La “famille” polonaise et le premier Aiglon

Alors que certains commémoraient la mort de l’Impératrice Joséphine de Beauharnais ou Marie Josèphe Rose, je peaufinais ces quelques lignes sur la “famille” polonaise dont la destinée fut tout autre et moins connue des néophytes napoléoniens… ou des jeunes passionnés… Les autres lecteurs avertis devraient s’arrêter ici à moins que… Comment faire honneur à ces soldats polonais, ces légions polonaises qui furent toujours présentes sous divers noms auprès de l’Empereur et de même dans la Belgique de 1831, en offrant leurs services pour former notre future armée et qui durent attendre 1990, tant d’années pour obtenir leur indépendance tant méritée.

En cette période de commémorations et de publications d’un livre par semaine au minimum , il est difficile de trouver un ouvrage qui ne relate pas une bataille relative à la période des cent-jours ou à la campagne de Belgique voire de l’Empereur. La perle noire qui se détache du lot des mots rapidement écrits pour être rapidement édités. Je fus donc attentif à la sélection d’un ouvrage particulier, qui dénote et qui est mis en vente par son auteur, sans éditeur,  ou dans une petite libraire de Waterloo :Napoléon, Marie et Alexandre, la “famille polonaise” par Claudine Clabots – clabots.c@belgacom.net.

DSCN6439 - Ajaccio 19.05.2015
Napoléon le Grand – photo de Gérard PERCHE

marie walewska
marie walewska

J’écrivais dans le Bonapartiana IV qu’il s’agissait d’un véritable rayon de soleil au milieu de ces nombreux champs de bataille!un livre empli d’érudition et d’émotions qui transpercent le lecteur! En effet, cet ouvrage est un livre qui peut facilement entrer dans la “littérature tout public” contrairement à certains ouvrages relatifs aux batailles où le lecteur néophyte peut facilement se perdre entre les différents mouvements de troupes qui avancent ou reculent en portant le deuil, le sang, la victoire ou la défaite… Limpidité – Erudition – Simplicité, sans fioritures! Le lecteur peut y trouver une profonde “humanité” dans les traits de caractère de l’Empereur ainsi que de précieuses informations sur le second Empire. Le faste et l’élégance sont de mises! Une roman d’amour? Non! Un voyage à travers le temps et l’histoire ou le lecteur découvre la période “romantique si chère à l’Empereur, grand lecteur de Jean-Jacques Rousseau dont certains événements se croisent : par exemples, le fait établi que tous deux n’ont jamais élevé leurs enfants respectifs pour des raisons que seule la passion peut juger ou accepter.

napoleon facebookUn livre qui relate également le faste de ses personnages qui à travers les arts, les vêtements et les objets, se promènent dans une “relative” opulence et une politesse parfois “excessive” dans cette galerie de portraits saisissants. Nous pouvons aussi y découvrir la relation entre l’Empereur Charles Louis Napoléon Bonaparte dit Napoléon III et Alexandre Florian Joseph Colonna, comte Walewski

Destins croisés?…Napoléon Bonaparte n’a pas pu reconnaître son fils issu d’une relation avec sa “favorite”, Marie Walewska, et comme il l’aurait “exprimé” ou “écrit” lui-même : le code civil que j’ai décidé m’interdit de reconnaître votre fils adultérin,… Je suis puni par cette décision…(page 43)… Il aurait pu l’épouser après son divorce pour une Europe différente, un peu plus proche de la Russie, son alliée d’alors et le courant nauséabond d’une histoire déjà écrite aurait pu prendre un autre chemin avec une nouvelle Impératrice Marie… Walewska mais c’est une autre histoire qui n’a jamais eu lieu si ce n’est dans l’imaginaire des si…

  • La naissance de l’Aiglon Alexandre Bonaparte (je reste dans les …si… pour le titre):

“Le , à 4 heures de l’après-midi, Alexandre, comte Walewski, un bel enfant robuste, ouvrit les yeux sur un monde dans lequel il allait connaître une carrière brillante et tumultueuse. « Je suis né au château Walewice en Pologne », écrira 35 années plus tard dans ses mémoires le futur ministre des affaires étrangères de Napoléon III. Mgr Anastazy Walewski (Anastase de Walewski) – âgé de 73 ans – déclara qu’il était issu de son mariage avec Marie née Łączyńska – âgée de 23 ans –10. Napoléon apprend la naissance de son fils au cours d’un voyage triomphal en Belgique avec sa jeune épouse (Marie-Louise d’Autriche). Il fait parvenir des dentelles de Bruxelles et 20 000 francs en or pour Alexandre. Le , à Saint-Cloud, en présence de Marie, Napoléon signa un long document juridique garantissant l’avenir du jeune Alexandre 11. La dotation consistait en 60 fermes aux environs de Naples, d’un revenu annuel de 169 516 francs 60 centimes. Les armoiries conférées par les lettres patentes en même temps que le titre de comte de l’Empire étaient un mélange des blasons Walewski et Laczynski… Marie et son fils Alexandre rendirent visite à Napoléon en exil à l’île d’Elbe du 1er au en compagnie d’Emilia et de Teodor (Émilie et Théodore), sœur et frère de Marie.” http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Walewska

île d'elbe
http://www.colonnawalewski-charlesandre.org/view.php?id=illustration&photo=2&code=souvmarie&0=etui&1=isabey&2=352&3=scarabee&4=213&5=femmes&6=illustration&7=355&8=livret&9=A16b

De même, Alexandre Colonna Walewsky aura un fils avec une célèbre tragédienne Rachel Félix (d’origine Juive, qui jamais ne renia malgré les nombreuses pressions tant des juifs que des chrétiens la foi de ses ancêtres) avec qui il entretenait une relation hors mariage mais il a, à la différence de son père, reconnu et adopté son fils. C’est de cette relation qu’est issu la filiation directe de l’Empereur et son ultime descendant, Charles-André Colonna Walewsky, est un Bonaparte non par le titre mais par le sang! Jacques JANSSENS

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Napoléon le Grand

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Comte Charles-André Colonna Walewski – Un air de famille, non?
couverture du livre
mailto:clabots.c@belgacom.net

Le livre est à commander chez l’auteur : « Napoléon, Marie et Alexandre, la famille  polonaise » de CLAUDINE CLABOTS, 236 pages, 18 euros, plus frais de port, via son courriel : clabots.c@belgacom.net

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Alexandre Florian Joseph Colonna

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Rachel Félix
  • Arbre généalogique

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  • Galerie des objets et peintures citées dans l’ouvrage :
Abeilles en or du roi Childéric Ier : La tête et le thorax sont en or, les ailes sont incrustées de grenats. Au revers, une attache. Les Abeilles de Childeric – http://fr.wikipedia.org/wiki/Child%C3%A9ric_Ier
cassolette napoléon 3 Cassolette Napoléon III – http://fr.wiktionary.org/wiki/cassolette
maquette bateau collection trianon de Sané - la renommée Collection Trianon de l’Empereur Napoléon le Grand – http://mnm.webmuseo.com/ws/musee-national-marine/app/collection/expo/5
L'impératrice Eugénie protégeant les orphelins et les arts Carpeaux Jean-Baptiste (1827) L’impératrice Eugénie protégeant les orphelins et les arts Carpeaux Jean-Baptiste (1827) – http://www.wikiphidias.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=142:carpeaux-jean-baptiste&catid=34:biographie&Itemid=53
cite-train-officiel Train Impérial Napoléon III – http://www.citedutrain.com/fr/collections/voiture-salon-aides-camp-ndeg6-train-imperial
rouleau-eau-cologne Rouleau de l’empereur Napoléon le Grand – http://www.thenewmeninthecity.com/2012/01/12/les-flacons-rouleaux-de-lempereur/
Kougelhopf kougelhopf – http://fr.wikipedia.org/wiki/Kouglof
Le Prince impérial se promenant en vélocipède dans le jardin des Tuileries Le Prince impérial se promenant en vélocipède dans le jardin des Tuileries – http://www.napoleon.org/fr/galerie/iconographie/files/475419.asp
Vélocipède à pédales du Prince impérial Vélocipède à pédales du Prince impérial –http://www.napoleon.org/fr/collectionneurs/objet/files/475413.asp
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http://fr.wikipedia.org/wiki/KouglofLe Grand Messager boiteux de Strasbourg – http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Grand_Messager_boiteux_de_Strasbourg (Merci Gérard 😉

Gustave_Courbet_-_Le_Désespéré

Courbet : Le désespéré – http://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Courbet d’autres peintures sont citées dont l’origine de la vie, les baigneuses et la femme dans la vague…

LA PROCLAMATION « Au golfe de Juan, le 1er mars 1815

Ce document appartient à Miguel Moutoy qui m’a autorisé à le mettre à votre disposition et je l’en remercie.

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Photo : Miguel Moutoy

LE CONTEXTE HISTORIQUE

Accompagné notamment de 900 grenadiers, Napoléon débarque à Golfe Juan le 1er mars 1815. Las de sa captivité et de l’éloignement de sa femme Marie-Louise et de son fils, François-Charles-Joseph, dit Napoléon II, qui allait avoir 4 ans le 20 mars 1815, il s’enfuit de l’Ile d’Elbe où il est exilé par les Alliés tout en jouissant de la principauté. Une autre raison le pousse à regagner la France : Il est mécontent de son successeur Louis XVIII. Non seulement ce dernier ne lui verse pas sa pension annuelle de 2 millions de livres qu’il lui avait promise, mais la politique du nouveau roi, ne conduit qu’au désordre, qu’au mécontentement des paysans et celui des militaires qui sont tous tenus à l’écart par le nouveau monarque. De plus, Napoléon est persuadé que tous les Français attendent son retour… Quand lui est donné la possibilité de tromper la surveillance de son geôlier, le commandant anglais le colonel Sir Neil Campbell, chargé de surveiller l’île, Napoléon n’hésite pas un seul instant. Il embarque à bord de l’Inconstant. Le 1er mars 1815 à 13 heures, le navire entre dans le port de Golfe Juan. À 17 heures, à peine posé le pied sur le sol français, Napoléon s’adresse à l’armée.

LECTURE

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LA PROCLAMATION

« Au golfe de Juan, le 1er mars 1815,

Napoléon par la grâce de Dieu et la Constitution de l’état, Empereur des Français. Soldats, nous n’avons point été vaincus. Deux hommes sortis de nos rangs ont trahi nos lauriers, leur prince, leur bienfaiteur… »
« et la Constitution de l’état », phrase ne figurant pas dans l’affiche,  remplacée par « etc., etc., etc., » (en entête).  Voilà une première erreur qui semble signer la volonté de minimiser la légitimité de l’Empereur.
« Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui, pendant vingt-cinq ans, servirent de ralliement à tous les ennemis de la France. Arborez cette cocarde tricolore, vous la portiez dans ces grandes journées. » (4ème paragraphe de l’affiche). Sur notre document est écrit : « nos grandes journées » et non pas « ces grandes journées », formule plus pertinente. Napoléon en utilisant le « nos », ne se place pas au-dessus de ses soldats, mais au même rang que le plus simple de ses grenadiers.
« les vétérans des armées de Sambre et Meuse; du Rhin, d’Italie, d’Égypte, de l’ouest, de la Grande Armée sont humiliés; leurs honorables cicatrices sont flétries, leur succès seraient des crimes, ces braves seraient des rebelles, si, comme le prétendent les ennemis du peuple; les souverains légitimes étaient au milieu de l’ennemi. Les honneurs, les récompenses, les affections sont pour ceux qui les ont servis contre la patrie et contre nous. » (6ème paragraphe de l’affiche). Sur cette dernière, le point virgule placé, après « les ennemis du peuple », est  une erreur de ponctuation. Sur notre document manuscrit, on y voit une virgule et c’est bien sur la bonne ponctuation, puisque celle-ci apporte une précision sur ces « ennemis du peuple » que sont « les Souverains légitimes » qui  « étaient au milieu de l’ennemi ». De plus, sur l’affiche, la phrase est fausse puisqu’il ne s’agit pas des souverains légitimes qui étaient « au milieu de l’ennemi », mais « au milieu des armées étrangères ». La trahison de ces souverains légitimes n’en apparaît que plus grave…
Au 8ème paragraphe enfin : « Soldats! Venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef. Son existence ne se compose que de la vôtre, ses droits ne sont que ceux du peuple et les vôtres; son intérêt, son honneur et sa gloire ne sont autres que votre intérêt, votre honneur et votre gloire. La victoire marchera aux pas de charge, l’Aigle avec les couleurs nationales volera de clochers en clochers jusqu’aux tours de Notre-Dame : « Vous pourrez montrer avec honneur vos cicatrices » alors vous pourrez vous vanter de que vous aurez fait; vous serez les libérateurs de la patrie. » La phrase, en gras a été tronquée soit, pour ne pas rappeler les souffrances endurées par les Français, lors des nombreuses campagnes militaires napoléoniennes, soit pour ne pas trop insister sur la gloire que les Français doivent retirer de leur lutte contre la tyrannie monarchique…

Sur cette proclamation, le Comte Bertrand (1773-1844) appose sa signature en dessous de celle de Napoléon. Ce dernier s’était prononcé sur lui : « le général Bertrand était l’homme de la vertu, je n’ai rien dit de trop; sa réputation est faite. » Nommé le 16 janvier 1814, aide-major général de la garde nationale et de l’armée de Paris,  fidèle à l’Empereur, il embarque avec lui pour l’Ile d’Elbe qu’ils atteindront le 3 mai 1814. A Golfe Juan, dix mois plus tard, ce 1er mars 1815, il se tient toujours à ses côtés. Au terme des Cent Jours, le 7 août 1815, il sera à nouveau du voyage à Sainte-Hélène, s’exilant avec son maître qu’il servira avec respect et dévouement jusqu’à la mort de Napoléon le 5 mai 1821.

Proclamation Elba

Le lendemain de la Bataille dite de “Waterloo”

waterloo el lendemainWaterloo après la Bataille, National Army Museum, London.

“Toute trace des moissons avait disparu. Le sol apparaissait comme une vaste friche recouverte des épaves d’une puissante armée. (…) Les cadavres des tués furent dépouillés en un temps incroyablement court, et devinrent, au bout de quelques jours, des objets d’horreur ; ceux qui étaient exposés aux rayons du soleil étaient devenus presque noirs, et de plus, ils s’enflèrent rapidement ; tandis que ceux qui gisaient aux environs d’Hougoumont, abrités en partie sous les arbres, ils conservèrent leur blancheur naturelle.” Et de raconter : “il fallut dix ou douze jours pour déblayer le sol des cadavres  d’hommes et de chevaux, besogne répugnante qui fut accomplie par les paysans. On jeta les corps humains dans de grandes fosses, de quinze  à vingt pieds carrés (4,5 à 6m²), tandis que ceux des animaux eurent les honneurs d’un bûcher funèbre et furent brûlés ; les carcasses, la plupart démesurément gonflées, furent traînées avec de grands efforts jusqu’aux monceaux de fagots.” D’une rare humilité, Basil Jackson avoue avoir dû privilégier les blessés alliés aux blessés français. “Même si certains récits racontent que  les victimes furent ramassées indistinctement, je crains, écrit-il, que nous ne puissions réclamer un tel trait d’humanité.” …Le soin de recueillir les blessés français fut abandonné aux charrettes des campagnards,…ce ne fut que le quatrième jour après la bataille que le dernier fut relevé…Nombre d’entre eux ont du périr, qui auraient vécu, s’ils avaient reçu des soins et le secours immédiat des chirurgiens… (De Waterloo à Sainte-Hélène, par le Lieutenant -colonel Basil Jackson – p11 et p68)

aigle et papillonPourquoi est-il si peu de peintres d’époque qui osaient montrer les horreurs des lendemains de batailles? Dans le film Les lignes de Wellington réalisé en 2012 par Valeria Sarmiento compagne du cinéaste franco-chilien Raùl Ruiz (décédé avant peu avant la fin de l’écriture du film) , La question du “comment l’Histoire s’est-elle faite?” trouve plusieurs réponses : la première est que l’Histoire dans le film se réalise à travers la vision du peintre Lévêque auquel Wellington commande des tableaux retraçant la bataille. Mais cette vision là est faussée car Wellington ne veut pas “trop de cadavres”; la deuxième réponse et véritable enjeu du film est une vision de l’Histoire à travers le peuple: “l’histoire se vit avec les toutes petites gens, les petites histoires. On n’a guère de contact avec les grandes figures de l’Histoire”. C’est dans le chemin de l’enfer vécu par le peuple portugais contre les troupes napoléoniennes que l’histoire trouve son véritable sujet.  De même, c’est dans le même chemin de l’enfer subit par les petites gens, ces soldats de l’Empire et des Alliés, morts ou blessés, que l’Histoire donne un véritable sens aux commémorations et dans les populations qui leur ont apporté leurs aides et soutiens, leurs soins, par humanité ou malgré eux! Comme le disait Dimitri Casali (Auteur de “Qui a gagné Waterloo“) face à Claude Ribbe (Auteur de “Le crime de Napoléon“)… : “l’histoire est avant tout une longue suite de crimes contre l’humanité (Pierre Nora) “Jacques JANSSENS

Monument_aux_Belges_(Quatre_Bras)_01“Comme le rappelle l’historien Pierre Nora, “l’histoire est pavée de crimes contre l’humanité”. La mémoire collective, médiatiquement titillée, s’avère quant à elle forcément fragmentaire, simplifiant les enjeux jusqu’au manichéisme, l’hystérique prenant dans certains cas le pas sur l’historique. A l’instar d’une société de consommation qui consume ses fêtes (désamorcées de leurs charges dévotes par une aseptisation marchande), la médiasphère produirait de la mémoire en mode low-cost (à faible coût cognitif). L’Histoire s’efface au profit du Bicentenaire, du chiffre rond, prétexte aux conscientisations cycliques et aux éditions spéciales et autres JT pastiches. Il s’agit de réinvoquer – sans péril – les blessures du précédent siècle et d’endosser un costume souvent bien trop grand. Se prendre pour Napoléon, le temps d’un laïus – rejouer l’histoire à défaut d’encore pouvoir la faire. Comme l’écrivait Philippe Muray : “Les célébrations et commémorations […] ont aussi pour but d’assurer les transitions les plus douces possible entre ce qu’on peut encore savoir du monde d’hier et les désastres actuels.” Ainsi, commémorer permet également au politique de moraliser le présent, de se doter d’arguments symboliques difficilement réfutables, au risque de projeter des jugements de valeurs contemporains sur le passé -Nicolas Baygert – (Nicolas Baygert).http://www.levif.be/actualite/belgique/l-histoire-est-pavee-de-crimes-contre-l-humanite/article-opinion-350517.html

aigle et papillonWATERLOO, OU LA DEROUTE DE L’AIGLE EST GLOIRE POSTHUME DU LION (Alain Reyniers)

….En fin de journée, le spectacle offert par le champ de bataille est terrifiant : plusieurs dizaines de milliers de morts et de blessés jonchent le sol. Les vainqueurs n’avaient pas prévu cela et mettront du temps pour organiser les secours comme le nettoyage du site. Il faudra plusieurs jours pour relever les combattants qui pouvaient encore l’être et pour enterrer les très nombreux cadavres. Plusieurs centaines de corps furent incinérés ; les autres allaient être inhumés dans de vastes fosses communes, parfois même simplement jetés dans les dépressions du terrain et sommairement recouverts….

…Assurément, nous n’en sommes plus au lendemain de la bataille, ni dans les mois qui la suivirent. A cette époque-là, on pouvait encore presque tout voir, des cadavres, des blessés, les destructions. L’odeur pestilentielle qui régna longtemps sur la “morne plaine” rappelait aux passants l’horrible atmosphère des combats qui venaient de s’y dérouler. Il était dès lors forcément difficile de rester insensible au spectacle de la souffrance et de la misère humaine. Mais, près de deux siècles plus tard, on n’en est évidemment plus là. Le site a-t-il pour autant perdu de son pouvoir évocateur ; s’est-il transformé en un gigantesque parc d’attraction ou réduit à un bunker contemporain empli de gadgets électroniques?…

aigle et papillonBrève histoire de l’organisation des soins dispensés aux blessés militaires dans les hôpitaux belges, après la dernière campagne napoléonienne (juin 1815) – par Edgard EVRARD

…Pendant six mois au moins, une partie importante du territoire belge actuel fut le siège d’une activité médicale intense. Dans le langage du droit humanitaire d’aujourd’hui, certaines villes, notamment Bruxelles et Louvain, auraient mérité l’appellation de “ville sanitaire”. Dans la rhétorique ampoulée de l’époque, la Belgique fut même appe­lée “la sœur de charité de l’Europe guerrière”. Selon quels principes, fut résolue, en 1815, une situation critique liée à l’afflux mas­sif de blessés ? Dès le 19 juin, les convois organisés par les Britanniques et les Hollando-belges déversent dans les hôpitaux de Bruxelles le flot incessant des blessés amenés des Quatre-Bras et de Waterloo. Les Prussiens diri­gent vers Louvain et Namur les blessés de Ligny, de Plancenoit et de Wavre. Les hôpitaux et casernes sont immédiatement saturés. La plupart des édifices publics et établissements religieux sont transformés en hôpitaux temporaires et sont rapidement encombrés. A Bruxelles, l’élan charitable gagne tous les milieux. De nombreux bourgeois et même des gens de condition modeste transforment leurs maisons, leurs propriétés et leurs ateliers en ambulances. Des milliers de blessés sont ainsi hébergés par les habi­tants. Parmi eux, de nombreux blessés britanniques se font conduire directement dans les familles où ils ont été logés dans les semaines précédant le 16 juin. Bruxelles est véritablement devenue une “ville sanitaire”…

…A la fin de la première semaine de l’après-Waterloo, en raison de l’insuffisance du charroi, de nombreux blessés transportables sont encore hébergés dans des conditions très précaires dans les bourgades et villages avoisinant les champs de bataille. Dans leur majorité, il s’agit de blessés français. Fleury de Chaboulon, secrétaire de Napoléon pendant la campagne de juin 1815, a sou­ligné les innombrables actes de dévouement de la population civile à l’égard des Français, en des termes qui méritent d’être rappelés :“La perte des Français eût été plus considérable sans la généreuse sollicitude que leur témoi­gnèrent les habitants de la Belgique. Après la victoire de Fleurus et de Ligny, ils accoururent sur le champ de bataille consoler les blessés et leur prodiguer des secours . (…). Ils enlevèrent nos pauvres Français des champs de bataille et leur offrirent un asile et tous les soins qui leur étaient nécessaires”(11)...

