Archives mensuelles : août 2016

Charles de La Bédoyère

Charles-Angélique-François Huchet de La Bédoyère

Je ne vous cacherai pas ma profonde émotion à l’évocation de ce martyr de l’Epopée… Bernard Brochet

Exécution de Charles de La Bédoyère le 19 août 1815.

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La Bédoyère – Wikipedia

Charles-Angélique-François Huchet de La Bédoyère, issu d’une vieille famille bretonne, naît à Paris le 17 avril 1786. Après avoir grandi dans un royalisme ambiant, le jeune Charles, au sortir de la tourmente révolutionnaire n’a qu’un but : ” Il est dévoré de la passion de servir à la grandeur française “, comme l’écrit Marcel Doher dans la biographie qu’il lui a consacré. Après un voyage au cours duquel, en compagnie de son frère Henry, il parcourt la France, la Suisse et l’Allemagne, il rencontre la célèbre Madame de Staël. Il devient d’ailleurs un des habitués de son salon de Coppet. Mais c’est la carrière des armes qui est son objectif ; en 1806, nous retrouvons Charles lieutenant en second à la 2ème compagnie des gendarmes d’ordonnance. Notons au passage que La Bédoyère était un cousin éloigné de Charles de Flahaut, lui même fils naturel de Talleyrand (et de Madame de Souza, une familière de la Reine Hortense). Selon Marcel Doher, c’est grâce à la bienveillance de cette dernière que le jeune Charles obtint son brevet de sous-lieutenant…

La compagnie de Charles jusque là cantonné à Mayence, part début 1807 afin de traquer quelques bandes de ” partisans “. Il traverse donc l’Allemagne en direction de la Poméranie. La Bédoyère traverse Berlin, puis le voici en route pour Stettin et Colberg . Il participe à de ” petits engagements avec des groupes de partisans en embuscade “. Après une opération à Degow, devant Colberg,, ” en dehors des jours de combat, ce sont de longues reconnaissances, des bivouacs sur la neige, dans la solitude de forêts monotones et de lacs gelés “, écrit Marcel Doher. Le 14 juin 1807, La Bédoyère et ses camarades assistent à la bataille de Friedland. Après la dissolution des Gendarmes d’ordonnance, La Bédoyère est nommé lieutenant en 1er au 11ème chasseurs à cheval. Le 14 janvier 1808, il est nommé aide de camp de Lannes et le suit en Espagne. On le retrouve ainsi au siège de Saragosse, puis au printemps 1809 il part pour l’Autriche et participe à toute la campagne s’y déroulant. En juin 1809, La Bédoyère passe aide de camp du Prince Eugène et le suit en Italie. Il y séjournera jusqu’en 1812. En cette année douloureuse pour la Grande-Armée, La Bédoyère suit Eugène en Allemagne lorsque celui-ci prend le commandement du IV° corps de la Grande-Armée. Puis c’est lé départ pour la Russie…Il est présent à la bataille de La Moskowa (7 septembre 1812), à celle de Malo-Jaroslawetz (24 octobre 1812), puis lors du passage de la Bérézina (26-28 novembre 1812).

En 1813, Charles de La Bédoyère reçoit le commandement du 112ème de ligne, compris dans la 35ème division du Général Gérard (XI ème corps du maréchal Macdonald). Le 1er mai 1813 il est nommé colonel et participe à la bataille de Bautzen (20-21 mai 1813). Blessé à Golberg, il est mis en congé et rentre en France pour se soigner. Il épousera au cours de son séjour, Georgine de Chastellux, en novembre 1813. Les nouveaux époux profitent en cette fin d’année pleinement de leur bonheur.

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Charles-Angélique-François Huchet, comte de La Bédoyère (1786-1815)., Jean-Urbain Guérin (1760-1836), Musée national du Château de Malmaison – wikipedia

1814 ! L’ennemi foule le sol de la France…La Bédoyère, proposé à deux reprises pour le grade de général de brigade par le général Gérard, est affecté au commandement provisoire de la 2ème brigade de la 1ère division de Paris. Il refuse ce poste ” espérant rejoindre son régiment et désirant en garder le commandement “. Il est présent lors de la bataille de Paris, le 30 mars 1814, et ” se dépasse sans compter ” comme l’écrit si bien le Colonel Hippolyte de Marcas dans ses ” Souvenirs “. Après la première abdication, Charles de La Bédoyère remet sa démission afin de ne pas servir le nouveau pouvoir mais c’est sans compter avec sa belle-famille les de Chastellux !

