Mes rêveries, ou Souvenirs d’un Belge ci-devant capitaine en France

PAR Auguste DURIEU – PARIS,CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS. 1824.

mes rêverieshttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58549546/f25.image.r=d%C3%A9partement%20belge%20.langFR

Je vous laisse le loisir de glisser sur ces mots d’un noble Capitaine qui, entourés de proses et de vers, charment l’esprit  et nous élève vers ces corps éthérés dont les mystères nous sont encore cachés d’obscures métaphores ! Si vous possédez le code qui nous permet d’approcher de la substantifique moelle désirée, n’hésitez-pas à m’écrire car cette langue d’oiseau m’est jusqu’à présent inconnue et ce texte recèle bien des mystères qu’il est à résoudre… Dans l’attente de vous lire ! Jacques JANSSENS


Patriae omnia vincit amor.


Tel qu’au miroir des eaux notre œil voit retracés
Les nuages en bas, les arbres renversés,
Ainsi dans le sommeil l’âme préoccupée
Obéit aux objets dont elle fut frappée ;
Ainsi la nuit du jour retrace le tableau,
Ainsi de nos pensées nos rêves sont l’écho :
Des songes toutefois la peinture bizarre
Souvent brouille, détruit, ou confond, ou sépare.
( DELILLE, Imagination.)

 PARIS, CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS -1824 – MES RÊVERIES.

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O’Meara – Premier témoignage de l’exil de Napoléon!

http://fr.wikipedia.org/wiki/Barry_Edward_O%27Meara

https://napoleoneeilsuotempo.files.wordpress.com/2014/08/19-agosto-ritratto-di-omeara.jpg

Barry Edward O’Meara accompagne Napoléon Ier à l’Île Sainte-Hélène et devient son premier médecin, en ayant été son chirurgien à bord du Bellerophon lors de la reddition de l’empereur. Il est connu comme l’auteur de Napoleon in Exile, or A Voice From St. Helena (1822), un livre où il accuse Hudson Lowe d’avoir maltraité l’empereur et d’avoir fait preuve d’inhumanité envers lui. Il raconte également avoir diagnostiqué une maladie chronique du foie de Napoléon Ier.

Préalablement à sa publication de 1822, O’Meara avait maintes fois prévenu les autorités à Londres, par l’intermédiaire d’un ami travaillant à l’Amirauté, de la situation sur place à Longwood et des traitements de Lowe envers le prisonnier Napoléon. Mais ces lettres privées n’ont pas été suivies d’effet, autre que l’expulsion d’O’Meara du corps de la Marine après son retour en Angleterre en 1818. Ces lettres ont été publiées pour la première fois en 20121.

chrono-adieux-napoleon-o-meara
chrono-adieux-napoleon-o-meara

http://www.lautresaintehelene.com/autre-sainte-helene-chronologie-1818.html

Barry Edward O’Meara est accusé (à raison) d’avoir joué double jeu : en renseignant Napoléon et le gouverneur Hudson Lowe. Il renseigne aussi, secrètement, l’un de ses amis, clerc à l’Amirauté à Londres. Ayant besoin de ses services, quoique n’appréciant guère le caractère trop indépendant du docteur, le gouverneur Hudson Lowe résiste longtemps au désir ardent d’expulser le médecin de Napoléon. Finalement l’ordre lui vient du ministre Bathurst lui-même, et Hudson Lowe doit obtempérer, non sans satisfaction, en juillet 1818. Napoléon n’a alors plus de médecin personnel jusqu’à l’arrivée du docteur Antommarchi, envoyé d’Italie par sa famille à Rome, en septembre 1819.

“Le but de Napoléon poursuivi dans sa transmission à O’Meara est de donner sa vision à lui de ce qu’il s’est passé selon son regard, ses jugements personnels avec un recul sur cette défaite de Waterloo qui le hante et le poursuit. Il veut également faire une mise au point avec ses accusateurs qui publient des versions qu’il réussit à obtenir par les journaux qu’il reçoit à Sainte-Hélène. Il souhaite dans ces mémoires laisser un image positive parce qu’il sait que son avenir demeure composé de sinistres nuages. Il  se reproche d’avoir participé aux vieux démons français, aux luttes intestines. Il s’agit d’une analyse dépassionnée. Le texte qu’il dicte ne se départit de sa dignité. Napoléon se défend et attaque :  “Appel de la nation! Le gouvernement sous son égide a rétabli l’ordre avec le soutien de la population. La coalition n’a pas tenu compte de ses Intentions pacifiques. Il attaque ses Maréchaux qui n’ont pas tenu compte de ses ordres! Les trahisons se sont accumulées. Il donne des conseils à distance”. C’est un flagrant délit d’interprétations qui ne vont que dans son sens. Pas d’auto-critique. Le merveilleux de sa carrière est entamée. “A Waterloo, j’avais l’instinct d’un destin malheureux“. Fouché et les puissances sont contre lui. Il est cohérent dans ses paroles, concomitant, et postérieur. Le moment Napoléonien des Cent-jours contribue à la légende.  Il aboutit a des conclusions qui le blessent. Les Cent-jours sont dispersé. Le vaincu fini par dicter son histoire. Napoléon devient le dictateur des historiens . (Propos de Thierry Lentz recueillis lors de la conférence du 07/03/2015 à Waterloo ).”

La défaite de Waterloo met un terme à l’idéal du Napoléon révolutionnaire et donne gain de cause à l’ancien système et “l’aristocratie”! Il y a eu beaucoup de rajoutes, de modifications et d’altérations des propos édités par O’Meara et l’histoire ne retient que ces derniers livres qui ne tiennent pas compte de cet instantané unique dans l’histoire puisqu’il avait obtenu la confiance de son désormais ami O’Meara qui, au péril de poursuites en Angleterre a publié le texte comme promis! Ce qui en fait un ouvrage de référence pour l’amateur de l’Histoire. Ci-dessous, vous trouverez les liens vers les ouvrages que j’ai pu collationner dans mes recherches sur internet.

Jacques JANSSENS

Un ouvrage a été publié en 2010 sous le titre (le texte introductif de wikipédia en est issu):

L'autre Sainte-Hélène - The other St Helena
http://www.lautresaintehelene.com/

 

Sur le site  http://www.napoleon.org/fr/magazine/plaisirs_napoleoniens/litterature_poesie/index.asp

“Il est bien précisé qu’ Il s’agit du premier témoignage du docteur O’Meara (1786-1836) après son expulsion de Sainte-Hélène le 25 juillet 1818 sur ordre du gouverneur anglais, Hudson Lowe, avec qui il était en désaccord”. ….

Aux éditions Tallendier (préface de Thierry Lentz): http://www.tallandier.com/auteur-467.htm (trois volumes)

© Tallandier 2010
© Tallandier 2010

Plusieurs autres ouvrages :

@ tallandier 2011
@ Tallandier 2011
@ Tallandier 2012
@ Tallandier 2012

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Notes et références

  1. voir texte originel dans ouvrage en anglais Inside Longwood [archive]

Sources

HISTOIRE MERVEILLEUSE DE L’HOMME ROUGE – dans Bonapartiana page 151…

HISTOIRE MERVEILLEUSE DE L’HOMME ROUGE.

(Bonapartiana, ou Recueil choisi d’anecdotes, de traits sublimes, de bons mots, de saillies, de pensées ingénieuses, de réflexions profondes de Napoléon Bonaparte, avec un aperçu des actions les plus belles et les plus éclatantes de sa vie, par Cousin, d’Avallon)

Au commencement du mois de mars 1814, on racontait dans les sociétés les plus distinguées de la capitale l’histoire merveilleuse de l’Homme rouge; la voici telle qu’elle a été rapportée.

l’Homme rouge apparut pour la première fois à Napoléon, alors général, en Egypte, la veille de la bataille des Pyramides. Suivi de quelques officiers, il passait à cheval près de l’un de ces antiques monuments, lorsqu’un homme enveloppé d’un manteau rouge sortit de cette pyramide, lui fit signe de descendre de cheval et de le suivre.

DSC04987-1Bonaparte n’hésita pas ; ils pénétrèrent ensemble dans l’intérieur de la pyramide: déjà plus d’une heure s’était écoulée, et la suite du général, inquiète de cette longue absence, se disposait à entrer dans le monument, lorsqu’il en sortit seul, avec un air très-satisfait. Avant cette rencontre, il refusait de livrer la bataille ; il ordonna sur-le-champ qu’on s’y préparât , et le lendemain il remporta la victoire des Pyramides.

Bataille des Pyramides

On a prétendu que l’homme rouge n’était autre qu’un génie infernal avec lequel le vainqueur avait fait un pacte qui lui assurait sa puissante protection.

Wikipédia :(La couleur rouge (decher) est le symbole de la violence, du désert, du feu, du sang et de la mort, mais aussi de la victoire. C’est notamment la couleur du dieu Seth, le destructeur, dont on disait qu’il avait les cheveux roux. La couronne de Basse-Égypte, le desheret, est de couleur rouge (bien que le nord, notamment le delta du Nil, soit très riche en végétation).

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/88/Seth.JPGDix ans s’étaient écoulés, et tout en effet lui avait réussi ; mais le marché approchait de son terme ; il expirait quelques jours avant la bataille de Wagram. Cependant l’homme rouge voulut bien céder aux instances de son protégé , et conclure avec lui un nouveau marché pour cinq ans. Le premier avril 1813 était le jour fatal où ce nouveau pacte expirait ; or, dans le mois de janvier 1814, quelques jours avant le départ de Napoléon, l’homme rouge, très-ponctuel, se présente aux Tuileries, et demande à parler à l’empereur. Un factionnaire voulut l’empêcher de passer, il étendit la main sur lui, et le soldat fut condamné à l’immobilité.

Un chambellan , à qui s’adressa l’homme rouge , lui demanda s’il avait une lettre qui autorisât sa demande.

« —Non, lui répondit-il, mais allez » annoncer à votre maître qu’un homme vêtu de rouge veut lui parler » sur-le-champ. »

Le chambellan alla sur-le-champ prévenir Napoléon de la visite. Celui-ci ordonna que l’homme rouge fût aussitôt introduit, et s’enferma avec lui dans son cabinet.

Le chambellan appliqua tour à tour l’oeil et l’oreille au trou de la serrure ; il vit , il entendit le monarque et l’homme mystérieux discuter ensemble avec beaucoup de chaleur:

“Songez-y  bien, disait ce dernier, au 1er avril,  je ne me mêle plus de vos affaires. C’est une chose convenue depuis » longtemps , et à laquelle je suis irrévocablement décidé. Ainsi, avant ce  jour, ayez repoussé vos ennemis ou conclu la paix avec eux ; car, je vous le répète, le 1er avril je vous abandonne , et vous savez ce qui en résultera.” En vain l’empereur objecta l’impossibilité d’avoir, dans un si court espace, terminé, d’une manière ou d’autre, ses affaires avec l’Europe entière ; en vain il sollicita une prolongation. L’homme rouge fut inflexible , et disparut.

http://upload.wikimedia.org/wikisource/fr/2/25/Jaures-Histoire_Socialiste-6-p541.jpg

Jamais prédiction ne fut plus exactement vérifiée. Le 31 mars 1814, les alliés entrèrent dans Paris!On a révoqué en doute l’histoire de l’homme rouge. En dernier résultat, on peut dire , que si le fait n’est pas vrai, ni même vraisemblable , il est bien imaginé. Se non è vero, è bene trovato. « si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé »!

Napoléon : Je te sacrifie tout cela! La Mort : Tu y viendras aussi!

Le théorème de Napoléon!

Le théorème Napoléon
Le théorème Napoléon

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9or%C3%A8me_de_Napol%C3%A9on

Théorème de Napoléon — Si nous construisons trois triangles équilatéraux à partir des côtés d’un triangle quelconque, tous à l’extérieur ou tous à l’intérieur, les centres de ces triangles équilatéraux forment eux-mêmes un triangle équilatéral. Ce qui donne ceci :


http://www.maths-et-tiques.fr/index.php/detentes/le-theoreme-de-napoleon

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(il faut activer le plug-in pour le voir sous linux)
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Site dédié à la cartographie de la Campagne de Belgique en Juin 1815

JunIBIS.be

J’ai été particulièrement sensibilisé par le projet de cartographie de la campagne 1815. En effet, outre le fait qu’il s’agit de l’oeuvre d’un passionné et que l’accès est gratuit, ces cartes peuvent servir à une meilleure compréhension du déroulement des batailles en juin 1815. Pouvoir comparer les mouvements de troupes des “ouvrages” consacrés aux batailles et pouvoir suivre en direct la situation des différentes troupes sur le terrain de l’époque est en soi le rêve de tout amateur d’histoire et de reconstitution. Ces cartes sont un soutien précieux pour une meilleure compréhension des batailles en juin 1815. Merci à André Heughebaert et Eric Iven, initiateurs du projet! Jacques JANSSENS

Juin 1815 – Cartographie de la campagne de Belgique

Le projet de cartographie est désormais accessible sur http://www.junibis.be – Il est traduit en quatre langues: DE, EN, FR, NL.

JunIBIS est un site dédié à la cartographie de la Campagne de Belgique en Juin 1815.

Le site reprend quatre  types de cartes:

  • des cartes statiques pour chaque heure du 15, 16 et 17 Juin
  • une carte dynamique montrant le mouvements des unités
  • une carte des lieux extraits de la littérature (plus de 700 à ce jour)
  • une carte des notes de W.B. Craan
  • Les notes historiques de W.B. Craan

Le site donne également accès à l’ordre de bataille très détaillé de Jean-Pierre De Potter “1815 Mise à mort de l’Empire par Napoléon” 1981 Editions Graffiti.

Féru d’histoire napoléonienne, plus particulièrement passionné des batailles de l’Empire, et versé dans le domaine de la cartographie numérique, j’ai eu envie de créer des cartes interactives retraçant la Campagne de Belgique en 1815. Afin de m’aider dans cette tâche, j’ai rapidement reçu l’aide d’un ami de longue date dont les connaissances livresques complètent judicieusement mes compétences informatiques. L’abondante littérature sur le sujet nous a permis de compiler les déplacements troupes durant les premiers jour de la campagne.

Les trois principes fondateurs de notre projet sont:l’ouverture des données, la gratuité, et le référencement des sources.
Nos cartes sont d’ailleurs accessibles sous licence CC-BY-3.0 qui autorise quiconque «à copier, distribuer et communiquer le matériel par tous moyens et sous tous formats, à remixer, transformer et créer à partir du matériel moyennant l’attribution c-à-d de créditer les auteurs et indiquer les éventuels changements».

Les cartes interactives sont le résutlat d’un travail minutieux d’analyse et de compilation de nombreuses sources.

Les couleurs indiquent la nationalité, les symboles représentent le type des troupes.

Nationalité Etat-major Artillerie Cavalerie Infanterie
Français FEB FAB FCB FIB
Anglais BEB BAB BCB BIB
Prussiens PEB PAB PCB PIB
Hollando-Belges DEB DAB DCB DIB
Hanovre HEB HAB HCB HIB
Brunswick REB RAB RCB RIB

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Méthodologie

La littérature sur la Campagne de Belgique est vraiment très abondante. Nous n’avons compilé qu’une petite partie de celle-çi. Les positions des unités proviennent des références littéraires suivantes:

  • William Tomkinson, The diary of a cavalry Officerin the Peninsular and Waterloo Campaign 1809, Swan Sonnenschsien (1894);
  • Tradition magazine hors série n°20 ,1815 Le retour de l’aigle et la dernière victoire
  • Jean-Philippe Tondeur, Les carnets de la campagne n°13 ,Editions de la Belle-Alliance
  • Jean-Philippe Tondeur, Les carnets de la campagne n°12 ,Editions de la Belle-Alliance
  • Siborne, The Waterloo Campaign 1815,Edward Arber (1848 T. & W.Boone London)
  • Scott Bowden, Armies at Waterloo, Empire press
  • Richard Humble, Famous land battles,St Michael
  • Plane der Schlachten und Treffen, welche von der preussischen Armee in den Feldzügen der Jahre 1813, 14 und 15 geliefert worden,Reimer, 1825
  • Pierre de Wit, The campaign of 1815 a study
  • Peter Young, Blucher’s army,Osprey
  • Peter Hofschroer, Waterloo 1815: Quatre Bras and Ligny ,Pen & Sword Books Ltd
  • Peter Hofschroer, 1815: The Waterloo Campaign – Wellington,his German allies and the battles of Ligny and QuatreBras, Greenhill Books
  • Peter Hofschroer, 1815: The Waterloo Campaign – The German Victory, Greenhill Books
  • Paul Desoil, La chute de l’aigle éditions du marais
  • Patrick Maes, Plan de la bataille de Ligny ,Société Belge Napoléonienne trough Ed Wimble Clash of Arms games
  • Michel Damien, Napoléon au cabaret Belle Vue, 2011
  • Michel Damien, Napoléon à Gilly, 2011
  • Michel Damien, La question des Quatres Bras
  • Max Gallo, Napoléon (tome 4), Robert Laffont
  • Marbot, Mémoires du général baron de Marbot, 1983 Mercure de France
  • Magazine Napoleon 1er hors serie n°7,18 juin 1815 Waterloo,Napoléon 1er SOTECA
  • Kurz, Le procès du maréchal Ney ,Sélection des amis du livre de Strasbourg
  • John Macdonald, Grandes batailles de l’histoire moderne,Albin Michel
  • John Franklin, Waterloo 1815 (2), Osprey
  • John Franklin, Waterloo 1815 (1), Osprey
  • John Fortescue, The Campaign of Waterloo, Greenhill books
  • J.P. de Potter, 1815 Mise à mort de l’Empire par Napoléon, Editions Graffiti, 1981.
  • Institut cartographique militaire janvier 1907
  • Hourtoulle, Ney le brave des braves,Lavauzelle
  • Henry Lachouque, Waterloo,Arms and armour press
  • Henry Houssaye, 1815 Waterloo,Librairie académique Perrin 1914
  • Gloire & Empire magazine n° 17 Dans l’ombre de Waterloo
  • Georges Blond, La grande armée, Robert Laffont
  • Ferraris,J.(1777), Carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège,IGN
  • Evelyn Wood, Cavalry in the Waterloo Campaign,Worley publication
  • de Bas & t’Serclaes, La campagne de 1815 I,1908
  • David Hamilton-Williams, Waterloo new perspectives,Arms and armour press
  • Conreur, 15 juin 1815,1993
  • Collège d’auteurs, Waterloo 1815 l’Europe face à Napoléon,Credit Communal
  • Christopher Hibbert, Waterloo,Wordsworth editions
  • Castelot, Napoléon,librairie académique Perrin
  • Bob Putigny, Le grognard Putigny Baron d’Empire,Copernic
  • Andrew Uffindel, The eagle’s last triumph,Greenhill books
  • Albert Nofi, The Waterloo Campaign,Combined books
  • Alain Arcq, Ligny 16 juin 1815,Historic’one edition
  • Alain Arcq, Les quatre-Bras 16 juin 1815, Historic’one edition
  • Alain Arcq, Beaumont 1815,Historic’one edition

Les positions successives des troupes ont ensuite été complétées par simple interpolation linéaire.

