « Le siècle prochain marchera sur les brisées de Napoléon, le premier en date et le plus moderne des hommes des temps nouveaux ». Le héros nomade est le frère jumeau du penseur : « le philosophe, qui est nécessairement l’homme de demain et d’après-demain, s’est trouvé et devait se trouver à n’importe quelle époque en contradiction avec le présent. » Sa tâche est de « connaître une nouvelle grandeur de l’homme », de « découvrir un chemin non frayé vers son accroissement ». En conséquence, ses qualités seront celles-là mêmes du grand chef militaire ou religieux, explorateur et conquérant : « l’énergie de la volonté, la dureté, l’aptitude à former des résolutions à longue échéance » ou encore le « goût des grandes responsabilités, […] la majesté du regard dominateur, […] l’art de commander » . Le goût du combat et de la conquête culminent dans le champ de la connaissance. En vilipendant ce qui n’est qu’« humain, trop humain » et en dépit de sa dénégation — « je suis l’opposé d’une nature héroïque »  —, Nietzsche a voulu fixer « ce qu’il y a de dur, d’effrayant, de cruel, de problématique dans l’existence », maintenir cet « irrésistible courage du regard le plus aigu qui requiert le terrible comme l’ennemi, le digne ennemi contre qui éprouver sa force. »  Demeure ce qui fut peut-être son unique question : « la grandeur est-elle aujourd’hui possible ? » Son imaginaire tragique et héroïque a projeté la grandeur en « Napoléon, cette synthèse de l’inhumain et du surhumain » , il l’a constitué en type de l’individu supérieur, fiction surgie dans l’histoire pour illustrer cette loi : dans certaines conditions de grandeur, ce qui paraît blesser l’homme, l’amputer, le nier, est ce qui augmente son être et lui permet de se surmonter. Paul Valéry, ce sceptique notoire, est visité par une semblable intuition : « tout ce qui agrandit l’homme est inhumain ou surhumain ». S’il advenait que l’Europe se fît sourde à cette parole, se trouverait-il encore quelqu’un pour lui accorder le moindre rêve ?

Bibliographie :
1. Ernst Bertram, Nietzsche : Essai de mythologie, trad. R. Pitrou (1932), Éd. du Félin, 1990. Les analyses de Bertram, malgré leur richesse et leur grand intérêt, doivent être doublement nuancées : elles ne tiennent pas compte de tous les textes de Nietzsche sur Napoléon, tant s’en faut; elles s’inscrivent explicitement dans une perspective que Nietzsche eût qualifiée d’« idéaliste », celle de Goethe, à l’égard de laquelle le philosophe prend nettement ses distances  dès Humain, trop humain, même si le terme d’« idéal » revient encore très tardivement sous sa plume. Cette question complexe nécessiterait à elle seule un long développement, exclu ici. Nous y reviendrons brièvement dans ce qui suit.
2. Jean Tulard, Le mythe de Napoléon, Armand Colin, 1971. Les développements concernant Nietzsche reprennent les éléments fournis par le chapitre de Bertram sur Napoléon.
3. Paul Valéry, Discours en l’honneur de Goethe, OEuvres, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade,1957, t. I, p. 549.
4. Pascal, Pensées, éd. Brunschvicg, n° 82, Hachette, 1976, p. 363.
5. Les références aux livres publiés par Nietzsche de son vivant sont données dans la traduction des oeuvres complètes parue chez Gallimard et reprise dans la collection « Folio essais ». Les références aux écrits posthumes sont données dans le recueil en deux volumes de La volonté de puissance, trad. G. Bianquis, Gallimard, coll. Tel, 1995.
6.La naissance de la tragédie : NT
7. La philosophie à l’époque tragique des Grecs : PÉTG
8. Considérations inactuelles : COIN
9. Humain, trop humain : HTH
10. Aurore : AU
11. Le gai savoir : GS
12. Ainsi parlait Zarathoustra : APZ
13. Par-delà bien et mal : PBM
14. La généalogie de la morale : GM
15. Crépuscule des Idoles : CRID
16.L’Antéchrist : AC
17. Ecce homo : EH
18.La volonté de puissance : VP.
19. La constitution de Napoléon, personnage historique, en mythe ou en fiction est d’ailleurs déjà très ambiguë chez certains romantiques, comme le suggère par exemple à propos de Pouchkine Jean-Louis Backès (Pouchkine, Hachette, 1996, p. 59-62).
20. Voir sur ce point, par exemple, les remarques d’Ernst Bertram, Nietzsche, op. cit., p. 267-8.
21. Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie, PUF, 1962, p. 4-5.
NIETZSCHE ET NAPOLEON : LA FICTION DANS L’HISTOIRE 13
22. Allusion au fragment d’Héraclite : « Si le bonheur résidait dans les plaisirs corporels, on dirait que les boeufs sont heureux lorsqu’ils trouvent du pois chiche à manger. » (Jean-Paul Dumont [ed.], Les écoles présocratiques, Gallimard, coll. « Folio essais », 1991, p. 67).
23. Il faudrait nuancer. « Il n’y a pas de misogynie nietzschéenne », écrit Gilles Deleuze, qui
oppose Ariane, « la première puissance féminine, l’Anima, la fiancée inséparable de l’affirmation dionysiaque » à « la puissance féminine infernale, négative et moralisante » (Nietzsche et laphilosophie, op. cit., p. 24).
24. Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie, op. cit., p. 3.
25. Matthieu VIII, 20; XV, 1; X, 34; XX, 1-16; XII, 1; XI, 15-17 (trad. de la Bible de Jérusalem).
26. Ce passage du Gai Savoir est cité dans La généalogie de la morale (GM 193) : c’est dire toute l’importance que Nietzsche accorde { la fonction éducative du christianisme.
27. Paul Valéry, Cahiers, éd. Judith Robinson, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, t. II, 1974, p. 1125. Cette pensée paraît sous une forme un peu différente dans « Fragments des mémoires d’un poème » : « Je ne savais pourquoi on loue un auteur d’être humain, quand tout ce qui relève l’homme est inhumain ou surhumain » (OEuvres, t. I, op. cit., p. 1485).