“César de Chastellux, le frère aîné de Georgine, émigré servant aujourd’hui dans la Garde Royale , effectue une démarche, que Charles n’aurait jamais faite, auprès du Ministre de la Guerre “, écrit Marcel Doher. La Bédoyère est nommé le 4 octobre 1814, colonel du 7ème de ligne et doit rejoindre sa garnison à Chambéry. Le 25 octobre de la même année, Georgine donne naissance à un petit garçon : Georges-César-Raphaël. En janvier 1815, Charles de La Bédoyère est toujours à Paris ! Il ne semble pas pressé de rejoindre son régiment…Il quitte enfin la capitale le 22 février et arrive à sa destination quatre jours après.

“Adieu, Madame, dans huit jours je serai fusillé ou Maréchal d’Empire ! “

Déjà en France, devant le mécontentement général, certains ont le regard tourné vers l’île d’Elbe… ” Que diriez-vous si vous appreniez que mon régiment a pris la cocarde tricolore et les aigles ?… ” demandait Charles à la Reine Hortense avant son départ…

Le 26 février, jour de son arrivée à Chambéry, l’Aigle quitte son rocher ;il est en route vers les côtes de France…Le général Marchand, commandant la place de Grenoble apprend le débarquement le 4 mars au soir. Le lendemain après une réunion avec tous les officiers de la garnison, Marchand envoie une dépêche à un certain Devilliers, commandant la brigade de Chambéry : il doit faire mouvement sur Grenoble afin de s’opposer à la progression du ” Corse ” ! Le 7ème et le 11ème de ligne se mettent en route. Le 7ème ayant à sa tête le très bonapartiste La Bédoyère. Celui-ci au cours d’une halte chez une certaine Madame de Bellegarde aurait déclaré : ” Adieu , Madame, dans huit jours je serai fusillé ou Maréchal d’Empire ! “. Puis c’est l’arrivée à Grenoble… On connaît l’épisode inoubliable de Laffrey… La Bédoyère n’y assistera pas: il est à Grenoble dans la ville en état d’alerte.

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La plaque à Tavernolle. Wikipedia

Après avoir déjeuné avec le Général Marchand, ce 7 mars 1815, il rassemble son régiment aux cris de ” Vive l’Empereur ! ” et après un conciliabule avec ses officiers et ses soldats, il sort de Grenoble, allant à la rencontre de l’Empereur qu’il retrouve ” avant Vizille, entre Tavernolles et Brié “.

Marcel Doher écrit : ” Celui-ci voit s’approcher le jeune et ardent colonel. L’an passé, aux jours douloureux de Fontainebleau , La Bédoyère s’est mis spontanément à sa disposition, demeurant auprès de lui jusqu’au dernier moment, à l’heure de tous les reniements “. L’empereur embrasse La Bédoyère et voyant que ce dernier n’a pas de cocarde tricolore, décroche celle qui orne son chapeau et la lui donne. Plus tard c’est la prise de Grenoble, après bien des aléas. La Bédoyère suit l’Empereur vers Paris. Ce dernier y arrive le 20 mars vers 21 heures. Le Lendemain , à 3 heures du matin, Le 7ème de ligne commandé par La Bédoyère y fait son entrée. L’Empereur nomme La Bédoyère général de brigade et aide de camp. Il a vingt-neuf ans. Notons, que le “bon” roi Louis XVIII ne reconnaîtra pas cette nomination…

Le 4 juin, Charles de La Bédoyère est fait comte de l’Empire et nommé membre de la Chambre des pairs.

La campagne de Belgique débute alors. Le 12 juin 1815, l’Empereur quitte Paris, accompagné, notamment de son nouveau général de brigade. Ligny, les Quatre-Bras puis Waterloo…Durant cette ultime grande bataille, La Bédoyère parcourt les rangs afin de transmettre les ordres de l’Empereur. L’Empire vit ses derniers jours…C’est la retraite. L’Empereur entre dans Philippeville ; La Bédoyère n’est pas loin, accompagné des autres aides de camp : Flahaut, Dejean, Bussy, Corbineau et Canisy.