…Il en fut de même à Quatre-Bras, à Wavre et à Waterlo… A mesure que les jours passent, les maires et les intendants signalent aux autorités des situa­tions de plus en plus dramatiques dans les régions de Charleroi, Nivelles, Wavre et Genappe…Les blessés français furent, pour la plupart, concentrés dans les hôpitaux de Bruxelles et de Louvain. Certains, principalement des officiers, furent envoyés en Angleterre : ce ne fut qu’une minorité. D’autres purent rejoindre directement la France au cours de l’automne 1815. Beaucoup suivirent la ligne d’évacuation prussienne vers la Rhénanie, mais ne dépassèrent pas les hôpitaux militaires de Liège et de Maastricht. Le couvent Sainte-Agathe à Liège fut transformé en hôpital des Français. Les derniers blessés français quittèrent Liège le 17 novembre 1815 pour regagner leur patrie….

…Guthrie, qui a joué, à Bruxelles, un rôle que nous pourrions assimiler à celui d’un consultant en chirurgie d’armée, écrit qu’il est horrifié de constater combien les tech­niques chirurgicales de la traumatologie de guerre ont été oubliées depuis les leçons des campagnes du Portugal et d’Espagne, encore toutes proches. Le jugement qu’il porte sur certains de ses collègues qu’il vit à l’œuvre à Bruxelles n’est guère flatteur. “Rien ne pourrait effacer les méfaits irréparables que l’insuffisance de soins médicaux a provo­qués dans les quelques premiers jours après la bataille”(3). Un tel jugement n’a rien perdu de son actualité. “Nil novi sub sole” (rien de nouveau sous le soleil)

…Les chirurgiens britanniques louent la propreté et l’aération des hôpitaux militaires de Bruxelles. Larrey, dans ses mémoires, est très élogieux sur la qualité du travail effectué par les chirurgiens militaires belges qu’il côtoya, au cours de sa captivité, dans les hôpitaux de Bruxelles et Louvain (12). Notre collègue historien, le médecin colonel J. Hassenforder, dans un de ses ouvrages sur l’histoire du service de santé militaire fran­çais, conclut ainsi le chapitre sur Waterloo : “Les blessés français de cette terrible bataille furent heureusement recueillis et soignés admirablement par les Belges, dans les hôpitaux de Bruxelles et Louvain” (13)….

…On a beaucoup écrit sur la bataille de Waterloo, mais très peu sur les médecins et chirurgiens militaires qui organisèrent et prodiguèrent les soins pendant les quelques
mois extrêmement difficiles qui suivirent la campagne. Les rares historiens militaires qui consacrent quelques alinéas ou, tout au plus, quelques pages aux blessés soignés dans les hôpitaux, soulignent surtout la générosité de la population civile et le zèle des comités de dames. Les journaux de l’époque évo­quent longuement les paroles aimables, les boissons, les friandises, les fruits, le linge que distribuent ces dévouées personnes de la haute société bruxelloise. Ils rapportent aussi les remerciements conventionnels hyperboliques que leur adressent Wellington et des ambassadeurs, émus par la sollicitude de Bruxelles vis-à-vis des victimes de Waterloo. Ces historiens et journalistes demeurent très discrets ou muets sur les activi­tés des services de santé militaires. Ils contribuent ainsi à l’émergence d’une vision radi­calement fausse sur le rôle des acteurs véritables dans l’organisation et la dispensation des soins aux blessés. De nos jours, on parlerait de désinformation!…

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Quelques témoignages :

“En prenant possession de notre nouveau bivouac, nous aperçûmes au bord de la route un jeune soldat, ou plutôt un tronçon d’homme, car l’infortuné avait eu les deux jambes emportées par un boulet! Sa blessure n’avait pas encore été pansée, on avait seulement cherché à arrêter l’hémorragie en bandant les plaies avec une chemise. Ce malheureux portait en outre les traces récentes de blessures au visage et à la poitrine. Il devait être d’une force extraordinaire pour avoir survécu à ses blessures et à la perte de sang qui en était résultée. En nous voyant défiler devant lui, il se souleva sur les mains par un mouvement nerveux et s’écria d’une voix énergique : “Vive l’Empereur! J’ai perdu mes deux jambes mais je m’en f…..! La victoire est à nous! Vive l’Empereur!” (Waterloo, les combattants racontent – Bernard COPPENS – p52) 

  • “Il nous eut été impossible de sauver nos blessés… sans l’aide et la sympathie des habitants de Namur. Par leurs soins, nos camarades furent placés dans des barques et purent remonter la Meuse…. Leur humanité et leurs soins touchants dans un moment aussi critique donnent des droits éternels  à la reconnaissance de tous les Français (Général Berthézène)”.
  • “Dans chaque maison on relevait nos blessés, des provisions étaient livrées à profusion aux soldats comme aux officiers. C’était à qui nous apporterait son offrande en vivres, en vin, en linge pour les pansements… Je ne saurais exprimer ce qu’il y avait de fraternel et de touchant dans cette manifestation si générale. Oh! Souvenons-nous-en si, plus heureux un jour, nous reportons nos armes en Belgique”. (Général Fantin des Odsarts : journal, p. 439)
  • …”J’ai vu des femmes de Namur prendre les blessés des mains de soldats valides qui les transportaient et engager ces derniers à retourner au combat”. (Colonel Biot : souvenirs, p. 263)
  • …”La perte des Français eut été plus considérable sans la généreuse sollicitude  que leur témoignèrent les habitants de la Belgique….Bravant la colère des féroces Prussiens, ils quittèrent leurs foyers pour nous enseigner les issues propices à notre fuite”…(Fleury de Chaboulon : Mémoires)
  • “Après la désolation des champs de bataille…. Un hommage unanime sera rendu par les belligérants  au dévouement de la grande majorité des populations belges pour secourir les blessés et les transporter avec les médiocres moyens de l’époque vers les centres hospitaliers des villes  ou  les maisons des communes environnantes”. (Mémoires du Général Lamarque, Bruxelles, 1838)
  • …”Seutin, ancien chirurgien-major de la grande armée, puis des Pays-Bas, se dévoua nuit et jour non seulement pour opérer les blessés, mais encore pour mettre de l’ordre dans les secours improvisés, notamment  à Wavre, Nivelles, Charleroi et surtout Bruxelles ou il sera secondé par son maître fait prisonnier, le baron Larrey”…. http://napoleonbonaparte.be/2015/03/wellington-a-nivelles/
  • …”C’est à nos blessés de waterloo et de Ligny,…que la reconnaissance impose surtout le devoir sacré de faire à leurs concitoyens le récit des soins touchants, de la noble hospitalité des Belges; aucun Français ne peut jamais en perdre le souvenir!” (Général de Vaudoncourt : Histoire des campagnes de 1814 et 1815 TIII, p.73, Paris)

aigle et papillonRéférences des textes sources :

(11) FLEURY DE CHABOULON , Mémoire pour servir à l’histoire de la vie privée, du retour et du règne de Napoléon en mars 1815, tome II, p 630-631

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(3) CANTLIE, H., A history of the Army Médical Department, Edimbourg,Londres, vol.I, 1974

(12) LARREY, D., Relation médicale de campagnes et voyages de 1815 à 1840, Paris, 1841, pp. 15-16.

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aigle et papillon

(13) HASSENFORDER, J., Le service de santé militaire pendant la Révolution et l’Empire, p 170, in :Le Service de Santé militaire, de ses origines à nos jours, par J. des Cilleuls, J. Pesme, J.Hassenforder et G. Hugonot, Edition SPEI, Paris, 19

Astérix ou le mythe de Napoléon

Napoléon le Grand était passionné par les arts et l’histoire. En dictant à Sainte-Hélène ou en écrivant son “Précis des guerres de Jules César“, il ne pouvait prévoir que deux irréductibles Gaulois allaient contribuer à sa légende à travers le 9ème art : René Goscinny et Albert Uderzo créent après de longues réflexions, de nombreuses réunions et conférences de spécialistes, des reconstitutions historiques,… le légendaire petit village d’irréductibles Gaulois qui traverse le temps pour pouvoir nous offrir ces instants décapants à coups de bulles et de savants mélanges de grenailles et de boulets dont ils ont le secret des redoutables mots dont l’Empereur se serait régalé; une version de l’histoire des Gaules qui n’a sont pareil que dans les meilleurs livres d’histoire!

« Un livre curieux serait celui dans lequel on ne trouverait pas de mensonge. »Napoléon Bonaparte ; Maximes et pensées (1769-1821) Jacques JANSSENS

Autres articles

Article publié avec l’aimable autorisation de son auteur*, Emmanuelle Mury – Sur son Blog Personnel (*le mot auteur(e) n’étant pas autorisé actuellement dans la langue française…): auteurehttps://hominusblogus.wordpress.com/2013/11/10/asterix-ou-le-mythe-de-napoleon/

Blog que je recommande pour les amateurs “de bons mots sur la culture fourre-tout”.. Merci pour vos délectables articles! Je n’ai pas modifié le texte de l’auteur afin de respecter sa curieuse “histoire” dans laquelle on ne trouverait pas de mensonges! J’y ai ajouté les bulles s’y référent et quelques clins d’oeil et anecdotes pour  pimenter la sauce! Les personnes amatrices de vérités historiques trouveront de nombreuses informations dans les 4.450.000 ouvrages répertoriés ce jour….

Astérix ou le mythe de Napoléon

téléchargement…Au delà de références historiques, culturelles et de plaisanteries latines dont les opus sont truffés, quelques-uns sortent encore plus du lot et font une relecture des guerres Napoléoniennes. A l’heure où ces dernières sont de moins en moins étudiées, “bien-pensantisme” et ignorance allant de pair, je vois mal les écoliers actuels y comprendre quoi que ce soit si ce n’est les bagarres et les sangliers. Il est donc temps de remettre les pendules à l’heure pour les retardataires.

Si on ne devait prendre que deux albums pour illustrer mon discours ce serait Astérix en Corse qui fait une relecture d’Austerlitz et Astérix chez les Belges qui retrace Waterloo.

CorseAstérix en Corse est le vingtième album de la série de bande dessinée Astérix de René Goscinny (scénario) et Albert Uderzo (dessin), publié en 1973. Situé en Corse, Goscinny ne se prive pas de faire une référence explicite à Napoléon tout le long de l’oeuvre, en voici quelques exemples :

Les « groinnk » qu’utilisent les chefs corses pour se reconnaître entre eux fait référence aux Grognards de Napoléon. D’ailleurs, peu après le chef de clan Corse appelle ses hommes des grognards. Grognards est le nom donné aux soldats de la Vieille Garde de Napoléon Bonaparte.

c1Ils étaient les plus expérimentés de la Grande Armée, mais aussi les plus fidèles à l’empereur, qui les avait surnommés ainsi car ils se plaignaient de leurs conditions de vie. Histoire de la Garde Impériale-1847

La Garde impériale constituée en jeune, moyenne et vieille Garde; unité prestigieuse, sert de réserve dans les batailles : elle n’est engagée qu’au moment décisif, ou même mieux, ne combat pas. Ainsi, de nombreux bulletins de victoire se terminent par les mots « La Garde n’a pas donné ».  Et quand elle donna, on peut dire qu’elle fait la différence. Les exemples de leur valeur sont nombreux mais citons à titre d’exemple le comportement héroïque des deux carrés du 1er Grenadiers de la vieille garde à Waterloo chargés de couvrir la retraite de l’empereur et qui firent face à 2 armées en maintenant les rangs. Taille moyenne des soldats : 1m90, ancienneté moyenne dans un corps d’élite sur des combats assez acharnés = 10 ans.  4 grenadiers sur 10 y sont récipiendaires de la légion d’honneur. A cette époque, la légion d’honneur récompensait les actes de bravoures extrêmes. 

c2Lorsque le chef du clan Corse voit les différents clans s’acheminer vers le lieu de bataille, il s’exclame : »C’est une grande armée » en référence à la Grande Armée Impériale. Un chef de clan arrive en retard au rendez-vous, le précédent s’exclame « Il est célèbre le sommeil d’Osterlix » pour faire référence au soleil d’Austerlitz. Le 2 décembre 1805, un an jour pour jour après son sacre, l’empereur Napoléon 1er remporte à Austerlitz la victoire. En quelques heures, sous un soleil hors saison, il vainc deux autres empereurs, Alexandre 1er, tsar de Russie, et François II de Habsbourg, empereur romain germanique (ou empereur d’Allemagne). Austerlitz est appelée pour cela : bataille des Trois empereurs.

asterix

L’album se conclut sur « Pour que les corses acceptent un empereur, il faudrait qu’il soit corse lui-même! ».

c3

aigle et papillon
la gaule avant César
HS – GéoHistoire – N°11 – page 53 – octobre- Novembre 2013

La Gaule Celtique et la Gaule de Belgique peuvent surprendre par leurs proportions de l’époque!

  • Astérix chez les Belges C’est plutôt une paraphrase de son poème L’Expiation et de ses vers célèbres : « Waterloo ; Waterloo, Waterloo, morne plaine… » (« Waterzooi, waterzooi, morne plat ! »). D’où la petite note sur la page de garde de l’album remerciant ses confrères, Brueghel l’Ancien et Victor Hugo. Enfin, quand César prend Astérix pour son subordonné Wolfgangamadeus, c’est une allusion au fait que durant la bataille de Waterloo, Napoléon a pris le Prussien Blücher pour son maréchal Grouchy.

les belges selon NapoléonPrécis des guerres de César par Napoléon (que je conseille vivement)

belgesAstérix chez les Belges est publié en 1979. C’est le dernier publié par Goscinny et ironie du sort, il fait référence à Waterloo ou le crépuscule Napoléonien. Goscinny aura donc pu clore son rendez-vous avec l’empereur. Outre les références belges et les jeux de mot propres aux albums d’Asterix, La bataille finale p35-45 paraphrase le déroulement de la bataille de Waterloo (en Belgique) telle que la raconte Victor Hugo dans dans son poème L’Expiation (Les Châtiments ). D’où la petite note de Goscinny sur la page de garde de l’album remerciant ses confrères, Brueghel l’Ancien et Victor Hugo. 

Les châtiments
livre V – L’autorité est sacrée
13 – L’Expiation II

1/ Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine ! (…)  

Le chef Belge propose une bataille à César : Alors, tu proposes à César une entrevue dans la morne plaine voisine.
A propos d’un plat local pris juste avant la bataille: Waterzooi, waterzooi, morne plat !

2Pour préparer la bataille, César/Napoléon prévoit le même plan qu’à chaque fois : artillerie d’abord, garde en réserve : « Je te confie les légionnaires de ma Garde personnelle. Il n’interviendront qu’en dernier recours. Nous ouvrirons le combat avec les catapultes. »

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2/ Le soir tombait : la lutte était ardente et noire.

Il avait l’offensive et presque la victoire ;
Il tenait Wellington acculé sur un bois. (…)

Version Astérix cela donne : « Le soir tombait : la lutte était ardente et noire.
César avait l’offensive et presque la victoire ;
Il tenait les Belges acculé sur un bois. »(..)

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3/ Soudain. joyeux, il dit : Grouchy ! – C’était Blucher
L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme, (…)

Version Astérix cela donne : Soudain. joyeux, il dit : Wolfgang Amadeus ! – C’était Astérix

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4/ L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme, (…)

Pompé tel quel par Goscinny.

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5/ Allons ! faites donner la garde, cria-t-il ! (…)

Pompé tel quel par Goscinny.

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6/ Et Lanciers, Grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires, 
Cuirassiers, Canonniers qui traînaient des tonnerres, 
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli, (…)

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Et, triarii, principes aux caligae de cuir,
Hastati dont Rome faisait des légionnaires,
Vélites, sagitarii qui trainaient leut crinnière
Portant des clipeus et jambières de métal,
Tous ceux d’Alésia et ceux de Pharsale …

 7/ Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête, 
Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.
Leur bouche, d’un seul cri, dit : vive l’empereur ! (…)

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Comprenant qu’ils allaient drôlement déguster,
Leur bouche, d’un seul cri, dit :
– C’est pas un peu fini ? arrêtez !!!

8/ La Déroute apparut au soldat qui s’émeut,
Et, se tordant les bras, cria : Sauve qui peut! (…)

10La déroute apparut au légionnaire qui s’émeut,
Et, se tordant les bras, cria :
– Sauve qui peut ! Sauve qui peut !

9/ Le mot de Cambronne (…)
On sort du poème pour ensuite faire allusion à la célèbre phrase attribuée à Cambronne que les Anglais sommaient7 incessamment de se rendre : « La Garde meurt et ne se rend pas ». Apparemment, en réalité, il leur aurait plutôt suggéré d’aller se faire foutre. Donc l’une et l’autre des citations historiques qui lui furent attribuées (« La garde meurt et ne se rend pas », ou bien « merde ») seraient inexactes.

 

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Astérix rétablit toutefois une certaine vérité historique puisque quelques vignettes plus loin, il fait dire à un soldat : « Tu sais ce qu’elle te dit la Garde?! »

Brueghel l’Ancien : Repas de Noces, 1568, l’artiste nous montre au premier plan le service de ce repas (soupe et service du vin). La mariée est devant le rideau vert sombre. On voit ici, la survivance du Moyen-Âge avec  les bancs disposés autour de la table.

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Le repas de noce par Pieter Brueghel l’Ancien.

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Clins d’oeil : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ast%C3%A9rix_chez_les_Belges

  • La réplique du chef belge « Après des semaines et des semaines d’esclavage, on a décidé qu’on ne savait plus supporter ! » (p10-c6) est une allusion à une version des paroles de La Brabançonne, l’hymne national belge (« Après des siècles d’esclavage […] »).

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  • Quand Astérix, Obélix et le chef de clan Abraracourcix marchent à travers « le Plat Pays », Abraracourcix fait un commentaire sur le paysage. Le chef belge répond : « Dans ce plat pays qui est le mien, nous n’avons que des oppidums pour uniques montagnes. » (p16-c3) Ceci est une référence à la chanson Le Plat Pays dans laquelle Jacques Brel chante « Avec des cathédrales pour uniques montagnes. ». Ce détail n’apparaît pas dans les traductions de l’album en langues étrangères.

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  • Les villageois belges ont deux chefs issus de deux tribus différentes, ce qui est un clin d’œil au problème de langue entre néerlandophones et francophones. Ainsi, lors d’un banquet les deux chefs belges se disputent un morceau de langue de sanglier. Ce qui fait dire à Nicotine : « Il y a toujours un problème de langue entre ces deux castars là! ». (p17-c9)

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  • Dupond et Dupont apparaissent dans l’album, vêtus de tenues gauloises belges et annonçant l’arrivée de Jules César dans leur style propre : « Jules César est arrivé en Belgique. — Je dirais même plus : Cules Jésar est arrivé en Gelbique ». (p27-c7-8) À noter que leurs phylactères sont faites dans le style des albums de Tintin et non dans le style des albums d’Astérix.

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  • Le grand dessin du banquet au village belge à la fin de l’album est fortement inspiré du célèbre tableau de Pieter Brueghel l’Ancien (qui est d’ailleurs remercié) le Mariage paysan, qui se trouve au Musée d’Art et d’Histoire de Vienne.
  • La bataille finale parodie le déroulement de la bataille de Waterloo (en Belgique) telle que la raconte Victor Hugo dans Les Châtiments
  • Quand Jules César décide de se rendre en Belgique, il quitte le Sénat en disant : « J’irai, je verrai, et je vaincrai. ». Ceci est une version au futur de la citation latine « Veni, vidi, vici. ». (p30-c8)
  • De nombreux belgicismes apparaissent dans les répliques de la version française : « Faites blinquer les cuivres. », « Donne une baise et tire ton plan… » ; On peut aussi noter le remplacement systématique du verbe pouvoir par le verbe savoir qui est un clin d’œil à l’emploi occasionnel de savoir pour exprimer une capacité par les Belges francophones ; Ex : p10-c6 « Après des semaines et des semaines d’esclavage, on a décidé qu’on ne savait plus supporter. », p28-c1 « ça tu ne sais pas savoir pourquoi il est venu », p41-c8 « Nous avons vaincu ! C’est le sauve qui sait général. ».

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  • Quand Astérix propose à Geuselambix, le premier chef du village belge, qu’Obélix et lui aillent voir Jules César pour lui proposer d’arbitrer le concours entre Gaulois et Belges, Gueuselambix répond : « D’accord. D’après les renseignements qu’on vient de me donner, César a établi son quartier général à septante milles d’ici, environ. ». (p32-c3) Ceci est un clin d’œil au fait que, contrairement aux Français, les Belges ne disent pas soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix mais septante, quatre-vingt et nonante2.