Waterloo 2015 – La Commémoration!

ACMNPhoto de Dominique Timmermans : Aucune couronne officielle française, nous avons donc déposé la nôtre….

Association pour la conservation des monuments Napoléoniens

                                                                                                  ACMN

Documentaires : Les reportages de l’émission Retour aux sources

  1. Revoir la reconstitution du Bicentenaire de la bataille de Waterloo

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Les bibliographies thématiques de la Fondation Napoléon

BnF – FONDATION NAPOLÉON : BIBLIOGRAPHIES NUMÉRIQUES NAPOLÉONIENNES

http://www.napoleon.org/fr/napoleonica/bibliotheque/index.asp

Je tiens à partager le travail de qualité de la Fondation Napoléon en partenariat avec la Bibliothèque Nationale de France! Il serait utile que les ouvrages soient répertoriés régulièrement par thématique pour les passionnés. En effet, il est plus aisé de choisir le document et de le télécharger que de le consulter en ligne… Les bibliographies thématiques sont un creuset d’ingrédients pertinents pour l’alchimiste Napoléonien! Merci à la Fondation Napoléon. Jacques JANSSENS

napoleon-bonaparte-esquisse-livre

© Fondation Napoléon Dans la cadre du partenariat entre la Bibliothèque nationale de France et la Fondation Napoléon, retrouvez nos bibliographies napoléoniennes thématiques réalisées à partir du fonds Gallica : l’alliance de la puissance de numérisation de la BnF, et de l’expertise historique de la Fondation Napoléon.

Napoléon à l’île d’Elbe

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Livres sur Napoléon Le Grand au format epub

Livres sur Napoléon Le Grand au format epub Les livres au format epub se trouvent sur : http://napoleonbonaparte.be/NBBepub/

Si vous disposez d’ouvrages pdf ou epub que vous souhaitez partager et qui relèvent du domaine public, n’hésitez-pas à me contacter.

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Napoléon à Anvers en 1803 et 1810

P130 – 137

BONAPARTE quitta la ville de Gand le 29 messidor, et arriva le même jour à Anvers à cinq heures précises du soir, à la tête de Flandres. Il passa l‘Escaut dans une chaloupe ornée de drapeaux et de banderoles, au bruit de l’artillerie des forts et des vaisseaux, à l’aide de huit excellents rameurs en costume. La traversée du fleuve ne dura que deux minutes, et il fut reçu au Bierhoofd par le préfet et les autorités civiles et militaires du département.

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Les objets liés à Napoléon vont devenir de plus en plus rares

argent.boursier.com/passion/interviews/les-objets-lies-a-napoleon-vont-devenir-de-plus-en-plus-rares-635.html
Collections Interview 1

Laurent Jacob, collectionneur

Vous collectionnez les objets liés à Napoléon. Comment est née cette idée de collection ?