Le 21 juin, Napoléon est à Paris. Charles de La Bédoyère se démène à la Chambre des députés afin de soutenir la reconnaissance de Napoléon II ; mais en vain …Pendant son vibrant playdoyer, le maréchal Masséna lui assène cette phrase cinglante: “Jeune homme, vous vous oubliez !”. Le 29 juin, l’Empereur quitte la Malmaison pour Rochefort. Sensible à la fidélité de La Bédoyère il le veut près de lui dans son exil. Mais Charles, tout occupé à réconforter sa chère Georgine, arrive trop tard. : Napoléon est parti et les prussiens approchent de la Malmaison.

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Charles de La Bedoyère, dessin d’Hortense de Beauharnais, vers 1815. Wikipedia

La Reine Hortense, amie fidèle , l’engage à quitter Paris sans délai. Il part de la capitale le 12 juillet en direction de Riom afin d’aller saluer son ami Exelmans qui lui a réservé le poste de chef d’état-major du 2ème corps de cavalerie. Mais partout en France, les royalistes crient vengeance… Il faut songer à quitter la patrie. Aussi, après s’être procuré un passeport pour l’Amérique, La Bédoyère remonte à Paris embrasser une dernière fois son épouse et son fils. Le 24 juillet 1815, est publiée l’ordonnance du Roi (dont Fouché et Talleyrand sont les véritables auteurs) poursuivant les anciennes gloires de la Grande-Armée. Ney, Les frères Lallemand, Drouet d’Erlon, Bertrand, Drouot, Cambronne et…La Bédoyère sont cités dans celle-ci. Ils ne sont pas les seuls… Charles de La Bédoyère prend cette fois la décision d’aller en Amérique mais avant il tient à aller à Paris… Repéré durant son voyage, il est arrêté le 2 août 1815 et expédié à la Préfecture de police. Interrogé par Decazes, le nouveau ministre de la police, ” il reconnaît et prend à sa charge tous les actes qu’il a accomplis “. Transféré à la Conciergerie puis à la prison de l’Abbaye, La Bédoyère attend sereinement son jugement. Son procès est fixé au lundi 14 août 1815. Entre temps, a lieu une tentative pour le faire évader. Elle n’aboutira pas.

Après un procès mémorable, Charles de La Bédoyère est condamné à la peine de mort.

Chateaubriand, en bon courtisan, écrira au Roi : ” Vous avez saisi ce glaive que le souverain du ciel a confié aux princes de la terre pour assurer le repos des peuples… Le moment était venu de suspendre le cours de votre inépuisable clémence…votre sévérité paternelle est mise au premier rang de vos bienfaits. ” (Cité par Henry Houssaye (dans son ” 1815.La seconde abdication.-La terreur blanche “. Paris, Perrin, 1905)

Actas est fabula ! La pièce est jouée !

Malgré une dernière tentative de sa femme afin d’intercéder auprès de Louis XVIII, le destin de La Bédoyère semble devoir s’achever d’une façon irrémédiable….Jugé par un conseil de guerre 5 jours auparavant, il est fusillé en fin de journée le 19 août 1815 à la Barrière des Ministres par un peloton dont il commanda lui-même le feu…

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Tombe de La Bédoyère au cimetière du Père-Lachaise. Wikipedia

Le 22 août 1815, son corps est transféré au cimetière du Père-Lachaise où il repose depuis.
Son fils Georges le rejoindra en 1867 et Georgine de Chastellux en 1871.

Bernard Brochet

À Sainte-Hélène c’est par Gourgaud, qui l’avait lu dans les journaux reçus, que Napoléon apprend la mort de Charles de La Bédoyère. C’était le 7 décembre 1815 : jour où est fusillé le maréchal Ney, avenue de l’Observatoire.