Contact : andrejjh

Les Bibliothèques particulières de L’EMPEREUR NAPOLÉON – 1900

Napoléon lisant une carte
Les lectures de Napoléon Le Grand

Antoine Guillois

PARIS
LIBRAIRIE HENRI LECLERC
219, RUE SAINT-HONORÉ, 219
et 16, rue d’Alger.
1900

Téléchargement :

   Afin de faciliter éventuellement la lecture de ce texte, j’ai mis en bleu le titre des ouvrages ou des auteurs de prédilection et en rouge les passages les plus marquants de ce roman que sa vie à travers ses lectures personnelles….Parmi ses ouvrages de religion, Napoléon réclamait avant tout les Deux Testaments, le Coran,…Après Waterloo, l’Empereur envisageait son départ en Amérique : “La grande bibliothèque, écrit-il à Barbier, devra être consignée à une maison américaine qui la fera passer en Amérique par le Havre.” Les Bibliothèques sont un outil utile qui permet de voir l’Homme à travers ses livres… et ceux qu’il n’a pas lus…

  Dans sa première jeunesse, Napoléon aimait surtout à lire les Vies de Plutarque, Homère et Ossian. C’était là, avec quelques ouvrages sur la Corse, tout ce que contenait la bibliothèque paternelle de la petite maison d’Ajaccio. Un mois avant de quitter Brienne pour se rendre à l’Ecole militaire de Paris, le jeune Bonaparte écrivait à son père pour lui demander l’Histoire de la Corse par Boswell ; il réclamait aussi quelques autres livres : ” Vous n’avez rien à craindre, disait-il à Charles Bonaparte ; j’en aurai soin et les rapporterai en Corse, avec moi, quand j’y viendrai, fût-ce dans six mois.” Cette préoccupation touchera tous ceux, et ils sont nombreux, qui aiment jalousement leurs livres et qui hésitent à les confier à des mains indifférentes.

     A Valence, sa première garnison, le lieutenant Bonaparte avait noué des relations, sinon intimes du moins très fréquentes, avec le libraire-imprimeur Aurel dont il eut vite fait de dévorer la bibliothèque. Aussi fallut-il bientôt sortir de ce cercle restreint ; de là, cette correspondance avec un libraire de Genève, M. Borde, à qui le jeune officier demandait l’envoi de tous les ouvrages qu’il pouvait avoir sur la Corse et des livres qui parlaient de Jean-Jacques Rousseau, alors dans toute la nouveauté d’une vogue qui n’était pas près de finir.

     Déjà, comme il le fera plus tard à Ste-Hélène, Napoléon prenait des notes sur chacune de ses lectures, M. Frédéric Masson, dans Napoléon inconnu, a reproduit toutes celles qui n’ont pas été perdues.

     La première bibliothèque digne de ce nom, quoi que bien peu importante encore, qui ait appartenu au futur Empereur, est celle qu’il forma au retour de la campagne d’Italie les livres, généralement reliés en veau, portent, sur le dos, ces deux lettres entrelacées, B. P., Bonaparte-La Pagerie, du nom de famille de Joséphine. Quelques-uns de ces volumes firent, dans les bagages du général, la glorieuse campagne d’Egypte. Je relève parmi ceux-ci :

Le cours d’Etudes par Condillac,
– Les Oeuvres diverses d’Arnaud,
– Les Essais de Bacon,
– De l’influence des passions par Mille de Staël,
– Les visions philosophiques par Mercier, etc., etc.

     Au mois de septembre 1798, Joséphine avait acheté Malmaison et elle y avait transporté les livres du général et ceux qui formaient sa bibliothèque personnelle. Ceux-ci devaient être fort rares, car l’aimable créole n’aimait rien moins que la lecture. li en existe cependant quelques-uns, comme cet Abailard dévoilé, qui lui avait été offert par la comtesse Fanny de Beauharnais et sur lequel elle avait écrit son nom de la façon suivante :

     JOSEFINE BAUARNAIS (elle était en avance sur la nouvelle orthographe)

     Au retour d’Egypte et pendant le Consulat, Napoléon s’attacha avec amour à la propriété que sa femme avait acquise pendant son absence. Il installa la bibliothèque, dont le conservateur était Ripault, dans l’aile gauche du château, à l’extrémité du rez-de-chaussée, entre la salle du conseil et le parc, dont elle n’était séparée que par un pont jeté sur le saut-de-loup qui longeait l’allée du Solitaire. Les boiseries étaient en acajou, ornées de cuivres à la mode de l’époque. Des médaillons, peints sur les murs et au plafond, rappelaient les traits des grands penseurs et des poètes de l’antiquité. Là, Bonaparte réunit, au nombre de cinq à six mille volumes, des ouvrages consacrés surtout à l’histoire et à la philosophie. Pour travailler, le premier consul préférait cette pièce, un peu isolée, aux autres appartements du château.

Bibliothèque Malmaison
Bibliothèque Malmaison

      Les ouvrages qui ont fait partie de cette bibliothèque, vendue et dispersé au vent des enchères, en 1827, après la mort du prince Eugène de Beauharnais, portent toujours, sur le dos, les lettres B. P. entrelacées. Sur les plats, on lit cette inscription, en lettres dorées : Malmaison.
      De cette bibliothèque de sa jeunesse, qui était était réellement la plus personnelle de toutes ses collections, (on voit par une phrase du testament combien il y tenait) — Napoléon, quittant la France en 1815, emporta un très petit nombre d’ouvrages destinés à charmer les longues journées de l’exil. Une note, de la main du général Gourgaud, sur un exemplaire en quatre volumes du Nouveau siècle de Louis XIV, en fait foi.

     En prenant possession du pouvoir consulaire, Napoléon n’était plus seulement un homme privé ; celui-ci, au contraire, devait disparaître devant le chef d’Etat.

     De là, le commencement des bibliothèques officielles, dans lesquelles cependant, nous retrouverons toujours la marque et le cachet des goûts personnels de l’Empereur. En 1799, quelques jours seulement après le 18 brumaire, les consuls décidèrent qu’il serait choisi, dans la bibliothèque du Directoire, des livres pour leur usage particulier et que le reste formerait la bibliothèque du Conseil d’Etat. Napoléon, pour sa part, prit les livres d’histoire et d’art militaire. Ripault, membre et bibliothécaire de l’institut d’Egypte, conservateur des livres de Malmaison, fut alors nommé bibliothécaire particulier de Napoléon. En 1804, l’abbé Denina lui fut adjoint, mais seulement avec le titre de bibliothécaire honoraire. Enfin, en 1807, Antoine Barbier, bibliothécaire du Conseil d’Etat depuis 1800, fut appelé à remplacer Ripault.

     En campagne aussi bien qu’à Paris, Napoléon ne voulait rien ignorer du mouvement intellectuel de son temps. On dirait qu’il attend toujours l’apparition d’une de ces oeuvres qui donneront à son règne le lustre littéraire qui a immortalisé le siècle de Louis XIV.
      Ainsi, pendant la campagne d’Iéna, il fait écrire par Méneval la lettre suivante “L’Empereur se plaint de ne recevoir aucune nouveauté de Paris. Il vous est cependant facile de nous faire passer deux ou trois volumes, tous les jours, par le courrier qui part à huit heures du matin. Il a paru, depuis peu, plusieurs ouvrages qu’il serait intéressant de lire, tels que le Directoire exécutif de Lacretelle, etc…”
Un autre fois, cii 1805, l’Empereur avait écrit à l’archevêque de Ratisbonne, archichancelier d’Allemagne : “J’ai reçu votre lettre avec l’ouvrage qui y était joint. Allant, un soir, faire une partie de chasse à Rambouillet, je l’emporterai dans ma voiture pour le lire.”

     C’est là, en effet, une des habitudes ordinaires de l’Empereur soit en voyage, soit en campagne, il trompait la longueur de la route par des lectures de toute espèce ; sa berline de voyage était aménagée de telle façon qu’il y pût lire et travailler sans difficulté. Quand il lisait en voiture et que le livre lui déplaisait, Napoléon le jetait par la portière ; les pages de service ramassaient ces ouvrages et se procuraient ainsi des lectures pour les séjours ou les bivouacs. Ces nouveautés, destinées à être mises sous les yeux de l’Empereur, étaient reliées à ses armes par Simier ou Bozérian. C’était une condition d’étiquette. Les armoiries dorées s’étalaient sur les plats en maroquin rouge ou vert et l’intérieur était doublé de labis bleu ouvert. Les tranches étaient dorées. Il était d’autres ouvrages, tels que la Relation de la bataille de Marengo, celle de la bataille d’Austerlitz, la situation annuelle de l’Empire qui, édités par l’imprimerie impériale, étaient reliés aux armes de Napoléon et distribués aux maréchaux et grands dignitaires. Lorsque l’Empereur assistait à la représentation d’une pièce, soit à St-Cyr, soit à St-Denis, on mettait entre ses mains l’ouvrage, toujours manuscrit, relié à ses armes, avec lequel il suivait la pièce.
      D’autre part, la maison de l’Empereur jouissait d’une bibliothèque, également aux armes impériales. C’est ainsi que les livres de médecine, dont se servait Corvisart, portaient tous cette marque.
      Enfin, les bibliothèques des Tuileries, de Trianon, de Compiègne, de Rambouillet, de St-Cloud et de Fontainebleau, dont Barbier était chargé en même temps que de celles des deux impératrices, contenaient 50.000 volumes environ. Ceux-ci étaient reliés en veau et ornés des armes. Généralement, les tranches ne sont pas dorées ; l’intérieur n’est pas doublé de soie. Le Rollin, si heureusement devenu la propriété de M. Hanotaux, est le type des ouvrages composant ces bibliothèques des résidences impériales. Les attributions et les fonctions du bibliothécaire étaient nettement définies. Cette charge n’était pas une sinécure. Barbier conférait avec l’Empereur et, après lui avoir rendu compte des nouvelles publications, il avait souvent à se transformer en lecteur, lorsque Napoléon, ce qui arrivait souvent, non content de l’avis d’un autre, voulait juger par lui-même. Barbier avait aussi à proposer l’acquisition d’ouvrages précieux, tels que les fables de Pilpay, imprimées en langue persane, à Calcutta, en 1805 ; l’Iliade, en grec, imprimée sur vélin par Bodoni; la Jérusalem délivrée, traduite par le prince Lebrun, imprimée également sur vélin. En outre de la gestion des bibliothèques et de la production des notes que Barbier fournissait constamment sur des sujets de bibliographie intéressant l’Empereur, le bibliothécaire servait encore d’intermédiaire entre le souverain et les gens de lettres ; ceux-ci n’eurent pas à le regretter, car Barbier était aussi obligeant qu’instruit. Au mois de juillet 1808, pendant son séjour à Bayonne, l’Empereur fit demander à Barbier le plan d’une bibliothèque portative d’un millier de volumes. Napoléon en indiquait approximativement la composition de la manière suivante :

– Quarante volumes de religion;
– Quarante volumes des Epiques;
– Quarante volumes de Théâtre;
– Soixante volumes de poésies;
– Cent volumes de romans;
– Soixante volumes d’histoire.

     “Le surplus pour arriver à mille, serait rempli par des Mémoires historiques de tous les temps.” Parmi les ouvrages de religion, Napoléon réclamait avant tout les Deux Testaments, le Coran, une histoire de I’Eglise. Les épiques devaient être Homère, Lucain, Le Tasse,Télémaque, La Henriode. Les tragédies ne mettre de Corneille que ce qui est resté; ôter de Racine les Frères ennemis, Alexandre, les Plaideurs; de Voltaire, ne donner que ce qui est resté.
      Pas un mot de Molière. Quoi d’étonnant, puisque les Plaideurs eux-mêmes n’avaient pas trouvé grâce? Comme histoire, de bons ouvrages de chronologie et les principaux originaux anciens : L’Esprit des Lois, la Grandeur des Romains (sic) ; ce qu’il est convenable de garder de l’histoire de Voltaire. Parmi les romans: la nouvelle Héloïse, les Confessions, Richardson, Lesage, Les Contes de Voltaire. Napoléon recommande bien qu’on ne mette de Rousseau ni l’Emile, ni une foule de lettres, mémoires, discours et dissertations inutiles même observation pour Voltaire.
      De telles prescriptions se passent de commentaires ; elles permettent, à elles seules, de juger l’homme et son esprit. I
      Au mois de décembre de cette même année 1808, Napoléon continue à se plaindre du défaut d’ouvrages nouveaux et son secrétaire Méneval ne s’en tire qu’en invoquant “la stérilité des romanciers et la saison des almanachs.”

     Le projet de 1808 ne fut pas mis à exécution et ce n’est qu’en partant pour Wagram que Napoléon emporta dans ses bagages quelques caisses qui peuvent être considérées comme la première ébauche de ces bibliothèques de campagne tant réclamées. Les caisses, recouvertes en cuir et garnies à l’intérieur, les unes de velours, les autres de drap vert contenaient chacune soixante volumes environ, reliés en maroquin. Ils étaient sur deux rangs comme dans les rayons d’une bibliothèque. Un catalogue général de toutes les caisses permettait de trouver immédiatement l’ouvrage que l’Empereur demandait.
      Au mois de juin, à Schoënbrunn, Napoléon, ayant réclamé quelques auteurs, fut très contrarié d’apprendre qu’à cause de leur format, ils n’avaient pu être placés dans les caisses. Il dicta aussitôt une note pour Barbier dans laquelle il prescrivait la formation d’une bibliothèque de 3.000 volumes, tous de format in-18, ayant de quatre à cinq-cents pages et imprimés en beaux caractères de Didot, sur papier vélin mince. Suivaient des instructions pour la composition de cette collection. L’Empereur voulait “qu’un certain nombre d’hommes de lettres, gens de goût, fussent chargés de revoir ces éditions, de les corriger, d’en supprimer tout ce qui est inutile comme notes d’éditeurs, tout texte grec ou latin ; ne conserver que la traduction française. Quelques ouvrages seulement italiens, dont il n’y aurait pas de traduction, pourraient être conservés en italien.” En novembre, lors du retour de l’Empereur à Fontainebleau, Barbier lui présenta le catalogue raisonné qui avait été demandé de Schoënbrunn. Il fit connaitre que la dépense monterait à 6 millions 500.000 francs environ ; quant au temps nécessaire pour l’exécution des 3.000 volumes, Barbier demandait six ans. Pas plus qu’en 1808, il ne fut donné suite à ce projet.

     Pendant la campagne de 1809, Napoléon se plaint des romans envoyés qui sont détestables. “Ils ne sont, écrit Méneval à Barbier, qu’un saut de la valise du courrier dans la cheminée. Il ne faut plus nous envoyer de ces ordures-là, envoyez le moins de vers que vous pourrez, à moins que ce soit de nos grands poètes.”
      Le 15 juin, Barbier dit quelles difficultés il rencontre quand il cherche de belles éditions, comme l’Empereur les aime tant. “Le goût qui dirige sa Majesté, ajoute t-il, sera remarqué et peut-être déterminera-t-il nos amateurs à préférer bientôt les livres utiles aux livres de fantaisie.”
      A la même date, Méneval informait Barbier que l’Empereur venait de faire retirer de sa bibliothèque Parny, Bertin, les Lettres de Dupaty, les Trois règnes de la nature de Delille, les Lettres de Sévigné “parce que onze volumes prennent trop de place et qu’il suffirait d’un choix de ces lettres.” Pour remplacer ces ouvrages, Napoléon demande Tacite en français, Gibbon, Diodore de Sicile, le poème de la Pitié, Gil Blas, la Bible de Sacy, et une traduction en prose de l’Enéide. Le 23 juin, Barbier envoyait tous ceux de ces livres qu’il avait pu se procurer.
      La fin de la campagne est marquée de l’envoi, sur la demande de l’Empereur, d’une nouvelle traduction de Machiavel, de la continuation récente de l’Histoire de l’abbé Millot, et, enfin, d’une chronologie d’Hérodote par Volney.

     En 1810, les préoccupations du moment, – lutte contre la papauté et divorce Impérial, – trouvent un écho dans les rapports de l’Empereur avec son bibliothécaire : Demandes d’ouvrages sur les querelles de la monarchie avec les papes, sur la pragmatique sanction de Bourges, etc., etc.
Quant au divorce, qui n’y verrait une allusion évidente dans l’ordre que donne l’Empereur à Barbier de faire parvenir à Joséphine l’ouvrage intitulé Un trait de la vie de Charlemagne?

     Dès 1811, la campagne de Russie peut être prévue par le bibliothécaire. Napoléon demande “les ouvrages les plus propres à faire connaître la topographie de la Russie et surtout de la Lithuanie, sous le rapport des rivières, marais, bois, chemins, etc. Il faudrait aussi avoir ce que nous avons eu en français de plus détaillé sur les campagnes de Charles XII en Pologne et en Russie….
      Au moment dit de St-Cloud, le 7 mai 1812, Napoléon réclame “un Montaigne, petit format, qu’il serait bon de mettre dans la petite bibliothèque de voyage.” Quel penseur profond que ce général et ce souverain, partant pour une expédition dont il ne se dissimule pas l’importance, et qui veut emporter, pour ses lectures du bivouac, un exemplaire de l’immortel auteur des Essais!
      Une fois la guerre commencée, par chaque courrier, et jusqu’à Moscou, les commandes se succèdent. La preuve des préférences impériales se trouve, encore aujourd’hui, dans la bibliothèque de l’université de Dorpat ; on y conserve un Plutarque, relié aux armes, qui fut pendant la retraite, pris par un cosaque dans la voiture même de Napoléon.
      La bibliothèque de campagne, qu’on était enfin parvenu à constituer, fut brûlée en grande partie et le reste tomba au pouvoir des Russes.

     Avant de partir pour la campagne de 1813, Napoléon donna des ordres pour qu’on répara, autant que possible, les pertes de 1812. Il écrit le 18 février : “Je n’ai pas besoin qu’on forme une bibliothèque de voyage ; Il faut seulement préparer quatre caisses pour les in-12 et deux pour les in-18. Quelque temps avant mon départ, on me remettra la liste des livres de ce format que j’ai dans ma bibliothèque et je désignerai les volumes qu’il faudra mettre dans les caisses. Ces volumes seront successivement échangés contre d’autres de ma bibliothèque et le tout sans qu’il soit nécessaire de faire de nouvelles dépenses.”

bibliothèque portative
Bibliotheque Portative du Voyageur http://calligraphy-expo.com/eng/aboutcalligraphy/library/minibooks.aspx?itemid=1469

     Voici un détail qui montrera aux amateurs de livres que Napoléon avait le droit d’être compté comme un des leurs. En partant pour la Russie, il avait emprunté certains livres de la bibliothèque royale de Dresde. Dans la retraite, ces livres furent brûlés avec le fourgon qui les contenait. Le 27 février 1813, de Paris, Napoléon donna l’ordre exprès de se procurer à tout prix des exemplaires de ces livres afin de les réintégrer dans le dépôt d’où ils étaient sortis.

     Pendant les campagnes de Saxe et de France, le quartier général fut tellement désorganisé, les moments de Napoléon furent si absorbés que nous ne trouvons plus aucune trace de relations avec Barbier. Ce n’est qu’à Fontainebleau, pendant les neuf jours que Napoléon passa dans cette résidence, qu’il recommença à s’occuper de ses livres préférés. Il choisit, dans la bibliothèque du palais, tous ses auteurs de prédilection : Virgile, le Tasse, l’Arioste, César, Salluste, Tacite,Thucydide, Polybe, Suétone, Plutarque, Rollin. Il y ajouta le Moniteur, le Bulletin des Lois, les Codes, le recueil des Traités de paix de Kock et Martens, le recueil complet des Comptes du Ministère des Finances et du Trésor Public ; C’étaient les documents qui devaient lui permettre de tenir la promesse, faite à ses soldats, d’écrire l’histoire de son règne et de ses campagnes.

