Archives mensuelles : juillet 2015

Oraison funèbre de l’empereur Napoléon, par l’abbé Auzou – 1834

Un livre curieux serait “modestement”celui que je n’aurais pas encore écrit! Heureusement qu’il est des plumes d’antan qui pallie ce travers et qui me donnent envie de les découvrir; ces livres-là; de les feuilleter, d’en soutirer ces mots d’un autre temps où ces derniers étaient les armes redoutables et redoutées. Y puiser la substantifique moelle et profiter des émotions que les pages tournées suscitent en mon esprit, en soutirer les émotions qui me feront éventuellement vibrer! L’Abbé Auzou est un de ces auteur oublié qui mérite un petit hommage en publiant son ouvrage qui n’est pas trop long! Bonne lecture….Jacques JANSSENS

Oraison funèbre de l’empereur Napoléon sur BNF Gallica

Auteur : Auzou, Louis-Napoléon (1806-1881)

Date d’édition : 1834

Discours prononcé dans l’autre monde pour la réception de Napoléon Bonaparte, le 28 juin 1821

Napoléon Bonaparte
Napoléon Bonaparte

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61216486/f1.textePage.langFR

Le discours qui suit a été prononcé le 28/06/1821, l’entièreté du discours se trouve sur le lien de la Bibliothèque Nationale de France! En ces temps de trouble où l’image de ce grand est ternie dans des articles de “presse” dignes des plus mauvais feuilletons, il est bon de rappeler la grandeur et les fondements de nos valeurs qui semblent ce jour mis en question par la lâcheté la plus barbare qui soit!  L’Europe financière a montré ses limites et ce système qui détruit les peuples ne pourra tenir sur la durée, là où nos valeurs perdureront malgré les tempêtes auxquelles nous devront faire face! Il est bon de rappeler que les citoyens européens ne souhaitent pas participer à cette mascarade des banquiers et les dettes des états ne peuvent être les dettes des citoyens! Jacques JANSSENS

DISCOURS PRONONCÉ DANS L’AUTRE MONDE POUR LA RÉCEPTION DE NAPOLÉON BONAPARTE, LE 5 MAI 1821 , PAR LOUIS FONTANES,Ex-Comte de l’Empire , ex-Président du Corps Législatif, ex-Sénateur, ex-Grand-Maître de l’Université impériale, ex – Grand – Officier de la Légion d’Honneur, etc. Pour servir de supplément aux Discours prononcés à l’Académie Française, le 28 juin 1821, par MM. VILLEMAIN et ROGER , en l’honneur de M. LE MARQUIS DE FONTANES, Pair de France, ex-Grand-Maître de l’Université royale, Membre du conseil privé, Grand-Cordon de l’Ordre royal de la Légion d’Honneur.

A PARIS, CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS». JUILLET 1021,

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DISCOURS.

M. DE FONTANES, appelé à raconter aux habitants de l’autre monde ce qu’il avait dit autrefois de NAPOLÉON BONAPARTE, est venu à sa rencontre le 5 mai 1821, et, le Moniteur à la main, a prononcé le discours qui suit :

MESSIEURS,

MA voix est trop faible sans doute pour se faire entendre au milieu d’une solennité si imposante et si nouvelle pour moi. Mais du moins cette voix est pure ; et comme elle n’a jamais flatté aucune espèce de tyrannie, elle ne s’est pas rendue indigne de célébrer un moment l’héroïsme et la vertu. Il est des hommes prodigieux qui apparaissent d’intervalle en intervalle sur la scène du monde avec le caractère de la grandeur et de la domination. Une cause inconnue et supérieure les envoie, quand il en est temps, pour fonder le berceau ou pour réparer les ruines des Empires. C’est en vain que ces hommes désignés d’avance se tiennent à l’écart ou se confondent dans la foule : la main de la fortune les soulève tout à coup, et les porte rapidement d’obstacle en obstacle et de triomphe en triomphe jusqu’au sommet de la puissance. Une sorte d’inspiration naturelle anime toutes leurs pensées : un mouvement irrésistible est donné à toutes leurs entreprises. La multitude les cherche encore au milieu d’elle, et ne les trouve plus ; elle lève les yeux en haut, et voit, dans une sphère éclatante de gloire et de lumière, celui qui ne semblait qu’un téméraire aux yeux de l’ignorance et de l’envie . Il faut ordinairement qu’à la suite des grandes crises politiques survienne un personnage extraordinaire qui, par le seul ascendant de sa gloire, comprime l’audace de tous les partis, et ramène l’ordre au sein de la confusion. Il faut, si j’ose le dire, qu’il ressemble à ce dieu de la fable, à ce souverain des vents et des mers, qui, lorsqu’il élevait son front sur les flots , tenait en silence toutes les tempêtes soulevées. Du fond de L’Égypte un homme revient seul avec sa fortune et son génie. Il débarque, et tout est changé. Dès que son nom est à la tête des conseils et des armées, cette monarchie couverte de ses ruines en sort plus glorieuse et plus redoutable que jamais; et voilà comme la vie d’un seul homme est le salut de tous.La première place était vacante, le plus digne a dû la remplir ; en y montant il n’a détrôné que l’anarchie. O Washington!… celui qui jeune encore te surpassa dans les batailles fermera comme toi de ses  mains triomphantes les blessures de la patrie. Déjà les opprimés oublient leurs maux en se confiant à l’avenir, et les acclamations de tous les siècles accompagnent le héros qui donne ce bienfait à la France et au monde qu’elle ébranle depuis longtemps. Tel est le privilège des grands caractères; ils semblent si peu appartenir aux âges modernes, qu’ils impriment, dès leur vivant même, je ne sais quoi d’auguste et d’antique à tout ce qu’ils osent exécuter. Un tel caractère est digne des plus beaux jours de l’antiquité. On doute, en rassemblant les traits qui le composent, qu’il ait paru dans notre siècle . L’homme devant qui l’univers se tait, est aussi l’homme en qui l’univers se confie. Il est à la fois la terreur et l’espérance des peuples; il n’est pas venu pour détruire, mais pour réparer. Au milieu de tant d’états où la vigueur manquait à tous les conseils et la prévoyance à tous les desseins, il a montré tout à coup ce que peut un grand caractère; il a rendu à l’histoire moderne l’intérêt de l’histoire ancienne , et ces spectacles extraordinaires que notre faiblesse ne pouvait plus concevoir. Dès que les sages le virent paraître sur la scène du Monde , ils reconnurent en lui tous les signes de la domination , et prévirent que son nom marquerait une nouvelle époque de la société. Ils se gardèrent bien d’attribuer à la seule fortune cette élévation préparée par tant de victoires, et soutenue par une si haute politique. La fortune est d’ordinaire plus capricieuse; elle n’obéit si longtemps qu’aux génies supérieurs. Qui ne reconnaît l’ascendant de celui qui nous gouverne ? Puissent les exemples qu’il donne à l’Europe n’être pas perdus, et que tout ce qu’il y a de gouvernements éclairés sur leurs véritables intérêts se réunisse autour du sien, comme autour du centre nécessaire à l’équilibre et au repos général!