J’ai acheté ma première pièce vers 13 ou 14 ans. Il s’agissait de l’avis de recherche des conjurés de l’attentat de la rue Saint Nicaise. Toutefois, je n’ai décidé de me lancer dans une collection qu’après avoir reçu un sabre en cadeau il y a 6 ou 7 ans.

Quel est aujourd’hui le volume de cette collection ?

Cela est très difficile à estimer car des armes aux autographes de personnages célèbres, le champ est très vaste. Je détiens probablement plus d’un millier de pièces mais certaines ont surtout une valeur sentimentale. Concernant les pièces d’importance, j’en dénombrerais plutôt une cinquantaine. Je détiens par exemple une partie des mémoires de Napoléon à Saint-Hélène.

Existe-t-il une forte concurrence sur ce thème napoléonien ?

Outre certains passionnés que j’ai l’occasion de croiser dans les ventes aux enchères, on voit arriver depuis quelques années de nouveaux acheteurs américains, russes et même chinois. Il ne faut pas oublier que Napoléon est l’un des Français et l’un des hommes en général les plus connus au monde.

Cela se ressent-il sur les prix ?

On peut effectivement atteindre dans certains cas des niveaux astronomiques. L’hiver dernier, un ordre de Napoléon destiné à faire sauter le Kremlin a donné lieu à une bataille d’enchères et a été vendu 6 à 7 fois les estimations. Autre exemple, un bonnet à poils de grenadier estimé à 15.000 euros a été vendu il y a un mois pour 78.000 euros. Les pièces exceptionnelles peuvent même se chiffrer en millions d’euros. Il y a quelques années, le sabre de Bonaparte à Marengo est monté jusqu’à 4,8 millions d’euros.

Globalement les collections ont donc pris de la valeur dans le temps…

Elles se sont effectivement appréciées. A titre personnel, j’ai réalisé quelques transactions bien meilleures que celles que j’aurais pu faire sur les marchés financiers. Mais comme en Bourse, il faut être sélectif. La période a aussi une influence importante : Saint-Hélène ou encore la campagne d’Egypte sont particulièrement bien valorisées. Un collectionneur doit aussi garder à l’esprit que ces objets ne bénéficient pas d’un marché liquide. J’ai en mémoire l’exemple d’un sabre de maréchal d’empire qui n’a trouvé preneur qu’à sa troisième vente.

A cet égard, quels conseils donneriez-vous aux personnes tentées par une collection ?

Si l’on vise des objets peu liquides, mieux vaut s’assurer à l’avance de ne pas avoir besoin à court terme de l’argent qu’on investit. Une collection réclame aussi qu’on lui consacre du temps. Pour savoir ce que l’on achète et dénicher les bonnes affaires, il faut sans cesse se documenter, s’informer, et se rapprocher d’experts. Comme en Bourse, il faut savoir se montrer sélectif. Ma collection Napoléon me prend en tout cas plusieurs heures par semaine.

Je dirai enfin qu’il faut savoir garder la tête froide car contrairement à un investissement financier, la collection comporte une forte dimension affective, voire passionnelle. J’achète ce que j’aime mais je n’achète pas ce que j’aime à tout prix.

On a coutume de dire qu’en matière de placements financiers, il ne faut pas mettre plus de 10% sur une ligne. Quelles est selon vous la limite pour une collection ?

Effectivement, il paraît sage de ne pas aller au-delà d’un certain pourcentage de son patrimoine, peut-être 5%. Ma collection ne doit pas représenter plus de 3% à 4% de mes actifs. Pour acheter de nouvelles pièces, j’en revends d’autres afin de limiter le poids global. De toute façon, une collection doit évoluer au gré du temps et des centres d’intérêt.

Diriez-vous aujourd’hui que Napoléon reste un placement intéressant ?

C’est un thème qui va faire l’actualité. On entre dans une période riche avec le bicentenaire de Waterloo en 2015 et celui de la mort de l’empereur en 2021. Le focus va nécessairement être mis sur cette période. Tout cela va sans aucun doute accroître l’intérêt des collectionneurs, peut-être même susciter des vocations. N’oublions pas non plus que nous parlons d’un univers fini. Contrairement à d’autres objets de collections qui bénéficient encore d’une production, les objets liés à Napoléon vont devenir de plus en plus rares.