     Aussitôt Napoléon arrivé à l’île d’Elbe, M. Ballouhey, intendant de Marie-Louise, fut chargé d’abonner le comte Bertrand aux journaux politiques et littéraires les plus estimés, tandis que Barbier recevait la mission d’organiser une bibliothèque et d’envoyer à Porto-Ferrajo tous les ouvrages nouveaux. Au retour de ce premier exil, quelques jours après la rentrée triomphale du 20 mars, Napoléon parcourait la bibliothèque du Louvre en compagnie du général Bertrand. Il se montra heureux de retrouver son bibliothécaire et lui annonça qu’il rapportait les livres qu’il avait emportés à l’île d’Elbe. Ceux-ci, en effet, furent réintégrés le lendemain dans la bibliothèque des Tuileries.

     Après Waterloo, Napoléon, incertain de son sort, caressait l’espoir de se retirer en Amérique. “La grande bibliothèque, écrit-il à Barbier, devra être consignée à une maison américaine qui la fera passer en Amérique par le Havre. L’Empereur demandait, en même temps, à son bibliothécaire de lui apporter, le lendemain (26 juin 1815), à Malmaison :

– La liste des 10.000 volumes et des gravures comme celles des voyages de Denon et de la commission d’Egypte, dont l’Empereur avait plusieurs milliers ;
– Des ouvrages sur l’Amérique ;
– Un état particulier de tout ce qui a été imprimé sur l’Empereur pendant ses diverses campagnes.

     Napoléon ajoutait : “Il faudra compléter la bibliothèque de voyage qui doit se composer de toutes les bibliothèques de campagne et y joindre plusieurs ouvrages sur les Etats-Unis.” Il demandait, en outre : “une collection complète du Moniteur, la meilleure encyclopédie, les meilleurs dictionnaires.
      Au moment du départ, les circonstances obligèrent l’Empereur à se contenter de beaucoup moins. C’est dans la bibliothèque de Trianon, – et non pas dans celles de Fontainebleau ou de Rambouillet, – que furent choisis les livres armoriés qui firent, avec l’Empereur ; le voyage de Sainte-Hélène. Le 29 juin 1815, Barbier écrivait au président du gouvernement provisoire : “Monsieur le président, le bibliothécaire de l’Empereur Napoléon croit devoir vous prévenir que Sa Majesté, quelques jours après son abdication, lui a témoigné le désir d’emporter dans sa retraite la bibliothèque du palais de Trianon, composée d’environ 2.200 volumes, avec les Grandes descriptions de l’Egypte et l’iconographie grecque de M. Visconti. L’impression de ces deux derniers ouvrages est due à la munificence de l’Empereur. Il est bien naturel qu’il désire en conserver un exemplaire. Quant à la bibliothèque de Trianon, ce n’est qu’une très petite partie des livres rassemblés par ses ordres dans les palais impériaux. Ceux qui resteront pourront encore s’élever à plus de 60.000 volumes. J’ai l’honneur de vous prier de me faire donner les autorisations convenables pour expédier les objets mentionnés dans cette lettre.”

     La Chambre des représentants, par un vote spécial (Moniteur, 3 juillet 1815), accorda à Napoléon la bibliothèque de Trianon. C’est donc là, et sauf une vingtaine peut-être, venant de Malmaison, que furent choisis les 588 volumes armoriés que nous retrouverons à Sainte-Hélène.

     Blücher, dès qu’il connut le désir de Napoléon et la décision de la Chambre, envoya à Trianon un parti de cavaliers pour s’opposer au transfert des livres. Ces soldats arrivèrent après le départ de la première voiture ; Mais ils empêchèrent l’enlèvement de ce qui restait. Cela explique comment, sur les 1.929 volumes que contenait la bibliothèque, 550 seulement environ purent arriver à Malmaison et, de là, suivre l’Empereur, à Rochefort et sur le Northumberland.
      Le Roliin, retrouvé par M. Hanotaux sur les quais de Paris, en ces dernières années, faisait donc partie des livres de Trianon. Il se trouve, du reste, indiqué sur le catalogue manuscrit de cette bibliothèque, catalogue publié en 1889 par l’auteur de cet article et dont l’original, relié en maroquin rouge et aux armes, se trouve encore aujourd’hui entre les mains des héritiers du bibliothécaire Barbier. Dans ce récolement, et cinq lignes après l’histoire romaine de Rollin, ou peut lire “Histoire des Empereurs par Crevier, 12 volumes.” Or, dans une note dictée, en 1817, à Sainte-Hélène, au général Gourgaud, Napoléon disait : “Il faudrait envoyer…. Histoire des Empereurs de Crevier. On a 11 volumes. Le 7° manque.” Ce 7° volume qui manquait à Sainte-Hélène, que l’Empereur réclamait, n’y avait pas, en effet, été envoyé; il était resté en France et, de son côté, comme le Rollin,il a été retrouvé sur les quais il y a plusieurs années.

     Saint-Denis, dit Ali, chasseur et bibliothécaire de l’Empereur à Sainte-Hélène, avait, en dehors de ces livres apportés de France, tous reliés aux armes, la garde des ouvrages qui furent envoyés d’Angleterre depuis 1816 jusqu’en 1821. Ceux-ci étaient tous brochés. De ces deux catégories de livres, les uns furent marqués d’un cachet, timbre humide, informe et illisible comme celui du Rollin, les autres d’une empreinte à la cire où l’on distinguait vaguement les armes impériales. En outre, les livres brochés, au moins ceux qui firent partie des derniers envois et notamment de celui du 12 mars 1821, portaient, les uns, ces mots sur la couverture :

Napoleon from E. V. Holland, by permission of Lord Bathurst.

D’autres, ceux-ci :

Napoleon from E. V. Holland, by Lord Bathurst’s permission.

     Lady Elisaheth Vassall, femme d’Henry Richard Holland, partageait l’admiration de son mari pour l’illustre captif. Dans sa délicatesse féminine, elle pensa que des livres seraient pour lui la plus précieuse des distractions. Elle ne se trompait pas. Napoléon lui en témoigna sa reconnaissance en lui léguant par son testament le camée antique qu’il avait reçu du pape Pie VI, après la signature du traité de Tolentino. Les livres, envoyés ainsi d’Angleterre, – à l’exception toutefois d’une Bible souvent réclamée par Napoléon, – étaient surtout des actualités. Les livres reliés, apportés de France, étaient ces ouvrages que nous connaissons et qui composaient le fond des bibliothèques de voyage : Polybe, Tacite, Corneille, Racine, Voltaire, Rollin, Crevier, etc. Les compagnons de la captivité Las Cases, Montholon, Gourgaud, parlent constamment des lectures qu’on en faisait chaque soir ; Quelques-uns, comme le Rollin, sont annotés de la main de l’Empereur mais ils forment l’exception.

     Les ouvrages brochés, au contraire, par leur actualité même, provoquent plus la contradiction impériale.
      Je citerai, dans cet ordre d’idées, les principes de Stratégie par l’archiduc Charles : 3 volumes renvoyés par l’Empereur au Comte Bertrand, avec quelques mots de sa main sur chacune des couvertures.
      Je parlerai encore de deux volumes de cette série qui se trouvent aujourd’hui à la bibliothèque de Sens, à laquelle ils furent légués par Saint-Denis. Ce sont les Mémoires pour servir à l’histoire de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en 1815, par Fleury de Chaboulon. Sur la première page du premier volume, l’Empereur a écrit : “On doit regarder comme d’invention pure les discours et propos que l’on prête à l’Empereur Napoléon ; l’auteur le fait parler et penser selon ses propres opinions et selon les dires des jeunes gens du premier salon de service.”      Et plus bas (page 14), en face d’un passage consacré à Davout, Napoléon ajoute : “Jeune homme, vous vous reprocherez toute votre vie cet ouvrage où vous compromettez tant de pères de famille et calomniez tant de grands et illustres citoyens.”

     Ces livres brochés étaient, on le voit, les plus intéressants et, cependant, c’est de ceux-là que l’Empereur se souciait le moins. Est-ce parce que les ouvrages reliés lui rappelaient les heures brillantes de son règne? Est-ce parce qu’il préférait, en artiste, les belles éditions de Trianon à la médiocrité des actualités? Est-ce parce que celles-ci lui arrivaient par l’intermédiaire exécré d’Hudson Lowe, comme s’il avait le pressentiment que son geôlier aurait l’odieuse prétention de les réclamer après sa mort?
      Quelle qu’en soit la raison, il est certain que Napoléon n’attachait d’importance qu’aux volumes reliés. Quand Gourgaud partit, en 1818, il fut autorisé à emporter quelques ouvrages brochés, tandis qu’il dut rendre les livres armoriés qu’il avait mis dans ses bagages. Du reste, dans son testament, Napoléon ne s’est occupé, pour les léguer à son fils, que des livres qui étaient reliés à ses armes et encore n’en indiqua-t-il que 400 sur les 588 qui venaient de France.
      On a vu, par l’histoire du Rollin, que cette clause du testament fut religieusement exécutée, puisqu’après la mort du Duc de Reichstadt, ce volume passa successivement entre les mains de Madame Mère et de la reine Caroline.
      Quant aux autres, c’est-à-dire les livres brochés, les uns furent vendus en Angleterre, en 1823 ; Les seconds, comme la Bible, furent restitués à la France sous le second Empire on les plaça malheureusement à la bibliothèque du Louvre où ils furent brûlés lors de l’insurrection de 1871 ; D’autres enfin, ceux de Sens par exemple, furent partagés entre les compagnons de la captivité.

     Je dois dire, cependant, pour être tout à fait exact et complet, qu’un Polybe armorié resta la propriété du valet de chambre Archambault : celui-ci en avait fait don au comte Rapetti, secrétaire de la commission de publication de la Correspondance de Napoléon 1er. Le prince Bibesco, qui subvint aux derniers besoins du comte Rapetti, est peut-être aujourd’hui, – et ce serait justice, – le propriétaire de ce volume précieux. – Telle est, aussi complète que possible, je crois, l’histoire des bibliothèques personnelles de Napoléon. Elle m’a été maintes fois racontée par M. Louis Barbier, le digne et vénérable fils du bibliothécaire de l’Empereur. De plus, M. Barbier m’a communiqué ou donné la plupart des pièces auxquelles je me suis référé dans cette étude et ses descendants m’ont, à leur tour, témoigné la même confiance et une égale sympathie.
      On voit que Napoléon qui n’avait jamais négligé la lecture des grands auteurs, même aux heures les plus occupées de sa toute puissance, leur resta fidèle sur le rocher de Sainte-Hélène. Les grands historiens, les grands poètes, les philosophes et les écrivains contribuèrent à adoucir l’amertume de l’exil, à charmer les dernières heures de cette grande existence. Et c’est ainsi que les livres méritèrent une fois de plus, – et plus que jamais peut-être, – l’éloge qu’on en a fait à toutes les époques, en les appelant des consolateurs et des amis qui ne trompent jamais.

VENDOME
IMPRIMERIE F. EMPAYTAZ

La Route Napoléon à Cheval

http://www.crte-de-provence.fr/mes-itineraires.html

NapoléonLogo de la route Napoléon débarqua à Golfe Juan le 1er Mars 1815 avec un bon millier d’hommes armés, quelques chevaux et quelques canons mais la troupe se renforça tout le long du parcours. L’Empereur voulut éviter les grandes villes royalistes. Il choisit Golfe Juan car en l’an X (1801-1802), il avait ordonné que l’on rende praticable, pour les voitures à cheval, un chemin allant de Grasse à Sisteron. En fait, le chemin était tracé mais pas terminé.
La Route Napoléon à Cheval©, c’est un parcours de 350 km sur les traces de L’Empereur, entre Grasse et Vizille (Grenoble). Elle traverse quatre départements. Nous vous proposons de retrouver ici cet itinéraire équestre découpé en plusieurs tronçons.

Carnet de route

Par ailleurs, nous vous invitons à télécharger une présentation générale de la Route Napoléon à cheval©(avec traduction en anglais) qui contient de nombreuses informations pratiques comme des listes détaillées des hébergements ou des vétos…

Télécharger LE CARNET DE ROUTE en cliquant sur ce lien

PresentationRouteNapoleon1- La Route Napoléon à Cheval© dans les Alpes Maritimes

C’est un itinéraire de 40 km de de Grasse à Peyroules. L’altitude varie de 531 m à 1 228 m. Le dénivelé maximum est de 24 %. La moyenne montagne représente 60 % du parcours.

Vous pouvez télécharger cet itinéraire en format GPX ici

2 – La Route Napoléon à Cheval© dans les Alpes de Haute-Provence

C’est un itinéraire de 140 km de Peyroules à Sisteron. L’altitude varie de 425 m à 1 245 m. Le dénivelé maximum est de 20 %.La moyenne montagne représente 60 % du parcours.

Vous pouvez télécharger cet itinéraire en format GPX ici

3 – La Route Napoléon à Cheval© dans les Hautes Alpes

C’est un parcours de 126 km de de Sisteron à Corps. L’altitude varie de 277 m à 1 141 m. Le dénivelé maximum est de 17 %. La Moyenne Montagne représente 22 % du parcours.

Vous pouvez télécharger cet itinéraire en format GPX ici

4- La Route Napoléon à Cheval© dans l’Isère

C’est un itinéraire de 63 km de Corps à Vizille. L’Altitude varie de 497 m à 1 709 m. Le dénivelé maximum est de 24 %. La Moyenne Montagne représente 20 % du parcours.

Vous pouvez télécharger cet itinéraire en format GPX ici

 

 

 

NBB

Les gens ne lisent plus, ils survolent et du haut du ciel, ils pensent savoir comme si cet éloignement de la réalité pouvait les rapprocher de la sapience connaissance. Comme si le présent pouvait comprendre le passé sans passer par l’écoute des anciens. De cette réflexion est née la page NBB qui compose et qui crée avec les techniques du présent des images qui se racontent ou qui racontent selon le temps que la personne prendra le soin d’y consacrer. Il n’est point nécessaire d’en rajouter de peur de lasser… Jacques JANSSENS

NBB

Le retour des cendres
Le retour des cendres

“Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé.” (Testament de Napoléon le Grand)

l'ombre de napoléon

Escadron Napoléon

Uniforms by LepicP1010236

“Après l’abdication de l’Empereur, la quasi-totalité du corps regagne la Pologne à l’exception d’un escadron sous le commandement de Jerzmanowski qui accompagne Napoléon sur l’île d’Elbe et charge aux côtés des lanciers rouges à Waterloo. Cet escadron est définitivement dissous le 1er octobre 1815.”

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lanciers_polonais_de_la_Garde_imp%C3%A9riale

La cavalerie est composée des chevau-légers polonais, auxquels se sont joints quelques chasseurs à cheval et mameluks (5 cavaliers, 2 sous-officiers et le lieutenant Séraphin). Le major commandant Jerzmanowski, grand seigneur, d’une “haute supériorité” forme deux compagnies : une compagnie montée de 22 chevaux, capitaine Schultz, bon géant de six pieds neuf pouces; une compagnie de 96 chevau-légers démontés, commandés par le capitaine Balinski, jeune officier de 30 ans, au service de la France depuis 1807, blessé à Wagram, légionnaire en 1813; 35 de ses braves ont versé leurs chevaux aux écuries de l’Empereur et sont mis à la disposition du capitaine Cornuel, de l’artillerie de la Garde, déjà à la tête de 43 canonniers. L’escadron reçoit un étendard aux couleurs de l’île d’Elbe; taffetas de soie à fond blanc barré en diagonale d’écarlate. Sur la barre écarlate de 20 cm de large il y a trois abeilles brodées en soie jaune de 13 cm de large sur 9 cm de haut. On lit sur le blanc l’inscription brodée en soie cramoisie : “Chevau-légers polonais, Escadron Napoléon” et de l’autre côté l’N couronné brodé en soie jaune, dont la forme caractérise l’équipement des chevau-légers-lanciers de la Garde. L’Empereur met la cavalerie sous les ordres du “chef d’escadron Roul”.P1010237
Hampe peinte en spirales blanches et cramoisies terminée par une pique simple. Il est possible que cet étendard de dimensions 58 cm x 58 cm ait eu une frange à l’origine. Cravate formée par deux bandes cramoisies et blanches ornées à l’extrémité inférieure de trois abeilles et d’une frange, cordons et glands. (H. LACHOUQUE et P. CHARRIE)
Les lanciers polonais et assimilés sont casernés au Fort du Faucon tandis que leurs officiers se trouvent en logés en contrebas des Mulini. L’étendard se trouve conservé au musée de l’Armée à PARIS (Claude Gaubert et Miguel Moutoy)

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Uniforms by Lepic

le “bataillon Napoléon”, garde de l’Empereur sur l’île d’Elbe.  http://passionnapoleon.xooit.com/t507-Bataillon-Napoleon.htm

Lanciers polonais de la Garde impériale

“Le bataillon Napoléon, aux ordres du chef de bataillon Malet, comprend un état-major et six compagnies, en tout, 607 grenadiers et chasseurs de Vieille Garde. Le bataillon reçoit un drapeau sommé d’une aigle, et dont la tablier est blanc traversé diagonalement d’une bande rouge portant trois abeilles d’or. La cavalerie est composée des chevau-légers polonais, auxquels quelques chasseurs à cheval et mameluks, 5 cavaliers, 2 sous-officiers et le lieutenant Séraphin, se sont joints. Le major commandant Jerzmanowski, grand seigneur, d’une “haute supériorité” forme deux compagnies : une compagnie montée de 22 chevaux, capitaine Schultz, bon géant de six pieds neuf pouces; une compagnie de 96 chevau-légers démontés, commandés par le capitaine Balinski, jeune officier de 30 ans, au service de la France depuis 1807, blessé à Wagram, légionnaire en 1813; 35 de ses braves ont versé leurs chevaux aux écuries de l’Empereur et sont mis à la disposition du capitaine Cornuel, de l’artillerie de la Garde, déjà à la tête de 43 canonniers…. La “compagnie Napoléon” est formée de 21 marins de la Garde…Ce corps de la Garde en miniature est placé sous la haute autorité du général Cambronne…Le général Drouot est gouverneur de l’Île…”

Source : “Napoléon et la Garde Impériale” par le cdt Henry Lachouque.

LE SERGENT DE LA VIEILLE GARDE ET LE GARDE DU CORPS PAR M…

les grenadiers de la vieille garde en 1815, plus précisément les 100 jours.

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LE SERGENT DE LA VIEILLE GARDE ET LE GARDE DU CORPS PAR M…(Bibliothèque Nationale de France)

Titre : Le Sergent de la vieille garde et le garde du corps ; par M…..
Éditeur : Charles (Paris)
Date d’édition : 1814
Contributeur : M…..
Sujet : France (1814-1815)
Droits : domaine public

LE GARDE DU CORPS.
CAMARADE, je vous vois parmi nous avec plaisir. Donnez-moi la main : oublions qu’il fut un temps où nous étions divisés d’intérêt.

LE SERGENT.
De tout mon cœur ? Moi, je suis sans rancune, et pourvu qu’on ne trouve pas mauvais que je dise du bien de l’Empereur, je serai le meilleur enfant du monde.

LE GARDE DU CORPS.
Toujours l’Empereur ! Mais, dire du bien de Bonaparte, c’est paraître le regretter : c’est une sorte de rébellion contre le gouvernement

LE SERGENT.
Que le gouvernement nous paie, et qu’il nous laisse parler sans rien craindre : tout en vantant les belles campagnes de l’Empereur, nous boirons à la santé de Louis XVIII.