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  • Page 9 case 7 : Obélix rigole en se remémorant le moment où il a attaqué les Romains qui voulaient leur faire payer un péage pour utiliser la voie romaine. Il conclut son histoire en disant « Je crois que ça va leur prendre des siècles avant de recommencer un coup comme celui-là ». Il s’agit d’une allusion au péage autoroutier français.
  • Lorsqu’Astérix et Obélix partent de la maison du Belge qui leur a offert le drapeau blanc, un jeune garçon sort de la maison pour se « soulager ». Le père dit alors : « Je me demande si notre fils Manneken ne boit pas de la bière en cachette ». C’est une allusion au célèbre monument belge : le Manneken-Pis

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Anecdotes : http://www.lefigaro.fr/bd/2009/10/23/03014-20091023ARTFIG00544-les-50-secrets-d-asterix-.php

  • Vive le Général de Gaule ! Incroyable ! Lors d’un conseil des ministres, au début des années 60, le général de Gaulle se met à appeler ses ministres en les appelant chacun d’un nom gaulois, emprunté aux aventures d’Astérix.
  • Astérix dans les étoiles :Ce n’est pas une blague : le premier satellite français envoyé dans l’espace, le 26 novembre 1965, porte le nom du vaillant guerrier gaulois ! Comme un signe de résistance et d’autonomie en pleine guerre froide. «Quand je l’ai appris, j’ai prié pour qu’il ne se casse pas la gueule », commentera Goscinny. En vérité, c’est l’un des responsables du programme spatial français qui a donné à l’appareil ce surnom, aussitôt plébiscité. Et quand le scénariste remerciera Alain Peyrefitte de cet hommage, la grimace du ministre parlera d’elle-même : officiellement, le satellite était baptisé A-1…
  • Pom-Pom-pi-dou ! C’est Georges Pompidou lui-même qui souffle aux auteurs l’idée d’envoyer Astérix en Suisse. «Nous n’avons pas réalisé Astérix chez les Helvètes tout de suite, se souvient Uderzo. On a sa dignité !»
  • Cousins Germains : Astérix chez les Goths est le premier album traduit à l’étranger (1964). Un carton… en Allemagne, malgré la caricature grinçante que font les auteurs des Goths (casque à pointe et esprit martial). En 1990, Le Figaro Magazine relaie à sa manière cette réconciliation franco-allemande via Astérix en publiant chaque semaine des planches du Devin (Der Seher) «pour vous aider à devenir bilingue».
  • Pom-Pom-pi-dou ! C’est Georges Pompidou lui-même qui souffle aux auteurs l’idée d’envoyer Astérix en Suisse. «Nous n’avons pas réalisé Astérix chez les Helvètes tout de suite, se souvient Uderzo. On a sa dignité !»

 

 

 

 

 

Emissions consacrées à Napoléon en Belgique

A cinq reprises avant sa défaite à Waterloo, Napoléon est venu visiter les états « belgiques » devenus français en 1795. Cinq voyages menés tambours battants dans le but d’en découdre une fois pour toute avec l’ennemi de l’Europe toute puissante dont rêve Napoléon, l’Angleterre. Au travers d’un road movie sur les traces de Napoléon, Armelle et l’équipe de Ma Terre vont nous raconter cette période de l’histoire durant laquelle Napoléon avait fait de nous des Français.

A travers ce road-movie Ma Terre va nous éclairer sur l’ambition et la stratégie de Napoléon dans ces nouveaux et riches départements mais aussi sur le profit que la future Belgique en tirera avant même sa création en 1830.
En rase campagne à une frontière belgo-française, ARMELLE est au rendez-vous d’une histoire qui commence en 1803. En suivant les traces de la calèche de Napoléon, elle nous replongera dans cette époque où nous étions français, pour le meilleur et pour le pire.
Elle embarquera à ses côtés Constant, premier valet de chambre de Napoléon, un inconditionnel, incarné par le comédien Fabrice Rodriguez. Un duo inattendu et complice où chacun joue son propre rôle, convoquant tour à tour passé et présent, pour nous permettre de prendre conscience de la transformation des états « belgiques » sous l’impulsion de Napoléon. Le découpage administratif en départements (nos provinces), l’organisation de la justice (nos cours et tribunaux) ou de l’enseignement ( primaire, secondaire, supérieur,…), l’uniformisation des poids et mesures, le code civil (qui par exemple rendit possible le divorce), l’essor de l’industrie (du charbon, textile, sucrière,…), c’est sous l’impulsion de Napoléon fils de la révolution française que nous allons vivre ces avancées et les capitaliser, bien mieux que nos voisins français.
C’est sur les bases jetées par Napoléon que l’état Belgique est né en 1830. Et si Waterloo avait été pour nous une victoire en fin de compte ? Des historiens nous éclaireront sur l’héritage de cette période, en laissant à Charles Bonaparte le plaisir de s’y inviter.
A travers cette émission mêlant le langage du documentaire et de la fiction, Ma Terre, comme à son habitude nous propose aussi, des images spectaculaires et parfois même inédites de notre patrimoine d’hier et d’aujourd’hui.

Médias

Plaintes et vœux des départements toujours français composant l’ancienne Belgique, adressés à S.M. l’Empereur Napoléon-Paris. Avril 1815

carte belgique française
Éditeur : Vandermaclen (Bruxelles)

Sources : Gallica

Les plaintes et le voeu des départemens toujours français composant l’ancienne Belgique, adressés à S. M. l’empereur Napoléon

LES PLAINTES ET LE VOEU DES DÉPARTEMENS TOUJOURS FRANÇAIS COMPOSANT L’ANCIENNE BELGIQUE, ADRESSES A S. M. L’EMPEREUR NAPOLÉON. PARIS. AVRIL 1815.


DE L’IMPRIMERIE DE Mme Ve JEUNEHOMME, rue Hautefeuille , no 20.


Le texte qui suit est la reproduit exacte du document envoyé par “Les très-humbles et fidèles sujets des départemens français composant l’ancienne France”. Comme vous pourrez le constater dans l’original ou dans cette transcription, l’orthographe de l’époque est respéctée… Ce texte écrit le 27 mars 1815 fut publié à Paris en avril 1815. Dans les circonstances actuelles où notre pays semble de plus en plus divisé par des luttes communautaires, où certains souhaiteraient que nous, belges, quittions la francophonie http://www.levif.be/actualite/belgique/la-n-va-plaide-pour-une-sortie-de-la-francophonie/article-normal-115617.html, ce texte rappelle notre attachement indéfectible à la France. Jacques JANSSENS 

Bruxelles, le 27 mars 1815

SIRE,

Nous ne sommes pas moins sensibles à l’honneur que nos frères de l’ancienne France; vous venez de la délivrer, cette mère-patrie, d’un gouvernement qui la laissait avilie à la merci de l’étranger ; vous venez de rendre au Peuple français des droits pour lesquels il a combattu pendant vingt-cinq ans, et par vous, l’armée a reconquis l’honneur qu’on voulait lui ravir.

Nous, SIRE, qui depuis si long-temps faisons partie intégrante de la grande nation ; nous qui avons constamment suivi vos drapeaux, et mêlé notre sang à celui de nos frères pour soutenir dés intérêts communs; nous qui vous avons ouvert nos trésors, et vu vendre un tiers de notre territoire au profit de la France, serons-nous exclus de vos bienfaits , et notre récompense pour tant de sacrifices sera-t-elle l’abandon et l’esclavage ?

Jamais nos regards n’ont cessé de se tourner vers la France; écoutez nos vœux; écoutez nos plaintes; écoutez celles de nos frères les Liégeois et des départemens du Rhin , nos sentimens unanimes sont invariables.

La maison d’Autriche nous a vendus à l’Angleterre! Non seulement nous avons été le prix du remboursement des emprunts faits par elle à cette nation; mais encore il a fallu envoyer à Vienne , tous les mois, une grande partie de notre numéraire pour acquitter le prix des chaînes que nous portons.

Devenus province anglaise, sous le nom de royaume des Pays-Bas, notre ruine est consommée si vous ne venez promptement à notre secours.

Notre noblesse , entichée de ses vieux préjugés préjugés, d’accord avec nos tyvrans, qui lui ont donné toutes les places du gouvernement, voudrait nous rendre les droits féodaux , les dîmes, etc., faire renaître la représentation par ordres, et nous régir encore comme au quatorzième siècle.

Non seulement notre commerce est détruit, nos manufactures sont ruinées; mais nous restons restons accablés sous des impôts de tout genre; opprimés par les Hollandais, écrasés de logemens militaires par les Hanovriens, les Prussiens, vexés par les Anglais, nous allons être forcés de donner le reste de notre or et le sang de nos enfans pour soutenir leur cause impie. La landwehr nous menace.

Resserrés, garottés par des lignes de douanes, elles se ferment impitoyablement à l’aspect de nos produits, et s’ouvrent avec complaisance pour inonder nos villes et nos campagnes de marchandises anglaises.

 Nos belles manufactures, élevées avec tant de peine, à tant de frais, au milieu des vicissitudes de la guerre, languissent et tombent sans espoir que leurs produits descendent jamais au vil prix des marchandises de l’étranger que des primes indemnisent. Déjà nos ouvriers sont obligés de quitter le sol qui les vit naître, et qui ne leur offre plus ni travail ni ressources; nos fabriques n’emploient à peine que le quart des ouvriers , occupés dans les momens les plus malheureux de la guerre.

La ruine, la dépopulation de nos belles provinces s’avancent à grands pas, et ce que les fureurs du duc d’Albe et l’aspect hideux de l’inquisition n’ont pu faire, sera l’ouvrage de nos prétendus libérateurs.

Qui nous protégera dans cette décadence funeste, si ce n’est vous, SIRE ? L’Angleterre soutire notre numéraire, c’est elle qui ruine nos fabriques ; son œil jaloux a déjà vu à quel degré de perfection se sont élevés nos mécaniques et nos produits; elle a » compté avec rage les nombreux établissemens de manufactures que renferment nos cités, qui fleurissent dans nos campagnes; elle a calculé nos immenses capitaux; elle a vu notre population toute manufacturière et connaît notre amour pour le travail; elle n’ignore rien des sources précieuses de notre commerce… et l’Angleterre l’encouragerait ! Non; son intérêt est évidemment d’étouffer. tous les élémens de notre prospérité. »

Sera-ce la Hollande qui nous protégera? La Hollande n’est plus comme nous qu’une province anglaise, sa religion, son intérêt nous séparent; elle ne peut ni ne veut encourager l’industrie et le commerce des Belges: car, en ce cas, Anvers seule dépeuplerait Amsterdam.

Serons-nous protégés par la Prusse, qui doit chercher des secours contre nous-mêmes, contre la haine que nous a inspirée sa domination? Les Prussiens ont tout fait pour la mériter ; jamais on ne poussa si loin les vexations, l’abus de la force, la barbarie et les calamités de la guerre.

Devons-nous compter sur l’Autriche? Cette puissance nous a vendus aux Anglais pour tourner toutes ses vues vers l’Italie; d’ailleurs notre situation et nos priviléges la rendirent toujours indifférente à notre bien-être intérieur.

Nos craintes, justifiées par les événemens » présens, naissent de l’expérience des temps passés. Ce n’est point la première fois que le sort des armes a mis nos provinces sous la main des puissances qui nous gouvernent aujourd’hui; nous n’avons pas oublié « qu’après la belle campagne de Marlborough, en 1706, les Anglais et les Hollandais s’emparèrent du gouvernement des Pays-Bas au nom de Charles III, roi d’Espagne, et qu’à l’abri d’un conseil d’état national, mais qui leur était vendu ou soumis, leurs commissaires rendirent, sous le titre de réquisitions, des arrêts meurtriers pour notre prospérité à peine renaissante. C’est du 23 juin, de cette même année, que date la désastreuse réquisition qui annulla les belles ordonnances qu’avaient provoquées en 1698 et 1699 les chambres de commerce de nos principales villes en faveur des manufactures du pays, et A L’EXCLUSION DES PRODUITS DE FABRIQUE ÉTRANGÈRE. A cette époque le commerce belge venait de s’affranchir du tarif onéreux de 1680, et les commissaires des puissances maritimes s’empressèrent de le rétablir. Des canaux s’ouvraient pour faciliter nos relations dans l’intérieur, un arrêt des commissaires les faisait combler. L’Escaut fut rigoureusement fermé, ainsi que les canaux y aboutissans, et des droits excessifs pesèrent sur le commerce pour le décourager et l’anéantir.

C’est l’Angleterre et la Hollande qui firent confirmer tous ces actes destructeurs par le malheureux traité d’Anvers en 1715, connu sous le nom de la BARRIÈRE.

C’est l’Angleterre et la Hollande qui, jalouses de notre industrie , ennemies de notre prospérité,soulevèrent toute l’Europe contre une compagnie de négocians établie à Ostende, et la firent dissoudre par l’empereur lui-même qui l’avait encouragée.

C’est l’Angleterre et la Hollande qui, par l’article 5 du traité de Vienne, abolirent à jamais tout commerce et navigation des Pays-Bas, vers les Indes orientales et occidentales, etc., etc., etc. Et voilà les maîtres qu’on nous donne aujourd’hui !

» SIRE, écoutez les plaintes et les vœux d’un peuple fidèle, ils retentissent dans toute la Belgique; son salut est dans les lois de la France, dans sa réunion à la grande nation, dans la protection immédiate de son Empereur.

La France seule a intérêt à protéger notre commerce, et à conserver notre liberté en nous assimilant à la sienne, elle seule en a la force; nos cœurs sont à vous, SIRE, et , quand vous le voudrez, 100,000 Belges s’uniront au premier bataillon français qui viendra nous donner le titre de frères.

L’Autriche et le cabinet de Saint-James, a-t-il seul le droit de disposer de nous? Et, pour conserver la paix, devons- nous être sacrifiés sacrifiés l’Angleterre ?

Il faut la paix sans doute, mais il faut avant tout l’indépendance des Etats ; sans elle on n’aura rien gagné dans la lutte terrible dont nous ne sommes point sortis; sans elle l’Europe ne verra point finir les révolutions.

Il est temps de consulter l’opinion et l’intérêt des peuples : voilà le secret de les rendre heureux, et de consolider une paix qui aura coûté tant de sacrifices au monde. Son bonheur est aujourd’hui dans la modération et l’ énergie de la France qui vient de recouvrer son Empereur. Jamais circonstance ne fut plus favorable!

Quand la Russie étend sa domination sur la Pologne, qui n’en veut point ; quand l’Autriche l’Autriche s’empare de l’Italie, qui n’en veut point; quand la Prusse prétend réunir à son empire la Saxe, qui n’en veut point; la France, fière de cinq cent mille braves commandés par un héros, forte de l’opinion de tous ces peuples dont on trafique honteusement, rentrerait-elle dans des limites humiliantes, pourrait-elle se voir, en pleine paix, assiégée, pour ainsi dire, par une armée anglaise, banovrienne, hollandaise et prussienne, qui pèse sur notre malheureux pays, le dévore et menace menace territoire sacré.

Votre majesté, dont les principes de modération doivent rassurer aujourd’hui toute l’Europe, ajoutera à la nouvelle gloire qu’elle vient d’acquérir, celle de relever les destinées de notre patrie ; elle le peut à l’instant, si elle le veut : car l’Angleterre s’opposerait en vain à la réunion des Pays-Bas à votre couronne ; ils sont déjà réunis à la France depuis vingt ans par leur volonté, ils n’en ont été séparés que par la force, et ils se réuniront encore à vous spontanément.

Les énormes sacrifices que l’Angleterre a faits, et qu’elle fait encore tous les jours pour maintenir une domination au-dessus de ses forces et de ses moyens ; l’impossibilité où sont les puissances continentales d’agir sans son or; la difficulté toujours croissante que trouve son ministère de s’en procurer pour faire face à tous ses engagemens, difficulté bien prouvée par le besoin indispensable aujourd’hui d’une somme extraordinaire de 36 millions sterling, 864 millions de France, insuffisante encore pour combler seulement le déficit de l’année ; la difficulté de remplir ces emprunts, puisque le dernier perd aujourd’hui 10 pour cent, et que leur change, vraie boussole de la prospérité des peuples, perd 18 pour cent; tout prouve que si l’Angleterre, pour retenir la Belgique, provoquait une guerre nouvelle, elle pourrait aussi compromettre, dans une seule campagne, toutes les forces de sa monarchie, et consommer enfin la ruine de ce grand échafaudage politique et financier, qui ne repose que sur du papier, des marchandises et sur l’achat ou le loyer des soldats russes , prussiens et autrichiens: plus de crédit, plus d’armées. Et qu’il était prêt d’être anéanti ce crédit, sans les malheurs de l’année dernière ! ! !

Ou la Belgique sera réunie encore à la France, ou elle sera une province anglaise comme la Hollande. Mais quelles inquiétudes ne doit pas donner la politique artificieuse de l’Angleterre si notre beau pays reste en ses mains ? Vous pourrez peut-être , SIRE, lui pardonner sa domination exclusive et »» despotique sur les mers , elle est nécessaire à son indépendance politique, même à son existence comme nation ; mais l’Europe peut-elle souffrir ses envahissemens continuels sur le continent ? Les Anglais sont maîtres du cap de Bonne-Espérance, de l’île de France, du golfe Persique, de tous les points maritimes de l’Inde et d’une énorme étendue de territoire. IIs ont en leur possession Gibraltar, Messine, l’île de Malte, Corfou, etc. ; ils se sont approprié le commerce exclusif des deux mondes, et cependant leur ambition n’est pas satisfaite.

Il leur faut encore le royaume de Hanovre; et, sous le nom du prince d’Orange, il leur faut aussi le royaume des Pays-Bas.

Vous ne le souffrirez point, SIRE, nous ne le voulons pas, et la France entière marchera au secours de ses frères opprimés.

Si notre réunion à votre empire n’était pas maintenue , la Belgique serait constamment l’arêne où l’Angleterre, la Prusse et la Hollande viendraient disputer avec vos armées de leurs intérêts. Enveloppés dans cette lutte sanglante , il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe que nous n’en soyons les victimes. Réunis à la Hollande, nous sommes perdus, ruinés à jamais; réunis à la France , comme elle nous sommes invincibles. invincibles.

Et qui pourrait nous ravir l’existence que notre volonté, le pacte social avec la mère-patrie et votre puissance nous avaient assurée? Certes le congrès de Vienne n’a pu rompre ces liens sacrés ; ces engagemens que vous, SIRE, et tous les Français, avez pris avec nous de défendre nos départemens et de nous protéger ; nous avons le même droit à ce secours , à cette protection , que l’Alsace , la Lorraine ou la Bretagne. Vous nous devez aide et assistance, comme nous vous l’avons donnée par notre or, par nos guerriers, et la France entière nous l’a jurée?

En quelle qualité Louis , le XVIIIéme du nom , ce roi anglais, a-t-il pu disposer de nous? Et de quel droit une chambre de députés sans pouvoirs, comme sans patriotisme, a-t-elle osé nous ôter le titre de citoyens français que nous avons acquis au prix de notre sang ? Nos assemblées, vraiment vraiment nationales ont reconnu , ont consacré notre réunion à votre empire. Et ces mêmes puissances qui veulent aujourd’hui trafiquer de notre patrie, comme elles le font de l’existence et de la liberté de tant d’autres peuples, l’ont reconnue par plusieurs traités solennels.

Votre majesté n’abandonnera pas sans retour des peuples qui, pendant des siècles; appelèrent la France leur mère-patrie, qui lui sont intimement réunis depuis vingt ans, qui vous ont reçu deux fois an milieu des acclamations de leur amour, et qui seront toujours glorieux de se dire les sujets fidèles fidèles du plus grand, du plus sage et du plus éclairé des monarques, d’un prince formé à l’école de l’expérience.

Dans cette nouvelle époque de votre règne, vous proclamez, SIRE, les éternels principes de la liberté des peuples, vous allez devenir leur appui contre l’oppression toujours croissante de ces souverains qui semblent ne s’être réunis que pour trafiquer des nations comme des troupeaux, qui se les vendent en détail et par têtes, tantôt pour de l’or ou en remboursement d’emprunts, tantôt en échange de territoire. L’Italie , la Belgique , la Saxe, la Pologne vous tendent les bras, vous demandent protection , écoutez leurs plaintes amères, écoutez leurs vœux ; et nous, SIRE, qui sommes Français depuis vingt ans, ne souffrez pas qu’on nous sépare de la grande famille à laquelle nous avons tout sacrifié, et dont vous préparez le bonheur.

Jadis nous faisions partie des assemblées du champ de mai; alors nous étions Français; votre voix vient de retentir dans nos cœurs, et le mois de mai verra encore les Belges, réunis à leurs frères, saluer leur Empereur, l’élever sur le pavois, et jouir enfin d’un bonheur constant sous son égide.

Nous sommes avec un profond respect,

SIRE,

DE VOTRE MAJESTÉ,

Bruxelles, le 27 mars 1815

Les très-humbles et fidèles sujets des départemens français composant l’ancienne Belgique (Ici suivrait un million de signatures si nos plaintes, si nos vœux n’étaient regardés comme des crimes par nos tyrans ombrageux. )

La société Belge Philanthropique des Anciens frères d’Armes de l’Empire Français à Gand 1841-1873

Il est peu d’ouvrages qui traitent des associations belges d’anciens combattants de l’Empire qui se mirent en place pour honorer les anciens frères d’armes et il faut faire des recherches attentives pour trouver la perle rare. Le texte qui suit est issu d’un ouvrage intitulé “Les Napoléonistes” écrit par P. de Fourmestraux en 1933 qui raconte l’histoire plus particulière de l’association de Gand qui fonctionna entre 1841 et 1873… Que sont devenus les documents de ces sociétés disparues? C’est une autre histoire… Le dernier membre vivant devenant propriétaire de la totalité des avoirs de la société…. J’ai choisi principalement de décrire le retour de ces anciens combattants dans leur terre natale : la Belgique occupée….
Continuer la lecture de La société Belge Philanthropique des Anciens frères d’Armes de l’Empire Français à Gand 1841-1873

Napoléon et les légendes de Waterloo

Waterloo démythifié ! Yves Vander Cruysen…

Je précise que ces publications n’auraient pu être possibles sans l’autorisation de l’auteur que je remercie personnellement pour son affabilité et sa générosité ainsi que les Editions Jourdan.

Waterloo démythifié ! Yves Vander Cruysen

Waterloo-demythifie-Yves-Vander-CruysenRetrouvez les légendes dans le livre Waterloo Démythifié des éditions Jourdan! Il n’est pas une bataille, un événement historique qui n’ait suscité autant de rumeurs, d’analyses contradictoires, d’écrits savants ou anecdotiques, de légendes que le combat de Waterloo !Un travail inédit, préfacé par Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon.