Le grand Messager Boiteux de Strasbourg – De retour en France 1814

“…Le 27 septembre 1868, le couple Walewsky arrive à Strasbourg avec leur fille Elise…Leur premier plaisir est de se promener et de se procurer  “le grand messager boiteux“, un almanach qui parait en automne. Sur sa couverture, on peut voir un ancien invalide des guerres napoléoniennes qui avait obtenu le privilège de distribuer ce petit livre. Alexandre apprécie beaucoup cet ouvrage qui lui fournit un calendrier des fêtes, des prévisions météorologiques, des nouvelles, des contes, et pour son épouse, des recettes de cuisine… Ce même jour, Alexandre sera terrassé par une crise par une crise cardiaque à l’âge de 58 ans… http://napoleonbonaparte.be/2015/05/la-famille-polonaise-et-le-premier-aiglon/

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Le Grand Messager boiteux de Strasbourg

J’ai eu la chance de me procurer ce précieux almanach qui est introuvable sauf en livre d’occasion. Pouvoir consulter une revue d’époque qui fut lue par Alexandre Walewsky représente à mes yeux ce que pourrait ressentir un archéologue des vieux mots qui trouve un nouvel élément qui prolonge l’émotion d’une rencontre avec une personnalité du passé. Cette écriture d’antan me charme et me plonge dans ces années où la lecture était à son apogée ! Je souhaitais partager avec vous cette historiette parmi d’autres afin de vous permettre à votre tour d’engager ce voyage dans le temps, ce temps immortellement figé dans des mots. Bonne lecture! Jacques JANSSENS (Autre historiette : 1. La Commune des aliénés!)

French_retreat_in_1812_by_PryanishnikovLa retraite des Français en 1812 – Tableau d’Illarion Pryanishnikov

De retour en France 1814

Dans les premiers jours du mois de janvier 1814, trois officiers français, d’armes différentes, revenant de la Russie où ils avaient été en captivité depuis la lamentable expédition de 1812, arrivaient à Berlin par la poste de Koenigsberg. http://www.cosmovisions.com/cartes/VL/038a.htm

Là, livrés par les autorités russes à un agent du gouvernement français, ils en reçurent quelque argent pour pouvoir continuer leur route vers la France ; mais, harassés des fatigues d’un si long voyage, par un froid intense, ils résolurent de se donner quelques heures de repos dans la capitale de la Prusse. Ils se logèrent dans une auberge dont les prix étaient en rapport avec l’exiguïté de leurs bourses, et ne se permirent de visiter que les monuments ouverts gratuitement au public.

mini-Gardens of Charlottenburg, Berlin, plan of the grounds 1708

Le Parc de Charlottenbourg se trouvant dans ces conditions, ils s’y rendirent l’après-midi de leur arrivée et furent reçus par un concierge en livrée de cour qui leur remit une espèce d’ordre du jour, auquel il leur recommanda d’obéir strictement. L’un des officiers connaissait assez l’allemand pour en déchiffrer le contenu. Il y était défendu de cueillir des fleurs, des fruits ; d’effaroucher les poissons, les oiseaux, etc. ; il était surtout défendu, en cas de rencontre, d’accoster, de suivre un certain personnage dont l’imprimé donnait le signalement : on devait même, dans ce cas, chercher à l’éviter. Comme on le pense bien, nos trois français portaient des habits civils en harmonie avec leur fortune et personne, en les voyant, ne se seraient douté que c’était là trois officiers de ces vaillantes armées qui, peu de temps auparavant, , avaient conquis l’Europe entière.

En questionnant le concierge sur la qualité de ce personnage, il leur répondit qu’il ne le connaissait pas lui-même, que ses instructions, d’ailleurs, ne l’obligeaient pas à donner de plus longues explications au public.

charlottenbourgLes étrangers se promenaient déjà depuis quelques temps dans le parc, s’arrêtant chacun devant l’objet qui l’intéressait davantage, lorsqu’en tournant brusquement une allée, l’un d’eux, le capitaine d’artillerie Macogny, heurta si violemment un individu venant dans une direction opposée, qu’il fit rouler son chapeau par terre. Le capitaine allait se confondre en excuses avec cette politesse innée aux gens de sa nation, lorsqu’il reconnut en lui l’homme qu’on devait éviter. Il se contenta de ramasser et de lui rendre son chapeau avec un grand salut, puis il continua froidement son chemin.

En arrivant à l’endroit où avait eu lieu le choc, l’officier marchant le dernier trouva un petit portefeuille qu’il s’empressa de montrer à ses camarades.