LE GARDE DU CORPS.
À quelle santé avez-vous bu aujourd’hui, mon camarade ?

LE SERGENT.
À celle du Roi, ventrebleu!…. C’est un brave homme ; il veut le bien, mais il a autour de lui des gens rusés, avides, ennemis du peuple, qui ne pensent qu’à eux, et qui le trompent… Nous le plaignons, car il lui est impossible de tout voir par lui-même…. Ah, qu’il ait en nous de la confiance, ce bon prince, qu’il nous le prouve, et la vieille garde, franche, loyale, remplie d’honneur, sera le plus ferme appui de son trône.

LE GARDE DU CORPS.
Et vous renoncez de bonne foi à Buonaparte?

LE SERGENT.
C’est lui qui nous a abandonnés, mais je l’ai pardonné : il a voulu éviter de mettre en France la guerre civile ; ce seul bienfait lui donne des droits à notre reconnaissance…D’ailleurs, Bonaparte restera où il est; il ne voudra pas détruire son propre ouvrage: il saura résister aux séductions de nos ennemis, qui voudraient le faire servir à leurs desseins ambitieux; il ne hasardera pas sa gloire passée, son bonheur présent, pour jouer un rôle subalterne, et courir de nouveau les chances de la guerre, encore pour qui et avec qui?….

LE GARDE DU CORPS.
Vous parlez d’or, mon camarade ; écoutez-moi : Dioclétien , empereur de Rome, ayant abdiqué l’empire, passait ses jours dans une belle campagne où il se trouvait heureux ; Maximien, son collègue, qui avait abdiqué avec lui, s’en étant repenti dans la suite, lui écrivit pour l’engager à reprendre la couronne ; voici la réponse de Dioclétien : « Mon ami, venez voir les belles laitues que j’ai plantées dans mes jardins de Salone. »

Grenadiers à pied et à cheval de la vielle garde, Garde impériale 180911996950_1481725405484986_306075813_n

LE SERGENT.
C’est cela même… Qu’on est heureux d’avoir tant d’esprit!… L’Empereur dira à ceux qui voudront le leurrer de belles promesses : Venez voir les superbes monuments que j’élève dans mon île, les terres que je défriche, les mines que j’exploite, le commerce que je ravive, le peuple que je civilise qui m’aime, qui me bénit, et renoncez à l’espérance de me revoir jamais, au milieu de vos bataillons, bouleverser le monde pour vos intérêts ; trompez-vous les uns les autres, trahissez-vous, égorgez-vous , quant à moi, je veux jouir des douceurs de la paix que je vous ai donnée par ma retraite, je veux aussi vous prouver que j’étais digne de régir un grand État.

LE GARDE DU CORPS.
Est-ce Bacchus qui vous rend si éloquent, mon, camarade? Vous parlez, ma foi, comme un livre!

LE SERGENT.
(Frappant sur sa poitrine). C’est mon cœur qui m’inspire… J’ai fait la guerre sous Bonaparte, j’ai reçu nombre de blessures, obtenu un peu de gloire et la croix… Celui qui me l’a donnée comme une marque de son estime, mon général enfin, ne doit attendre de moi qu’attachement, respect et reconnaissance.

LE GARDE DU CORPS.
Fort bien ! ? Pendant ces longues années, vous avez été témoin de brillantes actions de la part de Buonaparte ?

LE SERGENT.
Comme vous le dites, jeune homme. Lorsque j’ai commencé à servir, mes moustaches paraissaient à peine, c’était en 1796, à l’ouverture de la célèbre campagne d’Italie ; déjà la victoire s’attachait au char modeste du général Bonaparte….

LE GARDE DU CORPS.
(L’interrompant) Supprimez les épithètes, mon camarade; vous n’y êtes pas heureux : modeste! En vérité, Vous vous moquez de l’Empereur

Fusilier-Grenadier de la Garde Impériale 1809Fusilier-grenadier Garde Impériale

LE SERGENT.
Je parlerai à ma manière, ou je me tairai tout à fait ; point de milieu… Ne m’échauffez pas les oreilles…! La paix n’est pas tellement cimentée entre nous qu’elle ne puisse bien se rompre. Je continue : les champs de Montélésimo, où Bonaparte fit prisonnier le général Provera, ceux de Montenotte, furent les premiers témoins de sa valeur. À Millésimo, il fit mordre la poussière à deux mille cinq cents Austro-Sardes, et leur prit huit cents hommes ; le même jour, à Dégo, il mit l’armée ennemie en déroute ; et la citadelle de Mondovi, qui voulait résister, tomba en son pouvoir. Après cette belle expédition, le général passa le Pô avec son armée triomphante, et donna à Lodi de nouvelles preuves de son ardent courage ; bravant le feu de l’ennemi, il avance sous la mitraille, le combat s’engage, le général Beaulieu s’enfuit, nous sommes vainqueurs !….

LE GARDE DU CORPS.
Combien de Français restèrent sur le champ de bataille ?

LE SERGENT.
Je ne m’en souviens pas. Mes frères d’armes morts excitaient mon émulation, non ma pitié : celui qui expire après la victoire ne regrette pas la vie ; il est quitte envers l’honneur.

LE GARDE DU CORPS.
Quelle gloire y a-t-il de vaincre une poignée de soldats avec une armée vingt fois plus forte?

LE SERGENT.
Monsieur le Garde du Corps, vous vous oubliez…. Si vous voulez rapporter les calomnies débitées contre l’Empereur, placez-les au moins de manière qu’il y ait apparence de vérité. Bonaparte a eu recours à la conscription lorsque l’Europe, effrayée de son audace, s’est levée tout entière contre lui… Encore une fois, mesurez vos termes, car il pourrait vous en coûter cher d’insulter mon général. Je poursuis ; point de réflexions déplacées, s’il vous plaît. Vous n’étiez qu’à la lisière, jeune homme, et déjà je soutenais l’honneur des armes françaises. L’Autriche se souvient encore de Salo, Lonado, Castiglione, Roveredo entendit tonner l’airain ; Trente, Bassano, Saint-Georges, furent témoins de la défaite de l’ennemi, qui fut contraint de se sauver dans Mantour.

LE GARDE DU CORPS.
Et toutes ces villes, qui ont coûté tant de sang aux Français, sont rentrées au pouvoir de l’Autriche ?….

LE SERGENT.
C’est le sort de la guerre.

LE GARDE DU CORPS.
Vous ne parlez point de vos propres exploits; c’est bien vous qui êtes modeste ; car, nul doute que, dans toutes ces campagnes, vous n’ayez couru de grands dangers.

LE SERGENT.
Sous le général Bonaparte, on n’obtenait pas la croix en se cachant sous, l’affut d’un canon…. Pendant les guerres d’Italie, je n’ai pas quitté l’Empereur ; j’ai été assez heureux pour recevoir quelques coups de fusil qu’on lui destinait, et pour écarter avec mon sabre des téméraires qui osaient en vouloir à sa vie..,. Pour me récompenser, le général m’a réservé l’honneur des entreprises périlleuses ; il m’a confié des postes d’une haute importance, et j’y ai fait mon devoir ; c’est tout ce que je puis dire. À Arcole, j’accompagnai Bonaparte lorsqu’il électrisa sa troupe par un trait de bravoure ; j’ai tenu ma place dans les journées des 20, 22, 23, et 26 ventôse en 5 (1797), où Bonaparte a battu l’armée impériale, aux ordres du prince Charles qui faillit être pris.

LE GARDE DU CORPS.
Tout va bien ! Poursuivez. ..

LE SERGENT.
La prise de Mantoue mit fin à la campagne d’Italie, dans laquelle l’armée française remporta la victoire dans quatorze batailles rangée et soixante-dix combats, fît plus de cent-mille prisonniers, prit à l’ennemi cinq-cents pièces de canon de campagne, deux-mille de gros calibre et quatre équipages de pont… L’année suivante (1798), Bonaparte fut cueillir de nouveaux lauriers dans une autre partie du monde.

LE GARDE DU CORPS.
Oui, en Égypte. Je me rappelle un couplet que l’on fit circuler alors, sur l’air : Femmes, voulez-vous éprouver ? « Que de talents jetés à l’eau, et que de fortunes perdues! Que de gens courent au tombeau, pour porter Bonaparte aux nues ! Ce guerrier vaut son pesant d’or, en France personne n’en doute ; mais il vaudrait bien plus encore, s’il valait tout ce qu’il nous coûte. »

LE SERGENT.
Encore une malice; mais je vous passe celle-là, faveur du couplet.

LE GARDE DU CORPS.
Fûtes-vous le compagnon des citoyens Monge, Bertholet, Berthier, Marmont, Desaix, Andréosi, Kléber, Menou, etc.?

LE SERGENT.
Non ; je suis resté en France. Mais lorsque du fond de l’Égypte, et malgré la vigilance des tyrans des mers ; le héros vola au secours de la France et de l’Italie, je rentrai dans les rangs pour servir sous ses ordres. Nommé premier Consul, Bonaparte se rend à l’armée de réserve. Le général méditait alors de grandes opérations… En Bourgogne, il passe l’armée en revue ; il la dirige vers la Suisse, et se dispose à de nouveaux triomphes. En vain les obstacles se présentent en foule, il sait les surmonter. Tout est génie dans ce qui l’accompagne : ce n’est pas l’espoir des récompenses qui donne du courage aux quatre-vingt-quatrième et quatre-vingt-seizième demi-brigades ; elles les refusent…On arrive au mont Saint-Bernard, où les chevaux ne peuvent servir : artillerie, munitions, bagages, tout est hissé à force de bras au haut du mont; Bonaparte a passé les Alpes ; Milan, rentre au pouvoir des Français ; l’Italie est reconquise, et le consul fait chanter le Te Deum.

LE GARDE DU CORPS.
Je vous vois d’ici gagner la bataille de Montebello, celle de Maringo, etc., etc. L’armée française fait des prodiges de valeur; enfin, la paix de Lunéville assure notre existence politique et la tranquillité des nations libres…N’ayant plus d’inquiétude du côté de l’Autriche, Buonaparte envoie près les cours du Nord des militaires ; sages et distingués ; des relations amicales se forment entre la Russie, la Suède, le Danemark, la Porte et la France. Le roi de Sardaigne consent à rester à Cagliari ; celui de Naples recouvre son autorité royale ; la cour de Rome reprend sa splendeur ; la Prusse, le nouveau roi d’Etrurie, la république Cisalpine, la Hollande, l’Espagne, la Suisse et la Ligurie sont alliés à la France ; enfin l’Angleterre et le Portugal restent seuls en guerre avec la république, et Buonaparte emploie autant de force et de sagesse pour les amener à la paix.

LE SERGENT.
(Il frappe des mains.) Bravo ! Bravo ! Que je vous embrasse, mon officier; votre esprit m’enchante ! Parbleu! Voilà un tableau de main de maître !

LE GARDE DU CORPS.
Voulez-vous que je poursuive?

LE SERGENT.
Si je le veux ? Je vous en prie même : j’ai un trop grand plaisir à vous entendre.

LE GARDE DU CORPS.
Depuis la paix de Lunéville, en 1801, paix douteuse due à ces guerres d’Italie, où vous avez rêvé de si belles choses, l’Europe a bien changé de face… À cette époque, la ville de Paris voulut élever un arc de triomphe, comme un gage de sa reconnaissance et de son attachement pour le premier consul ; Buonaparte fit cette sage réponse aux députés du conseil général : (écoutez bien!) « J’accepte l’offre du monument que vous voulez m’élever…. Laissons aux siècles futurs le soin de le construire s’ils ratifient la bonne opinion que vous avez de moi… » Qu’est devenue depuis cette modération qui caractérisait le grand homme ? Elle a disparu entièrement.

LE SERGENT.
Je vous vois venir… Vous allez me montrer le revers de la médaille… Souffrez auparavant que je parle encore un peu en faveur de mon héros : en 1802, lorsque Bonaparte venait de faire la paix de la France avec l’Angleterre, le Sénat en corps, voulant lui donner un témoignage de la reconnaissance publique, le réélu consul pour dix ans. La manière dont il s’exprima alors est aujourd’hui digne de remarque ; j’en ai pris note ; je vais vous lire ce curieux passage : « Considérant que dans les circonstances où se trouve la République, il est du devoir du Sénat d’employer tous les moyens que la Constitution a mis en son pouvoir pour donner au Gouvernement la stabilité qui seule multiplie les ressources, inspire la confiance au dehors, rassure ses alliés, décourage les ennemis secrets, écarte les fléaux de la guerre, permet de jouir des fruits de la paix, et laisse à la sagesse le temps d’exécuter, tout ce qu’elle peut concevoir pour le bonheur d’un peuple libre. Considérant, de plus que ce magistrat suprême qui , après avoir conduit tant de fois les légions républicaines à la victoire, délivré l’Italie, en Europe, en Afrique, en Asie, et rempli le monde de sa renommée, a préservé la France des horreurs de l’anarchie qui la menaçait, brisé la faulx révolutionnaire, dissipé les factions, éteint les discordes civiles et les troubles religieux, ajouté au bienfait de la liberté ceux de l’ordre et de la sécurité, hâté le progrès des lumières, consolé l’humanité, et pacifié le continent et les mers, a le plus grand droit à la reconnaissance de ses concitoyens, ainsi qu’à l’admiration de la postérité…»

LE GARDE DU CORPS.
Pure flatterie que tout cela…. Mais je veux qu’alors Bonaparte méritait ces éloges. Voyons si la suite de sa vie politique répond à de si beaux commencements. Écoute-moi; je vais parler en votre nom, et parcourir rapidement un espace de douze années : nous faisons à l’Espagne la guerre la plus injuste qui fût jamais, nous sommes battus ; la conquête de la Pologne ranime nos espérances. Suivant le cours de nos prospérités, nous allons à Moscou ; le vent du nord nous chasse…. Gelés, battus, mourants, nous voilà de retour… La honte, la vengeance nous font reprendre les armes : Dresde nous échappe ; Leipsick voit nos fautes et nos malheurs… Après avoir sacrifié en onze mois un million de Français, le héros rentre en France, où les ennemis le suivent l’épée dans les reins ; la capitale est menacée, il l’abandonne; et, sans se mettre en peine de ces braves guerriers qui, sous ses ordres, ont hasardé leur vie dans les combats, Bonaparte , ce chef habile, quitte la partie, traite avec les alliés, et fait très bien ses affaires… Mais d’où vient ce soupir ?

LE SERGENT.
(Il se frappe le front.) Ingratitude, trahison, scélératesse, l’Empereur a tout éprouvé!.. Son malheur même nous le rend plus cher !… C’est dans ces campagnes désastreuse que nous avons le plus admiré sa valeur : soldat intrépide, grand capitaine, il était partout; bravant la mort, nous l’avons affrontée, affronter plus grands périls pour fixer la fortune qui l’abandonnait, hélas! Sans retour.

LE GARDE DU CORPS.
Mon cher camarade, j’aime en vous ce zèle qui vous anime en parlant de votre général, et je vous estime d’autant plus , que vous lui êtes très attaché ; mais Bonaparte n’est plus votre Empereur, et Louis XVIII mérite seul vos respects et vos hommages. Sous ce bon roi, vous allez jouir des douceurs de la paix, bien préférables aux horreurs de la guerre ; profitez des leçons d’une longue expérience; elles vous ont assez coûté. Homme d’honneur vous ne voudrez pas porter atteinte à la tranquillité publique, manifestant une opinion que les honnêtes gens, que les paisibles citoyens ne sauraient, et votre conduite tendra à ramener le calme dans l’esprit de vos camarades, c’est mon espoir.

LE SERGENT.
Oui., vous me rendez justice ; je serai fidèle à mon roi ; je maintiendrai l’ordre et la discipline dans mon corps par une entière soumission à mes chefs ; enfin, je donnerai l’exemple d’un dévouement parfait à ma patrie, mais je dirai toujours du bien de Bonaparte.

DE L’IMPRIMERIE DE CHARLES, RUE DAUPHINE, N°. 36

Nietzsche et Napoléon : la fiction dans l’Histoire

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Nietzsche et Napoleon : la Fi ction dans l’Histoire – Laurent Mattiussi
To cite this version:Laurent Mattiussi. Nietzsche et Napoleon : la fiction dans l’Histoire. Bruno Bethouart.Napoleon, l’Europe et Boulogne, May 1998, France. 2 (1), pp.117-128, Les Cahiers du Littoral.

Napoléon a exercé sur la pensée de Nietzsche un charme puissant. Malgré les résistances du rationalisme, la marque de la fiction est nette dans le portrait fragmentaire que Nietzsche dresse de la grande figure historique au fil de ses livres. Bien que Nietzsche n’ait pas fait de Napoléon un absolu — au mieux une lointaine approximation du surhomme –, en tant que fiction, symbole, fantasme ou symptôme, la figure de Napoléon est dans l’œuvre de Nietzsche un signe surdéterminé : elle concentre en elle un réseau de motifs que l’on examine sous l’angle double de la cruauté et du nomadisme : Napoléon paraît sur le grand théâtre nietzschéen comme le type viril suprême, l’aventurier et le conquérant, promoteur du sentiment européen, par delà les particularismes étriqués des nations.

Napoléon a exercé sur la pensée de Nietzsche un charme puissant

S’interroger sur cette emprise oblige à s’aventurer dans la proximité du mythe. Ernst Bertram, dont le livre sur Nietzsche porte le sous-titre : Essai de mythologie, consacre un chapitre à lafigure de Napoléon dans l’oeuvre du philosophe. Jean Tulard situe dans un contexte général la contribution apportée par Nietzsche au mythe de Napoléon. Le souci de l’objectivité n’est pas de mise quand il s’agit d’entrouvrir les arcanes de l’imaginaire et du rêve : ici, Napoléon s’estompe en tant que personnage historique et se révèle sous un jour qui manifeste son suprême empire, celui de l’imagination, ainsi que le suggère Paul Valéry. « Napoléon savait mieux que personne que son pouvoir, plus encore que tous les pouvoirs du monde ne le sont, était un pouvoir rigoureusement magique, — un pouvoir de l’esprit sur des esprits, — un prestige. »  Valéry entend le terme au sens du latin praestigiae : les fantasmagories, les illusions, les mirages de l’imagination et il rejoint Pascal faisant observer que « cette superbe puissance […] remplit ses hôtes d’une satisfaction bien autrement pleine et entière que la raison » . Nietzsche a été comblé par Napoléon, fût-ce au prix de le réinventer, de substituer à la réalité un fantasme ou plutôt une fiction. « La tâche de l’histoire », affirme-t-il, a fortiori celle du philosophe et du poète de premier ordre qu’il fut lui-même, n’est pas de traquer les faits, mais de « constamment susciter et soutenir l’éveil de la grandeur » . Mécontent de l’Allemagne moderne, qui exhibe à ses yeux le spectacle public de sa petitesse, Nietzsche célèbre a posteriori la miraculeuse grandeur qui avait surgi avant sa naissance en la personne de Napoléon.

Entre scepticisme et fascination : Napoléon, un signe surdéterminé.