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Napoléon et les légendes de Waterloo

95. Et si Napoléon avait gagné à Waterloo ?
94. Napoléon s’avoua-t-il vaincu ?
93. Wellington avait envisagé de perdre !
92. Waterloo, une victoire germanique ?
91. Buffalo Bill à l’assaut de la butte…
90. Un champ de bataille prisé des « people »
89. Waterloo, l’excursion favorite des têtes couronnées
88. Waterloo dans le vocabulaire
87. La « monumentologie » de Waterloo
86. L’omniprésence de Waterloo à travers le monde
85. Victor Hugo, héraut de Waterloo
84. Waterloo, inspiratrice des écrivains
83. Le phénomène des panoramas de Waterloo
82. Waterloo, le berceau du tourisme organisé
81. Le souvenir de Waterloo pour légitimer 1914
80. Une loi unique pour préserver le champ de bataille
79. Une rente qui n’existe plus…
78. Une principauté et une dotation pour Wellington
77. La dernière fille de l’Empereur, enterrée à Bruxelles ?
76. Des lions de Waterloo en Asie ?
75. Le Lion faillit être démoli
74. La patte sur un globe ou un boulet ?
73. Le Lion et les canons français
72. La butte, une sépulture ?
71.La butte du lion et les botteresses liégeoises : une légende !
70. Le tourisme de mémoire au secours de la butte
69. Le Lion, dit de Waterloo ne fut jamais inauguré !
68. La réelle blessure du Prince d’Orange
67. Les châtaigniers au moins tricentenaires d’Hougoumont
66. Qu’est devenu l’arbre de Wellington ?
65. L’incroyable destin de Basil Jackson
64. Le chirurgien Larrey, sauvé in extrémis du poteau d’exécution
63. Le général Duhesme, vraiment assassiné ?
62. Des médailles de Waterloo de tout acabit…
61. Les plus belles prises de guerre britanniques
60. Les ingénieux lits de l’Empereur
59. Où se trouve le chapeau de Napoléon?
58. Le magot de Genappe
57. Les pérégrinations des voitures de l’Empereur
56. Napoléon, à deux doigts d’être capturé?
55. Le corps perdu de von Schwerin
54. Un champion du monde de boxe, mort au combat
53. La mort de Gordon qui bouleversa tant Wellington
52. La fortune des Rotschield est-elle née à Waterloo?
51. La dépêche de Waterloo fut signée… à Bruxelles!
50. Deux drapeaux français seulement sont pris par l’ennemi!
49. Decoster, un guide couard?
48. Le destin des chevaux (qui n’étaient pas blancs) de Napoléon
47. L’énigme du squelette de Mont-Saint-Jean!
46. Le christ d’Hougoumont, immortalisé par Victor Hugo!
45. Une fillette au coeur des combats?
44. L’enfonceur et le petit tambour
43. Un château tremblant?
42. Le cheminement de la jambe de Lord Uxbridge
41. Cotton, Thénardier?
40. Les deux tombes du verger d’Hougoumont
39. Une naissance en pleine bataille?
38. Des femmes dans la bataille…
37. Les dents de Waterloo!
36. Les lendemains de la bataille
35. Les 300 morts du puits d’Hougoumont
34. Les réelles pertes de Waterloo
33. Picton et son haut de forme
32. Les mots de Cambronne
31. Joua-t-on au cricket, la veille de Waterloo ?
30. L’insomnie gantoise de Louis XVIII
29. L’imagination débordante de Chateaubriand
28. Le chemin creux :un gouffre légendaire?
27. La Morne Plaine de Victor Hugo. Pas si morne !
26. Les invités belges du bal de la duchesse de Richmond
25. Le bal non suspendu de la duchesse de Richmond
24. Le faux observatoire de Napoléon
23. Les fraises tant aimées de Grouchy
22. La trahison de Bourmont
21. La faute à Soult ou à Berthier ?
20. Un God save the king en l’honneur des Anglais ?
19. Où se sont réellement rencontrés Blücher et Wellington ?
18. La véritable histoire de la Belle-Alliance ?
17. Waterloo, Mont-Saint-Jean ou Belle-Alliance ?
16. Un chef d’état-major suisse pour les Hollando-belges
15. Napoléon a-t-il voulu négocier avec Blücher ?
14. Napoléon était-il malade à Waterloo ?
13. Où était le futur Léopold Ier ?
12. Les Belges dans les deux camps
11. Blücher, le maréchal Vorwärts !
10. Wellington, le Duc de Fer ?
9. La réelle heure des combats
8. Grognards les Français ? Pourquoi ?
7. Les forces réellement en présence à Waterloo !
6. La victoire du mari de Madame Sans Gêne
5. La bataille de Waterloo qui n’en fut pas une. Celle de Marlborough !
4. L’obstacle de la Sambre et la somnolence de l’Empereur
3. Contes et légendes sur la route vers Waterloo
2. Les Cent-Jours : un compte inexact !
1. Waterloo démythifié ! Yves Vander Cruysen…

 

L’étrange légion d’honneur de Marie-Jeanne Schellinck

Le grand ennemi de la vérité n’est pas très souvent le mensonge – délibéré, inventé et malhonnête – mais le mythe – persistant, persuasif et peu réaliste. Trop souvent nous nous tenons aux clichés de nos ancêtres. Nous soumettons tous les faits à un jeu préfabriqué d’interprétations. Nous aimons le confort d’opinion sans le malaise de la pensée…”  discours de Kennedy à Yale le 11 juin 1962

MC2Le lundi 10 septembre 1894 parait dans le petit journal ce tableau de Lionel Royer accompagné du texte ci-dessous :

La femme dont nous ajoutons le portrait à celui de nos héroïnes était Belge en réalité, puisqu’elle naquit près de Gand ; mais en somme, elle était “un soldat français”. Enrôlée dans notre armée, à Jemmapes, où elle est sergent, elle reçoit dix coups de sabre. A Iéna, sa conduite est si héroïque que Napoléon la nomme sous-lieutenant et lui donna la croix d’honneur en lui disant : “Madame, je vous fais 700 francs de pension et vous nomme chevalier de la Légion d’honneur ; recevez de ma main l’étoile des braves que vous avez si noblement conquise” ; puis il ajoute, s’adressant aux officiers qui l’entourent : “Messieurs, inclinez-vous respectueusement devant cette femme courageuse ; c’est une des gloires de l’Empire.” Marie Schellinck porta longtemps le ruban rouge puisqu’elle mourut octogénaire…

La légende était née et de nombreux historiens vont démontrer l’impossibilité de ce geste louable de l’Empereur… mais qui est colporté par des journaux d’époque et par la Société Belge Philanthropique des Anciens frères d’Armes de l’Empire Français à Gand 1841-1873, à tort.

marie-jeanne schellinck

Dans l’avis Nécrologique qui suit, daté du 09/09/1840, elle ne reçoit que six blessures à Jemmapes “au lieu des prétendues 10” et cet article donne une information importante sur un manuscrit allemand-hollandais et sur un lieu qui commencerait par véné… où elle aurait présenté une pétition à l’Empereur qui lui aurait accordé le grade de deuxième lieutenant, la légion d’honneur et en 1807, une pension de 675 francs. Donc, elle aurait reçu cette légion….vraisemblablement en Italie.

PRP-18400909-001 PRP-18400909-002Dans le Journal de l’Escaut du 27 novembre 1812, nous trouvons une confirmation de cette hypothèse :

Journal de l'escaut 27-11-1812 journal de l'escaut.bmpPensionnée en 1807, elle reçut à Venise le brevet et sa pension (Venedig en Allemand, Venetïe en Hollandais)… Le Journal ne parle pas de la légion d’honneur….

La légende a été reprise par la société Belge Philanthropique des Anciens frères d’Armes de l’Empire Français à Gand 1841-1873 et sera reprise dans de nombreux ouvrages avec des variantes. Marie-Jeanne Schellinck est décédée en 1840 et la société a été créée en 1841 donc ils ne possédaient vraisemblablement pas les informations susmentionnées et ont inventé une date fictive de 1808 sur lesquels les historiens trompés vont mettre en doute la véracité de cet “épisode” sous le juste prétexte que l’Empereur ne se trouvait pas à Gand en 1808 ; par contre, il se trouvait bien à Venise en 1807 ;  mais il n’empêche que le doute subsiste et que seuls les descendants de Guillaume Schellinck, marchand de draps et tailleur possèdent le brevet de lieutenant, la décoration de la Légion-d’Honneur et la robe de velours de Marie-Jeanne Schellinck…. Jacques JANSSENS

M1 M2Pour aller plus loin :

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Dos d’un cahier d’écolier

Les belges face à l’Empereur au secours des français-Les belges ont combattu des deux côtés

Excellent article de la défense sur la fin d’une époque de la conscription http://rha.revues.org/7449

http://archives.lesoir.be/les-belges-face-a-l-empereur-les-belges-au-secours-des-_t-19900615-Z02THM.html

MEUWISSEN,ERIC; GROULART,CLAUDE DE – Page 11 – LES BELGES FACE À L’EMPEREUR

Nos compatriotes étaient-ils pour ou contre Napoléon? Les historiens répondent.

UN DOSSIER d’Eric Meuwissen et de Claude de Groulart

Le succès éphémère de mes ennemis vous a détachés un moment de mon empire. Dans mon exil, sur un rocher, au milieu des mers, j’ai entendu vos plaintes. Le dieu des batailles a décidé du destin de vos belles provinces. Napoléon est parmi vous. Vous êtes dignes d’être français… Voilà la proclamation que l’Empereur comptait adresser aux Belges au soir de sa victoire de Waterloo. Car il ne doutait pas que sa première victoire les ramènerait tous à lui. Mais se trompait-il vraiment? Et quelle fut en définitive l’attitude de nos compatriotes à l’égard de l’«Ogre corse»?

Ici, bien entendu, les avis divergent selon les écoles historiques.

«Aucune émotion ne se manifesta quand l’armée française franchit la frontière. A Waterloo, les soldats belges firent leur devoir. Ils combattirent aussi bravement sous les ordres de Wellington qu’ils l’avaient fait sous ceux de Napoléon. Mais on ne peut s’étonner que la victoire n’ait pas causé dans le pays le moindre enthousiasme». Voilà ce qu’écrivait le célèbre historien Henri Pirenne. Louis Navez, auteur d’un «Les Belges à Waterloo» (Bruxelles 1908) abonde dans le même sens. «Ils restèrent indifférents à la cause de Napoléon, comme à celle des alliés». Et W. Scott dans sa «Vie de Napoléon» écrit: «Quoique alors unis de cœur et d’affection à la France… ils se montrèrent fidèles à leurs nouveaux serments et firent taire d’anciens et honorables sentiments de fraternité.»

«Ils combattirent», explique Jules Delhaize, auteur d’une «Histoire de la domination française en Belgique» la tristesse dans l’âme. Mais ils firent leur devoir de soldat. Les Belges se battaient pour des étrangers qu’ils sentaient leurs propres ennemis. Ils se battaient contre des frères et des amis».

Pour le général Couvreur, les Belges de l’armée anglo-batave n’avaient vraiment aucune raison de se battre avec enthousiasme contre des Belges, d’anciens compagnons d’armes, pour le compte des Anglais qui, après avoir promis l’indépendance, venaient de faire passer la Belgique sous la domination détestée de la maison d’Orange-Nassau». Aussi, considérait-on, à en croire le général Couvreur, «les bataillons belges de l’armée anglo-batave comme si peu sûrs qu’on les avait dispersés et noyés parmi les unités hollandaises et nassauviennes». Ceci dit, dans les provinces wallonnes régnait un fort sentiment francophile. Si l’on en croit Robert Margerit qui reprend dans son livre «Trente journées qui ont fait la France» (Gallimard) les témoignages d’époque, on prend conscience de l’enthousiasme que suscita le passage de Napoléon chez nous. Ainsi à Charleroi écrit-il: «Ce sont les mêmes sentiments qu’en Bourgogne. Tous les habitants faisaient la haie à l’Empereur d’un bout à l’autre de la principale rue de Charleroi».

Il faut dire, explique Margerit, «que nos populations détestaient les Prussiens dont les exactions leur laissaient le plus mauvais des souvenirs. Un sentiment certes non pas unanime mais très répandu parmi les populations du Brabant wallon notamment».

Ainsi, au soir du 18 juin, les débris de l’armée française furent accueillis par les habitants de Wallonie. Et en particulier ceux de Charleroi et de Namur. Ils furent ainsi soustraits par leurs soins aux recherches des troupes prussiennes et purent progressivement regagner la France. A cet égard, les témoignages abondent sur la chaleur de l’accueil que les populations wallonnes réservèrent aux soldats français en retraite.

Les Belges au secours des Français

A l’aube du 19 juin, le champ de bataille de Mont-Saint-Jean offre une véritable vision d’apocalypse: 45.000 tués et blessés jonchent une surface d’environ 550 ha. Quels furent dès lors les sentiments des Belges à l’égard des blessés? Une occasion pour les historiens de saisir le degré de sympathie qu’éveillait au sein des populations locales les différentes armées en présence.

Déjà après la bataille de Ligny, (la dernière victoire de Napoléon), les blessés français vont bénéficier de la générosité des populations locales. Et le général médecin Evrard note dans sa remarquable étude: «Celle-ci est très favorablement disposée à l’égard des blessés français. Elle les nourrit et les soigne…» (1). On peut déjà y voir plus qu’un signe du «capital de sympathie» qu’avaient accumulé les Français chez nous.

Au lendemain de la bataille de Waterloo, le général médecin note encore: «La population des villages autour du champ de bataille s’apitoie sur le sort des blessés français».

Quant aux blessés de l’armée de Grouchy, ils sont chaleureusement reçus par la population namuroise qui les soigne et les ravitaille. Et Delhaize d’abonder dans le même sens: «Les Belges, la douleur dans l’âme, voyaient tristement défiler les troupes françaises en retraite. Ils furent pour les blessés qui revenaient de Waterloo d’un dévouement admirable».

Ainsi au soir du 18 juin, les débris de l’armée française, accueillis par les habitants de Wallonie, en particulier de Charleroi et de Namur, et soustraits par leurs soins aux recherches prussiennes, purent progressivement regagner la France.

On peut lire dans le livre de Robert Margerit (Waterloo): «J’ai vu des femmes de Namur prendre les blessés français des mains des soldats valides qui les transportaient, et engager ces derniers à retourner au combat». Un autre note: «Il nous eût été impossible de sauver nos blessés sans l’aide et la sympathie des habitants de Namur».

Laissons le mot de la fin au médecin colonel J. Hassenforder, historien du service de santé militaire français qui écrit: «Les blessés français furent heureusement recueillis et soignés admirablement par les Belges dans les hôpitaux de Bruxelles et de Louvain». Voilà qui en dit long sur le sentiment de nos populations face à l’envahisseur français.

Est-ce pour cela que les Néerlandais et les Belges flamands semblent à peine s’intéresser à la bataille de Waterloo? Et est-ce pour cela aussi, remarque le professeur De Vos, qu’il n’existe en néerlandais aucun ouvrage digne de ce nom au sujet de la bataille? C’est bien là plus qu’un signe. Tout un symbole.

(1) Edgard Evrard: Les pertes humaines. In «Waterloo 1815. L’Europe face à Napoléon». Edition du Crédit Communal.

Les Belges ont combattu des deux côtés

Si à Waterloo, «d’un côté c’est l’Europe et de l’autre c’est la France», les Belges eux, étaient des deux côtés. Voilà bien ce qu’un général a qualifié de «drame belge». L’illustration même de la contradiction et de l’antagonisme immémorial qui a opposé si souvent nos deux peuples. Mais est-ce à dire que les Wallons étaient d’un bloc derrière les Français et les Flamands derrière les Anglo-Néerlandais? Malheureusement, c’eût été trop simple. Ceci dit, en schématisant quelque peu, des tendances très nettes apparaissent. Le 18 juin 1815, les officiers de Bruxelles et de Flandre sont plutôt du côté de la Légion belge au service des coalisés tandis que plus des deux tiers des officiers wallons étaient restés fidèles à l’Empereur.

Voila ce qui ressort en tout cas du livre du général H. Couvreur, «Le Drame belge de Waterloo» (1). Un livre dans lequel l’auteur a essayé de découvrir et d’analyser ce que les soldats belges écartelés territorialement et moralement avaient ressenti à l’heure tragique de la bataille de Waterloo. Il en ressort que les officiers belges étaient plus nombreux dans l’armée française que dans celle de Guillaume de Hollande. Mais qu’en était-il des sous-officiers et des soldats?

A cet égard, il semble explique le Lt-colonel Hre André Bikar, ancien chef de la section historique des forces armées belges (2), que d’après la tradition orale, en Wallonie surtout, nos ancêtres étaient nombreux dans les troupes de Napoléon à Waterloo. Malheureusement, il n’existe aucun ouvrage de nature à donner une idée de l’importance numérique des Belges ayant combattu, en 1815, pour Napoléon et la France. Quand à la zone de recrutement de la «Légion Belge», elle est principalement flamande. Alors que dans la partie wallonne, le recrutement ne donne pratiquement rien.

Pas d’unité belge à Waterloo

Nombreux sont les auteurs qui ont évoqué les unités «belges» ayant combattu dans les rangs des coalisés, c’est-à-dire en fait dans l’armée néerlandaise. Et ces auteurs estiment les effectifs de ces unités à près de 4.000 hommes.

Or pour Bikar: la vérité historique est un peu différente. Tout d’abord, il n’y avait pas d’unité «belge» à Waterloo. Les Belges combattant pour les alliés de l’époque faisaient partie de l’armée néerlandaise. Ils étaient commandés en néerlandais et portaient la cocarde orange. Ensuite, il faut noter que ces Belges ne constituaient nullement la totalité des effectifs des régiments ou bataillons en question, mais seulement une majorité… qui n’est d’ailleurs pas prouvée.

On ne peut donc, en aucun cas, prétendre que les Belges combattant dans les rangs néerlandais à Waterloo étaient environ 4.000: ils étaient beaucoup moins nombreux que cela. Combien étaient-ils? Seule une étude des registres-matricules de 1815 de l’armée néerlandaise – s’ils existent encore – pourrait permettre de répondre à cette question.

BEAUCOUP DE BELGES

DANS L’ARMÉE FRANÇAISE

Jusqu’à la première abdication de l’Empereur, en 1814, les Belges étaient fort nombreux dans la Grande Armée. Mais, dès le retour de Louis XVIII, tout fut mis en œuvre tant en France qu’aux Pays-Bas pour qu’ils changent de camp. Par ailleurs, dans les Pays-Bas, Prussiens puis Hollandais faisaient des efforts désespérés pour lever une «Légion belge» à leur service.

Compte tenu de tout cela, en 1815 il n’y eût plus dû se trouver, depuis longtemps, un seul soldat belge au service de la France.

Il en fut tout autrement… Beaucoup de Belges parvinrent à rester dans l’armée française. Certains accompagnèrent Napoléon à l’île d’Elbe. D’autres enfin, à la nouvelle du retour de l’Empereur, bravent toutes les difficultés – et courent se ranger sous le drapeau tricolore.

Napoléon crée pour eux le 5e régiment étranger, à Amiens. Il n’eut aucun succès. En effet, les Belges qui reviennent ne veulent pas être incorporés dans ce qu’ils appellent un régiment de déserteurs. Ce sont «leurs» anciens régiments qu’ils veulent rejoindre; et satisfaction leur est d’ailleurs accordée. Or, leurs anciens régiments… c’étaient tous les régiments de l’armée française.

Il semble qu’on puisse estimer à plus de 300, à l’époque de Waterloo, les officiers français natifs des provinces belges. Si on prend pour base la liste du général Couvreur, il devait y avoir parmi eux 21 % de Flamands, 10 % de Bruxellois et 69 % de Wallons.

Pour avoir une idée du nombre de Belges appartenant à la troupe, se trouvant dans les rangs français à Waterloo, il faut consulter, au château de Vincennes, où se trouvent les archives historiques de l’armée française, les documents administratifs de tous les régiments. Tâche énorme, qui semble n’avoir tenté personne jusqu’à présent.

Toujours est-il que selon les savantes extrapolations du Lt-colonel Bikar, qui a examiné 40 des 108 régiments d’infantrie de ligne, ils devaient être un gros millier, peut-être même dans les 1500. Il y aurait eu en tout 5 à 6000 Belges dans les troupes de Napoléon durant les Cent-Jours. Un chiffre à prendre bien entendu, explique Bikar, avec une grande circonspection. Mais quoi qu’il en soit: une chose est certaine, il y avait des Belges dans chacun des 39 régiments dont il consulté les matricules. Et tous ces Belges qui combattaient pour Napoléon le faisaient de leur plein gré.

1) Edit. Brepols. Bruxelles 1959

2) Les Belges à Waterloo. Revue internationale d’histoire militaire. 1965: N°24

La postérité wallonne

Le «drame belge de Waterloo» aura été, on l’a vu dans les chiffres, avant tout un drame wallon. Il vivra comme tel dans la mémoire des générations. Choqués de ne voir tout d’abord sur le site que des monuments et des témoignages commémoratifs à la gloire des Alliés, ce sont des Wallons qui érigeront le monument à l’Aigle blessé.

En 1936, lorsque la Belgique aura dénoncé le Pacte militaire franco-belge de 1922, l’abbé Mahieu réunira au pied de ce monument jusqu’à vingt mille personnes dans une sorte de contrepied au pèlerinage à la Tour de l’Yser où retentit le slogan «Los van Frankrijk» (rupture avec la France) mêlant pangermanisme francophobe et pacifisme. Dans des harangues enflammées, l’abbé dénoncera la politique de neutralité imaginée dans le dessein, combien illusoire, de se concilier la bienveillance de Hitler…

En 1940, l’histoire va se télescoper elle-même. C’est en effet le 18 juin que de Gaulle lance son fameux appel dont le hasard du calendrier renforcera encore la résonance. Les tout premiers à l’entendre – et à le suivre – seront quelques hommes de chez nous qui fonderont le tout premier mouvement de résistance qui s’appellera «Wallonie Libre».

En 1944, ces dirigeants enverront l’un des leurs, François Simon, à Alger pour plaider auprès du général le rattachement de la Wallonie à la France. De Gaulle, peu désireux de voir surgir là un motif supplémentaire de friction avec ses alliés anglo-saxons, éconduira le visiteur.