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apotheeosePACIFICATEUR DU MONDE, un Empire immense repose sous l’abri de votre puissante administration. La sage uniformité de vos mesures, (ici l’orateur se reprend) la sage uniformité de vos lois  en va réunir de plus en plus tous les habitants. Le Corps Législatif veut consacrer cette époque mémorable ; il a décrété que votre statue, placée au milieu de la salle de ses délibérations, lui rappellerait éternellement vos bienfaits, les devoirs et les espérances du peuple français. Le double droit de conquérant et de législateur a toujours fait taire tous les autres ; vous l’avez vu confirmé dans votre personne par le suffrage national. Dans cette enceinte si quelques avis différent, toutes les intentions se ressemblent. J’ose ajouter que cette différence d’opinions, sagement manifestée, est quelquefois le plus bel hommage que l’on puisse rendre au pouvoir monarchique. Elle prouve que la liberté, loin de se cacher devant vous, se montre avec confiance et qu’elle a cessé d’être dangereuse. Des esclaves tremblants, des nations enchaînées ne s’humilient point aux pieds de cette statue, mais une nation généreuse y voit avec plaisir les traits de son libérateur. Périssent les monuments élevés par l’orgueil et la flatterie ! mais que la reconnaissance honore toujours ceux qui sont le prix de l’héroïsme et des bienfaits. Victorieux dans trois parties du monde, pacificateur de l’Europe , législateur de la France , des trônes donnés, des provinces ajoutées à l’Empire, est-ce assez de tant de gloire pour mériter à la fois , et ce titre auguste d’Empereur des Français , et ce monument érigé dans le temple des lois. (Ici l’orateur emprunte les paroles de M. Vaublanc.).

Les trophées guerriers, les arcs de triomphe, en conservant des souvenirs glorieux, rappellent les malheurs des peuples vaincus; mais dans cette solennité d’un genre nouveau tout est consolant, tout est paisible, tout est digne du lieu qui nous rassemble. L’image du vainqueur de L’Égypte et de l’Italie est sous nos regards, mais elle ne paraît point environnée des attributs de la force et de la victoire. Malheur à celui qui voudrait affaiblir l’admiration et la reconnaissance que méritent les vertus militaires ! loin de moi une telle pensée ! Pourrais-je la concevoir devant cette statue? Mais le législateur est venu, et nous n’avons respiré que sous son Empire.

Que d’autres vantent ces hauts faits d’armes ; que toutes les voix de la renommée se fatiguent à dénombrer ses conquêtes ! je ne veux célébrer aujourd’hui que les travaux de sa sagesse. Son plus beau triomphe dans la postérité sera d’avoir défendu, contre toutes les révoltes de l’esprit humain, le système social prêt à se dissoudre. (L’orateur est interrompu par les applaudissements de l’assemblée).

Mais sitôt que votre main a relevé les signaux de la patrie , tous les bons Français les ont reconnus et suivis; tous ont passé du côté de votre gloire. Ceux qui conspirèrent au sein d’une terre ennemie, renoncèrent irrévocablement à la terre natale ; et que pouvaient-ils opposer à votre ascendant ? Vous aviez des armées invincibles; ils n’eurent que des libelles et des assassins, et tandis que toutes les voix de la religion s’élevèrent en votre faveur au pied de ces autels que vous avez relevés, ils vous ont fait outrager par quelques organes obscurs de la révolte et de la superstition. L’impuissance de leurs complots est prouvée. Ils rendent tous les jours la destinée plus rigoureuse en luttant contre ses décrets. Qu’ils cèdent enfin à ce mouvement irrésistible qui emporte l’univers, et qu’ils méditent en silence sur les causes de la ruine et de l’élévation des Empires.

Telle, sur un moindre théâtre , parut autrefois cette race de grands hommes qui eut l’honneur de donner son nom au troisième siècle des arts, et qui, produisant tout à coup d’illustres amis des lettres , d’habiles politiques, de grands capitaines , prit une place glorieuse entre les maisons souveraines de l’Europe. L’un des princes de cette famille obtint le titre d’invincible, un autre fut appelé le Père des muses , un autre enfin mérita le nom de Père du peuple, et de Libérateur de la patrie. Tous ces titres deviendront héréditaires dans les successeurs du héros qui nous gouverne. Il leur transmettra ses leçons et ses exemples. Les années, sous son règne, ont été plus fécondes en grands événements glorieux que les siècles sous d’autres dynasties ! Le monde se crut revenu à un temps où, comme l’a dit le plus brillant et le plus profond des écrivains politiques, la marche du vainqueur était si rapide, que l’univers semblait plutôt le prix de la course que celui de la victoire (Montesquieu, Esprit des Lois, chap. d’Alexandre. ).

Déjà les plus anciennes maisons souveraines brillent d’un nouvel éclat en se rapprochant des rayons de votre couronne. Le repos du continent est le fruit de vos conquêtes. Le Corps Législatif peut donc applaudir sans regret la gloire militaire ; il aime à louer surtout ce DÉSIR D’ÉPARGNER LE SANG DES HOMMES; que vous avez si souvent manifesté, jusque dans la première ivresse du triomphe. C’est la victoire la moins sanglante qui est la plus honorable à vos yeux!! C’est à ces traits qu’on reconnaît un monarque digne de régner sur le peuple français. Il ne suffit pas à VOTRE MAJESTÉ de l’avoir rendu le plus puissant de tous les peuples, elle veut encore qu’il soit le plus heureux : qu’on redise partout qu’une si noble ambition vous occupe sans cesse , et que pour la satisfaire vos jours sont aussi remplis dans vos palais que dans vos camps. SIRE , toutes vos pensées sont empreintes de ce caractère qui seul attire la vénération et l’amour. Après avoir fait et défait les rois, vous avez vengé leurs tombeaux. Le lieu qui fut le berceau de la France chrétienne voit se relever le temple célèbre où depuis douze siècles la mort confondit les cendres de trois races royales dont TOUTES LES GRANDEURS ÉGALAIENT A PEINE LA VÔTRE.