La voie est tracée dès les premiers livres. « Ma tâche consiste à mettre en lumière ce que nous serons obligés d’aimer et de vénérer toujours […] : le grand homme », les individus d’exception, « les grands héros d’une époque, ceux qui marchent seuls » , les « fortes natures exemplaires, dans lesquelles les fantasmes s’engendrent à nouveau » , pour la création de valeurs neuves. En Napoléon, un fragment posthume découvre « la passion des nouvelles virtualités de l’âme,l’élargissement de l’âme » . Dans la lignée du romantisme, Nietzsche a le souci de l’individualité supérieure, apte à entraîner derrière elle l’humanité en vue d’un destin digne d’elle. S’attachant au héros tragique, le jeune philosophe évoque « l’élan titanesque, ce besoin de se faire en quelque sorte l’Atlas de tous les individus et de lesporter toujours plus haut et plus loin sur ses vastes épaules » . Napoléon n’est pas encore mentionné mais il viendra occuper, dans les ouvrages ultérieurs, la place qui lui est ici assignée d’avance, en compagnie du génie et du saint, de tous les précurseurs sur la voie d’un dépassement. Le saint est aux yeux de Nietzsche un idéal périmé, condamné par le déclin du christianisme, mais le philosophe est sensible au prestige de cette figure qui a indiqué pendant des siècles la direction des sommets vers lesquels l’humanité était conviée à tendre. « Ce qui donne sa valeur au saint dans l’histoire universelle, ce n’est pas ce qu’il est, mais ce qu’il signifie aux yeux des autres, les non-saints.» La réalité, le fait ne comptent pas au regard du sens, de la valeur posés par l’individu supérieur et qui s’adressent secrètement en tout homme à ses aspirations les plus élevées. Le saint « signifiait quelque chose qui était censé dépasser la mesure humaine ». Ce fut une erreur de lui attribuer une « nature étrangère, surhumaine : maisc’est justement ce qui lui a valu cette force extraordinaire avec laquelle il a pu s’emparer de l’imagination d’époques et de peuples entiers. » Il importe peu que le modèle soit le produit d’une illusion, pourvu qu’il ouvre la voie d’une avancée décisive.
Étendue au grand homme et transposée au cas de Napoléon, cette réflexion peut justifier la constitution du mythe. Même si ou parce que la figure grandiose de Napoléon telle qu’elle hante les imaginations est une fiction, elle agit sur les esprits comme un moteur du vrai progrès humain, aux antipodes de la caricature dérisoire qu’en offre la civilisation européenne moderne, vouée à la médiocrité de la sécurité et du bien-être, engloutie dans la « vulgarité utilitariste » par la préoccupation quasi exclusive de l’enrichissement . Devenue par là incapable de donner à poursuivre le moindre rêve, elle ne saurait plus communiquer le courage de « mourir pour quelque chose de grand et d’impossible ». Que pouvait lire un romantique dans le regard du chef militaire en partance pour quelque vaine bataille sinon, selon le mot de Baudelaire dans Bohémiens en voyage, « le morne regret des chimères absentes », l’aspiration à ce que peut-être l’on trouvera ailleurs, toujours plus loin, dans un combat improbable ? En fut-il ainsi de Nietzsche ? Il a proclamé avec toujours davantage de vigueur son rejet du romantisme mais il n’est pas sûr qu’il ne soit pas resté jusqu’au bout, malgré qu’il en eût, marqué par l’imaginaire romantique, comme en témoignent les ambiguïtés, voire les contradictions parfois perceptibles à quelques paragraphes d’intervalle dans le même livre. Peut-être n’est-il pas excessif d’interpréter la persistance de sa fascination pour Napoléon comme le signe que Nietzsche n’est jamais parvenu à quitter définitivement l’espace romantique. Quoi qu’il en soit, ses dernières pages publiées récusent avec insistance toute complaisance envers quelque forme d’idéalisme que ce soit, notamment le « culte du héros » . L’homme supérieur, le surhomme ne sont pas des idéaux qu’il faudrait s’efforcer d’atteindre. Il s’agit d’être et de vivre intensément, de donner lieu en soi à une manifestation supérieure de la vie, et non de se soumettre à l’on ne sait quel devoir de tendre vers un but extérieur. Nietzsche connaît un seul impératif catégorique, emprunté à Pindare : « deviens ce que tu es ». Il s’agit de coïncider avec l’effusion de la vie et de la force en soi, non de se conformer à la représentation idéale d’un modèle lointain. Présentant Goethe comme « un réaliste convaincu », Nietzsche rappelle que « le grand événement de sa vie fut la rencontre de cet ensrealissimum qui s’appelait Napoléon. L’expression latine, empruntée à Spinoza, pourrait désigner une manifestation de l’absolu mais il faut d’abord la prendre au sens littéral : l’être le plus réel et le plus réaliste, le plus éloigné de toute idéalité. Un des derniers écrits mentionnera Napoléon comme le « plus grand des “réalistes” » . Aussi bien Nietzsche prend-il d’emblée ses distances vis-à-vis de la rhétorique et de l’hagiographie romantiques qui, à la suite de Goethe, érigent Napoléon en demi-dieu. Il conteste « la superstition du génie », le quasi délire qui dote le grand homme d’une « origine surhumaine ». Alors l’intéressé lui-même finit par « se prendre pour on ne sait quoi de surhumain », jusqu’au point où, sujet à l’illusion de ses dévots, il « croit à sa divinité ». Pour illustrer ce travers, Nietzsche évoque justement l’exemple de l’idolâtrie dont Napoléon a été l’objet . Il y revient dans un paragraphe d’Aurore, intitulé de façon significative Le culte des héros et ses fanatiques, où Napoléon est soupçonné d’avoir rendu possible au XIXe siècle la fabrication d’« un idéal fait de chair et de sang », quasi divinisé : « oui, peut-être est-ce même précisément lui qui a suscité dans l’âme de nos contemporains cette prostration romantique devant le “génie” et le “héros”, si étrangère à l’esprit du siècle des Lumières » . Il convient de ne pas négliger cette perspective critique quand on examine la signification que revêt la figure deNapoléon dans l’oeuvre du philosophe. La volonté de démystification va si loin dans Aurore que Napoléon y est classé parmi les « épileptiques », au même titre que quelques autres « représentants suprêmes du besoin d’action » . Nietzsche ne reconnaît en lui que des « qualités purement humaines », précisant toutefois qu’elles ont été capables de « s’élever à cette puissante unité qui le distingue de toutes les personnalités modernes » . La puissance, la force intérieure et spontanée qui rayonne dans la création de valeurs nouvelles, l’affirmation de soi, voilà ce qui fascine Nietzsche, alors que le thème de la volonté de puissance n’a pas encore paru sous sa plume. Napoléon sait tirer parti même de ce qui le dessert, ainsi le défaut de « parler mal ». En lui, « l’alliance de la puissance et de la génialité » éclate lorsque, avec un certain goût de la provocation, il exagère délibérément son travers au point de « parler plus mal encore qu’il ne le pouvait ». Il transmute ainsi, il sublime une infirmité en puissance supérieure : il montre par là « son goût de la domination » et « son esprit subtil ». Par son mépris des convenances sociales, il domine « sa propre exaspération » à se sentir inférieur aux autres sur ce point et la retourne en supériorité à l’égard des contingences extérieures : de la sorte, « il jouissait de son bon plaisir autocratique » . Le mot est lourd de sens mais ne doit pas être entendu comme une allusion au pouvoir de l’homme d’État. Nietzsche rêve l’avènement « d’une aristocratie nouvelle » , fondée non sur les privilèges de la naissance mais sur les qualités éminentes de l’individualité, sur l’affranchissement radical à l’égard de ce qui amoindrit l’homme, notamment les bons sentiments et la morale ordinaire, recours ultime du faible et de l’impuissant. Napoléon préfigure cette aristocratie. « Comme une dernière flèche indiquant l’autre chemin apparut Napoléon, le plus singulier, le plus tardif des hommes, et avec lui le problème incarné de l’idéal aristocratique en soi » . Son « origine plébéienne »  ne l’empêche pas de rester à part, au-dessus, singulier, ne fût-ce que parce que « l’art de commander » a surmonté chez lui « l’instinct grégaire de l’obéissance ». Aussi s’est-il montré apte à imposer sa volonté sans cette « mauvaise conscience » qui ronge les chefs modernes et les pousse à justifier par divers biais une autorité ressentie comme une entorse à l’égalité. Avec Napoléon s’est produite « l’apparition d’un maître absolu », le « plus haut bonheur auquel ce siècle ait pu atteindre », conclut Nietzsche, dans un élan qui ne laisse pas de donner à penser . Malgré les résistances du rationalisme, la marque de la fiction est nette dans le portrait fragmentaire que Nietzsche dresse de la grande figure historique au fil des livres. Il n’a cependant jamais fait de Napoléon un absolu, au mieux une très lointaine approximation du surhomme, que le Zarathoustra renvoie à un avenir inassignable. « Mais quant à être l’homme d’une exaltation unique, l’incarnation d’un état d’âme sublime — ce ne fut jusqu’à maintenant qu’un rêve, qu’une exaltante possibilité : l’histoire ne nous en donne point d’exemple certain. »  Napoléon est d’abord le signe indiquant que ce rêve, cette fiction, a effleuré furtivement la réalité avant de s’imprimer dans les esprits demeurés idéalistes comme une éventuelle direction à suivre. En tant que fiction, symbole, fantasme ou symptôme, la figure de Napoléon est dans l’oeuvre de Nietzsche un signe surdéterminé : elle rassemble, superpose et concentre en elle un réseau complexe de motifs et d’enjeux. Deleuze souligne que Nietzsche envisage la nature et l’histoire comme le lieu d’un conflit entre des forces qui s’affrontent pour conférer aux choses leur sens et leur valeur. On peut ajouter que ce champ de bataille est un théâtre où chaque force est incarnée par des personnages concrets. Sur cette scène, Napoléon est une figure centrale parce qu’il représente la puissance positive, l’antidote au « déclin », à « l’épuisement », à « l’affaiblissement des instincts » qu’il observe « chez nous, les hommes “modernes”, les Européens ». Dans un paragraphe du Gai Savoir, la figure de Napoléon est le point stratégique où viennent s’entrelacer quelques motifs essentiels de la pensée nietzschéenne. Il s’intitule Notre croyance à une virilisation de l’Europe . Nietzsche commence par dissocier Napoléon de la Révolution française. Plus qu’une distinction, il dessine une opposition. La Révolution incarne le sentimentalisme douceâtre de la fraternité, Napoléon la grandeur héroïque de la guerre. Si la Révolution inaugure le règne du bourgeois, Napoléon le renverse. « Ce sera donc à lui qu’un jour on reconnaîtra le mérite d’avoir restitué à l’homme en Europe la supériorité sur l’homme d’affaires et le philistin », qui ont besoin de la paix pour exercer leur négoce. Cette vigoureuse affirmation virile est dirigée contre les « idées modernes » en général, contre le christianisme, accusé de leur avoir donné naissance et d’en avoir assuré la propagation, contre tout ce qui, aux yeux de Nietzsche, est entaché d’une complaisante mollesse féminine . « Le mouvement démocratique est l’héritier du mouvement chrétien. »  L’accusation sera réitérée. « Le poison de la doctrine des “droits égaux pour tous”, — c’est le christianisme qui l’a répandu le plus systématiquement. »  Nietzsche reproche à l’égalitarisme démocratique, fondé sur « le dogme de l’“égalité des hommes” »  d’entraîner « un affaiblissement et une suppression de l’individu » . Il réduit l’homme au statut d’« animal grégaire » . Contre « la civilisation avec ses idées modernes » Nietzsche dresse Napoléon, qui « s’est affirmé par cette hostilité comme l’un des plus grands continuateurs de la Renaissance; c’est lui qui a ramené au jour tout un morceau de nature antique ». La Renaissance sera définie plus tard comme « l’inversion des valeurs chrétiennes; une tentative […] pour faire triompher les valeurs contraires, les valeurs aristocratiques. »  Contrairement à ce que pourrait laisser croire une lecture trop hâtive, Nietzsche exclut le « retour à la nature » romantique, qui supposerait « une marche en arrière »; il envisage à l’inverse « une montée vers la haute, la libre, la terrible nature, vers le terrible naturel, qui accomplit, comme en s’en jouant, d’immenses tâches, et qui a le droit de s’en jouer… Pour prendre un symbole :Napoléon » . Le philosophe confie après coup au chef militaire la direction de la guerre contre tout ce qu’il déteste dans l’Europe moderne. « Je suis belliqueux de nature, avoue Nietzsche. L’agression fait partie de mes instincts. »  Le lecteur s’en aperçoit : il a affaire à un polémiste auquel il arrive de s’abandonner à une violence extrême. Dans son oeuvre abondent les pages dirigées contre des opinions et des valeurs si communément reçues qu’elles en sont devenues quasi obligatoires. Insensible au scandale que ne peuvent manquer de susciter ses attaques contre les bien-pensants, Nietzsche use de la provocation, voire de l’inconvenance pour flétrir les idées modernes au regard d’un idéal d’affirmation de soi puisé surtout aux sources antiques. Sans se garder de l’outrance ni de la caricature, il glorifie Napoléon, de plus en plus souvent mentionné dans les derniers écrits, comme figure du grand combat, provisoirement différé mais toujours à venir, contre la dénaturation de l’homme occidental, victime de ses illusions religieuses, philosophiques et politiques.

Méchant

Napoléon en enfer -Antoine Wiertz

Il arrive que la silhouette martiale de Napoléon se profile à l’arrière-plan même s’il n’est pas nommé, ainsi dans une page sur les « institutions libérales ». Contre le « nivellement » et l’« abêtissement grégaire » qu’elles entraînent, Nietzsche avance que « la guerre est une école de liberté » parce que, dans ces circonstances terribles, on est « prêt à sacrifier des hommes à sa cause, sans s’en excepter soi-même » et que « les instincts virils, les instincts belliqueux et victorieux, ont le pas sur les autres instincts, par exemple, celui du “bonheur”. » Le danger surmonté et la destruction sont les conditions nécessaires au dépassement des limites. Alors peut se lever librement la puissance d’affirmation de l’individu souverain. La charge qui suit oppose implicitement la figure de Napoléon à ses adversaires fictifs. « L’homme affranchi, et à plus forte raison, l’esprit affranchi, foule aux pieds l’espèce de bien-être dont rêvent les boutiquiers, les chrétiens, les ruminants, les femmes, les Anglais et autres démocrates.L’homme libre est un guerrier. »  Sans s’arrêter à la provocation, on comprendra cet amalgame caustique dans la perspective de la dramatisation nietzschéenne : ce ne sont pas des individus réels qui sont rassemblés sur la scène mais les masques derrière lesquels se dissimulent les facteurs délétères à l’oeuvre dans le déclin de la civilisation européenne. La misogynie chronique de Nietzsche ne lui interdit pas de rendre hommage à telle femme admirable : lorsqu’il évoque « les femmes les plus puissantes, celles qui ont exercé la plus forte influence », le premier exemple qui lui vient à l’esprit est… « la mère de Napoléon » . Toutefois, il vise d’ordinaire à travers les femmes ce qu’elles symbolisent à ses yeux sans en détenir l’exclusivité : « le sentiment » , la compassion, cet « état d’attendrissement sentimental » auquel il oppose la « virilité » , cet « instinct de dévouement et de sollicitude envers les autres » , pernicieuse « sensiblerie »  qui, au lieu de délivrer autrui de ses faiblesses, l’y abandonne sans recours. Nietzsche ne cesse ainsi de reprocher à ses contemporains leur « manque de virilité » . Une formule résume ce qu’il condamne dans la culture moderne : « le féminisme européen », à savoir la généralisation d’un sentimentalisme inhérent à la nature féminine et dont il aurait souhaité que les hommes ne l’imitassent point. On comprend dès lors qu’il approuve Napoléon lorsque ce dernier exige de la femme qu’elle renonce à s’exprimer sur les matières politiques et qu’il cite Mme de Rémusat rapportant dans ses Mémoires comment Napoléon justifiait ses infidélités devant son épouse : « Je suis à part de tout le monde » . Nietzsche ne pouvait manquer d’être enchanté par cette parole dénotant l’affirmation virile contre le sentiment féminin et la supériorité de celui qui se place spontanément au-dessus de la morale ordinaire, « par-delà bien et mal ». Napoléon paraît ainsi sur le grand théâtre nietzschéen comme le type viril suprême, aux antipodes du dangereux modèle féminin qui s’est imposé en Europe au point que l’« on répugne à présent à la douleur », que l’époque moderne est paralysée par son « hypersensibilité », que « l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême ». À quel avenir une société qui subordonnerait ses pensées et ses actes à la recherche exclusive du bien-être serait-elle promise ? « Nos “bienfaiteurs”, répond Nietzsche, plus que nos ennemis sont les rapetisseurs de notre valeur et de notre volonté. » La « religion de la pitié » chrétienne s’achève dans « la religion du confort », qui est désormais celle d’une Europe amoindrie. « Car bonheur et malheur sont deux frères jumeaux qui ou bien grandissent ensemble ou bien, comme c’est le cas chez vous, — demeurent petits ensemble ! »  Nietzsche en appelle
donc à une dureté supérieure et créatrice comme antidote à l’« amollissement douillet »  car prétendre éliminer le risque et la souffrance sans perdre l’essentiel est une illusion funeste. « Examinez la vie des hommes et des peuples les meilleurs et les plus féconds, et voyez si un arbre qui doit croître vers le haut peut être dispensé des intempéries, des tempêtes » . Une société se condamne à la médiocrité en évitant à l’homme ce qui le force à grandir par le combat et en feignant d’ignorer que la vie jaillit dans sa plénitude quand on sacrifie sans pitié ce qui fait obstacle à son épanouissement. « Vivre — cela veut dire : être cruel et inexorable pour tout ce qui en nous n’est que faible et vieilli, et pas seulement en nous. » Zarathoustra n’envisage pas de sollicitude qui ne soit subordonnée à des buts plus élevés. « Malheur à tous ceux qui aiment et au-dessus de leur compassion encore n’ont une cime ! ». La pensée de Nietzsche n’a pas varié sur ce point : « les grands moments de la lutte des individus forment […] une ligne de crête de l’humanité » . De ce fait, l’existence de Napoléon était une nécessité : « les hommes héroïques » sont « les forces primordiales de la conservation et du développement de l’espèce, ne serait-ce que par le fait qu’ils résistent au confort et que pour cette sorte de bonheur ils ne dissimulent point leur dégoût. » L’existence de Napoléon relève aussi du miracle car il lui a fallu une force exceptionnelle pour ne pas se laisser étouffer par « nos concepts débiles, efféminés et sociaux du bien et du mal », qui ont pour effet de « briser les individus autonomes, indépendants et sans préjugés, piliers d’une civilisation forte » . La civilisation n’a d’autre fin aux yeux de Nietzsche que de culminer en des sommets tels que Napoléon. On n’atteint pas les sommets sans affronter héroïquement la rigueur des circonstances ni braver les valeurs morales d’une société dont la fonction principale est de perpétuer la faiblesse en protégeant les faibles. La guerre est ce moment où les contraintes sociales se dissolvent et où se forgent les énergies nouvelles. C’est pourquoi « une humanité aussi supérieurement civilisée, et par suite aussi fatalement exténuée que celle des Européens d’aujourd’hui, a besoin, non seulement de guerres, mais des plus grandes et des plus terribles qui soient […] pour éviter de se voir frustrée par les moyens de la civilisation de sa civilisation et de son existence mêmes. »  La politique du faible conduit au dépérissement. Aussi Nietzsche attend-il « l’avènement d’une époque plus virile et plus belliqueuse qui saura avant tout remettre en honneur le courage ! Car elle préparera la voie d’une époque […] qui portera l’héroïsme dans le domaine de la connaissance et qui livrera des guerres pour l’amour de la pensée ». La restriction est capitale. Nietzsche est belliqueux, polémiste, il n’est pas belliciste. « Il n’y a pas de perte sans la compensation la plus élevée »  : la guerre est peut-être un mal nécessaire pour secouer de leur torpeur les peuples modernes mais les plus hauts combats sont ceux qui se livrent dans le champ de l’esprit. « Presque tout ce que nous nommons “civilisation supérieure” repose sur la spiritualisation et l’approfondissement de la cruauté » . Il n’y a pas un mot dans l’oeuvre de Nietzsche sur Napoléon, homme de guerre alors qu’il est donné en exemple par un passage sur la maîtrise de soi : il est le type de celui qui est capable de « tyranniser l’instinct ». Si Nietzsche glorifie l’instinct en général comme puissance de jaillissement spontanée et originaire, il n’ignore pas le péril que constituerait la libération sans ligue bonapartiste-2discernement de tous les instincts. Peut-être a-t-il admiré en Napoléon « la force qu’un génie applique non à des oeuvres mais à soi-même en tant qu’oeuvre, c’est-à-dire à son propre domptage » . La seule grande guerre qui vaille est intérieure. La guerre extérieure n’est au mieux qu’une occasion de livrer combat contre soi-même, l’exercice du pouvoir celle de se tyranniser soi-même avant les autres. Il reste que la méchanceté est nécessaire. Le fort ose faire mal, risque le mal dans l’intérêt de ce qui est destiné à croître. Il n’est pas de grande éducation sans brutalité, n’en déplaise aux petites morales. La vie et l’histoire n’enseignent rien d’autre, qui n’épargnent pas les souffrances : « le devenir n’est pas un phénomène moral mais un phénomène artistique »  et l’on ne saurait méconnaître sans aveuglement « l’effrayante impulsion destructrice de ce qu’on appelle l’histoire universelle ». Le monde est l’oeuvre d’un enfant qui joue, selon l’image que Nietzsche emprunte à Héraclite et qu’il commente en ces termes : « le jeu de l’artiste et de l’enfant connaît un devenir et une mort, bâtit et détruit, sans aucune imputation morale, au sein d’une innocence éternellement intacte. »  Ainsi, ce qui oeuvre en l’individu supérieur sourd directement de la nature et de la vie mêmes : « l’homme d’action est toujours […] dénué de scrupules », il « ne connaît qu’un droit, le droit de ce qui doit maintenant naître ». Dans le même esprit, il est aisé de transposer à Napoléon le propos sur l’OEdipe de Sophocle. « L’homme noble ne pèche pas […] : toute loi, tout ordre naturel, le monde moral lui-même, peuvent bien sombrer par ses actes, ce sont justement eux qui tracent le cercle magique de cette action supérieure, capable d’édifier un nouveau monde sur les ruines et les décombres de l’ancien. »  La morale ordinaire condamne de tels gestes grandioses de destruction comme action mauvaise parce qu’elle est inapte à y reconnaître l’innocence esthétique de la vie qui par là passe outre, plus loin, plus haut, et se surmonte, quel qu’en soit le prix. Toute croissance exige un combat contre l’adversité et justifie la méchanceté. « L’être le plus riche en abondance vitale » peut se permettre « de commettre même une action terrible et de se livrer à tout le luxe de destruction, de décomposition, de négation […] en vertu d’un excédent de forces génératrices et fécondantes ». Deleuze évoque dans cet esprit « la méchanceté divine sans laquelle on ne saurait imaginer de perfection ». La pensée de Nietzsche apparaît d’emblée prédisposée à glorifier en Napoléon un exemplaire supérieur de méchant. Le silence est complet sur les meurtrières campagnes napoléoniennes mais les premières oeuvres en donnent une justification implicite en tant que facteur d’élévation. Les fruits qu’elles portent pour l’avenir, leur invisible fécondité se mesure à ce qu’elles ont suscité d’effroi et de destruction, à leur épouvantable brutalité, à leur atrocité, à leur cruauté. « Ce que l’humanité peut s’octroyer en partage de meilleur et de plus haut, il faut qu’elle l’arrache par un sacrilège » ou par « quelque monstrueuse transgression de la nature » . Plus tard, Nietzsche fait observer que « le tyran ou César conçoit le droit de l’individu aussi dans ses transgressions » . La violation délibérée d’un code moral et social, dont la fin est de protéger les faibles, par l’individu supérieur en qui la vie se manifeste dans toute sa puissance, est une voie ouverte pour l’avènement d’une collectivité plus vigoureuse à tous égards et que viendront couronner de nouveaux grands hommes. C’est pourquoi « les esprits les plus méchants sont de ceux qui jusqu’à maintenant ont le plus contribué au progrès de l’humanité »  parce qu’ils n’ont pas hésité à bousculer les normes établies, à enfreindre les règles qui limitent la libre expansion de la vie dans ses manifestations les plus hautes. Les hommes ont besoin de malfaiteurs et non d’aveugles et dangereux bienfaiteurs qui travaillent en toute inconscience à la perte de leur couvée. Ainsi s’explique la proximité de l’homme supérieur et du criminel. « C’est la société, notre société policée, médiocre, castrée, qui fatalement fait dégénérer en criminel un homme proche de la nature » mais « il est des cas où un tel homme se révèle plus fort que la société. Le Corse Napoléon en est l’exemple le plus fameux ». Par sa victoire sur les contraintes sociales qui auraient pu l’étouffer, le criminel potentiel est devenu un grand homme mais il n’en continue pas moins d’appartenir à un « type dont le criminel est l’expression la plus parfaite » (CRID 90), le type du méchant qui commet le mal pour le plus grand bien de la collectivité.