« Le Colonel de La Bédoyère était animé des plus nobles sentiments ; il avait été aide de camp du maréchal-duc de Montebello et du vice-roi d’Italie. Jeune homme de trente ans, il avait été élevé dès sa plus tendre enfance aux cris de « Vive l’Empereur ! » et était enivré de la gloire de la France. La conduite des Bourbons, leur asservissement à l’étranger, le déshonneur dont ils couvraient la nation, avaient révolté tous les sentiments de son âme, et, quoique sa famille, une des anciennes familles de Bretagne, fût attachée à la cour des Bourbons, il resta constamment en opposition, frémissant de l’avilissement de la France, et il appelait de tous ses souhaits, à grands cris, celui que la France voulait et que les étrangers redoutaient tant. Napoléon le reçut et le loua de son généreux dévouement, il y avait du courage, car il était le premier qui se ralliait à l’empereur, et il l’avait fait hardiment, au milieu de la place de Grenoble. Il n’y avait dans cet acte aucun sentiment personnel, aucune vue d ‘ambition, même aucun sentiment d’amour-propre. »

— Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène

Dans son testament, en date du 15 avril 1815, l’Empereur léguait 100 000 francs aux enfants de La Bédoyère. Dans son codicille (daté du 24 avril 1821) il ajoutait la somme de 50 000 francs aux mêmes.

Saint Napoléon

15 août nbb
Après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte impose de nouveau le 15 août comme fête nationale en hommage à son grand oncle et comme ciment unificateur du Second Empire.

Ce 15 août est traditionnellement  la fête nationale choisie par l’Empereur pour laquelle cette date est, jour de son anniversaire et de la signature du Concordat, symbole d’un retour à l’ordre civil et religieux. Ce jour devint la saint Napoléon, du nom d’un obscur martyr du IVsiècle, Santo Neopolis (ou Neapolis), exhumé fort opportunément par le cardinal Légat Giovanni Battista Caprara à la grande satisfaction de l’empereur. La Saint Napoléon et la religion impériale (tel est le titre d’un article très complet écrit par

saint+napoleonEpitre de Saint-Napoléon 🙁Épître selon saint Napoléon – Éditeur : impr. de Moronval (Paris)Date d’édition : 1815

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Mes rêveries, ou Souvenirs d’un Belge ci-devant capitaine en France

PAR Auguste DURIEU – PARIS,CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS. 1824.

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Je vous laisse le loisir de glisser sur ces mots d’un noble Capitaine qui, entourés de proses et de vers, charment l’esprit  et nous élève vers ces corps éthérés dont les mystères nous sont encore cachés d’obscures métaphores ! Si vous possédez le code qui nous permet d’approcher de la substantifique moelle désirée, n’hésitez-pas à m’écrire car cette langue d’oiseau m’est jusqu’à présent inconnue et ce texte recèle bien des mystères qu’il est à résoudre… Dans l’attente de vous lire ! Jacques JANSSENS


Patriae omnia vincit amor.


Tel qu’au miroir des eaux notre œil voit retracés
Les nuages en bas, les arbres renversés,
Ainsi dans le sommeil l’âme préoccupée
Obéit aux objets dont elle fut frappée ;
Ainsi la nuit du jour retrace le tableau,
Ainsi de nos pensées nos rêves sont l’écho :
Des songes toutefois la peinture bizarre
Souvent brouille, détruit, ou confond, ou sépare.
( DELILLE, Imagination.)

 PARIS, CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS -1824 – MES RÊVERIES.

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LA PROCLAMATION « Au golfe de Juan, le 1er mars 1815

Ce document appartient à Miguel Moutoy qui m’a autorisé à le mettre à votre disposition et je l’en remercie.

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Photo : Miguel Moutoy

LE CONTEXTE HISTORIQUE

Accompagné notamment de 900 grenadiers, Napoléon débarque à Golfe Juan le 1er mars 1815. Las de sa captivité et de l’éloignement de sa femme Marie-Louise et de son fils, François-Charles-Joseph, dit Napoléon II, qui allait avoir 4 ans le 20 mars 1815, il s’enfuit de l’Ile d’Elbe où il est exilé par les Alliés tout en jouissant de la principauté. Une autre raison le pousse à regagner la France : Il est mécontent de son successeur Louis XVIII. Non seulement ce dernier ne lui verse pas sa pension annuelle de 2 millions de livres qu’il lui avait promise, mais la politique du nouveau roi, ne conduit qu’au désordre, qu’au mécontentement des paysans et celui des militaires qui sont tous tenus à l’écart par le nouveau monarque. De plus, Napoléon est persuadé que tous les Français attendent son retour… Quand lui est donné la possibilité de tromper la surveillance de son geôlier, le commandant anglais le colonel Sir Neil Campbell, chargé de surveiller l’île, Napoléon n’hésite pas un seul instant. Il embarque à bord de l’Inconstant. Le 1er mars 1815 à 13 heures, le navire entre dans le port de Golfe Juan. À 17 heures, à peine posé le pied sur le sol français, Napoléon s’adresse à l’armée.