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napoléon pacificateurNAPOLÉON n’a jamais VOULU QUE LA PAIX DU MONDE : il a toujours présenté la branche d’olivier à ses provocateurs qui l’ont forcé d’accumuler les lauriers. Nous engageons les lecteurs curieux de connaître quelques paroles remarquables de dignes prélats, d’hommes de tous les côtés, à recourir à l’écrit le plus piquant , qui ait paru depuis la chute de l’affamé conquérant qui voulait avaler la terre. (BEAUMARCHAIS, Mariage de Figaro). Il a voulu, il VEUT ENCORE LA PAIX ; il la demanda au moment de vaincre ; il l’a redemande après avoir vaincu. Quoique tous les champs de bataille qu’il a parcourus dans trois parties du monde, aient été les théâtres constants de sa gloire, il a toujours GÉMI des désastres de la guerre. C’est parce qu’il en connaît tous les fléaux, qu’il a soin de les porter loin de nous. Cette grande vue de son génie militaire est un grand bienfait. Il faut payer la guerre avec les subsides étrangers, pour ne pas trop aggraver les charges nationales. Il fait vivre chez l’ennemi, pour ne point affamer le peuple qu’on gouverne . Ni les trophées accumulés autour de lui, ni l’éclat de vingt sceptres qu’il tient d’un bras si ferme, et que n’a point réunis Charlemagne lui-même, ne peuvent détourner ses pensées du bonheur de son peuple. Le premier des capitaines a donc vu quelque chose de plus héroïque et de plus élevé que la victoire! C’était assez pour le premier des héros, ce n’était pas assez pour le premier des Rois ! Il lui fut donné de retrouver l’ordre social sous les débris d’un vaste empire, et de rétablir la fortune de l’état au milieu des ravages de la guerre. Nos yeux ont vu les plus grandes choses. Quelques années ont suffit pour renouveler la face du Monde. Un homme a parcouru l’Europe en ôtant et donnant les diadèmes. Il déplace, il renverse , il étend à son choix les frontières des Empires, tout est entraîné par son ascendant. Eh bien ! cet homme, couvert de tant de gloire, nous promet plus encore ; paisible et désarmé, il a prouvé que cette force invincible , qui renverse en courant les trônes et les empires, est au-dessous de cette sagesse vraiment royale qui les conserve par la paix.

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SIRE , tous nos coeurs se sont émus aux témoignages de votre affection pour les Français ; et les paroles bienfaisantes que vous avez fait entendre du haut du trône , ont déjà réjoui les hameaux.  Un jour on dira, et ce sera le plus beau trait d’une histoire si merveilleuse , on dira que la destinée du pauvre occupait celui qui fait la destinée de tant de rois. Nous jurons, SIRE, de ne jamais démentir ces sentiments que vous approuvez, devant ce trône affermi sur tant de trophées et qui domine l’Europe entière. Et comment, n’accueilleriez -vous pas ce langage aussi éloigné de la servitude, qu’il le fût de l’anarchie. Quand vous immolez votre propre bonheur, celui du peuple occupe seul toute votre âme. Elle s’est émue à l’aspect de la grande famille (c’est ainsi que vous nommez la France), et quoique sûr de tous les dévouements , vous offrez la paix à la tête d’un million de guerriers invincibles… Vous partez, et je ne sais quelle crainte, inspirée par l’amour et tempérée par l’espérance, a troublé toutes les âmes. Nous savons bien pourtant que partout où vous êtes, vous transportez avec vous la fortune et la victoire : la patrie vous accompagne de ses regrets et de ses voeux ; elle vous recommande à ses braves enfants qui forment vos légions fidèles. Ses voeux seront exaucés ; tous vos soldats lui jurent sur leurs épées de veiller autour d’une tête si chère et si glorieuse où reposent tant de destinées. SIRE, la main qui vous conduit de merveille en merveille au sommet des grandeurs humaines, n’abandonnera ni la France, ni l’Europe , qui, si long-temps encore, ont besoin de vous. Vous partez, et le plus brave de tous les peuples est tenté de se plaindre qu’il a trop de gloire en songeant qu’il reste séparé du monarque dont cette gloire est l’ouvrage. Malheur au souverain qui n’est grand qu’à la tête des armées ! Heureux celui qui sait gouverner comme il sait vaincre ! C’est lui qui rouvrit les temples de la religion désolée , et qui sauva la morale et les lois d’une ruine presque inévitable. En un mot, il a plus fondé qu’on n’avait détruit. Voilà ce qui recommande éternellement sa mémoire. De tous les coeurs sortira sans efforts le plus bel éloge du grand homme, auteur de tant de biens. N’en doutons point, grâce à tout ce qu’il a entrepris pour la félicité nationale, sa renommée de conquérant ne sera, dans l’avenir, que la plus faible partie de sa gloire. (L’assemblée renouvelle ses applaudissements. )

Autrefois, après quelques années de guerre, l’épuisement du trésor contraignait le vainqueur lui-même à demander la paix. Aujourd’hui l’entretien de tant d’armées n’a point interrompu l’amélioration successive des finances. Enfin la guerre a, dans tous les temps, affaibli la force des lois et de la police. Aujourd’hui la police , la plus sage et la plus vigilante, maintient la sûreté publique. On voit disparaître avec le fléau de la mendicité, tous les fléaux et tous les désordres qu’il traîne à sa suite. On dirait que ce peuple, si terrible au dehors, ne s’occupe, au-dedans, qu’à préparer le siècle de la paix, des arts et des fêtes. La France a montré tout ce qu’elle peut sous la main toute puissante qui la précipite ou la modère à son gré . Et l’honneur français ! que de prodiges on peut faire avec ce seul mot ! L’honneur français dirigé par un grand homme est un assez puissant ressort pour changer la face de l’univers! (applaudissements).