Nomade

Une conséquence indirecte et lointaine des guerres napoléoniennes, au-delà du « mouvement national » qu’elles ont suscité sur le moment, est selon Nietzsche l’apparition et le renforcement d’un sentiment européen . Il cite Napoléon au premier rang des « hommes vastes et profonds » que n’a pas atteint « la folie nationaliste », en qui au contraire s’est éveillé « le désir d’unité de l’Europe », qui « voulurent incarner, par anticipation, l’Européen de l’avenir » . Le philosophe appelle de ses voeux une humanité qui se sente « au-dessus des civilisations nationales, originales et fermées ». Avec le discrédit qui frappe l’idée d’un Dieu maître du monde et de l’histoire, « c’est aux hommes eux-mêmes à se fixer des buts oecuméniques englobant toute la terre. » Napoléon a incarné un tel  dessein, « lui qui voulait une seule Europe, […] en tant que maîtresse de la terre. »Nietzsche tient l’élargissement du champ individuel et national aux dimensions de l’Europe pour inéluctable et y voit la promesse d’une ère radicalement nouvelle. « Un haut niveau d’humanité sera possible quand l’Europe des nations sera un sombre passé oublié ». Le nationalisme est une attitude périmée. La fin du XIXe siècle, caractérisée par la diversification et la multiplication des échanges, laisse entrevoir « un affaiblissement fatal des nations » et l’avènement d’« une race mêlée, celle de l’homme européen ». Dans ces conditions, « il ne reste plus qu’à  se proclamer sans crainte bon Européen et à travailler par ses actes à la fusion des nations ». En tant que promoteur de ce mouvement historique de première grandeur, Napoléon apparaît une fois de plus comme une figure centrale dans la pensée de Nietzsche; davantage encore : il cristallise un imaginaire de l’explorateur et du conquérant nomade qui anime en profondeur toute l’oeuvre du philosophe-poète. Nietzsche voit surgir avec une certaine bienveillance dans l’Europe moderne « un type d’humanité essentiellement supranationale et nomade »  et il dédie Le Gai Savoir aux « Européens d’aujourd’hui […] qui ont le droit de se nommer sans patrie en un sens qui les distingue et qui les honore ». En cette page se devine la présence invisible de Napoléon : « nous nous réjouissons de tous ceux qui, pareils à nous, aiment le danger, la guerre, l’aventure, […] nous nous comptons nous-mêmes parmi les conquérants ».  Annulant d’avance les falsifications de sa pensée et les ignobles défigurations à venir, Nietzsche dénonce le danger d’un « nationalisme artificiel » qui refuse d’entériner les acquis irréversibles de l’histoire et fait obstacle à  la naissance d’une Europe nouvelle en interdisant qu’y prennent leur part toutes les forces vives qui la constituent. Aussi s’en prend-il à « cette odieuse littérature qui entend mener les Juifs à l’abattoir, en boucs émissaires de tout ce qui peut aller mal dans les affaires publiques et intérieures ». Il conviendrait au contraire de faire fi des préjugés et d’accueillir « leur énergie et leur intelligence supérieures, ce capital d’esprit et de volonté longuement accumulé de génération en génération à l’école du malheur », qui serait un élément essentiel dans la « production d’une race européenne mêlée et aussi forte que possible » . Cet éloge vibrant des Juifs peut surprendre, quand on sait les mots très durs qui viennent par ailleurs à Nietzsche pour flétrir le judaïsme. Sur la scène de sa pensée, tout semble opposer Napoléon aux Juifs. On peut cependant se demander si l’imaginaire du poète ne les tient pas dans une étonnante proximité. En tant que figures de l’errance et du nomadisme, du « sans-patrie », ils sont l’antidote au nationalisme, les instruments d’un grand métissage européen, dont les sources remonteraient à une antiquité grecque étrangère à l’idée de nation : « revenons aux Grecs, pour nous dire combien le moderne concept de nationalité est ridicule ». Nietzsche souligne que la culture juive a prolongé en Occident la culture antique, « ce qui équivaut en un certain sens à faire de la mission et de l’histoire de l’Europe la continuation de celles de la Grèce. » De son côté, « Napoléon, en tant que type parfaitement et totalement voulu et réalisé d’un unique instinct, appartient à l’humanité antique » . Ici et là, on a affaire à des médiateurs qui, rattachant l’Europe moderne à ses origines historiques, sont aptes à lui restituer l’intégrité de son énergie première. « J’aime à considérer les hommes rares d’une époque comme autant de rejetons tardifs de civilisations révolues, issus de leurs forces et qui surgissent brusquement ». Cette remarque, qui s’applique si évidemment à Napoléon comme irruption miraculeuse de l’antiquité dans la modernité, concerne aussi les Juifs, auxquels Nietzsche en appelle pour régénérer de leurs forces accumulées les peuples d’une Europe exténuée . L’imagination de Nietzsche est fascinée par « la vie nomade propre actuellement à tous ceux qui ne possèdent pas de terres » . Le juif errant est le modèle du philosophe : « à l’opposé des intelligences asservies et enracinées, nous voyons quasiment notre idéal dans un nomadisme intellectuel ». Dans une envolée aussi magnifique qu’irréaliste, Nietzsche convie les ouvriers européens à s’affranchir de la servitude à laquelle les voue le mercantilisme moderne en allant chercher la liberté ailleurs, « dans des régions du monde sauvages et intactes » et à « protester par cet acte de nomadisme de grand style contre la machine, le capital ». Un chapitre du Zarathoustra s’intitule « Le voyageur ». Le héros, dans lequel on reconnaît aisément l’auteur, a connu « mainte pérégrination depuis sa jeunesse […]. Je suis, dit-il à son coeur, un homme qui voyage et qui gravit des montagnes » . Nietzsche a mené une vie errante, multipliant les lieux de résidence où il passe de quelques jours à plusieurs mois, en Suisse, en Italie, dans le sud de la France. Il se plaît à opposer les contrées méridionales à la septentrionale Allemagne rejetée parce qu’elle incarne à ses yeux « l’infection nationaliste » ,le « chauvinisme », bref la « petite politique » résumée dans le Deutschland überalles, de sinistre mémoire, qu’il tourne en dérision  comme toute politique de clocher. Il ne serait pas étonnant que l’origine corse de Napoléon ait joué un rôle dans le mythe que Nietzsche s’est construit de l’homme supérieur plongeant ses racines dans l’antiquité gréco-romaine et la Renaissance italienne, deux manifestations éblouissantes de la culture méditerranéenne. « Paris, la Provence, Florence, Jérusalem, Athènes, tous ces noms prouvent la même chose : le génie dépend d’un air sec, d’un ciel pur » . Que l’un des derniers textes de Nietzsche mentionne Jérusalem comme antidote au climat malsain de l’Allemagne, parmi les lieux propres au génie, entre la capitale de Napoléon, la ville symbole de l’antiquité grecque et celle de la Renaissance italienne, voilà qui mérite d’être longuement médité. De tous les Juifs, le Christ fut le plus errant, qui dit de lui-même : « le Fils de l’Homme, lui, n’a pas où reposer la tête ». Que l’on songe aux superbes images de Pasolini : L’Évangile selon saint Matthieu montre un Christ en marche inlassable dans le désert, un Christ sans feu ni lieu, grand transgresseur de préceptes pharisiens, qui n’est « pas venu apporter la paix, mais le glaive » et dont la geste et la prédication prennent quelques libertés avec la morale bien-pensante : payer l’ouvrier de la onzième heure autant que celui de la première, arracher des épis dans le champ d’autrui un jour de sabbat, chasser du temple, avec une brutalité non tempérée, « les vendeurs et les acheteurs », traités de « brigands ». Oui, les Juifs ont conduit l’humanité jusqu’à l’un de ses points culminants. C’est « un peuple […] auquel nous devons l’homme le plus noble (le Christ) ». Il ne semble pas que ce jugement qui érige le Christ, au même titre que Napoléon, en type aristocratique, ait jamais été désavoué par Nietzsche. Dans la religion de l’Europe, avec laquelle il est si sévère, il attaque moins ce qu’elle est que ce qu’elle est devenue : « le christianisme a évolué vers un doux moralisme ». Excepté dans sa version sentimentale moderne, il n’y pas lieu de penser qu’il fasse exception à cette loi : « toutes les religions sont au plus profond d’elles-mêmes des systèmes de cruautés » . En tant que « discipline doublement millénaire de l’esprit de vérité », le christianisme a joué un rôle historique capital : « c’est bien en vertu de pareille rigueur […] que nous sommes en effet de bons Européens, les héritiers de la domination de soi la plus durable et la plus courageuse dont l’Europe ait fait preuve. » Napoléon, le bon Européen, serait l’héritier du Christ : le philosophe de la mort de Dieu reconnaît ce qu’il doit à la source judaïque. Nietzsche n’a eu d’autre dessein que « d’exercer une influence inactuelle, c’est-à-dire d’agir contre le temps, donc sur le temps, et, espérons-le, au bénéfice d’un temps à venir. »  Le « sans-patrie » répond à l’appel de ce qui le devance; il ne s’abandonne pas au « romantisme du retour en arrière et de la désertion » . Le hors-la-loi est cependant un hors-le-temps-présent. « Nous autres enfants de

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l’avenir, comment pourrions-nous être chez nous dans pareil aujourd’hui ! ». Le nomade est partout et nulle part, toujours et jamais, il est sans lieu et sans époque. Il appartient au champ inassignable de la fiction : « nous préférons de beaucoup vivre sur les montagnes, à l’écart, “inactuels”, dans des siècles passés ou à venir » . Tel est Napoléon, enraciné à la fois dans un passé et un avenir inassignables : « avec une magnificence jusqu’alors inconnue, l’idéal antique lui-même se présenta en chair et en os au regard et à la conscience de l’humanité » . L’exemple de Napoléon illustre une loi générale. « Les grand hommes sont, comme les grandes époques, des explosifs où s’accumule une énorme force retenue. » . Ils concentrent en eux l’énergie accumulée d’un long passé mais ils proviennent aussi de l’avenir. « Le siècle prochain marchera sur les brisées de Napoléon, le premier en date et le plus moderne des hommes des temps nouveaux ». Le héros nomade est le frère jumeau du penseur : « le philosophe, qui est nécessairement l’homme de demain et d’après-demain, s’est trouvé et devait se trouver à n’importe quelle époque en contradiction avec le présent. » Sa tâche est de « connaître une nouvelle grandeur de l’homme », de « découvrir un chemin non frayé vers son accroissement ». En conséquence, ses qualités seront celles-là mêmes du grand chef militaire ou religieux, explorateur et conquérant : « l’énergie de la volonté, la dureté, l’aptitude à former des résolutions à longue échéance » ou encore le « goût des grandes responsabilités, […] la majesté du regard dominateur, […] l’art de commander » . Le goût du combat et de la conquête culminent dans le champ de la connaissance. En vilipendant ce qui n’est qu’« humain, trop humain » et en dépit de sa dénégation — « je suis l’opposé d’une nature héroïque »  —, Nietzsche a voulu fixer « ce qu’il y a de dur, d’effrayant, de cruel, de problématique dans l’existence », maintenir cet « irrésistible courage du regard le plus aigu qui requiert le terrible comme l’ennemi, le digne ennemi contre qui éprouver sa force. »  Demeure ce qui fut peut-être son unique question : « la grandeur est-elle aujourd’hui possible ? » Son imaginaire tragique et héroïque a projeté la grandeur en « Napoléon, cette synthèse de l’inhumain et du surhumain » , il l’a constitué en type de l’individu supérieur, fiction surgie dans l’histoire pour illustrer cette loi : dans certaines conditions de grandeur, ce qui paraît blesser l’homme, l’amputer, le nier, est ce qui augmente son être et lui permet de se surmonter. Paul Valéry, ce sceptique notoire, est visité par une semblable intuition : « tout ce qui agrandit l’homme est inhumain ou surhumain ». S’il advenait que l’Europe se fît sourde à cette parole, se trouverait-il encore quelqu’un pour lui accorder le moindre rêve ?

Bibliographie :
1. Ernst Bertram, Nietzsche : Essai de mythologie, trad. R. Pitrou (1932), Éd. du Félin, 1990. Les analyses de Bertram, malgré leur richesse et leur grand intérêt, doivent être doublement nuancées : elles ne tiennent pas compte de tous les textes de Nietzsche sur Napoléon, tant s’en faut; elles s’inscrivent explicitement dans une perspective que Nietzsche eût qualifiée d’« idéaliste », celle de Goethe, à l’égard de laquelle le philosophe prend nettement ses distances  dès Humain, trop humain, même si le terme d’« idéal » revient encore très tardivement sous sa plume. Cette question complexe nécessiterait à elle seule un long développement, exclu ici. Nous y reviendrons brièvement dans ce qui suit.
2. Jean Tulard, Le mythe de Napoléon, Armand Colin, 1971. Les développements concernant Nietzsche reprennent les éléments fournis par le chapitre de Bertram sur Napoléon.
3. Paul Valéry, Discours en l’honneur de Goethe, OEuvres, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade,1957, t. I, p. 549.
4. Pascal, Pensées, éd. Brunschvicg, n° 82, Hachette, 1976, p. 363.
5. Les références aux livres publiés par Nietzsche de son vivant sont données dans la traduction des oeuvres complètes parue chez Gallimard et reprise dans la collection « Folio essais ». Les références aux écrits posthumes sont données dans le recueil en deux volumes de La volonté de puissance, trad. G. Bianquis, Gallimard, coll. Tel, 1995.
6.La naissance de la tragédie : NT
7. La philosophie à l’époque tragique des Grecs : PÉTG
8. Considérations inactuelles : COIN
9. Humain, trop humain : HTH
10. Aurore : AU
11. Le gai savoir : GS
12. Ainsi parlait Zarathoustra : APZ
13. Par-delà bien et mal : PBM
14. La généalogie de la morale : GM
15. Crépuscule des Idoles : CRID
16.L’Antéchrist : AC
17. Ecce homo : EH
18.La volonté de puissance : VP.
19. La constitution de Napoléon, personnage historique, en mythe ou en fiction est d’ailleurs déjà très ambiguë chez certains romantiques, comme le suggère par exemple à propos de Pouchkine Jean-Louis Backès (Pouchkine, Hachette, 1996, p. 59-62).
20. Voir sur ce point, par exemple, les remarques d’Ernst Bertram, Nietzsche, op. cit., p. 267-8.
21. Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie, PUF, 1962, p. 4-5.
NIETZSCHE ET NAPOLEON : LA FICTION DANS L’HISTOIRE 13
22. Allusion au fragment d’Héraclite : « Si le bonheur résidait dans les plaisirs corporels, on dirait que les boeufs sont heureux lorsqu’ils trouvent du pois chiche à manger. » (Jean-Paul Dumont [ed.], Les écoles présocratiques, Gallimard, coll. « Folio essais », 1991, p. 67).
23. Il faudrait nuancer. « Il n’y a pas de misogynie nietzschéenne », écrit Gilles Deleuze, qui
oppose Ariane, « la première puissance féminine, l’Anima, la fiancée inséparable de l’affirmation dionysiaque » à « la puissance féminine infernale, négative et moralisante » (Nietzsche et laphilosophie, op. cit., p. 24).
24. Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie, op. cit., p. 3.
25. Matthieu VIII, 20; XV, 1; X, 34; XX, 1-16; XII, 1; XI, 15-17 (trad. de la Bible de Jérusalem).
26. Ce passage du Gai Savoir est cité dans La généalogie de la morale (GM 193) : c’est dire toute l’importance que Nietzsche accorde { la fonction éducative du christianisme.
27. Paul Valéry, Cahiers, éd. Judith Robinson, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, t. II, 1974, p. 1125. Cette pensée paraît sous une forme un peu différente dans « Fragments des mémoires d’un poème » : « Je ne savais pourquoi on loue un auteur d’être humain, quand tout ce qui relève l’homme est inhumain ou surhumain » (OEuvres, t. I, op. cit., p. 1485).