Mais en octobre 1945, c’est l’organisation tout entière, reconvertie en Mouvement au terme des hostilités, qui revient à la charge. Réunis en congrès, les adhérents de Wallonie Libre voteront leur fameuse motion de rattachement à la France avant, sur les conseils de leurs dirigeants, J-J. Merlot notamment, de se rabattre sur un texte plus réaliste qui réclame – déjà! – le fédéralisme. On sait la suite…

Les hussards de Croy

A la nouvelle du retour de Napoléon, les Zuid-Nederlanders, dont beaucoup sont des anciens de son armée, se posent des questions. Faut-il ou non déserter pour réjoindre les anciens régiments? A cet égard, l’histoire du régiment de hussards de Croy, devenu «Huzaren Nr 8» de la Koninglijk Nederlandsch Leger est édifiante.

Que n’a-t-on écrit sur ce fameux régiment, s’exclame le Lt-Colonel A. Bikar. Un régiment qui, selon certains, aurait perdu à Waterloo 132 tués sur un total de 439. D’où, bien longtemps après 1815, les velléités de certains historiens militaires de récupérer cette gloire au profit d’un régiment belge qui en tirerait ses traditions.

André Bikar a rétabli la vérité en dépouillant les archives de La Haye. Selon lui, du premier janvier au 17 juin 1815, il y eut 216 déserteurs. Quant aux tués, il y en eut quatre plus un officier. En ce qui concerne les blessés, le registre mentionne seulement dix blessés. L’absence de coups de sabre prouve que le régiment ne participa à aucune charge ou mêlée avec la cavalerie française.

La conduite de ce régiment néerlandais à Waterloo fut donc des plus quelconque. D’ailleurs, l’armée belge, née de la révolution de 1830, créa pour sa cavalerie légère des régiments de chasseurs à cheval, et se garda bien de former des hussards qui auraient par trop rappelé l’armée néerlandaise.

http://www.arquebusiers.be/aubry/AUBRYP15-hussards-de-croy-txt-1.jpg

http://www.arquebusiers.be/aubry/AUBRYP15-hussards-de-croy-txt-2.jpg

Pour en savoir plus

On a beaucoup écrit sur la campagne de 1815. Voici les derniers ouvrages parus sur le sujet:

Professeur Luc De Vos: «Les 4 jours de Waterloo 15-16-17 et 18 juin 1815». Hatier 1990. Collection grands formats.

Jacques Logie: «Waterloo: l’évitable défaite». Document Duculot, 1984.

– «Waterloo 1815. L’Europe face à Napoléon» (ouvrage collectif). Edit. du Crédit Communal. Bruxelles 1990.

Qu’il nous soit ici permis de remercier Jacques Logie et le Crédit Communal pour leur aide précieuse.

Wellington et Seutin à Nivelles!

1. Wellington à Nivelles – l’impasse Wellington?
2.Les célébrités du temps jadis : Louis Seutin

3. Napoléon et Wellington : Pour ou Contre? (Article d’Emile de Lalieux)

4. Les troupes de Wellington à Nivelles
5. Les plaques commémoratives de Nivelles

1. Wellington à Nivelles – l’impasse Wellington?

L’impasse de Wellington s’insinuait au 18ème siècles entre les rues de Bruxelles et de Namur au départ du marché aux Bêtes devenu Place Lambert Schiffelers et donnait accès à trois maisons claustrales. L’une de ces maisons servit d’hôtellerie en 1815. L’impasse fait évidemment référence au vainqueur de la bataille de Waterloo qui fit bientôt l’objet de récompenses autrement somptueuses (Les Rues de Nivelles de A à Z par Jean Vandendries – p 208).

Impasse Wellington
Impasse Wellington-http://monvieuxnivelles.jimdo.com/la-grand-place/ – Merci à Philippe sanspoux

La présence de Wellington la nuit du 20 juin 1815 et de troupes belgo-hollandaises à Nivelles sont attestées par divers témoignages. Les lettres envoyées par Wellington de Nivelles le 20 juin au soir et les nombreux témoignages de la présence des troupes sur le territoire de l’entité de Nivelles dans les ouvrages qui relatent la bataille dite de “Waterloo”. Les carnets de Basil Jackson, livre récemment traduit et publié sous le titre : “De Waterloo à Sainte-Hélène” corrobore la présence de l’Etat-Major et de Wellington : “En ce qui regarde notre marche sur Paris, j’atteignis Nivelles dans la soirée du 20 et de là, en passant par Mons,  je rejoignis le quartier Général à Le Cateau, le 22,…p.85-86

wellington à Nivelles

http://www.gutenberg.org/files/31517/31517-h/31517-h.htm#Page_115

“I had every reason to be satisfied with the conduct of the Adjutant-General, Major-General Barnes, who was wounded, and of the Quartermaster-General, Colonel De Lancey, who was killed by a cannon-shot in the middle of the action. This officer is a serious loss to His Majesty’s service, and to me at this moment.” (Gurwood, vol. viii., p. 150. Cf. Letters of Colonel Sir Augustus S. Frazer, K.C.B., dated Nivelles, June 20: “De Lancey is said to be dead: this is our greatest loss, none can be greater, public or private,” p. 550.)

“A highly interesting remark from the Duke’s lips just before the attack made by the Imperial Guard has been preserved in a letter written at Nivelles on the 20th June, by Colonel Sir A.S. Frazer. “‘Twice have I saved this day by perseverance,’ said his Grace before the last great struggle, and said so most justly.” This seems to coincide with the observation which the Duke made to Creevey at Brussels the morning after the battle. “By God! I don’t think it would have been done, if I had not been there.”

Le chemin de Wellington à Nivelles fait référence à ceci : “Au lendemain de la bataille de Waterloo, le roi Guillaume 1er des Pays-Bas octroya une libéralité au duc de Wellington. Il s’agissait d’un “fidéicommis” – un legs testamentaire – indéfiniment transmissible dans la descendance masculine du premier Prince de Waterloo. Il était modelé sur les “majorats de propre mouvement” créés par Napoléon 1er au profit des maréchaux de l’Empire. Ce majorat présente une double caractéristique : d’une part ce sont des biens domaniaux qui le constituent – un millier d’hectares situés sur Nivelles et quelques communes voisines – à l’initiative des pouvoirs publics et par le chef de l’Etat; de l’autre, ces biens font retour au domaine national lors de l’extinction du droit. La Belgique repris à son compte les engagements du gouvernement des Pays-Bas envers le Prince de Wellington. Voilà pourquoi furent vaines les diverses tentatives visant à “récupérer” ces bien encore octroyés aux descendants du duc. (Les Rues de Nivelles de A à Z par Jean Vandendries – p 207).

Autres articles :

Impasse w9
Extraits du Mémorial de la vie nivelloise par Émile de Lalieux (publié par la revue Rif Tout Dju) http://monvieuxnivelles.jimdo.com/les-b%C3%A2timents-de-nivelles-sous-l-ancien-r%C3%A9gime-avant-1780/la-grand-place/

Sur Google Earth, l’on peut observer que l’impasse a disparu suite aux bombardements de la guerre de 1940(Nivelles_BC_37_Commemoration_2) pour faire place à de nouveaux bâtiments, vraisemblablement, un café de la Grand-Place…Seul l’urbanisme de la Ville de Nivelles pourra résoudre cette impasse!

impasse google

Nivelles 1837- Le Soir-1
Nivelles 1837- Carte de Vandermaelen – Le Soir- Merci à Michel Bon!

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2.Les célébrités du temps jadis : Louis Seutin

Né à Nivelles le 19 octobre 1793.

“Fils de SEUTIN Louis Joseph (1740+1823), Bourgeois, Négociant, Marchand, Bourgmestre, et de RASPE Marie Joseph (“1753+1g20). Né le I9/10/1793 à Nivelles, paroisse de I’Evangéliste. (sources : SANin., GOFFIN R. Généalogies nivelloises, t.XVIII, p.159 et Biographie Nationale – Tome XXII col.324) les origines de Seutin n’étaient pas infimes. Il sortait de la classe des grands cultivateurs, justement appelée aristocratie paysanne.” !

Il est “recruté” dans la garde impériale sous l’annexion au Premier Empire français en 1812, reçoit en 1813 son brevet de chirurgien aide-major et part rejoindre à Dresde les armées de Napoléon. Affecté aux ambulances, le jeune homme eu l’occasion d’acquérir rapidement l’expérience de son sanglant métier, de faire preuve de son habilité professionnelle et de son dévouement à ses semblables. Il y fait ses premières armes chirurgicales au milieu des combats sous les ordres du baron Dominique-Jean Larrey, alors chirurgien militaire réputé. Après la fin de l’empire, il étudie à l’université de Leyde, sous l’annexion aux Pays-Bas, d’où il sort diplômé.” Ce que Wikipédia oublie de mentionner, c’est qu’il se retrouva du côté des coalisés en 1815 avec Dominique-Jean Larrey, “prisonnier volontaire”, pour soigner les nombreux blessés à Bruxelles. Blessé à la bataille de Waterloo, prisonnier des Prussiens, il fut sur le point d’être fusillé à cause de ses ressemblances avec Napoléon, mais fut relâché sur ordre de Blücher, dont il avait soigné le fils. Il représente le paradoxe des belges ayant oeuvrés dans les deux camps!

En savoir plus sur : http://brabantiaelibri.blogspot.be/2014/01/les-figures-illustres-du-brabant-wallon.html

« Déjà avant mon séjour au collège, j’obéissais à mon insu, à ma vocation pour l’étude des sciences médicales. Je suivais les cours que donnait, à Nivelles, M. l’abbé Lafontaine, dont le frère pratiquait la chirurgie. En sortant de la salle d’études, mon plus grand bonheur était de me glisser dans le cabinet de ce chirurgien où j’admirais un squelette et quelques autres pièces d’anatomie, et assistais à des opérations de petite chirurgie » .…mes études à l’ancienne École de médecine pratique de Bruxelles, d’où je sortis pour entrer au service de l’armée française en qualité de chirurgien-aide-major ; ma présence aux sanglantes journées de Dresde et de Leipzig ; ma captivité après la capitulation de Dresde ; les événements des cents jours et les services que je rendis après les journées de Waterloo ; ma position de chirurgien en chef de l’hôpital St-Pierre à Bruxelles où je fus également chargé de l’enseignement de la clinique chirurgicale et des accouchements ; ma présence au siège d’Anvers en 1831, où je fus envoyé pour y pratiquer les opérations majeures ; les travaux que j’ai mis au jour ; les améliorations que j’ai provoquées en vue de la santé publique ; mes voyages scientifiques, tels sont les faits qui forment le fond du tableau de ma vie. »Le Baron L. Seutin, sa vie et ses travaux / J.-R. Marinus

L’homme avait quitté Nivelles à l’âge de 17 ans mais il lui légua son cœur!

« […] Mr Seutin a exprimé dans son testament le désir que son cœur fut inhumé à Nivelles, où il naquit le 18 octobre 1793. […] Le cœur injecté d’après le même procédé (embaument d’après le procédé Gannal) a été extrait et déposé dans une urne pour être offert au conseil communal de Nivelles. […] »
Archives belges de Médecine militaire, journal des sciences médicales, pharmaceutiques et vétérinaires : tome trentième (1862)

DSC_0031Statue de Louis Seutin au square Seutin, face à la gare de l’est à Nivelles. Louis Seutin (Nivelles, 1793 – Bruxelles, 1862) débute en tant que médecin chirurgien dans la Garde impériale napoléonienne.  Après la bataille de Waterloo, de retour à Nivelles, il soigne, dans le couvent des Récollets, les combattants français (+ de 500) blessés et mutilés. Il sera l’un des fondateurs de l’Université libre de Bruxelles et de l’Académie royale de médecine, chirurgien en chef de l’hôpital Saint-Pierre, médecin du Roi Léopold Ier, sénateur du parti libéral et enfin médecin en chef de l’hôpital général de Nivelles. A sa mort, Louis Seutin légua des sommes importantes à l’hôpital et à l’école maternelle de Nivelles. Dans son testament, figurait une donation de 6.000 francs or destinée à la réfection de la fontaine-perron de la Grand-Place. Il légua son cœur à sa ville natale. http://www.tourisme-nivelles.be/index.php?/balade-des-celebrites-du-temps-jadis.html

 

 

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3. Napoléon et Wellington : Pour ou Contre? (Article d’Emile de Lalieux

http://www.riftoutdju.be/

Je remercie Philippe Sanspoux, créateur du site Mon vieux Nivelles qui m’a transféré les documents de la Revue Rif tout dju!

Rif tout dju, la revue bimensuelle que le monde entier nous envie , publiait un excellent article de 4 pages  en mars 1964 par  Emile de Lalieux,  dans la revue nivelloise  numéro 76. L’auteur écrit quelques lignes sur le passage de Wellington à Nivelles :

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4. Les troupes de Wellington à Nivelles :

http://www.nivelles.be/content/reception-des-delegations-deux-regiments-descendants-du-5e-dragons-legers

“En l’année 1810, Nivelles constitua une des places d’armes de l’aile gauche de l’armée de Wellington. Ce fut de là que ce corps, sous les ordres du prince d’Orange, se porta sur les Quatre-Bras. Pendant la bataille du 18, la ville resta abandonnée à elle-même et paisible. Le 19, les Anglais victorieux revinrent camper dans les campagnes voisines, vers Thines, et les Brunswickois s’établirent près de Lillois.” (Tarlier et Wauters en 1859-BKABANT. CANTON [)li NIVELLES-page 67).

Si le 1er mars 1815, l’Empereur Napoléon commence son légendaire trajet connu sous le nom du « Vol de l’Aigle », les alliés (Congrès de Vienne) le mettent hors la loi et préparent leurs défensives.

  • L’hôtel de Ville

L’hôtel de Ville de Nivelles devint le siège de l’état-major du Prince d’Orange, fils du Roi Guillaume 1er. Mais cette ville fut également le témoin privilégié des actes hollandais et français, avant et après la bataille.

  • L’ancien relais de poste

    relais de poste
    relais de poste….Ce qu’il en reste!

Il se trouvait au numéro 7-9 de la Rue de Bruxelles, dont il ne reste plus que l’arche en pierre de l’ancien relais de poste. De ce relais partirent les lettres de soldats hollandais, casernés à Nivelles, qui se battront à Waterloo. A Nivelles étaient cantonnées les troupes suivantes de la brigade van Bijlandt : bataillon de Chasseurs N° 27 (lieutenant-colonel Grunebosch), la batterie Stevenart et du Quartier Général de la brigade.

Nivelles accueillit ainsi 3.233 hommes.

  • L’hôpital de 1815

Ancien couvent des Récollets, au carrefour de la rue de Saintes et de la rue de Charleroi, une plaque rappelle que cet édifice servit d’ambulance pour les militaires français en 1815.

  • Un monument méconnu

Enfin, un monument totalement méconnu de la bataille, cette simple pierre sur le mur du cimetière Saint-Pierre, faubourg de Charleroi 67, à Nivelles, à gauche de l’entrée. Elle porte ces quelques mots, pourtant bien éloquents, signalant que 104 Français y furent enterrés aux côtés de 8 Anglais, 4 Hollando-Belges et 13 Prussiens.

Le 15 juin, ce sont les troupes de van Bijlandt et de Saxe-Weimar qui, de Nivelles vont aller bloquer la route des Français aux Quatre-Bras. Le 16 juin, jour de la bataille, la 2e brigade de cavalerie légère du général van Merlen traverse Nivelles, le 6e Hussards du lieutenant-colonel Boreel en tête, suivi par le 5e Dragons Légers du lieutenant-colonel de Mercx. Le reste de la division de cavalerie du général Collaert se place en avant de Nivelles, en direction d’Arquennes. Le général prend ses quartiers à l’hôtel de ville. Pour rappel, à ce moment, Wellington doute toujours que les Français ne viennent aussi par Mons.

En 1815, jusqu’au 16 juin inclus (date de la bataille des Quatre-Bras), Wellington a fait renforcer les troupes néerlandaises en position à Nivelles car il s’attendait à une pénétration française venant de la direction de Mons.

Nivelles a donc assuré un rôle stratégique de taille au début de cette campagne. Nivelles sera aussi le lieu de passage des troupes britanniques, brunswickoises, hanovriennes et néerlandaises à partir du 19 juin lors de la poursuite qui devait conduire les alliés à Paris.

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5. Les plaques commémoratives de Nivelles :

Merci à Dominique Timmermans ! Toutes les plaques et plus d’informations sur http://napoleon-monuments.eu/Napoleon1er/1815Nivelles.htm

Un témoignage récent nous a appris que les soldats de 1815 reposeraient “sous la croix centrale” du cimetière de Nivelles. Cela nous semble tout à fait cohérent.

ommence son légendaire trajet connu sous le nom du « Vol de l’Aigle », les alliés (Congrès de Vienne) le mettent hors la loi et préparent leurs défensives.

  • L’hôtel de Ville

L’hôtel de Ville de Nivelles devint le siège de l’état-major du Prince d’Orange, fils du Roi Guillaume 1er. Mais cette ville fut également le témoin privilégié des actes hollandais et français, avant et après la bataille.

  • L’ancien relais de poste

    relais de poste
    relais de poste….Ce qu’il en reste!

Il se trouvait au numéro 7-9 de la Rue de Bruxelles, dont il ne reste plus que l’arche en pierre de l’ancien relais de poste. De ce relais partirent les lettres de soldats hollandais, casernés à Nivelles, qui se battront à Waterloo. A Nivelles étaient cantonnées les troupes suivantes de la brigade van Bijlandt : bataillon de Chasseurs N° 27 (lieutenant-colonel Grunebosch), la batterie Stevenart et du Quartier Général de la brigade.

Nivelles accueillit ainsi 3.233 hommes.

  • L’hôpital de 1815

Ancien couvent des Récollets, au carrefour de la rue de Saintes et de la rue de Charleroi, une plaque rappelle que cet édifice servit d’ambulance pour les militaires français en 1815.

  • Un monument méconnu

Enfin, un monument totalement méconnu de la bataille, cette simple pierre sur le mur du cimetière Saint-Pierre, faubourg de Charleroi 67, à Nivelles, à gauche de l’entrée. Elle porte ces quelques mots, pourtant bien éloquents, signalant que 104 Français y furent enterrés aux côtés de 8 Anglais, 4 Hollando-Belges et 13 Prussiens.

Le 15 juin, ce sont les troupes de van Bijlandt et de Saxe-Weimar qui, de Nivelles vont aller bloquer la route des Français aux Quatre-Bras. Le 16 juin, jour de la bataille, la 2e brigade de cavalerie légère du général van Merlen traverse Nivelles, le 6e Hussards du lieutenant-colonel Boreel en tête, suivi par le 5e Dragons Légers du lieutenant-colonel de Mercx. Le reste de la division de cavalerie du général Collaert se place en avant de Nivelles, en direction d’Arquennes. Le général prend ses quartiers à l’hôtel de ville. Pour rappel, à ce moment, Wellington doute toujours que les Français ne viennent aussi par Mons.

En 1815, jusqu’au 16 juin inclus (date de la bataille des Quatre-Bras), Wellington a fait renforcer les troupes néerlandaises en position à Nivelles car il s’attendait à une pénétration française venant de la direction de Mons.

Nivelles a donc assuré un rôle stratégique de taille au début de cette campagne. Nivelles sera aussi le lieu de passage des troupes britanniques, brunswickoises, hanovriennes et néerlandaises à partir du 19 juin lors de la poursuite qui devait conduire les alliés à Paris.

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Les Belges sont restés plus napoléoniens que les Français

22/04/15 à 00:00 – Mise à jour à 23/04/15 à 11:49

Source : Le Vif/l’express : http://www.levif.be/actualite/international/les-belges-sont-restes-plus-napoleoniens-que-les-francais/article-normal-390687.html

L’intégralité de l’entretien dans le hors-série du Vif/L’Express “Napoléon, le héros absolu” : 200 pages sur sa légende, son destin, son empreinte sur la Belgique, rédigées par une quinzaine d’historiens et d’experts napoléoniens français et belges.

Il y a 200 ans, nos régions prenaient brutalement et définitivement congé de Napoléon balayé à Waterloo. Mais la page est loin d’être tournée. Hervé Hasquin, historien à l’ULB et secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique, revient sur un héritage qui a façonné la Belgique d’aujourd’hui.

Les Belges sont restés plus napoléoniens que les Français

© DR

Le Vif/L’Express : Lorsque Bonaparte prend le pouvoir en novembre 1799, la France a fait sa Révolution depuis dix ans. Le général s’avance-t-il en Belgique comme en terrain déjà conquis ?

Hervé Hasquin : La victoire française de Fleurus, le 26 juin 1794, en mettant définitivement fin au régime autrichien, ancre nos régions au sein de la jeune République. Mais nous ne devenons officiellement citoyens français que le 1er octobre 1795, date de l’annexion des territoires belges à la France et de l’application de sa législation. Le régime napoléonien n’est qu’un chapitre de la domination française.

La Révolution française signifie-t-elle une vraie révolution pour nos régions?

 Oui. La France révolutionnaire fait table rase des anciennes frontières et réalise l’amalgame entre les anciens Pays-Bas autrichiens, les principautés de Liège et de Stavelot-Malmédy, le duché de Bouillon, d’autres entités disparates de l’Ancien régime. Les territoires conquis sont divisés en neuf départements nommés “belgiques” ou “réunis”, qui sont les ancêtres de nos actuelles provinces. C’est la Révolution française qui crée la future Belgique, en lui donnant sa structure administrative.

Et en lui imposant bien d’autres bouleversements ?

Cette période enregistre de nombreuses avancées peu banales : les lois françaises de 1792 créent le mariage civil, instaurent le divorce, fondent l’état civil. Autre acquis révolutionnaire, cette invention géniale qu’est le système métrique décimal, qui met fin au chaos qui régnait dans les poids et mesures. Imagine-t-on la révolution conceptuelle fabuleuse qu’une telle réforme a dû représenter ? C’est comme si on décidait aujourd’hui de supprimer les kilos et les grammes et de passer subitement aux mesures anglaises : les livres, les miles, etc.

Si Napoléon n’est pour rien dans ces bouleversements, où se situent son apport et son empreinte ?