Que peut ajouter ma voix à l’émotion générale? Comment exprimer tout ce qu’on éprouve de grand et de doux au milieu de cette imposante cérémonie? Ils ne sont plus ces temps où les maîtres du monde s’arrogeaient seuls l’honneur des triomphes payés par les travaux et quelquefois par la vie de leurs sujets. Un grand prince appelle aujourd’hui son peuple au partage de sa gloire ; et quel prince a plus que lui le droit de croire qu’il entraîne seul la fortune à sa suite ? Mais sûr de sa grandeur personnelle, il ne craint point de la communiquer ; il n’ignore pas que le monarque accroît les honneurs de son trône de tous ceux qu’il accorde à sa nation. Mais sur le champ de bataille, sa première pensée est pour nous. C’est Alexandre qui part de la Macédoine avec son génie et l’espérance, et qui, dès sa première victoire au-delà du Granique , envoie les dépouilles des nations vaincues au temple des dieux de sa patrie.

Ces drapeaux furent conquis sur un peuple égaré par les factions. Non, ce n’est point ce héros que l’Espagnol devait craindre. Ses armes ne le soumettront que pour le sauver. On a souvent nommés les rois d’ILLUSTRES INGRATS. On a dit, non sans quelque raison, qu’ils mettaient trop tôt en oubli le dévouement de leurs sujets, près du trône il était plus utile de flatter que de servir. Combien le maître à qui nous sommes attachés mérite peu ce reproche ! Du haut point d’élévation qu’il occupe, il jette un regard équitable sur les talents qui sont au-dessous de lui ; car il est trop élevé au dessus d’eux tous pour ne pas les juger tous avec impartialité. Ses bienfaits préviennent à chaque instant ses serviteurs de toutes les classes.

Transportons-nous par la pensée dans l’avenir. Voyons ce héros, comme la postérité doit le voir un jour, à travers les nuages du temps. C’est alors que sa grandeur paraîtra, pour ainsi dire, fabuleuse ; mais trop de monuments attesteront les merveilles de sa vie pour que le doute soit permis. Si nos descendants veulent savoir quel est celui qui, seul, depuis l’Empire romain réunit l’Italie dans un seul corps, l’histoire leur dira : C’est NAPOLÉON. S’ils demandent quel est celui qui, vers la même époque, dissipa les hordes Arabes et Musulmanes au pied des Pyramides et sur les bords du Jourdain ? l’histoire leur dira : C’est NAPOLÉON. Mais d’autres surprises les attendent. Ils apprendront qu’un homme, en quelque sorte désigné d’en haut, partit du fond de l’Égypte au moment où toutes les voix de la France l’appelaient à leur secours, et qu’il y vint rétablir lés lois, la religion et l’ordre social menacés d’une ruine prochaine; cet homme est encore NAPOLÉON. Ils verront dans dix années trente états changeant de forme, des trônes fondés, des trônes détruits, Vienne deux fois conquise, et les successeurs du grand Frédéric perdant la moitié de leur héritage. Ils croiront que tant de révolutions, de victoires, sont l’ouvrage de plusieurs conquérants !

L’histoire, appuyée sur le témoignage unanime des contemporains, dissipera toutes les méprises ; elle montrera toujours le même NAPOLÉON fondant de l’Autriche sur la Prusse ; poussant sa marche victorieuse jusqu’aux dernières limites de la Pologne , s’élançant tout à coup du fond de la Sarmatie vers ces monts qui séparent la France des Espagnols , et triomphant près de ces régions où l’antiquité plaçait les bornes du monde. Et cependant les prodiges ne seront pas épuisés! il faudra peindre tous les arts rappelant à Paris la magnificence de Rome antique, car il est juste que la ville où réside un si grand homme devienne aussi la ville éternelle !

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napoléon

L’EMPEREUR A DÉSIRÉ LA PAIX , et dès que l’espérance d’une négociation a paru possible, il s’est empressé de la saisir. Mais ce n’est plus aux Rois comme eux que les alliés développent leurs griefs, et qu’ils envoient leurs manifestes; c’est aux peuples qu’ils les adressent. Et par quel motif adopte-t-on cette marche si nouvelle? Cet exemple ne peut-il pas être funeste ? Faut-il le donner surtout à cette époque où les esprits, travaillés de toutes les maladies de l’orgueil, ont tant de peine à fléchir sous l’autorité QUI LES PROTÈGE , en RÉPRIMANT leur audace ? Et contre qui cette attaque indirecte est-elle dirigée ! Contre le grand homme qui mérita la reconnaissance de tous les rois ; car, en établissant le trône de la France, il a fermé le foyer de ce volcan qui les menaçait tous. Ce n’est point ici qu’on outragera les gouvernements qui se permettraient même de nous outrager ; mais il est permis d’apprécier à leur juste valeur ces reproches si anciens et si connus, prodigués à toutes les puissances qui ont joué un grand rôle depuis Charles-Quint jusqu’à Louis XIV, et depuis Louis XIV jusqu’à I’EMPEREUR. Ce système d’ENVAHISSEMENT, de PRÉPONDÉRANCE, de MONARCHIE UNIVERSELLE , fut toujours un cri de ralliement pour toutes les coalitions ; et du sein même de ces coalitions étonnées de leur imprudence, s’éleva souvent une puissance plus ambitieuse que celle dont on dénonçait l’ambition. L’EMPEREUR voulut LA PAIX ; il voulut l’acheter par des sacrifices où sa grande âme semblait négliger sa gloire personnelle, pour ne s’occuper que des besoins de la nation. Quand on jette les yeux sur cette coalition formée d’éléments qui se repoussent; quand on voit le mélange fortuit et bizarre de tant de peuples que la nature a faits rivaux ; quand on songe que plusieurs, par des alliances peu réfléchies, s’exposent à des dangers qui ne sont point une chimère, on ne peut croire qu’un pareil assemblage d’intérêts si divers ait une longue durée. On a dit depuis long-temps aux orateurs, qu’il n’y avait rien de plus grand que ses actions simplement racontées. On doit ajouter qu’il n’y a rien de plus éloquent que ses paroles. C’est en les répétant avec fidélité qu’on peut le montrer dans toute sa gloire. Combien nous étions émus en l’écoutant la dernière fois, quand il désirait de vivre trente ans pour servir trente ans ses sujets! » Jamais parole plus royale n’est sortie du coeur d’un grand roi. Heureux le prince qui connaît si bien ses devoirs et sa dignité, et les exprime avec tant de noblesse. Quel français ne formait le même voeu que le sien? Oui, qu’il vive trente ans, disions-nous, qu’il vive plus encore ! Une vie si précieuse ne peut trop se prolonger; et puisque tous les prodiges semblent réservés à lui seul, espérons qu’un règne si mémorable surpassera tous les autres par la durée, COMME IL LES SURPASSE TOUS PAR LA PUISSANCE ET LA GRANDEUR.