Exposition Napoléon, sa Vie à travers les Femmes à Verviers!

Du 10 octobre 2015 au 28 février 2016

L’exposition de la rentrée au Centre Touristique de la Laine et de la Mode

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Le concept :

Le site du Centre Touristique de la Laine et de la Mode (CTLM) – 18 rue de la Chapelle, 4800 Verviers – accueille l’expo – événement d’Aqualaine Napoléon (1769-1821), sa vie à travers les Femmes.

L’histoire retient trois noms de femme dans la vie de Napoléon Bonaparte : sa mère, Joséphine de Beauharnais et l’impératrice Marie-Louise. En réalité, le nombre de femmes qui ont traversé sa vie est beaucoup plus important. Sans se vouloir exhaustif, le CTLM en a retenu neuf de plus : Pauline Borghèse, Hortense de Beauharnais, Désirée Clary, Pauline Fourès, Giuseppina Grassini, Marguerite Weimer, Marie-Jeanne Schellincks, Marie Walewska et Albine de Montholon. A travers ces femmes, c’est une tranche d’histoire et un point du monde qui sont esquissés. Ainsi, par exemple, Pauline Borghèse, née en 1783, suivra son époux à Haïti, où il sera chargé de renforcer la position coloniale française. Dans la salle Borghèse, on évoque les colonies, les produits exotiques, l’esclavagisme. Un autre exemple ? Giuseppina Grassini chante pour Napoléon à la Scala de Milan, en 1796. Dans la salle qui lui est dédiée, sont abordés le poulet Marengo, les symboles de séduction à l’époque napoléonienne et le concordat de 1801.

CONTACT :
Téléphone : (32)87/30.79.20
Courriel : michele.corin@aqualaine.be

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Une quinzaine de prêteurs ont permis le regroupement de pièces rares, originales, parfois même uniques ou présentées au public pour la première fois. La mise en scène des pièces ambitionne de plonger le visiteur dans la période qui s’étend de la naissance au décès de Napoléon Bonaparte, en traversant les lieux liés à ses actions. La part belle est faite aux femmes, avec une série de costumes d’époque issus d’une collection privée. Robes de soie, dentelles, dont une splendide robe de style empire en cambrésine brodée d’or avec un manteau de cour de velours rouge brodé de cannetilles d’argent. Des accessoires ? Mules pour dames fin XVIIIème, éventail républicain, réticules, châles et autres informent sur le vêtement d’époque. De nombreux objets décoratifs sont également présentés, témoignant du goût, des centres d’intérêt et de leur évolution, fin XVIIIème et début XIXème : mobilier, statuettes, pendules, lampes, art de la table. Les styles se succèdent ou coexistent, du Louis XVI au style retour d’Égypte, du style directoire au style empire. Ce dernier débute avec le Sacre de Napoléon en 1804 et se répand jusqu’en 1815, avec la défaite de Waterloo. Il sert le prestige de l’empire ; les victoires napoléoniennes puis l’installation de la famille de l’empereur à la tête des pays conquis facilite son expansion en Europe. De nombreux tableaux, dessins, gravures, agrémentent le parcours, dont certaines oeuvres majeures telles que les splendides planches des frères Redouté prêtées par le musée Redouté à Saint-Hubert. Enfin, divers objets témoins de leur temps, tels que sextant, instruments de mesure, encriers, ainsi qu’une paire de pistolets en coffret signés par Nicolas-Noël Boutet, prêtés par le département des armes au musée Curtius, pièce phare de l’exposition.

Michèle Corin – Directrice  Aqualaine

Un ambitieux programme de conférences :Depliant Napoleon final
Informations pratiques :

L’exposition est conseillée à partir de huit ans.
Ouvert du mardi au dimanche, de 10 à 17h Prix d’entrée de 4 à 6€
info@aqualaine.be
http;//www.aqualaine.be

Avec Napoléon à l’île d’Aix par Claudine Clabots

Claudine et F.SamsonJ’ai eu la chance de rencontrer Claudine Clabots à travers son livre « Napoléon, Marie et Alexandre, la « famille » polonaise »; la Bourse Napoléonienne organisée par le Bataillon Napoléon (voir agenda pour la prochaine le 08/11/2015) fut un court moment d’échanges mais nous continuons à nous écrire régulièrement et je trouvais intéressant de partager son voyage à l’île d’Aix qui nous donne envie de voyager sans devoir faire la traversée vers le “zoo humain” que devient l’île Sainte-hélène. J’en profite pour signaler qu’il y a actuellement une exposition à Verviers sur Napoléon, sa vie à travers les femmesDans le monde Napoléonien d’aujourd’hui, les femmes ne sont que trop rarement mises en avant et pourtant ce n’est pas faute d’écriture! Place au verbe et aux émotions….Merci Claudine pour ce partage…Jacques JANSSENS

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Waterloo 2015 – La Commémoration!

ACMNPhoto de Dominique Timmermans : Aucune couronne officielle française, nous avons donc déposé la nôtre….

Association pour la conservation des monuments Napoléoniens

                                                                                                  ACMN

Documentaires : Les reportages de l’émission Retour aux sources

  1. Revoir la reconstitution du Bicentenaire de la bataille de Waterloo

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Les bibliographies thématiques de la Fondation Napoléon

BnF – FONDATION NAPOLÉON : BIBLIOGRAPHIES NUMÉRIQUES NAPOLÉONIENNES

http://www.napoleon.org/fr/napoleonica/bibliotheque/index.asp

Je tiens à partager le travail de qualité de la Fondation Napoléon en partenariat avec la Bibliothèque Nationale de France! Il serait utile que les ouvrages soient répertoriés régulièrement par thématique pour les passionnés. En effet, il est plus aisé de choisir le document et de le télécharger que de le consulter en ligne… Les bibliographies thématiques sont un creuset d’ingrédients pertinents pour l’alchimiste Napoléonien! Merci à la Fondation Napoléon. Jacques JANSSENS

napoleon-bonaparte-esquisse-livre

© Fondation Napoléon Dans la cadre du partenariat entre la Bibliothèque nationale de France et la Fondation Napoléon, retrouvez nos bibliographies napoléoniennes thématiques réalisées à partir du fonds Gallica : l’alliance de la puissance de numérisation de la BnF, et de l’expertise historique de la Fondation Napoléon.

Napoléon à l’île d’Elbe

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Livres sur Napoléon Le Grand au format epub

Livres sur Napoléon Le Grand au format epub Les livres au format epub se trouvent sur : http://napoleonbonaparte.be/NBBepub/

Si vous disposez d’ouvrages pdf ou epub que vous souhaitez partager et qui relèvent du domaine public, n’hésitez-pas à me contacter.

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Napoléon à Anvers en 1803 et 1810

P130 – 137

BONAPARTE quitta la ville de Gand le 29 messidor, et arriva le même jour à Anvers à cinq heures précises du soir, à la tête de Flandres. Il passa l‘Escaut dans une chaloupe ornée de drapeaux et de banderoles, au bruit de l’artillerie des forts et des vaisseaux, à l’aide de huit excellents rameurs en costume. La traversée du fleuve ne dura que deux minutes, et il fut reçu au Bierhoofd par le préfet et les autorités civiles et militaires du département.

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Bonapartiana VIII : Bulletin du Dimanche du Octidi 28 Messidor 223

france frontières ulraBonapartiana  VIII : Bulletin du Dimanche du Octidi 28 Messidor 223

“L’actualité” de Napoléon le Grandjacques JANSSENS

Mouvement Bonapartiste Belgique
Création : Antoine Richard

“Un livre curieux serait celui dans lequel on ne trouverait pas de mensonge.”
Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées (1769-1821)

J’ai fait le choix de partager gratuitement des livres qui relèvent du “domaine public” sur Napoléon Le Grand dont la liste se trouve sur la page suivante : http://napoleonbonaparte.be/lectures/livres-sur-napoleon-le-grand-format-pdf/  pour la recherche historique ou pour la simple curiosité. En effet, les sites traditionnels de recherches de livres proposent des outils qui ne sont plus adaptés aux technologies actuelles. Il est impossible de lire confortablement et de traiter un ouvrage sans le télécharger, ce qui est une démarche lente et laborieuse dans certains cas. J’invite donc les responsables d’ouvrages qui relève du domaine public  à partager les ouvrages en leur possessions dans un dossier distinct de façon à ce que les chercheurs puissent directement accéder aux ouvrages qui traitent de près ou de loin de la “thèse Napoléonienne” dans la mesure du possible qui est “Français”.   JACQUES JANSSENS

aigle et papillon

SUR LE NORTHUMBERLAND :

Mardi 15 août 1815.

FAVEUR BIZARRE DE LA FORTUNE

Dans la matinée nous avons demandé à être admis près de l’Empereur ; nous sommes entrés tous à la fois chez lui ; il n’en devinait pas la cause : c’était sa fête, il n’y avait pas pensé. Nous avions l’habitude de le voir ce jour-là dans des lieux plus vastes et tout remplis de sa puissance ; mais nous n’avions jamais apporté de vœux plus sincères et des cœurs plus pleins de lui.

Nos journées se ressemblaient toutes : le soir nous jouions constamment au vingt-et-un ; l’amiral et quelques Anglais étaient parfois de la partie. L’Empereur se retirait après avoir perdu d’habitude ses dix ou douze napoléons ; cela lui était arrivé tous les jours, parce qu’il s’obstinait à laisser son napoléon jusqu’à ce qu’il en eût produit un grand nombre. Aujourd’hui il en avait produit jusqu’à quatre-vingts ou cent ; l’amiral tenait la main, l’Empereur voulait laisser encore pour connaître jusqu’à quel point il pourrait atteindre ; mais il crut voir qu’il serait tout aussi agréable à l’amiral qu’il n’en fit rien : il eût gagné seize fois, et eût pu atteindre au-delà de soixante mille napoléons. Comme on s’extasiait sur cette faveur singulière de la fortune en faveur de l’Empereur, un des Anglais fit la remarque qu’aujourd’hui c’était le 15 août, jour de sa naissance et de sa fête….

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Titre : Napoléon à bord du “Northumberland” : témoignages réunis et traduits par Henry Borjane…
Auteur : Warden, William (médecin)  – Auteur : Lyttelton, William Henry Lord – Auteur : Glover, John R
Auteur : Ross, C B H (Captain)
Éditeur : Impr.-édit. Plon (Paris)
Date d’édition : 1936
Contributeur : Borjane, Henry. Éditeur scientifique. Traducteur
Droits : domaine public

Je vous invite également à lire le témoignage du journal  DE DENZIL IBBETSON

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 ACTUALITES

Lors de sa première visite en 1798, Napoléon se serait longuement arrêté devant la statue de Manneken-Pis. Lors de son dernier voyage en 1810, l’Empereur est une fois de plus séduit par le petit pisseur. L’histoire raconte qu’il l’aurait fait chambellan et l’aurait doté dans la foulée d’une somme de 2000 francs or. Le lendemain, notre petit Julien portait les plumes et l’uniforme coloré des chambellans de l’Empire.

  1. 15 août 1769 : naissance de Napoléon Bonaparte
  2. Une exposition d’objets pour l’anniversaire de Napoléon
  3. La banque où fut célébré le mariage de Napoléon et Joséphine de Beauharnais
  4. A Ajaccio, les touristes se passionnent pour Napoléon
  5. “Le Sacre de Napoléon” : Une exposition de Dumé Susini à Ajaccio
  6. Empereur des Français et prince du marketing
  7. ” Napoléon ” repose à Courçay
  8. Le coup de feu salvateur de Napoléon à Gap
  9. Mouscron: Serge a une impressionnante collection de figurines sur l’époque napoléonienne
  10. A Fouchères, le domaine de Vaux invite à enquêter pendant tout l’été
  11. 8 août 1815 : Napoléon part pour Sainte-Hélène
  12. Le Bivouac de Napoléon à la Galerie des Gobelins
  13. L’Homme providentiel, une figure de la vie politique française
  14. En avril 1814, Napoléon 1er fait une halte savoureuse au Pin Bouchain
  15. Insolite. Michel, passionné par Napoléon
  16. Banque de France, banque de l’empereur | Contrepoints

Bilan général de l’opération « Sauver la Maison de Napoléon à Sainte Hélène »

Débutée à la fin de l’année 2010, l’opération « Sauver la Maison de Napoléon à Sainte-Hélène », touche presque à sa fin, après presque cinq ans de travaux. La souscription internationale a rencontré un très grand succès et les travaux sur place ont été réalisés dans les délais et le respect du devis. La générosité du public nous a permis d’élargir notre intervention à d’autres besoins d’urgence des Domaines nationaux de Sainte-Hélène. Une délégation comptant un représentant de M. le ministre des Affaires étrangères, participera à l’inauguration des Domaines restaurés, en octobre prochain. Pour clôturer cet immense projet, s’ouvrira en avril 2016, au Musée de l’Armée une exposition « Napoléon à Sainte-Hélène » qui permettra de faire découvrir au public les meubles de Longwood restaurés ainsi que d’autres souvenirs, rarement montrés, de l’exil de l’Empereur. Cette opération est une franche réussite, dont nous pouvons tous être satisfait. Voir le Bilan complet de l’opération « Sauver la Maison de Napoléon à Sainte-Hélène », établi par l’équipe de suivi.

Cette opération a été conduite par le ministère des Affaires étrangères et la Fondation Napoléon:

 http://fondationnapoleon.org/activites-et-services/patrimoine/operation-sainte-helene/

Répartition géographique des dons
Les dons sont venus de 28 pays différents.
Les plus gros contributeurs ont été la Belgique, avec 703 988 €, suivie de la France (675 944 €), de l’île de Sainte -Hélène (81 122 €),du Canada (11 889 €) et de la Suisse (11 481 €).

donation

LIVRES

Au début des années 1850, le 15 août devient la fête nationale en France. Cette célébration permet au président Louis-Napoléon d’amorcer la transition vers le second Empire, et d’imposer avec succès un modèle de fête nationale populaire qui sera largement repris par la République. S’appuyant sur une documentation inédite aux Archives nationales et départementales, Sudhir Hazareesingh fait revivre cette fête riche et multiforme. Moment d’exaltation de la mémoire napoléonienne, la fête impériale est aussi le théâtre de tensions créatives : entre la solennité pieuse des croyants et la jubilation carnavalesque du peuple, entre la glorification de la Nation et le culte des traditions locales, et entre la célébration du soutien populaire au régime et la peur de la foule. L’ouvrage renouvelle notre vision de la tradition napoléonienne sous le second Empire. Hazareesingh insiste particulièrement sur la dimension locale des fêtes, qui permet aux notables de célébrer les travaux publics et l’action caritative des associations, et donne l’occasion aux municipalités de se mettre en valeur. La Saint-Napoléon met également en scène des moments de liesse collective, comme lors des remises des médailles de Sainte-Hélène aux anciens vétérans des guerres de l’Empire. Mais cette harmonie fragile peut aussi prendre une fâcheuse tournure : au sein même de l’État bonapartiste, entre le clergé et les autorités civiles, et entre les représentants de l’État et les forces de l’opposition républicaine, qui utilisent sciemment le décor de la fête nationale pour subvertir l’ordre bonapartiste. Écrit avec humour et humanité, et fourmillant d’anecdotes savoureuses, cette étude originale apporte des éclairages nouveaux sur la sociabilité et la culture politique française, et souligne le poids de la tradition napoléonienne dans la mémoire collective nationale. Traduit de l’anglais par Guillaume Villeneuve.

  • Uniformes napoléoniens Carle Vernet

Des lointaines steppes de Russie où il s’était imprudemment aventuré, Napoléon envoya l’ordre à Paris en 1812 d’étudier de nouveaux uniformes pour la Grande Armée dont on espérait un retour victorieux, et voulait remettre à neuf les parements usés par tant de campagnes : c’est le colonel Bardin qui en fut chargé. Bardin se mit promptement au travail et commença par choisir, en la personne du peintre Carle Vernet, le collaborateur qui devait dessiner les nouveaux costumes. Napoléon revint des steppes, seul, porteur d’une tragédie inattendue : la Grande Armée s’était évanouie dans les neiges. Les élégants uniformes peints par Vernet ne furent réalisés qu’en partie pour habiller les conscrits de 1813. Les planches d’uniformes reproduites ici sont extraites d’un recueil de deux cent quarante cinq aquarelles originales peintes par Carle Vernet. La qualité du dessin et de l’aquarelle, la fraîcheur des couleurs, parfaitement conservées en font la plus belle source de documentation sur l’uniforme du premier empire.

  • Waterloo : La Chute de l’Aigle – Une étude originale sur une des plus grandes batailles (Kees Schulten)

Pour la première fois, un ouvrage présente une analyse des différentes stratégies des protagonistes de cette terrible bataille, aspect jusqu’ici négligé. Il va de l’étude des personnages et des stratèges que furent Wellington, Napoléon et Blücher, jusqu’à la révélation d’un élément que les Anglais ont longtemps occulté par chauvinisme : c’est l’armée des Pays-Bas et le prince d’Orange qui décidèrent réellement du sort de la bataille. Kees Schulten étudie les événements les plus marquants d’une partie du front, qui fut certainement la plus importante. Il nous explique pourquoi ces épisodes, sans les Belgo-Hollandais, auraient pu précipiter les Anglais, en nombre insuffisant, dans la défaite. La plupart du temps, les unités belgo-hollandaises sont englobées dans celles des Britanniques. Ce qui était loin d’être le cas lors de la bataille de Waterloo. Ce livre présente une étude totalement originale d’un historien spécialisé en stratégie militaire, membre du Comité d’accompagnement scientifique international de Waterloo, dont les écrits font référence. 