LECTURE

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LA PROCLAMATION

« Au golfe de Juan, le 1er mars 1815,

Napoléon par la grâce de Dieu et la Constitution de l’état, Empereur des Français. Soldats, nous n’avons point été vaincus. Deux hommes sortis de nos rangs ont trahi nos lauriers, leur prince, leur bienfaiteur… »
« et la Constitution de l’état », phrase ne figurant pas dans l’affiche,  remplacée par « etc., etc., etc., » (en entête).  Voilà une première erreur qui semble signer la volonté de minimiser la légitimité de l’Empereur.
« Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui, pendant vingt-cinq ans, servirent de ralliement à tous les ennemis de la France. Arborez cette cocarde tricolore, vous la portiez dans ces grandes journées. » (4ème paragraphe de l’affiche). Sur notre document est écrit : « nos grandes journées » et non pas « ces grandes journées », formule plus pertinente. Napoléon en utilisant le « nos », ne se place pas au-dessus de ses soldats, mais au même rang que le plus simple de ses grenadiers.
« les vétérans des armées de Sambre et Meuse; du Rhin, d’Italie, d’Égypte, de l’ouest, de la Grande Armée sont humiliés; leurs honorables cicatrices sont flétries, leur succès seraient des crimes, ces braves seraient des rebelles, si, comme le prétendent les ennemis du peuple; les souverains légitimes étaient au milieu de l’ennemi. Les honneurs, les récompenses, les affections sont pour ceux qui les ont servis contre la patrie et contre nous. » (6ème paragraphe de l’affiche). Sur cette dernière, le point virgule placé, après « les ennemis du peuple », est  une erreur de ponctuation. Sur notre document manuscrit, on y voit une virgule et c’est bien sur la bonne ponctuation, puisque celle-ci apporte une précision sur ces « ennemis du peuple » que sont « les Souverains légitimes » qui  « étaient au milieu de l’ennemi ». De plus, sur l’affiche, la phrase est fausse puisqu’il ne s’agit pas des souverains légitimes qui étaient « au milieu de l’ennemi », mais « au milieu des armées étrangères ». La trahison de ces souverains légitimes n’en apparaît que plus grave…
Au 8ème paragraphe enfin : « Soldats! Venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef. Son existence ne se compose que de la vôtre, ses droits ne sont que ceux du peuple et les vôtres; son intérêt, son honneur et sa gloire ne sont autres que votre intérêt, votre honneur et votre gloire. La victoire marchera aux pas de charge, l’Aigle avec les couleurs nationales volera de clochers en clochers jusqu’aux tours de Notre-Dame : « Vous pourrez montrer avec honneur vos cicatrices » alors vous pourrez vous vanter de que vous aurez fait; vous serez les libérateurs de la patrie. » La phrase, en gras a été tronquée soit, pour ne pas rappeler les souffrances endurées par les Français, lors des nombreuses campagnes militaires napoléoniennes, soit pour ne pas trop insister sur la gloire que les Français doivent retirer de leur lutte contre la tyrannie monarchique…

Sur cette proclamation, le Comte Bertrand (1773-1844) appose sa signature en dessous de celle de Napoléon. Ce dernier s’était prononcé sur lui : « le général Bertrand était l’homme de la vertu, je n’ai rien dit de trop; sa réputation est faite. » Nommé le 16 janvier 1814, aide-major général de la garde nationale et de l’armée de Paris,  fidèle à l’Empereur, il embarque avec lui pour l’Ile d’Elbe qu’ils atteindront le 3 mai 1814. A Golfe Juan, dix mois plus tard, ce 1er mars 1815, il se tient toujours à ses côtés. Au terme des Cent Jours, le 7 août 1815, il sera à nouveau du voyage à Sainte-Hélène, s’exilant avec son maître qu’il servira avec respect et dévouement jusqu’à la mort de Napoléon le 5 mai 1821.

Proclamation Elba