D’abord dans l’ordre et la stabilité politique qu’il apporte, favorables au développement économique. La période française est florissante pour nos régions industrielles à partir de la fin des années 1790. L’annexion à la France, puis l’extension de l’Empire napoléonien, ouvrent d’énormes débouchés à la sidérurgie, à l’industrie charbonnière, à la verrerie. Le seul marché français absorbe des quantités gigantesques de production de notre industrie lourde. Mais la grande oeuvre de Napoléon, c’est le Code civil de 1804 et ses nouveaux acquis comme les droits reconnus à la femme. Napoléon poursuit la réforme de la Justice amorcée sous le régime révolutionnaire. On lui doit toute l’organisation des tribunaux: justice de paix, première instance, degré d’appel, Cour de cassation. Notre pouvoir judiciaire est essentiellement une création napoléonienne.

L’héritage français, en particulier napoléonien, a-t-il laissé des traces durables ?

De toutes les régions conquises totalement ou partiellement par la République française en Europe, la Belgique est certainement celle où l’empreinte de la France révolutionnaire puis napoléonienne a signifié à ce point la fin de l’Ancien Régime et l’entrée dans le monde contemporain. La Belgique est le seul pays qui ait véritablement conservé l’héritage administratif et judiciaire français. Elle est même restée, au cours de son histoire, plus marquée par l’héritage de la Révolution française que la France elle-même. Plusieurs de ses lois sont restées en vigueur sous le régime hollandais puis au sein de la Belgique indépendante, alors qu’elles disparaissaient en France, victimes des soubresauts politiques aux XIXe et XXe siècles. C’est le cas du divorce : un temps interdit en France, le mariage civil et le droit au divorce feront à jamais partie de la législation belge. La prise en charge par l’Etat du traitement des membres du clergé constitue toujours une caractéristique du système belge, alors qu’en France il ne subsiste plus qu’en Alsace-Lorraine. On doit aussi à la France la tolérance religieuse, avec la reconnaissance des grandes religions, le protestantisme et le judaïsme à côté du catholicisme. Elle n’a jamais disparu dans notre législation, à la différence de ce qui se passera dans d’autres pays jadis conquis par les Français. Enfin, la défense de la “patrie”, qui devient l’affaire des citoyens, se traduit par l’instauration de la conscription ou du service militaire obligatoire : le concept sera repris par l’Etat belge. A maints égards, nous sommes restés beaucoup plus napoléoniens que les Français !

L’intégralité de l’entretien dans le hors-série du Vif/L’Express “Napoléon, le héros absolu” : 200 pages sur sa légende, son destin, son empreinte sur la Belgique, rédigées par une quinzaine d’historiens et d’experts napoléoniens français et belges.

Un comité napoléoniste à Verviers en 1834

L’article qui suit m’a été envoyé par Elisabeth Brose, fille de Jean Brose, écrivain Liégeois qui obtint la médaille d’or de l’académie française et qui écrivit de nombreux livres et articles contribuant notamment à la légende Napoléonienne (voir bibliographie sommaire en fin d’article). Mes hommages vont à cet homme et à ce récit qui non seulement perpétue sa mémoire, mais qui permet également au lecteur de découvrir un épisode méconnu de l’histoire belge. Mes remerciements les plus respectueux à Elisabeth…

DSC05394La revue qui contient l’article ainsi que d’autres ouvrages peuvent être commandés en prêt à votre bibliothèque sur le lien suivant :

http://www.samarcande-bibliotheques.be/resultat.php?q=idbib%3A%22303%22%20AND%20auteurs_tous:%22Brose,%20Jean%22&sort_define=auteur_as,titre_as,typedoc,anpub&sort_order=0&rows=100

  • L’influence de la révolution polonaise de 1830 sur la jeunesse liégeoise
  • Les Liégeois et la guerre franco-allemande de 1870
  • Les Rosières et les mariages dotés par Napoléon dans le département de l’Ourthe
  • Un comité napoléoniste à Verviers en 1834

Le Comité Napoléoniste de 1834 est plutôt “révolutionnaire”, et ne peut être comparé au Mouvement Bonapartiste de Belgique actuel qui respecte la Monarchie Constitutionnelle et le Bonapartisme!  L’un se référant à l’identité Nationale et au respect des Lois belges; l’autre à l’idéologie et au respect des valeurs du Mouvement Bonapartiste, de ses traditions s’y afférentes. http://napoleonbonaparte.be/mouvement-bonapartiste/

DSC05389 DSC05390 DSC05391 DSC05393 Bibliographie de Jean BROSE : http://www.pallas.be/pls/opac/opac.search?lan=E&seop=3&sele=102&sepa=1&doty=___&sest=brose&chna=jean&senu=1&rqdb=36&dbnu=36

La canne de Napoléon Bonaparte – Un cadeau du Maréchal Ney – 1814

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              C’est par le plus grand des hasard, en feuilletant une revue consacrée à un Musée Bruxellois que j’ai découvert l’existence de cette canne. Après quelques investigations, j’ai pu rencontrer le conservateur du Musée qui a daigné sortir l’objet des “archives” ainsi que le dossier explicatif. Je me permets de partager avec vous ces informations parcellaires qui méritent un approfondissement, une recherche plus aboutie. Monsieur Hublard avait en 1900, consacré une étude sur cet objet avec les moyens de l’époque. Je suis certain qu’il sera possible de trouver de nouveau éléments explicatifs à l’objet et qu’il sera possible de le voir exposé prochainement. Il serait en effet dommage de laisser l’unique canne de l’Empereur parmi des archives. Pour plus d’informations, je me tiens à votre disposition. Jacques JANSSENS

UN CADEAU DU MARÉCHAL NEY A NAPOLÉON Ier par Emile Hublard – 1900

Un de ces heureux hasards, que bénissent les archéologues, nous a procuré le plaisir de voir un objet remarquable par les grands noms qu’il rappelle, et curieux par son originalité.

Cet objet est une canne ayant appartenu à Napoléon 1er et qui lui fut offerte par le Maréchal Ney, ainsi qu’en font foi les mots : Maréchal Ney à S. M. Napoléon fer, 1814 gravés sur l’anneau d’or enserrant le jonc.

A côté de cette inscription claire et précise, il en est d’autres d’un sens obscur et énigmatique, dont nous n’avons pu découvrir la signification. Nous les reproduisons avec l’espoir que de plus habiles et de plus érudits que nous parviendront à les interpréter.

Le motif principal du pommeau, haut de dix centimètres, représente une main soutenant le monde, symbole de la puissance de Napoléon.

Sur la moitié inférieure de la sphère, on lit : Elle ne tombera pas Cette inscription est entre les deux mots : Force Union

Sur le côté opposé :

Sans appui on n’est rien

Au sommet, et entourée d’une couronne de chêne et de laurier, l’inscription :

Pour les miens

Mon père

Dieu

Moi

et pour ceux qui l’ont aimé.

En exergue :

Capne Poujade du Vigan (Gard) F. d. Mane Royer.

A Laval Dépt de la Mne (Laval, département de la Mayenne)

Sur la main, soutenant le globe, on lit :

Ma main faible attend et l’inscription se continue sur les doigts :

Vos cocons

D’or et d’argent

Ft P. Poujade.

La base du pommeau porte :

Je mourez (sic) avec l’espoir

et plus bas, la suite de lettres initiales des mots d’une phrase que nous n’avons pu reconstituer :

N. P. Bte

S. M. de B.

J. N. V. Q. P. V. plus fin que moi.

Cette dernière phrase : plus fin que moi est coupée, entre les mots plus et fin, par un renard (le renard ne se trouve plus sur la canne mais on peut le voir sur d’anciennes photos)).

Sur l’anneau d’or est gravée l’inscription citée plus haut :

Maréchal Ney à S. M. Napoléon 1er, 1814.

La sphère figurant le globe terrestre s’ouvre en deux parties réunies par une charnière. Elle forme une boîte à usage de tabatière. Dans le fond du couvercle, et dissimulé derrière un disque d’argent qui s’enlève, se trouve un médaillon entouré d’un cercle d’or sertissant une glace sous laquelle se trouvait probablement un portrait qui a disparu.

Sur le cadre de ce médaillon, on lit :

Vs le prenez Ds votre poche (le tabac) et moi dans ma pomme de canne.

La virole, comme le pommeau, est faite d’argent, encerclée d’or, et des inscriptions y sont gravées :

Je n’ai Vu Q. Pr Vous. (Je n’ai vécu que pour vous) A S. M. Napoléon Ier, 1814.

Il vous a dit vs ne connaîtrez pas le Bout de mes œuvres

et sur le bout :

Vs aurez vu le bout de ma canne.

Avec les trois lettres :

P. V. B.

Les motifs décoratifs ont une signification plus facilement compréhensible que la plupart des devises ; ils rappellent certaines des qualités qu’on se plaît à attribuer au grand homme. Le lion symbolise le courage ; le renard, la finesse et la ruse ; le serpent, la prudence, vertu qui n’était cependant pas dominante chez Napoléon, plus audacieux que prudent. Mais quelle allégorie trouver dans la feuille de mûrier et le bombyx représenté sous les trois états d’œuf, de chenille ou ver à soie et de papillon ? Faut-il y voir une allusion à l’industrie de la soie pour la prospérité de laquelle la sollicitude de l’Empereur s’est exercée en maintes circonstances ? C’est probable, et la phrase : ma main faible attend vos cocons d’or et d’argent corrobore cette conjecture.

L’artiste chargé de l’exécution de cette œuvre d’orfèvrerie (L’orfèvre chargé d’exécuter le travail ne serait-il pas la personne désignée sous le nom de Royer, à Laval ?), a suivi bien certainement les instructions de la personne qui destinait la canne à Napoléon.

Quelle est cette personne ?

Le maréchal Ney a offert la canne à l’Empereur ; l’inscription, transcrite plus haut, ne laisse aucun doute à cet égard (Ce fut,selon toute apparence, dans les premiers mois de 1814 que la canne fut remise à l’Empereur. En effet, le 5 avril, Napoléon abdiqua, et quinze jours après il s’embarqua pour l’île d’Elbe, d’où il ne revint que l’année suivante, le 5 mars, date de son arrivée au golfe Juan). Mais que le prince de la Moskowa soit l’auteur de ces devises quelque peu puériles et l’inspirateur de ces symboles, nous ne saurions l’admettre.

Nous pensons que la canne a été faite sur les indications du capitaine Poujade, dont le nom est mentionné à deux reprises, et que, cédant à sa prière, Ney a consenti à la présenter à l’Empereur comme un gage d’admiration, de dévouement et de fidélité d’un ancien soldat.

Dans cette hypothèse, la figuration des vers à soie trouve une explication dans ce fait que Poujade, originaire du Vigan (Gard), attachait une importance toute particulière au développement de l’industrie de la soie, source de richesses pour les départements du midi.

La personnalité de Poujade est peu connue ; qui était ce capitaine ?

Le propriétaire actuel de la canne, objet de cette notice, nous a conté, d’après une version qu’il tient d’un antiquaire de Toulouse, que Poujade du Vigan avait eu son heure de célébrité comme tambour-major de la garde impériale,et qu’il avait la réputation d’être le plus bel homme de son temps. Doué d’un courage à toute épreuve, Poujade ne reculait devant aucun danger, et une action d’éclat lui aurait valu le titre de capitaine et le privilège, qu’il prisait beaucoup, de porter un uniforme resplendissant d’or et de broderies. Ce récit est, selon nous, légendaire ; il ne concorde pas avec les renseignements qu’un correspondant de l’Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, à qui nous exprimons toute notre gratitude, a bien voulu nous communiquer.

Les Tablettes militaires de l’arrondissement du Vigan ont consigné le souvenir des deux frères Poujade et relaté soigneusement leurs états de service ; elles ne les mentionnent ni l’un ni l’autre comme tambour-major de la garde ou de tout autre régiment. L’article biographique qui les concerne nous apprend que, s’ils furent de bons et braves soldats, rien ne les distingue de tant d’autres de leurs frères d’armes qui versèrent leur sang pour la France.

L’aîné, Alexandre-David-Jean Poujade, naquit au Vigan, le 16 mars 1755, d’Antoine Poujade et de Marie Laclarrière. A l’âge de 20 ans, le 19 mars 1775,  il entra au régiment d’Auvergne. Le 20 août 1787, il fut nommé caporal ; sergent, le 11 mars 1792 ; sous-lieutenant, le 6 avril 1795 ; lieutenant, le 4 octobre 1801 ; capitaine, le 25 août 1806. Il fit les campagnes d’Amérique, en 1782 et 1783, et toutes celles de 1792 à 1807.

Poujade, dit son biographe, allait au devant des dangers, et deux fois, il a payé de sa liberté la noble ardeur qu’il déployait dans les combats. Il fut fait prisonnier le 29 octobre 1795 et rentra au service le 3 novembre 1797. A l’affaire de la Trebbia, le 19 juin 1799, il tomba de nouveau au pouvoir de l’ennemi qui le rendit à son pays le 28 février 1801. Après avoir servi plus de 33 ans, il prit sa retraite le 19 octobre 1808, emportant les regrets du 17e régiment qu’il n’avait jamais quitté jusqu’alors, y laissant des souvenirs honorables de son courage.

Son frère Marc-Louis naquit au Vigan, le 27 avril 1757. Il s’enrôla à l’âge de 16 ans, le 1er avril 1773, dans le régiment de Boulonnois, dans lequel il servit jusqu’en 1784. Le 1er septembre 1792, il prit les armes dans le 5e bataillon du Var, puis, d’après les ordres du général Biron, il fut sapeur au 6e bataillon, le 21 août 1800. Rappelé sous les drapeaux le 4 septembre 1809, il servit successivement dans le 1er bataillon des chasseurs étrangers et dans le 1er bataillon colonial. Il fit en Corse les campagnes de 1773 et 1774, et prit part aux campagnes de 1792 à 1800, dans les armées des Alpes et d’Italie. Comme son aîné, il fut élevé au grade de capitaine. Deux fois blessé et réformé en 1800, il reprit du service jusqu’en 1809, et fut définitivement retraité le 7 juillet 1812.

Et maintenant, lequel des deux capitaines Poujade du Vigan a-t-il eu la pensée d’offrir une canne à son empereur et l’honneur de la faire présenter par le brave des braves, l’illustre Maréchal Ney ?

Nous l’ignorons.

On connaît peu de cannes ayant appartenu à Napoléon. Le « grand homme » n’en faisait guère usage si ce n’est peut-être durant les dernières années de sa vie. Hormis la canne en écaille de tortue de l’Inde vendue, à Londres, vers 1830, pensons-nous, la canne, que nous décrivons, est, à notre connaissance, la seule dont l’authenticité semble indiscutable. Parmi les reliques de ce genre, elle peut prendre place à côté de la canne de Washington, atteignant aux enchères publiques la somme de 5000 francs, et qui fut léguée, à l’illustre général, par Franklin, exprimant sa volonté en ces termes : “Je lègue mon -bâton de bois de pommier sauvage, orné d’un bouton d’or en forme de chapeau de la liberté, à mon ami, l’ami du genre humain, le général Washington. Si c’était un sceptre, il serait digne de lui et bien placé dans sa main.”

Quant aux cannes ayant soi-disant appartenu au Grand Frédéric, à J.-J. Rousseau, à Voltaire, le nombre en est prodigieux, et nous n’en parlerons point. Un écrivain a fait observer, à ce propos, que tous ces bâtons placés ensemble formeraient une véritable forêt.

Sous la restauration, les cannes de Benjamin Constant étaient très recherchées, l’une d’elles était ornée d’un pommeau travaillé en pierre de la Bastille. Plus tard, on s’occupa de la fameuse canne de M. de Balzac qui fournit un sujet de roman à Mme de Girardin.

Certes, nous aurions pu, dans cette étude, donner libre carrière à notre imagination et, à défaut de documents, nous livrer aux suppositions. Nous avons préféré laisser à d’autres le soin de rechercher dans l’histoire anecdotique des armées de la République et du premier Empire, des détails et des renseignements circonstanciés que nos confrères de France sont plus à même que nous de recueillir.

Notre dessein, en écrivant ces lignes, est uniquement d’appeler l’attention des chercheurs et des curieux sur un objet méritant d’être tiré de l’oubli et digne, par sa rareté, de figurer dans les collections d’un Musée.

Mons, Janvier 1900

Emile HUBLARD

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Talleyrand et Napoléon

talleyrand2           Talleyrand, un acteur de l’Histoire, mais aussi un personnage de l’Histoire! Pour ces détracteurs, Talleyrand est évidemment coupable de “trahison” vis-à-vis de Napoléon, un crime de “lèse-majesté” impardonnable à leurs yeux. Pour ses apologistes, il est simplement resté fidèle aux intérêts supérieurs de son pays (Le Prince immobile – Emmanuel de Waresquiel – éd. Texto – p441). Un personnage tout en esprit dont il est difficile de cerner ses qualités tant il montre ostensiblement ses défauts. Il n’en reste pas moins redoutable d’intelligence et de bons mots qui en font un maître de la diplomatie ;  un excellent négociateur. Derrière ce personnage tant controversé et condamné se cache un être supérieur d’une autre époque qui ne pouvait rester indifférent aux enjeux de son époque dans laquelle il gravera son nom.

               Dans ses mémoires, il écrira : “J’aimais Napoléon, je m’étais attaché même à sa personne, malgré ses défauts ; à son début, je m’étais senti entraîné vers lui par cet attrait irrésistible qu’un grand génie porte en lui ; ses bienfaits avaient provoqué en moi une reconnaissance sincère. Pourquoi craindrais-je de le dire? J’avais joui de sa gloire et des reflets qui en rejaillissaient sur ceux qui l’aidaient dans sa noble tâche”.

Jacques JANSSENS

Talleyrand et Napoléon   (Claude Jambart, le 24 septembre 2016)

Après d’intenses correspondances, Talleyrand et Bonaparte se rencontrèrent pour la première fois le 6 décembre 1797 à Paris, au retour d’Italie de ce dernier. Talleyrand présente Bonaparte au Directoire. L’Egypte est évoquée. Instantanément Talleyrand est séduit («Vingt batailles gagnées vont si bien à la jeunesse, à un beau regard, à de la pâleur, et à une sorte d’épuisement. », Mémoires). Bonaparte a 28 ans, Talleyrand 44, un âge respectable pour  l’époque.

Charles-Maurice Talleyrand de Périgord, ministre des Relations extérieures du Directoire, a derrière lui une longue carrière ecclésiastique et politique.

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Portrait of Talleyrand by François Gérard, 1808.

Né en 1754 d’une grande famille, il est conduit, sans vocation (« Voilà ma vocation à moi ! » aurait-il dit en frappant son pied de sa canne») vers le clergé. Des pieds estropiés (syndrome dit de Marfan) lui interdisent en effet la carrière militaire. Il est ordonné prêtre en décembre 1779. Pendant 5 ans, de mai 1780 à septembre 1785, il est agent général du clergé, avec l’appui de son oncle Alexandre-Angélique, évêque  de Reims, et cela malgré son jeune âge. Ce poste fort important consiste à gérer les biens du clergé et à défendre ses intérêts. Il conseille Calonne sur les finances et pendant l’Assemblée des notables, dont l’échec sonne le glas de la royauté. Il est consacré évêque d’Autun en novembre 1788.

Elu aux Etats généraux autoproclamés Assemblée Nationale Constituante ensuite, il s’engage résolument dans la Révolution : participation à la rédaction des Droits de l’homme et du citoyen, proposition de nationalisation des biens du clergé, interventions sur les finances, très important rapport sur l’Instruction publique … Son idéal : une monarchie parlementaire … qu’il installera en 1814 !

Il quitte Paris pendant les massacres de septembre 1792, pour Londres puis, chassé d’Angleterre, les Etats-Unis. Il ne rentrera en France qu’en septembre 1796. A Londres, il rédige un rapport : « Mémoire sur les rapports actuels de la France avec les autres états de l’Europe ». Il y développe des idées auxquelles il sera fidèle toute sa vie («La véritable primatie est d’être maître chez soi, et de n’avoir pas la ridicule prétention de l’être chez les autres ….») et qui peuvent expliquer ses difficultés ultérieures avec Napoléon.

De retour en France, il devient ministre des Relations extérieures avec l’appui de Mme de Staël et surtout de Barras, homme fort du Directoire. Le Directoire étant à bout de souffle, Sieyès cherche « une épée » pour y mettre fin. Ce sera Bonaparte.

On ne reviendra pas ici sur la carrière de Bonaparte, bien connue, pendant ces mêmes années.

En octobre 1799, Talleyrand appuie le coup d’Etat du 18 brumaire an VIII qui instaure le Consulat. Bonaparte est porté au pouvoir. Talleyrand, après une courte interruption, est confirmé dans son ministère.

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Napoléon présente le code civil à ses ministres.Le code civil des français appelé “Code Napoléon” a été rédigé sous l’impulsion du premier Consul Bonaparte et promulgué le 21 mars 1804 – Les étains du Prince

Il y restera 7 ans. Suit alors une période de véritable « lune de miel » entre Bonaparte/Napoléon et Talleyrand  («J’aimais Napoléon …  Je m’étais entrainé vers lui par cet attrait irrésistible qu’un grand génie porte en lui. », Mémoires). Talleyrand apporte à Bonaparte sa connaissance du personnel  politique et des arcanes du pouvoir. Talleyrand obtient de le voir quotidiennement et en particulier. Il joue un rôle de mentor (« Il est consulté sur tout. », Mme de Rémusat). L’entente est parfaite. (« Talleyrand est presque pendant 8 ans … le second rôle du régime. », François Furet)

Dès 1803 Bonaparte aide Talleyrand à acheter le château de Valençay et son vaste domaine (12 000 hectares !) pour y recevoir des invités de prestige. Napoléon y logera la famille royale d’Espagne pendant 7 ans.