  • « Sacré Napoléon » de Jean Pierre Colignon paru aux éditions Guy Trédanielhttp://www.francenetinfos.com/wp-content/uploads/2015/08/978_2_8132_0838_5_UNE_494_594_1434025077.jpg

Nous connaissons tous l’illustre personne qu’est Napoléon Bonaparte. Cet homme politique hors du commun et administrateur remarquable devenu empereur était un être complexe. Mais le connaissons-nous réellement si bien ? Dans le livre « Sacré Napoléon » de Jean Pierre Colignon paru aux éditions Guy Trédaniel, vous connaitrez ainsi 101 anecdotes, énigmes et facéties de Napoléon Bonaparte. Vous voulez un petit échantillon ? Allez, parce que je suis sympa je vais vous en donner quelques unes et vous allez voir, Napoléon n’a pas fini de vous étonner !Savez-vous que Napoléon pouvait être très sarcastique (ou alors ingénu, à vous de donner votre avis sur cette petite anecdote) :

« Aristocrate piémontais, sénateur, le marquis de Barolle profita d’un passage de Napoléon Bonaparte à Turin pour exprimer vivement son ressentiment au sujet des impots qu’on lui faisait payer : 120 000 francs !– vraiment, fit l’empereur, vous payez 120 000 francs ? – Oui, sire. Pas un sol de moins, et je suis en mesure de le prouver à votre Majesté, en lui montrant tous les papiers ! – Non, non : c’est inutile. Je vous crois… et je vous en fais bien mon compliment » 

Vous voulez une petite boutade de Napoléon ? Un jour, un soldat mécontent montra à Napoléon son uniforme usé, dont les lambeaux le recouvraient à peine, il lui en réclama un neuf. Savez-vous ce que Napoléon lui a répondu ? « Un habit neuf, tu n’y songes même pas, on ne verrait pas tes blessures ! » Quel comique ! Non ? Savez-vous aussi que Napoléon Bonaparte était très fort en mathématiques (réputé le plus fort en mathématique de son école) ou encore qu’il emportait systématiquement en campagne sa bibliothèque portative (seulement constituée de 1000 livres … je n’aimerais pas partir avec lui et tout cet attirail littéraire) ou savez vous qu’il prenait très grand soin de ses dents (oui je sais cela change votre journée de le savoir, mais tout fait est intéressant !) ou encore que c’était un ami très fidèle, une de ses grandes qualités ! Vous découvrirez aussi quelques jeux dans ce livre (anagramme, charade, anaphrase …) afin de vous divertir un peu avec Napo ! Au travers du livre « Sacré Napoléon » vous découvrirez ainsi plusieurs facettes de Napoléon Bonaparte jusque là bien cachées. Ce livre n’aura pas fini de vous étonner mais aussi de vous faire sourire. Vous découvrirez un Napoléon comme jamais vous ne l’avez vu ! Un livre riche d’anecdotes !

Qui était Schulmeister, l’espion de l’empereur Napoléon 1er ? Fut-il un James Gérald Arboit - Schulmeister, l'espion de Napoléon - Le renseignement en Allemagne et en Autriche sous Napoléon.Bond avant l’heure ? Fort des avancées bibliographiques, qui ont permis d’exhumer des documents méconnus plutôt qu’inconnus, parfois inédits sur l’homme, l’objet de ce livre est de faire apparaître Schulmeister comme un homme de réseau, l’organisateur, parmi d’autres, de l’espionnage de Napoléon en Allemagne. Du coup, la renommée dont il jouissait, tant dans le camp français que dans celui de l’ennemi, devenait l’illustration du danger qu’il représentait.

  • Mon oncle Napoléon – Iradj PEZECHKZAD

« Et si Napoléon n’était pas mort à Sainte Hélène… », dit la chanson… assurément, la face du monde en aurait été changée ! Mais pas uniquement sur les mornes plaines de Waterloo. Le mythe « Napo » transcende les siècles et les cultures. Au Moyen Orient, on garde une trace persistante du grand homme, comme l’ombre inconvenante d’un mégalomane immortel. Si les asiles occidentaux sont peuplés de fous qui portent le tricorne et gardent une main dans le gilet, l’oncle Napoléon hante en Iran comme en Turquie les bureaux des hautes sphères politiques…Les présentations ne sont plus à faire : tout le monde, en Europe, peut se targuer d’avoir un grand-oncle un peu gâteux et passionné d’histoire qui, à chaque repas de famille, refait les campagnes napoléoniennes comme s’il y avait fait son service militaire. De là est né « l’oncle Napoléon », devenu pilier de la culture… iranienne. Cet oncle conquérant est invoqué toute les fois que se présente l’occasion de crier au complot international, fomenté de préférence par les Anglais, à l’origine bien sûr de toute la misère du monde. Une sorte « d’oncle Sam » revisité dont la face sombre présiderait aux manigances politiques les plus basses. Du mythe populaire est née la littérature : en 1973, Iraj Pezeshkzad s’est emparé du personnage pour cristalliser cette peur satirique en un roman burlesque. La paranoïa devient une fiction dont on rit lorsque l’on apprend à connaître, au fil d’une grande fresque de plus de 500 pages, l’oncle tyrannique et fou, qui se prend pour Napoléon et impose ce modèle impérial à toute sa famille. Un véritable carton en Iran : bien que la satire demeure un genre littéraire mineur, le livre s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires, et a donné lieu à une série télévisée, avant que la révolution islamique n’interdise de rire de tout. Malgré le silence qui étouffe le tonton tabou, la pathologie décrite continue de frapper sournoisement – et pas seulement en Iran. En Turquie, où persiste un sentiment anti-américain et antibritannique assez prononcé, le syndrome du tonton est récurrent et fait de nombreuses victimes inavouées. Les complots secrets abondent, et les médias de tous bords ne manquent jamais de faire appel aux théories de la conspiration pour éclairer ces sombres secrets. Sachez-le : le tonton Napoléon est à la direction de bons nombre de postes de haut rang des pays du Moyen-Orient. napoleon_3Le roman est ponctué d’exagérations grotesques, narrées sur un ton burlesque. Les actions dispersées et confuses se recentrent autour d’une histoire d’amour, décrivant les efforts désespérés du narrateur pour séduire la fille de son oncle, Layli. Dans la plus pure tradition romantique, la romance prend fin dans l’amertume et le regret. Le roman connait quelques longueurs, et l’on peine parfois au long des quelques 500 pages, mais le tout est relevé par ces scènes où le génie du rire l’emporte. Jalonnée de trahisons, manipulations et intimidations, la bataille homérique rappelle les meilleurs passages d’un Molière à l’oriental. L’oncle Napoléon est derrière toute la trame d’amour déçu entre le narrateur et Layli, mais il n’est pas toujours au cœur du roman. Il apparait toujours comme un personnage pathétique : un patriarche étroit d’esprit et incompétent, qui répond aux échecs et aux lacunes de la vie réelle par le fantasme d’être Napoléon. Il se rend indispensable, s’affirmant tout-puissant : plus grand est son ennemi, plus forte est sa propre importance. Despotique et absurde, l’oncle Napoléon apparait aussi vulnérable et un brin tragique, ce qui le rend, comme toute figure emblématique d’une bonne satire, poignant et attachant. Une sorte d’histoire drôle du fou occidental, dont l’action aurait dépassé les hauts murs de l’asile pour accaparer au grand jour la scène politique internationale. Certes, toutes ces accusations ne sont pas sans fondements : depuis le début du XIXe siècle, l’Iran a été une zone de conflit ouvert entre Anglais et Russes et, depuis la fin du siècle, la Grande Bretagne a établi un contrôle sur de larges domaines de l’économie iranienne. En 1907, les Anglais et les Russes concluaient un accord selon lequel l’Iran serait divisé en trois « sphères d’influence », et le XXe siècle n’aura pas manqué d’exemples de la défiance envers Grande-Bretagne et Etats-Unis. Cependant, en Iran comme en Turquie, la paranoïa à propos des complots britanniques implique des conséquences exagérées. Le traumatisme historique est tenace, persistant bien au-delà de la blessure infligée, alors que tout pourrait déjà être oublié. Cette année marque le 200e anniversaire de la bataille de Waterloo, et les hostilités ouvertes qui régnaient entre Napoléon Bonaparte et le Duc de Wellington sont maintenant de l’histoire passée. Pour l’Iran, il faudra plus de temps… En cette période troublée, n’hésitons pas à nous laisser porter par les effets bénéfiques d’un humour décapant : à travers le regard un peu fou du tonton Napoléon, ce sont des siècles de satire qui nous contemplent et appellent à se rire des grandeurs et décadences des relations géopolitiques. Relisons L’oncle Napoléon : ça ne peut pas faire grand mal. Et comme le burlesque goldonien transcende les cultures pour le plaisir de tous, vous trouverez la traduction française chez Acte Sud. Elisabeth Raynal

Napoléon a parlé, écrit, dicté, tout au long de sa vie, abordant tous les sujets de son temps. Ses jugements et ses opinions ont été soigneusement recueillis par les contemporains. Ils conservent encore une brûlante actualité : le droit du sol, la femme, Dieu, l’emprunt, la guerre, le Coran…Il lui arrive même de se contredire, notamment sur l’esclavage. Ce recueil fournit une masse de citations dont l’origine a été soigneusement contrôlée et dont l’authenticité ne semble pas douteuse. On ne sera pas étonné par la hauteur de vue et par le bon sens dont fait preuve Napoléon.Ses réflexions pourraient inspirer stratèges et hommes politiques d’aujourd’hui.

 

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  • CHARLES BELL, CHIRURGIEN À WATERLOO – Martine Devillers-Argouarc’h
Waterloo est une bataille perdue. Waterloo est une bataille achevée. Waterloo, croit-on savoir – on croit toujours savoir tant de choses et avec tellement de certitude plus ou moins franche – est une bataille terminée par une défaite pour Napoléon. Les spécialistes des chiffres et des faits assurent depuis deux siècles que tout s’est tragiquement joué au terme d’une journée et d’une soirée entamées à coups de sabre et de fusil, puis dans des charges ardentes et dans d’ultimes canonnades et dans un frémissement affolé, un « finale » peuplé de chevaux nus et de soldats hébétés par l’effort et par la poudre. Tout fut fini, nous assène-t-on, le 18 juin 1815, par une soirée sinistre. Laquelle fut liquidée par les Prussiens, l’Empereur des Français n’ayant pu lui entamer, casser, rompre et faire plier ou liquider totalement les carrés défensifs peuplés d’hommes massifs et formés, sans génie mais efficacement, par l’Anglais Wellington. Tout cela est vrai, tout cela est beau et terrible, tout cela, aussi : « est triste, comme la grandeur ! »
Waterloo, un drame fini, à cette date-là ? On peut en fait en douter, largement. Réussir à faire comprendre le prix valable de ce doute-là, c’est le mérite plein et vibrant, qui revient à un livre sensible et grave, rempli d’intelligence tragique et forte. Ce récit, qui se lit comme le meilleur des romans stendhaliens, vient d’être publié chez l’éditeur Michalon. Ne croyez pas, cependant, qu’il s’agisse d’un roman ; ou bien considérez le roman comme étant forcément rempli et tissé de petits faits vrais, et voyez-le comme un galop libre mais exact, comme un trot profond et inspiré, comme un Te Deum équestre et aussi dédié aux hommes, ceux qui tombent, blessés et mourants, abandonnés avec leur effroi ou leur ferveur, avec leurs plaies et leurs brisures, sur la morne plaine. Ce récit de mort et de vie, d’élan scientifique dévoué et de guérisons, cet éloge des « gueules cassées » de 1815 prouve avec mesure, avec clarté, avec sûreté, que Waterloo restait une bataille inachevée. Et c’est aussi le portrait d’un Anglais, en fait Ecossais, et de grand cœur, sir Charles Bell. Ce livre discret et énergique à la fois est dû au talent net de Martine Devillers-Argouarc’h. Son héros fut un homme véritable, ambitieux chirurgien et anatomiste, presque exact contemporain du peintre Turner et qui mourut la même année que Stendhal. Il faut lire avec le respect et la tendresse que mérite cette tragédie vieille de deux siècles mais universelle, il faut lire sans hâte et avec sérieux, avec le sens de sentiments clairs mais délicats, ce récit passionné où les hommes hurlent et qu’un médecin écoutait, comprenait et dessinait. Ce livre fabuleux, tendre, lucide et précis, ce livre ému et plein de justice, c’est donc ‘Charles Bell, chirurgien à Waterloo. Dévoué aux blessés français, qui furent les derniers ramassés sur le champ de bataille, Charles Bell se mit à la besogne en Belgique, dix jours après la bataille de Waterloo, devenue, avec lui et quelques autres, une lutte médicale constante, inachevée et courageuse…Charles Bell, chirurgien à Waterloo, c’est une course contre l’horreur, une course pour la survie et la sauvegarde, c’est une valse triste et vaillante, aux instruments aigus, et livrée entre la mort et la vie… Le récit est aussi vrai et précis, lucide et âpre qu’il est absolu, résolu et simple. Charles Bell, que nous présente avec enthousiasme et franchise Martine Devillers-Argouarc’h, ne s’est pas intéressé qu’aux pathologies. Avec la rencontre qu’il fit du médecin-baron Larrey, l’Anglais trouvant que son illustre confrère français ressemblait à Cromwellla cruauté en moins, un homme neuf, différent, va surgir : et cet homme-là va s’efforcer de comprendre les blessés français, leur pensée, en guettant leurs paroles, en scrutant les expressions de leurs visages. On sort de ce récit magistral et fin, rapide et hanté par les êtres et les dessins qu’ils inspiraient à Charles Bell, avec une sorte de fascination qui inquiète un peu. On s’en dégage difficilement, et l’on y mesure qu’entre fin juin et une grosse dizaine de jours et de nuits de juillet 1815, une bataille totale s’est jouée, entre Charles Bell et ses patients, ses opérés, ses amputés. Cette bataille eut au moins une conclusion heureuse : elle fit de Charles Bell, tel qu’il est vu avec vérité par Martine Devillers-Argouarc’h, au gré de ses conversations, de ses dessins et de ses confidences ou confessions épistolaires, un être non plus seulement ambitieux mais devenu définitivement d’une grande compassion. D’un homme à principes et à scalpel, elle fit un être vivant aux sentiments chaleureux et nuancés, pétri de bonté pour tant d’autres hommes brisés, ceux si seuls dont il rafistolait les corps, voulait comprendre l’esprit pour le soulager, voire même, avec son scalpel ou sa scie, donc, aussi avec sa science des nerfs et des chairs rompus, pour guérir les âmes. Oubliez Wellington et Blücher, mais saluez la mémoire retrouvée, dans des pages superbes et de belle justice, chez l’éditeur Michalon donc, de Charles Bell, chirurgien à Waterloo. C’est un homme inoubliable, que Martine Devillers-Argouarc’h, décidément, a bien fait de faire revenir parmi nous et revivre, avec son sang d’encre mais généreux et son caractère bien imprimé : et c’est toujours ce qui fait l’offrande d’un livre réussi!
Raphael Lahlou

Les objets liés à Napoléon vont devenir de plus en plus rares

argent.boursier.com/passion/interviews/les-objets-lies-a-napoleon-vont-devenir-de-plus-en-plus-rares-635.html
Collections Interview 1

Laurent Jacob, collectionneur

Vous collectionnez les objets liés à Napoléon. Comment est née cette idée de collection ?

J’ai acheté ma première pièce vers 13 ou 14 ans. Il s’agissait de l’avis de recherche des conjurés de l’attentat de la rue Saint Nicaise. Toutefois, je n’ai décidé de me lancer dans une collection qu’après avoir reçu un sabre en cadeau il y a 6 ou 7 ans.

Quel est aujourd’hui le volume de cette collection ?

Cela est très difficile à estimer car des armes aux autographes de personnages célèbres, le champ est très vaste. Je détiens probablement plus d’un millier de pièces mais certaines ont surtout une valeur sentimentale. Concernant les pièces d’importance, j’en dénombrerais plutôt une cinquantaine. Je détiens par exemple une partie des mémoires de Napoléon à Saint-Hélène.

Existe-t-il une forte concurrence sur ce thème napoléonien ?

Outre certains passionnés que j’ai l’occasion de croiser dans les ventes aux enchères, on voit arriver depuis quelques années de nouveaux acheteurs américains, russes et même chinois. Il ne faut pas oublier que Napoléon est l’un des Français et l’un des hommes en général les plus connus au monde.

Cela se ressent-il sur les prix ?

On peut effectivement atteindre dans certains cas des niveaux astronomiques. L’hiver dernier, un ordre de Napoléon destiné à faire sauter le Kremlin a donné lieu à une bataille d’enchères et a été vendu 6 à 7 fois les estimations. Autre exemple, un bonnet à poils de grenadier estimé à 15.000 euros a été vendu il y a un mois pour 78.000 euros. Les pièces exceptionnelles peuvent même se chiffrer en millions d’euros. Il y a quelques années, le sabre de Bonaparte à Marengo est monté jusqu’à 4,8 millions d’euros.

Globalement les collections ont donc pris de la valeur dans le temps…

Elles se sont effectivement appréciées. A titre personnel, j’ai réalisé quelques transactions bien meilleures que celles que j’aurais pu faire sur les marchés financiers. Mais comme en Bourse, il faut être sélectif. La période a aussi une influence importante : Saint-Hélène ou encore la campagne d’Egypte sont particulièrement bien valorisées. Un collectionneur doit aussi garder à l’esprit que ces objets ne bénéficient pas d’un marché liquide. J’ai en mémoire l’exemple d’un sabre de maréchal d’empire qui n’a trouvé preneur qu’à sa troisième vente.

A cet égard, quels conseils donneriez-vous aux personnes tentées par une collection ?

Si l’on vise des objets peu liquides, mieux vaut s’assurer à l’avance de ne pas avoir besoin à court terme de l’argent qu’on investit. Une collection réclame aussi qu’on lui consacre du temps. Pour savoir ce que l’on achète et dénicher les bonnes affaires, il faut sans cesse se documenter, s’informer, et se rapprocher d’experts. Comme en Bourse, il faut savoir se montrer sélectif. Ma collection Napoléon me prend en tout cas plusieurs heures par semaine.

Je dirai enfin qu’il faut savoir garder la tête froide car contrairement à un investissement financier, la collection comporte une forte dimension affective, voire passionnelle. J’achète ce que j’aime mais je n’achète pas ce que j’aime à tout prix.

On a coutume de dire qu’en matière de placements financiers, il ne faut pas mettre plus de 10% sur une ligne. Quelles est selon vous la limite pour une collection ?

Effectivement, il paraît sage de ne pas aller au-delà d’un certain pourcentage de son patrimoine, peut-être 5%. Ma collection ne doit pas représenter plus de 3% à 4% de mes actifs. Pour acheter de nouvelles pièces, j’en revends d’autres afin de limiter le poids global. De toute façon, une collection doit évoluer au gré du temps et des centres d’intérêt.

Diriez-vous aujourd’hui que Napoléon reste un placement intéressant ?

C’est un thème qui va faire l’actualité. On entre dans une période riche avec le bicentenaire de Waterloo en 2015 et celui de la mort de l’empereur en 2021. Le focus va nécessairement être mis sur cette période. Tout cela va sans aucun doute accroître l’intérêt des collectionneurs, peut-être même susciter des vocations. N’oublions pas non plus que nous parlons d’un univers fini. Contrairement à d’autres objets de collections qui bénéficient encore d’une production, les objets liés à Napoléon vont devenir de plus en plus rares.