– Bravo! s’écria l’un deux, il appartient sans doute au mystérieux inconnu et nous allons soulever le voile qui le couvre.
– Respectons, au contraire, son incognito, et rendons-lui sa propriété sans commettre d’indiscrétion, répondit l’officier d’artillerie.
– Mais pour pouvoir le faire, il faudrait connaître son nom et nous ne l’apprendrons qu’en ouvrant le portefeuille.
– Il fera les démarches nécessaires pour le retrouver, dès qu’il s’apercevra l’avoir perdu.
En discutant ainsi, les officiers s’étaient dirigés vers la sortie du parc, lorsqu’ils virent l’inconnu revenir en hâte sur ses pas et s’approcher d’eux.
– Messieurs, leur dit-il, si je ne me trompe, vous êtes des officiers français, revenus de captivité et rentrant en France. – Ils répondirent affirmativement.
– Me connaissez-vous? – Non, Monsieur?
– Le concierge vous aura cependant dit…
– Que nous ne devons vous accoster et nous avons obéi à la consigne. C’est vous, Monsieur, qui nous obligez à l’enfreindre.
– Qu’à cela ne tienne! J’en prends la responsabilité sur moi. Je viens de perdre, en me promenant, un objet qui est pour moi d’une grande valeur ; ne l’auriez-vous pas trouvé par hasard?
– Si vous voulez parler de ce portefeuille, et que vous en êtes le propriétaire, le voici, Monsieur, dit le capitaine Macogny, en le lui présentant.
– Oh! Merci, Monsieur ; est-il depuis longtemps entre vos mains?
– Quelques minutes à peine. Notre camarade l’a ramassé au tournant de cette allée.
– Et vous en connaissez, sans doute, le contenu? fit-il en jetant un regard inquisiteur sur les trois étrangers.
– Non, Monsieur ; nous vous en donnons notre parole d’honneur. Qui vous autorise d’ailleurs à nous croire capables d’une pareille indiscrétion?
Pardon, Messieurs la parole d’honneur d’officiers français me suffit et me rassure complètement. Je n’ose vous offrir un témoignage de ma reconnaissance, sans craindre de vous blesser.

– Et nous n’en n’accepterions aucun, répondirent-ils à l’unisson.

– Il est cependant mon devoir de vous connaître la valeur du service que vous venez de me rendre ; cela vous expliquera en même temps la raison de ma méfiance. Ce portefeuille renferme des papiers que personne au monde, hors moi, ne doit connaître. Votre discrétion m’a rendu un service que j’aurais volontiers payé cent mille thalers (375,000 fr.), il n’y a qu’un instant. Recevez donc encore une fois mes sincères remerciements et comme vous rentrer dans votre chère patrie, je n’ai d’autre bonheur à vous souhaiter que celui d’un prompt et agréable voyage. Adieu, Messieurs, ajouta-t-il, en les saluant gracieusement et à plusieurs reprises de la main.

 Lorsque les Français retournèrent le soir dans leur modeste demeure, l’aubergiste leur apprit qu’un chef de la police s’était informé de l’heure de leur départ qui devait avoir lieu le lendemain matin.

berline de voyage 1840A l’Heure dite, une berline de voyage, attelée de quatre chevaux de poste, s’arrêtait à la porte de l’auberge. La curiosité ayant attiré les trois officiers à le fenêtre, ils en virent sortir un militaire prussien en grande tenue. Il se fit aussitôt annoncer et se présenta chez eux sous le nom  de comte M., capitaine de la garde royale, se disant chargé par Sa Majesté de les accompagner jusqu’à la frontière française, aux frais de l’Etat, et de leur rendre le voyage aussi agréable que possible. ” J’ai ordre d’employer même la force, ajouta-t-il en souriant, en cas d’opposition de votre part.”

La clef de l’énigme était enfin trouvée. C’était bien au roi lui-même que nos officiers avaient eu affaire la veille dans le parc. Un somptueux déjeuner leur fut alors servi ; ils burent à la santé du monarque qui savait récompenser si délicatement un service rendu. Ils arrivèrent en France, après un voyage aussi prompt que rapide, où, grâce aux démarches de leur puissant protecteur, ils entrèrent dans l’armée de Louis XVIII avec leurs anciens grades.

AduC_236_Frédéric-Guillaume_III_(roi_de_Prusse,_1770-1840)

                                      Frédéric-Guillaume III, par Anton Graff

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