(Les applaudissements se renouvellent de toutes parts) . L’orateur ému ne peut continuer…

aigle et papillon

Le Bleuet de France Bientôt un siècle de solidarité

bleuet de France

Site  : http://www.bleuetdefrance.fr/ewb_pages/h/histoire-oeuvre-et-de-la-fleur.php

Facebook : https://www.facebook.com/BleuetdeFrance?fref=ts

 

Charlotte Malterre

La Première Guerre mondiale crée une rupture historique par sa violence, sa durée et sa dimension internationale, elle marque la fin d’une époque.

 

Pour faire face aux drames humains engendrés par ce conflit, l’Etat décide de créer l’Office national des mutilés et réformés de la guerre, dès 1916, puis l’Office national des pupilles de la Nation et enfin l’Office national du combattant pour prendre en charge les réparations, la rééducation professionnelle et la solidarité en faveur des victimes de guerre et des anciens combattants. Ces administrations spécifiques se développent en partenariat avec les associations du monde combattant, qui se multiplient après guerre, et s’organisent pour mieux défendre leurs droits, secourir et soutenir socialement leurs membres. Car, en 1918, la fin de la «Grande Guerre» laisse derrière elle plus de 20 millions de blessés et d’invalides dont certains, gravement mutilés, ne peuvent plus travailler. Ainsi, dans l’immédiate après-guerre, toutes les énergies sont mobilisées par la reconstruction qu’elle soit économique, humaine ou matérielle et, outre les dispositifs mis en place par l’Etat, naissent des initiatives de solidarité privées ou associatives de toutes sortes.
Charlotte Malterre.
C’est dans ce contexte que le Bleuet de France voit le jour.
L’histoire de la création du Bleuet de France débute, au sortir de la Première Guerre mondiale, à l’Institution Nationale des Invalides. Aux origines du Bleuet de France, deux femmes de leur temps à l’écoute des souffrances de leurs contemporains : Charlotte Malleterre (fille du commandant de l’Hôtel national des Invalides) et Suzanne Leenhardt, toutes deux infirmières au sein de l’Institution et qui souhaitaient venir en aide aux mutilés de la Première Guerre en créant dès 1925 un atelier pour les pensionnaires des Invalides dans lequel ils confectionnaient des fleurs de  Bleuet en tissu pour  reprendre goût à la vie et subvenir en partie à leurs besoins par la vente de ces fleurs.

Cette fleur sauvage est choisie pour incarner le symbole national du Souvenir mais pourquoi ? Plusieurs hypothèses existent :

  •  Ce serait un héritage des tranchées, un souvenir de ces jeunes nouveaux soldats arrivés dans leurs uniformes bleu horizon et baptisés « bleuets » par leurs aînés Poilus,
  • Une fleur des champs dans le chaos des hommes puisque le bleuet, malgré l’horreur des tranchées a continué de pousser sur les champs de bataille,
  • En hommage au bleu, couleur de la Nation, première couleur du drapeau tricolore.
Bientôt cette initiative se développe et prend une dimension nationale : la Nation veut témoigner de sa reconnaissance et venir en aide à ces hommes qui ont sacrifié leur jeunesse à défendre la France.
collecteur invalide.
 C’est pourquoi, il est décidé à l’occasion du 11 novembre 1934, de vendre, pour la première fois, les fleurs de bleuet fabriquées par les anciens combattants sur la voie publique dans la capitale : 128 000 fleurs seront vendues !
C’est une vraie réussite suivie d’une véritable reconnaissance car dès 1935, l’Etat décide de la vente officielle du Bleuet chaque 11 novembre partout en France. Après la seconde Guerre mondiale, en 1957, l’Etat décide de créer un deuxième jour de collecte chaque 8 mai.
Puis, en 1991 l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONACVG) décide de prendre en charge la gestion de l’Œuvre qui malheureusement périclitait depuis quelques années.
D’un atelier artisanal de confection de fleurs est née une oeuvre caritative unique en son genre qui a traversé le XXème siècle avec un objectif constant : soutenir les anciens combattants et victimes de guerre.
Aujourd’hui, à l’amorce d’un nouveau siècle, la vocation du Bleuet de France perdure et l’Œuvre agit sur de nouveaux fronts en favorisant, aux côtés des actions sociales traditionnelles, la transmission de la mémoire comme véritable vecteur de solidarité entre les générations. Héritier d’une tradition de soutien aux victimes des conflits du XXème siècle, le Bleuet est aujourd’hui une manière de préparer un avenir solidaire pour tous.

bleuetL’histoire de la création du Bleuet de France débute à Paris, au sein de l’Institution Nationale des Invalides où deux femmes de leur temps à l’écoute des souffrances de leurs contemporains, Charlotte Malleterre (fille du commandant de l’Hôtel National des Invalides) et Suzanne Leenhardt, infirmières au sein de l’Institution, souhaitent venir en aide aux mutilés de la Première Guerre. Elles créent alors, dès 1925, un atelier pour les pensionnaires des Invalides. Ils y confectionnent des fleurs de Bleuet en tissu pour les aider à reprendre goût au travail et à la vie et subviennent ainsi, en partie, à leurs besoins grâce au produit de la vente de ces fleurs. Bientôt cette belle initiative se développe et prend une dimension nationale : la Nation veut témoigner de sa reconnaissance et venir en aide à ses hommes qui ont sacrifié leur jeunesse à défendre la France. Le Bleuet est alors choisi pour incarner le symbole national du Souvenir, la Fleur des Morts pour la France. C’est pourquoi, il est décidé à l’occasion du 11 novembre 1934, de vendre, pour la première fois, les fleurs de bleuet fabriquées par les anciens combattants sur la voie publique à Paris : près de 128 000 fleurs seront vendues ! C’est une vraie réussite suivie d’une véritable reconnaissance car, dès 1935, l’Etat décide de la vente officielle du Bleuet chaque 11 novembre. Après la seconde Guerre mondiale, en 1957, l’Etat crée un deuxième jour de collecte chaque 8 mai. Aujourd’hui encore, à l’occasion de ces deux journées commémoratives, l’ONBF organise des collectes sur la voie publique dans toute la France grâce à son réseau de 20.000 bénévoles.  Le Bleuet de France est la seule oeuvre à agir concrètement pour aider des milliers de ressortissants de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG) qui rencontrent des difficultés. Les fonds collectés permettent ainsi de contribuer au maintien à domicile des anciens combattants et de leurs veuves, de participer au financement des études des pupilles de la Nation, mais encore de soutenir des militaires gravement blessés en opérations extérieures ou d’accompagner les familles endeuillées de nos soldats. Le Bleuet de France avec l’ONACVG, est aussi l’un des acteurs majeurs de la politique de transmission de la mémoire et des valeurs républicaines aux jeunes générations. Ce soutien se concrétise par le financement sur le plan national ou local de centaines de projets mémoriaux. Plus que jamais, le Bleuet de France a besoin de votre appui pour promouvoir ses valeurs de mémoire et de solidarité.