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Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, homme politique français. Dessin de J. Bailly.Ph. Coll. Archives Larousse

Cette entente entre Talleyrand et Bonaparte/Napoléon se maintient pendant plusieurs années. Talleyrand soutient l’enlèvement du duc d’Enghien (1804), milite pour le passage à l’Empire (décembre 1804) et devient grand chambellan. Talleyrand parcourt l’Europe avec Napoléon dans sa campagne contre la 3ème coalition (1805). Il visite le champ de bataille d’Austerlitz et veut la paix : « Nous avons fait assez de grande choses, de miraculeuses choses, il faut finir par s’arranger. ».  Il contribue à la création de la Confédération du Rhin, et conclut le traité de Presbourg sous le contrôle étroit de l’Empereur. Les « douceurs diplomatiques » qu’il se fait octroyer à ces occasions l’enrichissent considérablement. La 4ème coalition (1806-1807) le verra à Coblence, Mayence, Berlin, Varsovie, Dantzig, Tilsit.  Il est gouverneur civil de la Pologne en 1807. Napoléon l’écartera de la négociation de Tilsitt.

Dès le temps de ces victoires, Talleyrand s’oppose à la « diplomatie de l’épée ». Il appelle à la paix et à éviter les excès des conquêtes, en particulier pour l’Autriche qu’il voudrait épargner. Napoléon l’écoute, mais sans tenir compte de ses conseils. Les divergences de Talleyrand avec Napoléon s’exacerbent donc, en particulier à propos de sa politique familiale (frères portés sur des trônes) et de sa politique d’extension territoriale. En août 1807, Talleyrand démissionne, en conséquence, de son ministère (« Je ne veux pas être le boucher de l’Europe. », expression rapportée par Sainte-Beuve). Napoléon le nomme aussitôt vice-Grand Electeur de l’Empire.

Avec les guerres d’Espagne (1808-1814) et de Russie (1812-1813), l’Empire entreprend des guerres hégémoniques.

Toujours dans l’entourage de l’Empereur, Napoléon emmènera Talleyrand à Erfurt, en septembre 1808, pour de délicates négociations avec le Tsar. Napoléon veut obtenir du Tsar qu’il « contrôle » l’Autriche pour éviter qu’elle n’entre en guerre pendant qu’il est  en Espagne. Talleyrand vise, lui, à affaiblir l’Empire pour « sauver l’Europe » et l’Autriche, et  éviter un désastre final qu’il pressent. « Le Rhin, les Pyrénées sont les conquêtes de la France ; le reste est la conquête de l’Empereur, la France n’y tient pas. », déclara-t-il au Tsar. Talleyrand conseillera donc l’un la nuit, l’autre le jour, et rédigera un traité qui déplaira à Napoléon. Erfurt est le premier clivage concret entre Talleyrand et Napoléon, qualifié de « trahison d’Erfurt » par certains historiens.

Le 29 janvier 1809 a lieu la fameuse scène (« De la m… dans un bas de soie.») : Napoléon reproche  à Fouché et Talleyrand de comploter contre lui pendant qu’il guerroie en Espagne. Talleyrand ne pardonnera pas cette scène à Napoléon. Il se rapprochera encore davantage de l’Autriche.

Les relations avec Napoléon sont ensuite chaotiques, mais jamais rompues. Napoléon est en effet toujours impressionné par Talleyrand (« Il est pour Napoléon insupportable, indispensable et irremplaçable », J. Orieux).

Talleyrand incite Napoléon à négocier pendant la retraite de Russie (« Vous avez maintenant en mains des gages que vous pouvez abandonner, demain vous pouvez les avoir perdus, et alors la possibilité de négocier avantageusement sera perdue aussi. »), mais celui-ci s’y refuse.

 Le 6 avril 1814 Napoléon abdique. Talleyrand, après son « 18 Brumaire à l’envers », installe les Bourbons sur le trône au motif qu’eux seuls pourront défendre les intérêts de la France défaite. Dans le même temps Napoléon reconnait tardivement les mérites de Talleyrand : « Mes affaires ont été bien tant que Talleyrand les a faites. ».

Talleyrand conclut la paix de Paris, modérée pour la France, et représente Louis XVIII au congrès de Vienne où il fait des merveilles pour éviter le pire à son pays (« Le meilleur diplomate de tous les temps … », Goethe). La Prusse réclamait déjà l’Alsace-Lorraine ! Talleyrand est toujours à Vienne pendant les « Cents jours ». Il fait signer par les alliés une déclaration mettant Napoléon « hors des relations civiles et sociales » et « perturbateur du repos du monde ». Il s’agit pour Talleyrand de bien dissocier la cause de la France de celle de Napoléon.

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Elderly Talleyrand, 1828.

La seconde Restauration voit le retour de Louis XVIII.  Talleyrand est nommé président du Conseil des ministres. Les relations entre Talleyrand et Louis XVIII sont difficiles (Talleyrand de Louis XVIII : « Il n’a rien oublié. »). Très vite Talleyrand sera congédié.

Napoléon rendra grâce à Talleyrand dans ses mémoires : « Le plus capable des ministres que j’aie eus. ».  A l’annonce de la mort de Napoléon à Sainte Hélène en mai  1821 Talleyrand aura cette répartie : « Ce n’est pas un événement, c’est seulement une nouvelle. »

Claude Jambart.

 

Claude Jambart (claude.jambart@live.fr)

Membre du CA de l’Association Les Amis de Talleyrand (adresse : château de Valençay, 36600 Valençay ; site : www.amis-talleyrand.fr, en cours de refonte)

Créateur et animateur du groupe Facebook « Les Amis de Talleyrand ».

Le chemin creux d’ohain

“L’instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double talus; le second rang y poussa le premier, et le troisième y poussa le second; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient sur la croupe, glissaient les quatre pieds en l’air, pilant et bouleversant les cavaliers, aucun moyen de reculer, toute la colonne n’était plus qu’un projectile, la force acquise pour écraser les Anglais écrasa les Français, le ravin inexorable ne pouvait se rendre que comblé, cavaliers et chevaux y roulèrent pêle-mêle se broyant les uns sur les autres, ne faisant qu’une chair dans ce gouffre, et, quand cette fosse fut pleine d’hommes vivants, on marcha dessus et le reste passa. Presque un tiers de la brigade Dubois croula dans cet abîme.” . livresse.com/Livres-enligne/lesmiserables/020109.shtml

Le récit est à ce point puissant, frémissant même et tellement beau que peintres et écrivains s’emparèrent de l’épisode, le faisant artistiquement entré dans l’Histoire.

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Le site de la bataille: quels changements depuis 1815? Claude Van Hoorebeeck

Alfred Copin visita le champ de bataille du mont Saint-Jean à Braine-L’alleud en 1887. Il publie un petit ouvrage “Une promenade à Waterloo” en 1890. Accompagné d’un illustre guide, Martin Pirson,  qui se  vante d’avoir accompagné M.THIERS, M. Victor Hugo, Louis Napoléon et Gambetta…Arrivé au sommet de la pyramide du Lion, ces derniers échangent quelques mots autour du chemin creux. Ce dialogue a le mérite d’éclaircir la légende en toute simplicité. Je vous convie à vous promener avec ce guide dans le mystère du chemin creux… Jacques JANSSENS

J’interrogeai à nouveau mon compagnon :

– Une seule chose m’inquiète, dis-je tout à coup : c’est l’existence de ce chemin creux. Je dois vous avouer que je l’ai cherché des yeux en venant jusqu’ici et je n’ai rien pu découvrir.

– Cela ne m’étonne pas, répondit le guide. Vous avez cherché un chemin creux ; il est hors de doute que vous n’avez rien trouvé. Ce fameux chemin est celui d’Ohain à Braine-l’alleud, chemin que vous avez suivi tout à l’heure, lorsque, quittant la route de Charleroi vous êtes venu jusqu’à la montagne du Lion. 

– Mais il est plat, votre chemin!

– Il est plat à présent, mais je m’en vais vous prouver qu’il ne fut pas toujours ainsi.

Je hochai la tête d’un air peu convaincu. Le guide poursuivi sans se décontenancer :

– Lorsque l’on a construit cette pyramide, il a bien fallu prendre à la plaine des milliers et des milliers de mètres cubes de terre. On les a pris en cet endroit des deux côtés de ce chemin qui coupait la crête du plateau, et le chemin, de creux qu’il était, s’est trouvé aplani. N’a-t’on pas raconté que Wellington lui-même, revoyant cette plaine un jour s’est écrié : “On m’a changé mon champ de bataille”. C’était la vérité.

j’avoue que ces explications ne me satisfaisaient qu’à moitié. Je m’attendais à voir un chemin creux, je voyais un chemin en plaine ; ce n’était pas mon compte. Encore une légende, pensai-je. Et comme j’insistais, mon guide, se piquant d’honneur, revint à ma rescousse.

– Vous ne croyez pas au chemin creux, me dit-il, parce que vous ne le voyez pas. Eh bien, je vais vous prouver que le chemin était bien creux. Vous êtes venu par la route de Bruxelles à Charleroi?

– Parfaitement.

– Vous avez du voir le tombeau des Hanovriens et celui du général Gordon.

– Je les ai vus.

monument-des-hanovriens-1 monument-gordon– Rien ne vous a frappé?

– Si. Ils sont placés l’un et l’autre à quatre ou cinq mètres au-dessus de la route, sur de petits monticules qui leur servent de base.

– Fort bien. Or, ces deux sépultures se trouvent à la hauteur de l’ancien sol. Toute cette terre qui a été enlevée dans cette partie de la plaine à servi à construire la pyramide du Lion sur laquelle nous nous trouvons. Elle a détruit la crête du mont Saint-Jean, et le chemin creux d’Ohain est devenu un chemin plat. D’ailleurs, par quel chemin vous en allez-vous, me demanda le guide?

– Par le chemin d Braine-l’alleud.

– Eh bien, faites-y attention. Deux cents mètres plus loin, vous retrouverez le même chemin encaissé dans les terres.

la-pyramide-du-lionJ’ai reconnu, plus tard, que le guide avait raison. Ne vous attendez donc pas à voir le chemin creux d’Ohain tel qu’il était. Vous ne verrez qu’un chemin plat. Mis c’est bien à cette place que chargèrent ces malheureux cuirassiers. C’est bien là que vinrent s’entasser, les uns sur les autres, les vingt-six escadrons de Milhaud. Certes, à cette heure, vous n’y verrez qu’un chemin comme les autres. Mais je défie à un Français qui sait l’histoire de passer sur le chemin d’Ohain sans être ému. Je me figure que le sol doit y être encore imprégné du sang de nos soldats. (Une Promenade à Waterloo par Alfred Copin p53 à 57)

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Yves Vander CruysenLa légende du chemin creux a été colportée par Victor Hugo : celle du chemin creux, devenu un gouffre pour le corps de cavalerie de Milhaud.

Dans « Les Misérables », Hugo est on ne peut plus dithyrambique lorsqu’il évoque le chemin creux d’Ohain, évoquant un ravin béant, broyant cavaliers et chevaux, n’en faisant qu’une seule chair, devenant le tombeau d’un tiers de la brigade Dubois.

Tout à coup, chose tragique, à la gauche des Anglais, à notre droite, la tête de colonne des cuirassiers se cabra avec une clameur effroyable. Parvenus au point culminant de la crête, effrénés, tout à leur furie et à leur course d’extermination sur les carrés et les canons, les cuirassiers venaient d’apercevoir entre eux et les Anglais un fossé, une fosse. C’était le chemin creux d’Ohain.

Le chemin creux par HTE BELLANGE 1865

Si le chemin creux a bel et bien existé, s’il a bel et bien surpris quelques cuirassiers de Milhaud, il n’a jamais été le gouffre de toute une brigade. Car l’attaque de la cavalerie française, menée à travers champs détrempés et encombrés déjà de débris ne fut pas un galop. Avant même d’arriver au talus fatal, le charge avait perdu son efficacité. D’ailleurs, aucun témoin, ni du côté britannique, ni du côté français ne fait allusion à cet épisode sanglant qui eût dû marquer les mémoires. Aucun des officiers-généraux qui conduisaient cette charge ne fut tué ou blessé … alors que, selon le récit hugolien, ils auraient dû périr les tout premier. Le grand historien Henry Lachouque est encore plus cinglant à l’égard de la description de Victor Hugo : « Sachant que les centaines de mètres de remblai du chemin se voyaient de la position de départ, il aurait fallu que Ney, Milhaud, Wathier, Delort, les quatre brigades, les huit colonels fussent devenus simultanément aveugles ou stupides. »

RetWaterloo-demythifie-Yves-Vander-Cruysenrouvez les légendes dans le livre Waterloo Démythifié des éditions Jourdan! Il n’est pas une bataille, un événement historique qui n’ait suscité autant de rumeurs, d’analyses contradictoires, d’écrits savants ou anecdotiques, de légendes que le combat de Waterloo !Un travail inédit, préfacé par Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon.

1858 : Quand P-J. Proudhon visita le champ de bataille de Mont-Saint-Jean (Waterloo)

Pierre-Joseph Proudhon, né le à Besançon dans le Doubs et mort le à Paris, est un polémiste, journaliste, économiste, philosophe et sociologue français. Précurseur de l’anarchisme, il est le seul théoricien révolutionnaire du XIXe siècle à être issu du milieu ouvrier. Exilé en Belgique en 1858, il visite le champ de bataille du Mont-Saint-Jean et le témoignage qu’il en laisse n’est pas des plus tendre envers l’Empereur Napoléon et la famille Bonaparte ; Cause partielle de son exil. Il s’agit d’un document qui n’a, à ma connaissance,  jamais été publié dans son intégralité. Je vous laisse découvrir son témoignage qui fait partie de l’histoire anecdotique d’un français en exil de passage à Mont-Saint-Jean! Jacques JANSSENS

Supplément gratuit au journal le Soir du 19 juin 1895

A-t-on publié livres, brochures, écrits de toutes sortes, en tous pays, pour raconter, expliquer, commenter dans ses conséquences historiques, la mémorable journée qui ensanglanta les plaines de Mont-Saint-Jean, il y a maintenant quatre-vingt ans!

L’époque en paraît déjà si lointaine que pour beaucoup de nous on croirait à une légende ou à quelques iliade du temps d’Homère.

Légende ou histoire vraie, n’importe, on lit encore volontiers les impressions que nous en ont laissé certains écrivains de renon. Nous prenons Proudhon, par exemple, à cause de sa haute personnalité et parce que son jugement sur Waterloo est le plus rude coup qui ait été porté par un Français, au chauvinisme français. On va voir, par une lettre adressée à un sien ami, dans quelles circonstances Proudhon, alors en exil à Bruxelles, accomplit son pèlerinage au champ où tant de ses compatriotes mordirent la poussière.

19-06-1895Bruxelles, 7 septembre 1858

Avant-hier dimanche, je suis allé, en compagnie de quatre excellents Bruxellois, Félix Delhasse, Eugène Van Bemmel, Baeck et Dulieu, qui ont voulu me faire les honneurs de la journée, visiter le champ de bataille de Waterloo. Nous sommes partis de Bruxelles à sept heures du matin par le chemin du Luxembourg ; puis, après une course d’environ vingt minutes, nous avons pris une traverse à travers la forêt de Soignes, et nous sommes arrivés, après deux heures d’une promenade fort agréable, sur le plateau de Mont-Saint-Jean, où s’est donnée la bataille. J’avais lu quelques récits de ce grand drame ; et tout nouvellement, je l’avais étudié dans la relation très détaillée et très exacte du colonel Charras. Je connaissais par la carte les moindres déplis du terrain : si bien qu’en arrivant sur les lieux, je pouvais nommer jusqu’aux moindres taupinées. Mais il n’est pas de description qui vaille la vue des lieux, et voici quelles ont été en substance mes impressions.

Si le ciel, en ordonnant la défaite de Napoléon, a voulu compléter le châtiment par la mesquinerie du théâtre, il ne pouvait choisir un lieu plus approprié que l’emplacement même où s’est passé le combat, entre les deux villages de Plancenoit et Mont-Saint-Jean. Il n’y a pas de pays au monde moins pittoresque, plus trivial, plus vulgaire, plus dénué de tout ce que l’imagination souhaite comme encadrement à une lutte héroïque. Un sol ondulé, sans accidents tranchés, sans caractère, sans rien qui fasse trait ou point de mire nulle part comme le nez au milieu du visage, ni éminence prononcée, ni enfoncement un peu considérable : partout un aspect tel que les géographes le racontent des immenses et invariables plaines de la Russie : voilà Mont-Saint-Jean. C’est à tel point que je n’ai nullement été surpris de ce que m’a dit un vieux paysan, originaire de Plancenoit même, et qui servait justement, en 1815, dans les rangs français ; il ne savait pas, le bonhomme, le jour de la bataille, qu’il était à deux pas de son village : tant l’uniformité du pays, jointe au tourbillon des armées, l’avait désorienté. Ce ne fut qu’après deux jours de fuite, du côté de la France, qu’il apprit enfin que la bataille avait été perdue entre Mont-Saint-Jean et Plancenoit ; et qu’alors, se donnant à lui-même son congé, il se décida à retourner sur le lieu du désastre, qui était celui de ses pénates.

Waterloo

Mais l’oeil de l’homme de guerre aperçoit, il le faut croire, dans un pays, des choses que n’y voit pas du tout l’artiste. Plusieurs semaines avant la bataille, Wellington, qui s’attendait à une invasion de la Belgique de la part de l’Empereur, avait parcouru la route de Bruxelles jusqu’à Charleroi ; il avait noté la position de Mont-Saint-Jean, et sans en faire part à personne, il s’était dit que là il arrêterait l’armée française. Tout ceci est maintenant devenu historique ; et quand on suit en détail, sur le terrain, le plan de Wellington, on trouve bien misérables les critiques que Napoléon vaincu en a faites. Le pauvre empereur a été pris dans un véritable traquenard, si bien pris, que jusqu’à la mort il ne paraît pas avoir clairement compris les causes de sa défaite.

Je ne vous ferai pas à mon tour la description de la bataille : il faudrait au moins 50 pages ; mais j’ai vu les pièces, j’ai consulté les documents officiels, et j’ai pu noter les distances et les heures. Quand aux manoeuvres, outre qu’il n’y en a presque pas eu, c’est chose dont les soldats font beaucoup trop de bruit, et qui, à mon avis, ne prouve pas plus de génie chez nos hommes que l’habilité aux dominos ou aux échecs. J’ai voulu me rendre compte de cette tactique ; et je ne crains pas de formuler ainsi mon opinion.

Eh bien mon cher ami, autant le retour de l’île d’Elbe dénote peu de sens moral dans l’Empereur, autant son entreprise de 1815 montre peu de prudence et de discernement. Toute cette stratégie, à l’analyse, est scandaleuse et fait pitié.

Qu’est-ce donc qu’il y a , me direz-vous, sur ce fatal plateau , qui ait pu procurer à Bonaparte un pareil désastre? Des riens : une grosse ferme sur la route, appelée la Haie-Sainte, avec murs de clôture, et verger entouré d’une haie ; à gauche, à 1.500 mètres, une autre ferme, de même espèce, avec des restes de vieux château ; en face, au haut de la pente très douce qui monte pendant 2.200 mètres de la Haie-Sainte, vers Mont-Saint-Jean, un chemin qui coupe la route perpendiculairement, encaissé, à gauche, bordé de haies à droite. Figurez-vous l’armée anglaise sur cette croisée, les batteries dans le chemin creux, les soldats derrière, cachés par le repli du terrain ; puis, des détachements qui garnissent les deux fermes dont je vous ai parlé. Voilà les obstacles qu’il s’agissait de forcer, pour arriver à Bruxelles. A un kilomètre de distance, rien de tout cela ne se voit. La Haie-Sainte, petite comme une baraque, la ferme et les ruines du château de Hougoumont se laissent voir à peine dans un bouquet de bois ; le chemin de traverse ne se voit pas du tout. C’était peut-être le métier de l’Empereur de découvrir et d’apprécier toutes ces choses : le fait est qu’il ne devina rien, ne sut rien, ne comprit rien. La bataille a duré depuis onze heures et demie du matin jusqu’à neuf heures et demie du soir ; pendant tout ce temps, la ferme de la Haie-Sainte, placée sur la route même, a été prise, perdue, reprise, je ne sais combien de fois ; l’autre ferme, à gauche, prise, perdue, reprise, reperdue, tant et si bien qu’il a été tué sur un ou deux points peut-être 20.000 hommes, sans que rien fut décidé.

Hougoumont_carte
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Pourquoi, direz-vous, ne passait-on pas entre ces deux fermes, pour arriver droit au chemin de croisement, et enlever la position? Pourquoi aussi ne tournait-on pas sur la droite?…

C’est en effet ce que tenta Napoléon. Après avoir bien canonné l’armée anglaise (les boulets passaient par dessus le chemin), Napoléon ordonna à Ney de faire charger par la cavalerie, en passant à gauche de la route, entre la Haie et Hougoumont. C’est ainsi que se firent ces douze ou quinze charges épouvantables, où la moitié de la cavalerie française fut tuée, où tant d’Anglais trouvèrent la mort ; il y eut des batteries écrasées, des carrés anéantis : mais Wellington faisait avancer à fur et à mesure ses réserves ; les vivants remplaçaient les morts, tant et si bien que les nôtres durent renoncer à leur entreprise. A droite, les mêmes tentatives furent répétées, avec encore moins de succès. Je vous demande quel génie il y a à jeter ainsi des masses d’hommes les unes sur les autres, de manière que le poids le plus lourd, ou la matière la plus résistante, finisse par briser l’autre? Il n’y eut pas autre chose à Waterloo, ou pour mieux dire, à Mont-Saint-Jean, puisque Waterloo est à trois kilomètres plus loin. Napoléon agissait ici comme marteau, Wellington était l’enclume : toute la question était de savoir lequel des deux serait le premier usé.

Il y avait cinq heures que durait cet exercice, quand un premier corps de Prussiens déboucha à droite de Napoléon, sur le village de Plancenoit. Vous concevez l’effet de cette diversion. Il en résulta que les charges de Ney ne purent être appuyées par l’infanterie, occupée ailleurs ; – deux heures plus tard, arrive un deuxième corps de Prussiens, qui fit rétrograder toute l’aile droite de l’armée française, laquelle se trouva ainsi prise en tête et en flanc. Alors Napoléon fit avancer la garde : elle n’eut guère que la peine de mourir. Depuis le matin, elle attendait sur la chaussée, un peu en arrière du champ de carnage, vers un cabaret qu’on appelle la Belle-Alliance : c’est là que Prussiens et Anglais vinrent se rencontrer, après avoir écrasé, massacré, mis en compote tout ce qui était entre eux.