C’est le cas avec le nouveau concours scolaire national de bande dessinée de l’ONACVG pour le 70ème anniversaire de la libération de la France et de la victoire sur le nazisme

Lancé en Bourgogne et en Franche-Comté, en 2011, ce concours de Bande Dessinée devient à l’occasion du 70ème anniversaire un concours national qui s’adressera aux collèges et lycées de toute la France. Pour la rentrée scolaire 2014-2015, le thème portera sur la Libération/les libérateurs, afin que des milliers de jeunes puissent participer, réfléchir et se souvenir… autrement.

 

  • 2015 58ème anniversaire des collectes
    organisées le 8 mai

 

  • 1918 Confection des premiers Bleuets en tissu par les
    pensionnaires des Invalides
  • 1934 (octobre) L’association Bleuet de France est créée
    offi ciellement et reconnue d’utilité publique
  • 1934 (11 novembre) A Paris, première autorisation de vente
    du Bleuet sur la voie publique
  • 1935 Les collectes sont étendues à toute la France
  • 1957 Le 8 mai devient second jour de collecte
  • 1991 L’association Bleuet de France se dissout et donne
    naissance à l’OEuvre Nationale du Bleuet de France désormais
    gérée par l’ONACVG
  • 1999 Inauguration du rond-point du Bleuet de France
    sur le terre-plein des Invalides
  • 2001 Création du label Bleuet de France pour les maisons
    de retraite
  • 2006 Première campagne télévisée d’appel au don
    du Bleuet de France
  • 2008 Ouverture du premier site internet du Bleuet de France
    www.bleuetdefrance.fr
  • 2010 Création d’une boutique en ligne de produits estampillés
    Bleuet de France
  • 2011 Nouveau slogan du Bleuet de France
    “ Aidons ceux qui restent ! ”
  • 2012 Le Bleuet de France est sur Facebook
    www.facebook.com/BleuetdeFrance
  • 2014 80ème anniversaire de la première
    collecte de dons dans la rue

WAVRE 2015 – la dernière “bataille”…

Pour ceux et celles qui n’iront pas aux reconstitutions de Wavre de ce week-end, vous pouvez suivre sur les cartes du  site http://www.junibis.be/maps la dernière “bataille”… et la retraite “honarable” du Maréchal Grouchy…. qui n’était lui-même pas bien secondé comme en témoigne le général Fantin Des Odoards :  “Parvenus à Wavre, ville sur la Dyle, nous les y trouvâmes en position et aussitôt on en vint aux mains. Au lieu de passer la Dyle au-dessus ou au dessous de Wavre, où elle est guéable en maint endroit, le général Vandamme, chargé de la franchir pour débusquer l’ennemi, voulut, dans la ville même, emporter un pont soigneusement barricadé et protégé par des milliers de tirailleurs postés dans les maisons de l’autre rive. Il fallait tourner cette forte position; mais ce général s’entêta à l’aborder de front avec des masses qui, engagées dans une longue rue perpendiculaire au pont, recevaient tout le feu des Prussiens sans pouvoir utiliser le leur. Nous perdîmes là beaucoup de monde infructueusement.”  (suite plus bas…). Le livre : Journal du général Fantin Des Odoards, étapes d’un officier de la Grande Armée, 1800-183

Wavre Wavre 1815/06/18 12:00
Corroy le grand Corroy-le-Grand 1815/06/19 22:00
Gembloux Gembloux 1815/06/20 06:00
Namur Namur 1815/06/20 15:00

Titre : Journal du général Fantin Des Odoards, étapes d’un officier de la Grande Armée, 1800-1830 – Auteur : Fantin des Odoards, Louis Florimond (1778-1866) – Éditeur : E. Plon, Nourrit et Cie (Paris) – Date d’édition : 1895

…Je continue le récit commencé hier.

Le feld-maréchal Blücher, si maltraité la veille, était en pleine retraite, immédiatement après la revue passée à la hâte par l’Empereur, les 3me et 4me corps, la division Teste du 6me corps et la cavalerie Excelmans et Pajol eurent ordre de suivre les Prussiens, tandis qu’avec le gros de l’armée S. M. marchait elle-même vers la gauche pour en finir avec Wellington. De cette séparation ont résulté nos désastres. Le maréchal Grouchy, qui avait le commandement de cette aile droite, laquelle était forte de 32 mille hommes et de plus de 100 bouches à feu, mit une telle lenteur dans son mouvement, qui demandait une grande célérité, qu’à Gembloux, petite ville belge, à 2 lieues [ca. 9 km] seulement du champ de bataille de la veille, il fallut s’arrêter parce qu’on avait perdu les traces de l’armée prussienne, et qu’on ne savait si elle se dirigeait sur Bruxelles ou sur Liège. On bivouaqua en avant de Gembloux, dont la population nous accueillit au son de toutes ses cloches, et aux cris de vive l’Empereur! ce qui, par parenthèse, n’empêcha pas nos pillards d’y commettre mille désordres.