La perte des alliés monta à 22.000 hommes, celle des Français à 35.000 hommes, total 57.000. Ajoutez que tout fut pris, parcs, fourgons, bagages, etc., et que la dissolution de l’armée française fut complète, absolue.

De tout cela on a fait en France une légende superbe, qui fait pleurer les niais. – Ah! Si les Prussiens n’étaient pas arrivés!… Sans doute! Mais les Prussiens devaient arriver : Wellington les attendait trois heures plus tôt qu’ils ne parurent ; les deux généraux étaient convenus, la veille de cette jonction ; les mauvais chemins empêchèrent seuls Blücher d’arriver à l’heure dite. Il n’y eut que Napoléon qui ne les attendit pas ; il croyait les avoir anéantis à Ligny!…

Si du moins Grouchy était venu!… Sans doute encore : malheureusement, Napoléon lui-même avait ordonné, la veille à Grouchy, de poursuivre les restes de l’armée prusienne, pendant que lui expédierait Wellington (A propos de Wellington et dans une lettre encore inédite, Proudhon a dit du général anglais : “l’opposé de Napoléon est Wellington. Ici le grand homme disparaît  pour faire place à l’Homme. Et l’homme a vaincu le grand homme pour l’éternel honneur du droit et de l’humanité affranchie.”) ; et Grouchy, au moment où commence la bataille, le 18 juin, vers midi, se trouvait à sept lieues de Mont-Saint-Jean. Il n’aurait pu arriver par des chemins de traverse, défoncés, qu’en neuf ou dix heures de marche, juste à temps pour être enveloppé dans la déroute.

Tout cela est maintenant expliqué, éclairci : rien ne manque à la certitude. Les militaires, tels que Jomini, le colonel Charras, font à l’Empereur des critiques de détail. Il aurait dû livrer bataille quatre heures plus tôt, attaquer les fermes avec des obus, non avec des fusiliers ; faire avancer les bataillons en échelons, etc. – Ce sont là des misères. La vérité est que Napoléon, mis au ban de l’Europe, ayant la coalition des peuples contre lui, s’était engagé dans la Belgique véritablement à tâtons ; qu’il ne connut ni ne soupçonna la force de ses ennemis ; qu’il ne devina rien de leur plan ; que, plein de mépris pour les deux généraux anglais et prussien, il ne fit aucun état de leurs combinaisons ; tandis que ce qu’il qualifiait de faute de métier, était chez eux le résultat d’un calcul profond. Ainsi, à midi, en donnant le signal du combat, il disait : Nous avons neuf chances sur dix. Le malheureux!… Wellington et Blücher de leurs côté disaient : Nous le tenons! Et quand on lit l’histoire avec un peu d’attention, on est de leur avis.

En 1815, au commencement de juin, 750.000 hommes de troupes alliées marchaient sur la France, ou plutôt sur l’empire ; elles avaient pour elles, il faut le dire, le droit, le voeu des populations, celui même de la majorité de la France, en un mot, toutes les forces morales que les matérialistes, comme Napoléon, comptent pour rien , et qui, en dernière analyse, sont tout.

En Belgique, où il entrait avec 124.000 hommes, Napoléon allait rencontrer devant lui les deux armées anglaise et prussienne, formant ensemble 219.000 hommes, presque le double.

Naturellement, il chercha à les séparer afin de les battre en détail ; Mais il n’y réussit pas. D’abord il arrive trop tard ; Puis à Quatre-Bras, il est repoussé ; A ligny, il n’ose, le soir de la bataille, se mettre à la poursuite des Prussiens, qui se retirent en bon ordre, et se retrouvent le surlendemain à Waterloo au nombre de 90.000 hommes.

Que sert d’ailleurs de supputer les fautes et les déceptions de l’Empereur? Wellington et Blücher aussi firent des fautes ; ils eurent plus d’un mécompte : à la guerre, comme au jeu, on fait toujours des fautes, et l’on a des mécomptes. Balancez donc les fautes de l’un par celles de l’autre, et vous arrivez à ce résultat, peu glorieux : que la victoire – le talent étant à peu près égal entre les joueurs – est restée en définitive au plus gros bataillon.

En ce moment, l’aspect du champ de bataille n’est plus tout à fait le même qu’en 1815 ; Il y a eu des coupes de bois ; On a ramassé les terres, à l’endroit où se faisaient les charges de Ney, et qui formaient comme un petit mamelon, et l’on en a bâti un monticule conique, de 150 pieds de haut, portant un énorme lion de fonte, avec l’inscription 18 juin 1815. C’est le lion hollandais, la patte posée sur un globe, la face du côté de la France, qu’il semble menacer encore. J’ai ramassé auprès de lui une touffe de serpolet dont je vous envoie un brin : c’est la seule relique que je me sois soucié de rapporter de Mont-Saint-Jean.

Octobre 2010. Waterloo..
Octobre 2010. Waterloo

Tous les ans, une masse d’anglais vont faire ce pèlerinage ; Il y a, m’a-t-on dit, une fabrique de ferrailles qu’on leur vend pour des débris de la bataille de Mont-Saint-Jean ; On raconte l’histoire d’un crâne d’officier prussien qui fut vendu fort cher à un amateur berlinois, et qui avait été offert tour à tour à d’autres amateurs pour un crâne d’officier anglais et un crâne d’officier français. L’opéra-bouffe s’est emparé de cette ridicule montre de reliques pour en égayer la populace : c’est tout le souvenir qu’a conservé ici le peuple de la bataille dite de Waterloo.

En France, c’est autre chose : personne n’a vu le Mont-Saint-Jean ; Plus d’un réfugié se ferait même conscience de le visiter ; Ils pleurent comme des veaux à ce souvenir. On compare Napoléon à Roland, tué à Roncevaux ; Le Mont-Saint-Jean, pays découvert, s’il en fut, aux Termopyles ; On accuse la fatalité, la trahison ; On chante le mot de Cambronne ; Et il ne manque pas de gens qui rêvent une revanche de cette triste journée, qui ne fut, après tout, pour l’Empereur, pour ses enragés soldats, , pour la France même, qu’un juste châtiment. Certes, nous eûmes grandement à souffrir de la seconde invasion ; mais je la regarde comme un moindre mal que n’eut été le raffermissement de l’Empire ; Et si je regrette quelque chose aujourd’hui, c’est qu’après avoir payé de la vie de 50.000 Français la chute de cet empire, nous ayons été exposés à le voir ressusciter trente-sept ans après, comme si rien n’avait été fait. Il faut donc autre chose que de la mitraille pour exterminer de pareils monstres!

En passant dans le chemin creux, derrière la ferme de Hougoumont, j’ai trouvé une récolte superbe de mûres, dont je me suis régalé comme je faisais à douze ans. Si la métempsychose est vraie, je dois avoir dans les veines des atomes de plus d’un soldat français : sans doute c’est leur âme dégrisée qui vous parle en ce moment par ma plume véridique.

Adieu, cher ami, et moquons-nous des chauvins.

P.-J. Proudhon.

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  • Il est possible de retrouver l’intégralité de cette lettre dans l’ouvrage :Pierre-Joseph Proudhon – Grasset, 1 janv. 1929362 pages
  • L’écrivain anarchiste Pierre-Joseph Proudhon vécut en exil au n°8 de la Rue du Conseil à Bruxelles en 1858. Il y recevait Hector Denis et Louis Hymans. Le 16 septembre 1862, un de ses articles attira une manifestation sous ses fenêtres, il avait écrit: «Ici ; nous sommes à cinq degrés en dessous de la décadence», non sans engager ironiquement Napoléon III à annexer notre pays: «Osez, Sire, et la Belgique est à vous». La Garde civique dut protéger son domicile et, le lendemain, Proudhon, expulsé, quittait la Belgique en déclarant: «ça n’arrive qu’à moi, ces braves Belges sont des lourdauds.» En janvier 1889, son ami Hector Denis, professeur à l’ULB, proposa sans succès au Conseil communal de donner son nom à la rue du Conseil.

Charles de La Bédoyère

Charles-Angélique-François Huchet de La Bédoyère

Je ne vous cacherai pas ma profonde émotion à l’évocation de ce martyr de l’Epopée… Bernard Brochet

Exécution de Charles de La Bédoyère le 19 août 1815.

Charles_Angélique_François_Huchet,_comte_de_La_Bédoyère_(1786-1815)
La Bédoyère – Wikipedia

Charles-Angélique-François Huchet de La Bédoyère, issu d’une vieille famille bretonne, naît à Paris le 17 avril 1786. Après avoir grandi dans un royalisme ambiant, le jeune Charles, au sortir de la tourmente révolutionnaire n’a qu’un but : ” Il est dévoré de la passion de servir à la grandeur française “, comme l’écrit Marcel Doher dans la biographie qu’il lui a consacré. Après un voyage au cours duquel, en compagnie de son frère Henry, il parcourt la France, la Suisse et l’Allemagne, il rencontre la célèbre Madame de Staël. Il devient d’ailleurs un des habitués de son salon de Coppet. Mais c’est la carrière des armes qui est son objectif ; en 1806, nous retrouvons Charles lieutenant en second à la 2ème compagnie des gendarmes d’ordonnance. Notons au passage que La Bédoyère était un cousin éloigné de Charles de Flahaut, lui même fils naturel de Talleyrand (et de Madame de Souza, une familière de la Reine Hortense). Selon Marcel Doher, c’est grâce à la bienveillance de cette dernière que le jeune Charles obtint son brevet de sous-lieutenant…

La compagnie de Charles jusque là cantonné à Mayence, part début 1807 afin de traquer quelques bandes de ” partisans “. Il traverse donc l’Allemagne en direction de la Poméranie. La Bédoyère traverse Berlin, puis le voici en route pour Stettin et Colberg . Il participe à de ” petits engagements avec des groupes de partisans en embuscade “. Après une opération à Degow, devant Colberg,, ” en dehors des jours de combat, ce sont de longues reconnaissances, des bivouacs sur la neige, dans la solitude de forêts monotones et de lacs gelés “, écrit Marcel Doher. Le 14 juin 1807, La Bédoyère et ses camarades assistent à la bataille de Friedland. Après la dissolution des Gendarmes d’ordonnance, La Bédoyère est nommé lieutenant en 1er au 11ème chasseurs à cheval. Le 14 janvier 1808, il est nommé aide de camp de Lannes et le suit en Espagne. On le retrouve ainsi au siège de Saragosse, puis au printemps 1809 il part pour l’Autriche et participe à toute la campagne s’y déroulant. En juin 1809, La Bédoyère passe aide de camp du Prince Eugène et le suit en Italie. Il y séjournera jusqu’en 1812. En cette année douloureuse pour la Grande-Armée, La Bédoyère suit Eugène en Allemagne lorsque celui-ci prend le commandement du IV° corps de la Grande-Armée. Puis c’est lé départ pour la Russie…Il est présent à la bataille de La Moskowa (7 septembre 1812), à celle de Malo-Jaroslawetz (24 octobre 1812), puis lors du passage de la Bérézina (26-28 novembre 1812).

En 1813, Charles de La Bédoyère reçoit le commandement du 112ème de ligne, compris dans la 35ème division du Général Gérard (XI ème corps du maréchal Macdonald). Le 1er mai 1813 il est nommé colonel et participe à la bataille de Bautzen (20-21 mai 1813). Blessé à Golberg, il est mis en congé et rentre en France pour se soigner. Il épousera au cours de son séjour, Georgine de Chastellux, en novembre 1813. Les nouveaux époux profitent en cette fin d’année pleinement de leur bonheur.

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Charles-Angélique-François Huchet, comte de La Bédoyère (1786-1815)., Jean-Urbain Guérin (1760-1836), Musée national du Château de Malmaison – wikipedia

1814 ! L’ennemi foule le sol de la France…La Bédoyère, proposé à deux reprises pour le grade de général de brigade par le général Gérard, est affecté au commandement provisoire de la 2ème brigade de la 1ère division de Paris. Il refuse ce poste ” espérant rejoindre son régiment et désirant en garder le commandement “. Il est présent lors de la bataille de Paris, le 30 mars 1814, et ” se dépasse sans compter ” comme l’écrit si bien le Colonel Hippolyte de Marcas dans ses ” Souvenirs “. Après la première abdication, Charles de La Bédoyère remet sa démission afin de ne pas servir le nouveau pouvoir mais c’est sans compter avec sa belle-famille les de Chastellux !

“César de Chastellux, le frère aîné de Georgine, émigré servant aujourd’hui dans la Garde Royale , effectue une démarche, que Charles n’aurait jamais faite, auprès du Ministre de la Guerre “, écrit Marcel Doher. La Bédoyère est nommé le 4 octobre 1814, colonel du 7ème de ligne et doit rejoindre sa garnison à Chambéry. Le 25 octobre de la même année, Georgine donne naissance à un petit garçon : Georges-César-Raphaël. En janvier 1815, Charles de La Bédoyère est toujours à Paris ! Il ne semble pas pressé de rejoindre son régiment…Il quitte enfin la capitale le 22 février et arrive à sa destination quatre jours après.

“Adieu, Madame, dans huit jours je serai fusillé ou Maréchal d’Empire ! “

Déjà en France, devant le mécontentement général, certains ont le regard tourné vers l’île d’Elbe… ” Que diriez-vous si vous appreniez que mon régiment a pris la cocarde tricolore et les aigles ?… ” demandait Charles à la Reine Hortense avant son départ…

Le 26 février, jour de son arrivée à Chambéry, l’Aigle quitte son rocher ;il est en route vers les côtes de France…Le général Marchand, commandant la place de Grenoble apprend le débarquement le 4 mars au soir. Le lendemain après une réunion avec tous les officiers de la garnison, Marchand envoie une dépêche à un certain Devilliers, commandant la brigade de Chambéry : il doit faire mouvement sur Grenoble afin de s’opposer à la progression du ” Corse ” ! Le 7ème et le 11ème de ligne se mettent en route. Le 7ème ayant à sa tête le très bonapartiste La Bédoyère. Celui-ci au cours d’une halte chez une certaine Madame de Bellegarde aurait déclaré : ” Adieu , Madame, dans huit jours je serai fusillé ou Maréchal d’Empire ! “. Puis c’est l’arrivée à Grenoble… On connaît l’épisode inoubliable de Laffrey… La Bédoyère n’y assistera pas: il est à Grenoble dans la ville en état d’alerte.

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La plaque à Tavernolle. Wikipedia

Après avoir déjeuné avec le Général Marchand, ce 7 mars 1815, il rassemble son régiment aux cris de ” Vive l’Empereur ! ” et après un conciliabule avec ses officiers et ses soldats, il sort de Grenoble, allant à la rencontre de l’Empereur qu’il retrouve ” avant Vizille, entre Tavernolles et Brié “.

Marcel Doher écrit : ” Celui-ci voit s’approcher le jeune et ardent colonel. L’an passé, aux jours douloureux de Fontainebleau , La Bédoyère s’est mis spontanément à sa disposition, demeurant auprès de lui jusqu’au dernier moment, à l’heure de tous les reniements “. L’empereur embrasse La Bédoyère et voyant que ce dernier n’a pas de cocarde tricolore, décroche celle qui orne son chapeau et la lui donne. Plus tard c’est la prise de Grenoble, après bien des aléas. La Bédoyère suit l’Empereur vers Paris. Ce dernier y arrive le 20 mars vers 21 heures. Le Lendemain , à 3 heures du matin, Le 7ème de ligne commandé par La Bédoyère y fait son entrée. L’Empereur nomme La Bédoyère général de brigade et aide de camp. Il a vingt-neuf ans. Notons, que le “bon” roi Louis XVIII ne reconnaîtra pas cette nomination…

Le 4 juin, Charles de La Bédoyère est fait comte de l’Empire et nommé membre de la Chambre des pairs.

La campagne de Belgique débute alors. Le 12 juin 1815, l’Empereur quitte Paris, accompagné, notamment de son nouveau général de brigade. Ligny, les Quatre-Bras puis Waterloo…Durant cette ultime grande bataille, La Bédoyère parcourt les rangs afin de transmettre les ordres de l’Empereur. L’Empire vit ses derniers jours…C’est la retraite. L’Empereur entre dans Philippeville ; La Bédoyère n’est pas loin, accompagné des autres aides de camp : Flahaut, Dejean, Bussy, Corbineau et Canisy.

Le 21 juin, Napoléon est à Paris. Charles de La Bédoyère se démène à la Chambre des députés afin de soutenir la reconnaissance de Napoléon II ; mais en vain …Pendant son vibrant playdoyer, le maréchal Masséna lui assène cette phrase cinglante: “Jeune homme, vous vous oubliez !”. Le 29 juin, l’Empereur quitte la Malmaison pour Rochefort. Sensible à la fidélité de La Bédoyère il le veut près de lui dans son exil. Mais Charles, tout occupé à réconforter sa chère Georgine, arrive trop tard. : Napoléon est parti et les prussiens approchent de la Malmaison.

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Charles de La Bedoyère, dessin d’Hortense de Beauharnais, vers 1815. Wikipedia

La Reine Hortense, amie fidèle , l’engage à quitter Paris sans délai. Il part de la capitale le 12 juillet en direction de Riom afin d’aller saluer son ami Exelmans qui lui a réservé le poste de chef d’état-major du 2ème corps de cavalerie. Mais partout en France, les royalistes crient vengeance… Il faut songer à quitter la patrie. Aussi, après s’être procuré un passeport pour l’Amérique, La Bédoyère remonte à Paris embrasser une dernière fois son épouse et son fils. Le 24 juillet 1815, est publiée l’ordonnance du Roi (dont Fouché et Talleyrand sont les véritables auteurs) poursuivant les anciennes gloires de la Grande-Armée. Ney, Les frères Lallemand, Drouet d’Erlon, Bertrand, Drouot, Cambronne et…La Bédoyère sont cités dans celle-ci. Ils ne sont pas les seuls… Charles de La Bédoyère prend cette fois la décision d’aller en Amérique mais avant il tient à aller à Paris… Repéré durant son voyage, il est arrêté le 2 août 1815 et expédié à la Préfecture de police. Interrogé par Decazes, le nouveau ministre de la police, ” il reconnaît et prend à sa charge tous les actes qu’il a accomplis “. Transféré à la Conciergerie puis à la prison de l’Abbaye, La Bédoyère attend sereinement son jugement. Son procès est fixé au lundi 14 août 1815. Entre temps, a lieu une tentative pour le faire évader. Elle n’aboutira pas.

Après un procès mémorable, Charles de La Bédoyère est condamné à la peine de mort.

Chateaubriand, en bon courtisan, écrira au Roi : ” Vous avez saisi ce glaive que le souverain du ciel a confié aux princes de la terre pour assurer le repos des peuples… Le moment était venu de suspendre le cours de votre inépuisable clémence…votre sévérité paternelle est mise au premier rang de vos bienfaits. ” (Cité par Henry Houssaye (dans son ” 1815.La seconde abdication.-La terreur blanche “. Paris, Perrin, 1905)

Actas est fabula ! La pièce est jouée !

Malgré une dernière tentative de sa femme afin d’intercéder auprès de Louis XVIII, le destin de La Bédoyère semble devoir s’achever d’une façon irrémédiable….Jugé par un conseil de guerre 5 jours auparavant, il est fusillé en fin de journée le 19 août 1815 à la Barrière des Ministres par un peloton dont il commanda lui-même le feu…

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Tombe de La Bédoyère au cimetière du Père-Lachaise. Wikipedia

Le 22 août 1815, son corps est transféré au cimetière du Père-Lachaise où il repose depuis.
Son fils Georges le rejoindra en 1867 et Georgine de Chastellux en 1871.

Bernard Brochet

À Sainte-Hélène c’est par Gourgaud, qui l’avait lu dans les journaux reçus, que Napoléon apprend la mort de Charles de La Bédoyère. C’était le 7 décembre 1815 : jour où est fusillé le maréchal Ney, avenue de l’Observatoire.

« Le Colonel de La Bédoyère était animé des plus nobles sentiments ; il avait été aide de camp du maréchal-duc de Montebello et du vice-roi d’Italie. Jeune homme de trente ans, il avait été élevé dès sa plus tendre enfance aux cris de « Vive l’Empereur ! » et était enivré de la gloire de la France. La conduite des Bourbons, leur asservissement à l’étranger, le déshonneur dont ils couvraient la nation, avaient révolté tous les sentiments de son âme, et, quoique sa famille, une des anciennes familles de Bretagne, fût attachée à la cour des Bourbons, il resta constamment en opposition, frémissant de l’avilissement de la France, et il appelait de tous ses souhaits, à grands cris, celui que la France voulait et que les étrangers redoutaient tant. Napoléon le reçut et le loua de son généreux dévouement, il y avait du courage, car il était le premier qui se ralliait à l’empereur, et il l’avait fait hardiment, au milieu de la place de Grenoble. Il n’y avait dans cet acte aucun sentiment personnel, aucune vue d ‘ambition, même aucun sentiment d’amour-propre. »

— Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène

Dans son testament, en date du 15 avril 1815, l’Empereur léguait 100 000 francs aux enfants de La Bédoyère. Dans son codicille (daté du 24 avril 1821) il ajoutait la somme de 50 000 francs aux mêmes.

Saint Napoléon

15 août nbb
Après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte impose de nouveau le 15 août comme fête nationale en hommage à son grand oncle et comme ciment unificateur du Second Empire.

Ce 15 août est traditionnellement  la fête nationale choisie par l’Empereur pour laquelle cette date est, jour de son anniversaire et de la signature du Concordat, symbole d’un retour à l’ordre civil et religieux. Ce jour devint la saint Napoléon, du nom d’un obscur martyr du IVsiècle, Santo Neopolis (ou Neapolis), exhumé fort opportunément par le cardinal Légat Giovanni Battista Caprara à la grande satisfaction de l’empereur. La Saint Napoléon et la religion impériale (tel est le titre d’un article très complet écrit par

saint+napoleonEpitre de Saint-Napoléon 🙁Épître selon saint Napoléon – Éditeur : impr. de Moronval (Paris)Date d’édition : 1815

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