Dans la nuit, des renseignements certains ayant enfin appris que c’était vers Bruxelles qu’avaient marché les Prussiens, nous primes cette direction au point du jour. Parvenus à Wavre, ville sur la Dyle, nous les y trouvâmes en position et aussitôt on en vint aux mains. Au lieu de passer la Dyle au-dessus ou au dessous de Wavre, où elle est guéable en maint endroit, le général Vandamme, chargé de la franchir pour débusquer l’ennemi, voulut, dans la ville même, emporter un pont soigneusement barricadé et protégé par des milliers de tirailleurs postés dans les maisons de l’autre rive. Il fallait tourner cette forte position; mais ce général s’entêta à l’aborder de front avec des masses qui, engagées dans une longue rue perpendiculaire au pont, recevaient tout le feu des Prussiens sans pouvoir utiliser le leur. Nous perdîmes là beaucoup de monde infructueusement. Le 70me régiment, le même qui avait été déconfit deux jours auparavant, ayant été chargé de déblayer le pont sous une grêle de balles, y fut mis en déroute. Ramené par son colonel, il hésitait encore quand ce brave Maury, saisissant son aigle, s’écria: « Comment, canaille, vous m’avez déshonoré avant-hier, et vous récidivez aujourd’hui! En avant. Suivez-moi! » – Son aigle à la main, il se précipite sur le pont, la charge bat, le régiment le suit; mais à peine est-il aux barricades que ce digne chef tombe mort, et le 70me fuit de plus belle, et si rapidement que sans le secours d’hommes de mon 22me l’aigle qui était à terre, au milieu du pont, à côté de mon pauvre camarade étendu sans vie, allait devenir la proie des tirailleurs ennemis qui déjà cherchaient à s’en saisir.

Sur d’autres points, nos attaques d’une rive à l’autre de la Dyle n’eurent pas plus de succès, parce qu’elles furent mal combinées, mollement exécutées et le terrain mal étudié. Vers la nuit, cependant, on parvint à passer la rivière au dessus de Wavre. Il était trop tard.

Le général Vandamme convint, le lendemain, qu’il avait commis là une faute; mais le mal était fait. Il est d’autant plus à déplorer qu’on ait aussi mal employé un temps précieux que la perte de la bataille de Waterloo n’a pas d’autre cause. Pendant que les Prussiens nous amusaient ainsi par un rideau de tirailleurs et nous tenaient en échec, leurs masses principales, favorisées par un terrain montueux et boisé qui les dérobait à nos yeux, marchaient au secours des Anglais, et leur brusque apparition sur le flanc droit de notre armée, aux prises avec Wellington, changea en une inconcevable déroute une victoire déjà certaine. Il eût encore été temps, à midi, de faire un mouvement général dans la direction de Waterloo. En opérant ainsi avec rapidité, les Prussiens, pris entre deux feux, eussent été anéantis, et la Belgique entière était à nous. Si cette manœuvre n’a pas été exécutée, ce n’est pas la faute des officiers généraux qui environnaient le maréchal Grouchy, lesquels jugeaient bien, à l’épouvantable canonnade qui retentissait comme un roulement de tonnerre non interrompu, que notre coopération était là nécessaire. A toutes leurs instances, le maréchal a constamment répondu: l’Empereur m’a donné ordre de pousser jusqu’à Wavre et d’y attendre ses instructions, et je ne bougerai pas d’ici. Comme si, à la guerre, il n’y avait pas des circonstances non prévues qui veulent un changement subit de résolution; comme si le premier devoir d’un général n’était pas de ne jamais perdre de vue l’ennemi qu’il est chargé de poursuivre. D’ailleurs n’était-il pas évident que les Prussiens ne cherchaient qu’à se réunir à leurs alliés? C’est cette jonction qu’on devait avant tout empêcher, car c’est elle qui devait tout perdre, l’Empereur n’étant plus assez fort pour soutenir les efforts réunis de ses adversaires, depuis qu’il avait fait la faute de séparer de lui 32 mille hommes et la plus grande faute d’en confier le commandement à M. le marquis de Grouchy.

Cette sotte et molle attaque sur Wavre et la longue fusillade qui l’a suivie nous ont au reste coûté assez de monde. Mon 22me y a perdu 146 hommes, d’autres régiments bien davantage. Les généraux Alix et Penne y ont été tués; les généraux Gérard et Habert, blessés.

Mécontents de nous-mêmes, et fort inquiets sur le résultat de la vive et longue canonnade entendue, pendant la journée, du coté de Mont-Saint-Jean, laquelle n’avait cessé que vers le soir, nous avons passé la nuit suivante au bivouac aux portes de cette malheureuse ville de Wavre, que dévorait l’incendie allumé pendant le combat.

En marchant ainsi vers Mont-Saint-Jean à notre insu et à notre barbe, manœuvre hasardeuse mais habile, qui nous a fait battre à Waterloo, les Prussiens avaient laissé un faible corps devant nous pour nous donner le change. Le 19, au matin, nous eûmes encore à échanger avec lui quelques coups de fusil; mais bientôt il disparut tout à fait et un sinistre silence s’établit sur ces campagnes, dont le sol tremblait la veille au bruit des détonations de l’artillerie. Nous en étions là lorsque, vers onze heures, notre commandant en chef, ayant appris enfin la fatale nouvelle par un officier d’état-major miraculeusement échappé aux coureurs de l’ennemi, maîtres de tout le pays, jugea convenable d’opérer au plus vite sa retraite sur notre frontière. Ce mouvement, devant une armée victorieuse qui pouvait à chaque instant nous tomber sur les bras, était aussi indispensable que dangereux. Le maréchal avait sous la main des forces imposantes et une nombreuse artillerie; mais il était en l’air, sans appui, et on sait ce que sont trop souvent les Français en retraite et le lendemain d’une défaite. Cette marche rétrograde, quoique précipitée, se fit avec ordre, sur deux colonnes, dans la direction de Namur. L’ennemi ne parut nullement dans la journée, et, à la nuit, nous étions à un quart de lieue [ca. 1 km] de Gembloux, où nous fîmes une halte de peu d’heures, sans feux, et dans le même ordre que nous avions en mouvement.

Le lendemain, vers une heure du matin, sans bruit aucun, notre armée se remit en route, triste et silencieuse. Quelque bonne volonté que nous eussions de hâter le pas, nous ne le pouvions. La cavalerie et l’artillerie, qui suivaient nécessairement les chaussées, cheminaient encore à peu près à l’aise; mais la pauvre infanterie, allant à travers champs par une nuit sombre et rencontrant à chaque pas des haies et des fossés, n’avançait qu’en désordre et très péniblement. A pied même et empêtré dans mes grandes bottes à l’écuyère, car il n’y avait pas moyen de rester à cheval, je marchais avec une peine infinie dans des terres labourées, et j’avais fait ainsi mainte culbute, quand enfin le jour vint à poindre. Si, dans ce moment, l’ennemi se fût montré, il n’y avait nulle résistance possible. L’infanterie s’était tellement mêlée, non seulement de compagnie à compagnie, mais de régiment à régiment, qu’il fallut perdre plus d’une heure à y mettre quelque ordre. Il était grand jour quand, les rangs à peu près rétablis, on put se remettre en mouvement. Déjà nous apercevions les hauteurs de Namur qui allaient nous offrir un bon point d’appui, quand tout à coup deux coups de canon se firent entendre à notre arrière-garde. Ce bruit plait au soldat quand il va à l’ennemi; il déride toutes les physionomies; mais en retraite, et dans la situation d’esprit où nous avait mis le revers inouï de Waterloo, qui n’était plus un mystère pour nos subordonnés, quelque soin qu’on eût pris de le leur cacher, il produisit un effet tout contraire: Les voilà! disaient avec anxiété ces mêmes hommes qui trois jours auparavant affrontaient les Prussiens avec ardeur. Chargée avec impétuosité, l’arrière-garde, sur laquelle ces deux coups avaient été tirés, fut d’abord mise en désordre et se vit enlever deux pièces de canon qu’elle avait avec elle. Heureusement le mal ne se propagea pas et fut bientôt réparé. La partie de notre colonne qui était en tête atteint Namur au pas de course; les troupes qui sont en queue font volte-face; une charge brillante de notre cavalerie sur l’avant-garde prussienne culbute celle-ci et lui enlève non seulement les pièces que nous venions de perdre, mais encore un de ses obusiers. Ce début était d’un heureux présage. Etonnés d’une résistance inattendue, les Prussiens se sont arrêtés pour se renforcer de ceux qui les suivaient, et nous avons mis à profit leur hésitation pour occuper en force Namur, placer de l’artillerie partout où elle pouvait servir, barricader les ponts, les portes, les issues, enfin faire tout pour arrêter l’ennemi. Namur, autrefois place de guerre prise et reprise pendant nos vieilles guerres avec les maîtres des Pays-Bas, est aujourd’hui démantelée; mais sa position au confluent de la Sambre et de la Meuse, entre deux montagnes et à l’entrée d’un long défilé qui conduit en France, en fera toujours un point stratégique de la plus grande importance. Enhardis par leur récente victoire, ivres d’eau-de-vie et pensant avoir affaire à des troupes démoralisées, les Prussiens, en colonnes nombreuses, ne tardèrent pas à nous attaquer. Repoussés, ils revinrent plusieurs fois à la charge, toujours sans le moindre succès. Dans ces tentatives, ils ont fait une perte énorme par le feu de notre artillerie qui les prenait de front et d’écharpe et par celui de l’infanterie. Leurs morts et leurs blessés couvraient au loin le terrain devant nous. Lorsqu’il fut bien démontré que nous ne pouvions être forcés et que les Prussiens n’auraient Namur que si nous voulions bien en sortir, nos troupes commencèrent à passer la Sambre et à remonter le défilé de la Meuse pour opérer leur rentrée en France. Le 3me corps, chargé de l’arrière-garde, tint dans la ville jusqu’au soir, afin de donner le temps de s’éloigner à cette énorme colonne embarrassée d’artillerie, de bagages et de blessés. A la nuit fermée, tout étant en sûreté, les dernières troupes françaises quittèrent Namur, où l’ennemi n’entra qu’après notre abandon volontaire.

Pendant cette longue journée d’hostilités, les habitants de Namur, sans paraître effrayés du vacarme, nous ont prodigué tous les soins imaginables. Dans chaque maison, on recevait nos blessés; des provisions étaient livrées en profusion aux soldats comme aux officiers, pas une cave n’était fermée. C’était à qui nous apporterait son offrande en vivres, en vin, en linge pour les pansements. Les femmes les plus élégantes, la plupart jolies, se montraient tout aussi empressées que celles du peuple. On entendait de tous côtés des paroles d’intérêt pour nous et des imprécations contre les Prussiens, démonstrations d’autant plus sincères que cette bonne population, si française, voyait bien que nous allions la quitter. Je ne saurais exprimer ce qu’il y avait de fraternel et de touchant dans cette manifestation si générale. Oh! souvenons-nous en, si, plus heureux un jour, nous reportons nos armes en Belgique. Nous avons trouvé là une sympathie qui fait honte à la France.

Au delà de Namur, le défilé protecteur dont je viens de parler est flanqué à gauche par la Meuse et à droite par une chaîne de hautes collines boisées. Dès le matin, notre matériel y était engagé. Nous l’avons remonté pendant toute la nuit du 20 au 21 sans être inquiétés.

Poursuivant au jour paisiblement notre retraite, nous avons atteint Dinant, petite ville dominée de tout côté, où l’on passe sur la rive droite de la Meuse.

Depuis Namur, une pluie continuelle était venue ajouter aux ennuis et aux fatigues de la retraite et gâter la route que nous suivions. Harassés, manquant de vivres, tourmentés do notre avenir, nous sommes rentrés tristement en France par ce Givet où j’ai passé jadis des jours de bonheur et d’insouciance. La population de cette ville n’a pas été peu surprise de voir passer tant de troupes si intactes et une aussi formidable artillerie, elle à qui la renommée avait persuadé que tout avait péri à Waterloo ou était resté entre les mains du vainqueur. Ces bruits exagérés, répandus bientôt parmi nos soldats, ont achevé de les abattre. Il n’y avait alors que 9 jours qu’ils étaient entrés en campagne, dans les meilleures dispositions, et à voir leur tenue négligée, leur mine allongée, leur affaiblissement physique et moral, ils semblaient succomber sous les fatigues et les privations d’une longue guerre. Il faut des succès aux Français: ils sont moins que des femmes dans les revers. L’armée, il faut le dire, n’a pas tenu ce qu’elle promettait. Nombre d’officiers ont manqué de résolution et d’énergie. A peine en France, nous avons été assaillis par des malveillants se faisant un plaisir de débiter les plus fâcheuses nouvelles et ne trouvant que trop de crédulité. Lorsqu’il fallait s’unir et se raidir contre l’adversité, on a tout fait pour annuler ce qu’il nous restait de vigueur et donner des facilités à l’invasion. Pauvre France! ton heure était sonnée…